Vulgarisation versus médiation - publié le : 08/06/11

Parler de la recherche, c’est aussi parler des métiers et du quotidien des chercheurs. On parle alors de médiation scientifique. Mais pourquoi est-ce si important ? Jean-Marc Galan, chercheur en biologie cellulaire au CNRS (institut Jacques-Monod/Université Paris Diderot), animateur et producteur de l'émission de radio Recherche en cours, nous apporte quelques réponses,… et peut-être aussi une autre façon d’aborder la science.

 

Jean-Marc Galan, en quelle qualité nous parlez-vous des métiers scientifiques ?
Je suis un chercheur, c’est mon métier et je le pratique au quotidien. En parallèle, je m’occupe depuis six ans d’une émission de radio, Recherche en cours, qui me permet de m’ouvrir à d’autres chercheurs, issus de mon domaine scientifique ou de disciplines différentes, telles que les sciences humaines et sociales. Ces échanges me permettent d’avoir une vision assez générale des métiers de la recherche. En tout cas plus vaste que celle que je pourrais avoir en restant chercheur dans un laboratoire.


Vous participez à la vulgarisation de la recherche : ce terme est-il bien choisi ? Qu’est-ce que cela signifie exactement ?
Je n’aime pas beaucoup le terme de « vulgariser », il porte une notion un peu négative, qui est celle de « transmettre aux vulgaires ». En revanche, vulgariser la recherche correspond à une vieille tradition scientifique française, à un héritage qui existe depuis des siècles et qui correspond à quelque chose de bien précis : transmettre des contenus, des connaissances scientifiques de façon la plus claire possible. Pour ma part, ce qui m’intéresse, notamment à travers l’émission Recherche en cours, ce n’est pas de me limiter aux contenus scientifiques, mais de faire découvrir ce qu’il y a autour : comment on produit une découverte, qui la produit, ce que cela veut dire d’être un scientifique,… C’est cela, faire de la médiation scientifique.
 

Pourquoi est-ce si important de faire de la médiation scientifique ?

 

Jean-Marc Galan dans les studios de la radio Aligre FM lors de son émission de radio Recherche en cours


Je crois que c’est ce que les gens demandent. Au début de ma carrière, je faisais de la vulgarisation, c’est-à-dire que j’animais des conférences au cours desquelles j’expliquais mes recherches. Puis, je me suis rendu compte que le public me posait assez peu de questions sur les contenus, mais plutôt sur mon parcours, les financements que le laboratoire obtenait, mon quotidien au sein d’un laboratoire,… C’est tout ce contexte humain, historique et social qu’il me semble important d’expliquer, car il permet de comprendre beaucoup mieux le cœur traditionnel de la recherche qui est la découverte de contenus scientifiques.
 

A quel public vous adressez-vous ? Pouvez-vous nous le décrire ?
Je peux parler du public de l’émission Recherche en cours. Il n’y a pas d’étude d’audience réalisée à ce jour, mais je commence à connaître les personnes qui suivent, téléchargent l’émission et envoient des commentaires. C’est un public assez vaste, composé de curieux, de personnes intéressées par la culture scientifique au sens large. Plus d’ailleurs que des professionnels ou des spécialistes de la recherche. Il faut dire aussi que notre émission propose une grande variété dans les thèmes.
 

Et comment faites-vous pour élargir cette audience ?  
En tant que chercheur, je suis en contact avec un réseau scientifique. Il y a notamment, en ce moment sur le web, toute une communauté en train de s’organiser autour de la culture scientifique. Elle est active et s’organise autour de blogs de sciences, de réseaux sociaux spécialisés. C’est une communauté plutôt jeune, composée d’étudiants et de jeunes salariés,… Mais pas exclusivement. Il y aussi des professionnels qui font de la médiation scientifique dans les musées. Il y a des journalistes, et même beaucoup de journalistes scientifiques qui « bloguent ». Tous font partie de cette communauté de la culture scientifique qui bouge sur le web et qui peut nous donner la parole ou transmettre notre parole.
 

Quel public souhaitez-vous toucher précisément ?
Au premier chef, des gens qui se sentent concernés par la culture scientifique au sens large. Ce sont des amateurs de science, qui pour des raisons personnelles, familiales, historiques ou professionnelles s’intéressent à la science. Et puis, pour revenir au thème de la vulgarisation et de la médiation, il y a un public traditionnel de la vulgarisation scientifique que nous connaissons depuis longtemps. Ce sont des personnes qui fréquentent les musées de science, cela peut être des familles qui visitent le Palais de la découverte ou encore la Cité des sciences par exemple. Ce public est assez restreint. Ce que j’aimerais faire avec des initiatives telles que l’émission Recherche en cours ou encore 13 minutes : les petites conf’ des Grands Moulins, ce serait justement d’élargir un peu ce public-là. Et c’est toute la difficulté.
 

Mieux faire connaître la recherche et les métiers de la recherche, c’est combattre l’image du chercheur en blouse blanche. Pourquoi, à votre avis, avons-nous une vision si caricaturale de la recherche ?
Je pense que la vision caricaturale de la recherche est jouissive. Nous éprouvons beaucoup de plaisir à nous moquer du savant, de Cosinus. Pour exemple, je suis allé surfer sur Youtube, pour visionner d’anciennes vidéos des Nuls - qui ont mal vieillies pour la plupart d’ailleurs. Et j’y ai redécouvert La mouche qui pète : une caricature de scientifique avec la barbe et la blouse blanche. Incroyable, elle n’a pas pris une ride. Elle fait rire, et elle m’a fait rire. On pouvait y lire, sur la page web, une dizaine de pages de commentaires de fans,… Je crois que ce qui ressort de la caricature, c’est cette envie de se moquer de la science, de la faire descendre de son piédestal. C’est pour cela qu’elle perdure, parce qu’elle est jouissive.

 

Jean-Marc Galan est chargé de recherche au CNRS, spécialisé en biologie cellulaire. Il partage son activité entre des travaux de recherche expérimentale au sein de l'institut Jacques Monod et des actions de médiation de la culture scientifique.

Parmi ses dernières initiatives notons l'émission de radio Recherche en cours, qu'Il anime avec David Dumoulin, sociologue ; et le cycle de conférences pluridisciplinaires 13 minutes.


Consultez toutes les interviews en recherche ou en formation



Propos recueillis par Nicole Raoul, Université Paris Diderot, Service Communication et technologies de l'information, juin 2011.
Photo (chapô) : Pierre Maraval

 

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Jean-Marc Galan, en quelle qualité nous parlez-vous des métiers scientifiques ?
Je suis un chercheur, c’est mon métier et je le pratique au quotidien. En parallèle, je m’occupe depuis six ans d’une émission de radio, Recherche en cours, qui me permet de m’ouvrir à d’autres chercheurs, issus de mon domaine scientifique ou de disciplines différentes, telles que les sciences humaines et sociales. Ces échanges me permettent d’avoir une vision assez générale des métiers de la recherche. En tout cas plus vaste que celle que je pourrais avoir en restant chercheur dans un laboratoire.


Vous participez à la vulgarisation de la recherche : ce terme est-il bien choisi ? Qu’est-ce que cela signifie exactement ?
Je n’aime pas beaucoup le terme de « vulgariser », il porte une notion un peu négative, qui est celle de « transmettre aux vulgaires ». En revanche, vulgariser la recherche correspond à une vieille tradition scientifique française, à un héritage qui existe depuis des siècles et qui correspond à quelque chose de bien précis : transmettre des contenus, des connaissances scientifiques de façon la plus claire possible. Pour ma part, ce qui m’intéresse, notamment à travers l’émission Recherche en cours, ce n’est pas de me limiter aux contenus scientifiques, mais de faire découvrir ce qu’il y a autour : comment on produit une découverte, qui la produit, ce que cela veut dire d’être un scientifique,… C’est cela, faire de la médiation scientifique.
 

Pourquoi est-ce si important de faire de la médiation scientifique ?

 

Jean-Marc Galan dans les studios de la radio Aligre FM lors de son émission de radio Recherche en cours


Je crois que c’est ce que les gens demandent. Au début de ma carrière, je faisais de la vulgarisation, c’est-à-dire que j’animais des conférences au cours desquelles j’expliquais mes recherches. Puis, je me suis rendu compte que le public me posait assez peu de questions sur les contenus, mais plutôt sur mon parcours, les financements que le laboratoire obtenait, mon quotidien au sein d’un laboratoire,… C’est tout ce contexte humain, historique et social qu’il me semble important d’expliquer, car il permet de comprendre beaucoup mieux le cœur traditionnel de la recherche qui est la découverte de contenus scientifiques.
 

A quel public vous adressez-vous ? Pouvez-vous nous le décrire ?
Je peux parler du public de l’émission Recherche en cours. Il n’y a pas d’étude d’audience réalisée à ce jour, mais je commence à connaître les personnes qui suivent, téléchargent l’émission et envoient des commentaires. C’est un public assez vaste, composé de curieux, de personnes intéressées par la culture scientifique au sens large. Plus d’ailleurs que des professionnels ou des spécialistes de la recherche. Il faut dire aussi que notre émission propose une grande variété dans les thèmes.
 

Et comment faites-vous pour élargir cette audience ?  
En tant que chercheur, je suis en contact avec un réseau scientifique. Il y a notamment, en ce moment sur le web, toute une communauté en train de s’organiser autour de la culture scientifique. Elle est active et s’organise autour de blogs de sciences, de réseaux sociaux spécialisés. C’est une communauté plutôt jeune, composée d’étudiants et de jeunes salariés,… Mais pas exclusivement. Il y aussi des professionnels qui font de la médiation scientifique dans les musées. Il y a des journalistes, et même beaucoup de journalistes scientifiques qui « bloguent ». Tous font partie de cette communauté de la culture scientifique qui bouge sur le web et qui peut nous donner la parole ou transmettre notre parole.
 

Quel public souhaitez-vous toucher précisément ?
Au premier chef, des gens qui se sentent concernés par la culture scientifique au sens large. Ce sont des amateurs de science, qui pour des raisons personnelles, familiales, historiques ou professionnelles s’intéressent à la science. Et puis, pour revenir au thème de la vulgarisation et de la médiation, il y a un public traditionnel de la vulgarisation scientifique que nous connaissons depuis longtemps. Ce sont des personnes qui fréquentent les musées de science, cela peut être des familles qui visitent le Palais de la découverte ou encore la Cité des sciences par exemple. Ce public est assez restreint. Ce que j’aimerais faire avec des initiatives telles que l’émission Recherche en cours ou encore 13 minutes : les petites conf’ des Grands Moulins, ce serait justement d’élargir un peu ce public-là. Et c’est toute la difficulté.
 

Mieux faire connaître la recherche et les métiers de la recherche, c’est combattre l’image du chercheur en blouse blanche. Pourquoi, à votre avis, avons-nous une vision si caricaturale de la recherche ?
Je pense que la vision caricaturale de la recherche est jouissive. Nous éprouvons beaucoup de plaisir à nous moquer du savant, de Cosinus. Pour exemple, je suis allé surfer sur Youtube, pour visionner d’anciennes vidéos des Nuls - qui ont mal vieillies pour la plupart d’ailleurs. Et j’y ai redécouvert La mouche qui pète : une caricature de scientifique avec la barbe et la blouse blanche. Incroyable, elle n’a pas pris une ride. Elle fait rire, et elle m’a fait rire. On pouvait y lire, sur la page web, une dizaine de pages de commentaires de fans,… Je crois que ce qui ressort de la caricature, c’est cette envie de se moquer de la science, de la faire descendre de son piédestal. C’est pour cela qu’elle perdure, parce qu’elle est jouissive.

 

Jean-Marc Galan est chargé de recherche au CNRS, spécialisé en biologie cellulaire. Il partage son activité entre des travaux de recherche expérimentale au sein de l'institut Jacques Monod et des actions de médiation de la culture scientifique.

Parmi ses dernières initiatives notons l'émission de radio Recherche en cours, qu'Il anime avec David Dumoulin, sociologue ; et le cycle de conférences pluridisciplinaires 13 minutes.


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Propos recueillis par Nicole Raoul, Université Paris Diderot, Service Communication et technologies de l'information, juin 2011.
Photo (chapô) : Pierre Maraval