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Des chercheurs de l’Université en mission aux Kerguelen.
Publié le : 28/11/08
Deux scientifiques du LISA (Laboratoire Interuniversitaire des Systèmes Atmosphériques) de l'Université Paris Diderot – Paris 7 , Rémi Losno (Professeur) et Sylvain Triquet (Assistant Ingénieur) mettent en place et valident une station de mesure du dépôt atmosphérique de poussières continentales implantée sur les îles Kerguelen. Cette station, destinée à durer deux ans, est mise en place dans le cadre du programme FLATOCOA (Flux Atmosphérique d’Origine Continentale sur l’Océan Austral) financé par l’Institut Polaire Paul Emile Victor (IPEV) en partenariat avec l’Université Paris Diderot – Paris 7, le CNRS et Paris Val de Marne.
 
Quel est l’intérêt scientifique de cette mission ? 
Rémi Losno : Dans les zones marines éloignées, nous pensons que l’atmosphère joue probablement un rôle principal dans le transport de micro substance nutritive des continents aux océans. L’intérêt scientifique porte sur l’absorption et la possible élimination du CO2 atmosphérique par les algues marines (phytoplancton). Ces algues ont besoin de métaux traces servant d’oligoéléments comme le fer, le manganèse ou le cobalt pour vivre et se multiplier. L’atmosphère est susceptible de fournir une part importante de cette ressource à l’Océan Austral. Les eaux des rivières et des fleuves apportent aussi leur part mais leur influence, sauf exception comme l'Amazone, reste localisée à la frange côtière. La dernière source est la diffusion ou le transport des eaux profondes océanique vers la surface. La zone du sud est très peu documentée sur les flux des métaux traces atmosphériques et c'est pourquoi nous avons engagé une série de mesures sur le dépôt atmosphérique à Kerguelen.
 
les Kerguelen, au premier plan le « chou » si caractéristique de l’île
Pourquoi avoir choisi les îles Kerguelen ?
Rémi Losno : La mesure des flux sur une longue durée doit être effectué à partir d’un lieu situé sur la terre ferme. Kerguelen est un endroit remarquable qui présente les configurations dont nous avons besoin  car elle est isolée au milieu de l'Océan et ne semble pas être une source importante de poussière en elle-même. L'empoussièrement local a donc une origine lointaine et est donc très homogène sur de grandes distances. Nos points de mesure ont alors de grandes chances d'être représentatifs d'une vaste zone. Il sera donc possible, via des modèles de transport atmosphérique d'extrapoler nos mesures à près de la moitié de la surface de l'Océan Austral. Nous espérons montrer que la Patagonie est la source majeure des poussières atmosphériques continentales dans cette partie de l'Hémisphère Sud, mais nous ne serons fixés qu'à la fin de ce programme.
 


Quel est votre protocole opératoire sur le terrain ?
Rémi Losno : Nous avons deux stations de mesure distantes l'une de 10 km et l'autre de 30 km à l'Ouest de la
Sylvain Triquet, assistant ingénieur, installe un système de collecte d’eau de pluie en vue de son analyse chimique.
base, Port aux Français. Leurs coordonnées sont respectivement de 49°18'42.3"S 70°74'47.6" E et 49°28'42.0"S 69°48'41.7"E. C'est un éloignement nécessaire aux vents dominants pour éviter toute contamination de l'air par les activités humaines exercées sur la base. Aux deux stations, nous avons disposé à 2 m du sol des entonnoirs montés sur des bouteilles afin de recevoir la matière qui se dépose, essentiellement par les pluies. A la station la plus proche de la base, nous avons en plus un système qui utilise une pompe et filtre sur des membranes poreuses de grands volumes d'air pour en retenir les poussières en suspension. L'énergie est fournie par une éolienne, très efficace dans ces régions très ventées. Les échantillons seront relevés deux fois par mois et expédiés au laboratoire sur le campus. C'est ici qu'on déterminera leur composition chimique grâce à l'instrumentation très performante dont nous disposons.
 
 
 
 
Comment s'organise la vie de tous les jours sur la base ?
Déchargement du matériel du Marion Dufresne vers le chaland qui assure la navette
Rémi Losno : Port au Français étale ses bâtiments sur une surface d'une dizaine d'hectares avec une zone
La base installée sur l’île, les logements des scientifiques et du personnel.
d'habitation, un port avec des hangars de stockage, une zone regroupant la logistique et un bâtiment avec des laboratoires. Le centre géographique et social est la maison commune qui abrite les cuisines, le réfectoire et une grande salle de détente. Cependant, beaucoup de programmes se déroulent sur des sites situés à plusieurs km voire plusieurs dizaines de km de la base. L'IPEV a disposé dans ces endroits stratégiques des petites zones de vie pour 4 à 5 personnes qui vivent alors de façon autonome et assez spartiate pendant 2 jours à deux semaines. On appelle ici ces refuges "cabanes". Les déplacements se font soit à pied, soit à bord d'un petit bateau qui peut circuler dans le "Golfe du Morbian" qui est le nom de la baie qui baigne Port aux Français. Quatre fois par an, le Marion Dufresne vient de La Réunion pour ravitailler la base et transporter des passagers.