Cette réflexion prend sa source dans l'idée que le droit positif n'est pas un concept abstrait, même si sa transmission nécessite une formulation abstraite. Il se développe et s'applique ou ne s'applique pas dans des sociétés différentes, dans l'espace et dans le temps. Il fait l'objet de pratiques quotidiennes dont les magistrats, avocats, fonctionnaires, guichetiers, assistants sociaux, éducateurs sont les intermédiaires obligés.

 
               
Le Laboratoire d'Analyse Critique du Juridique (LACRIJ) succède au Laboratoire d'Analyse Critique des Pratiques Juridiques. Créé en 1976, ce dernier, comme son nom l'indique, avait pour but de prolonger au niveau de la recherche l’expérience acquise dans l'enseignement par des universitaires et des praticiens : avocats, magistrats, hauts fonctionnaires..
 
Le premier laboratoire a ainsi permis à des universitaires, juristes et non juristes, et à des praticiens du droit de réfléchir ensemble à "la prison", à la "notion d'intérêt de l'enfant", à "l'apport d'autres disciplines dans l'enseignement du droit", contributions publiées par Actes - Les cahiers de l'action juridique de 1975 à 1993.
Cette préoccupation n'a pas perdu de son actualité. Elle a donné lieu récemment à une publication issue d’une réflexion commune aux juristes de Paris 7 autour de la maxime "Nul n'est censé ignorer la loi" (Publications Paris 7, 1998).

Les juristes de Paris 7 partent de l’observation qu’il y a place dans la recherche sur le droit pour deux types de travaux, que l’on peut qualifier rapidement de recherche interne / endogène, et d’analyse externe / exogène. Tout en s'inscrivant dans les deux approches, ils s'emploient à développer la seconde, traditionnellement négligée par les juristes.

   
 
 

La recherche interne / endogène a pour fonction un travail d’analyse sur le droit à partir du droit lui-même et de ses catégories. Elle vise l’amélioration de ses méthodes et l’évaluation constante de ses outils. C’est ce type de travail qui est mené de manière générale par les juristes et qui est dénommé Doctrine juridique au sens traditionnel de ce terme. Elle se donne pour objet la production juridique dans ses différentes manifestations : commentaire des textes, des décisions de justice, travail d'ordonnancement et de systématisation des normes ainsi dégagées, interprétation, etc. Ce type de recherche est indispensable à un bon enracinement disciplinaire.

     
     
     
     
Mais nous considérons aussi qu’il y a encore beaucoup de place pour une approche externe / exogène du droit. Par approche externe / exogène, nous entendons l’appréhension du droit non en tant qu’univers clos sur lui-même, mais en tant que corps de règles ayant un amont (modes de formation de la norme juridique) et un aval (réception et perception du droit par les justiciables, accès au droit et aux juridictions), études plus prisées par les sociologues et anthropologues du droit que par les juristes eux-mêmes.
Ce type de recherches ne peut pas être l’apanage des seuls juristes ; bien au contraire, il suppose et même implique la collaboration de ces derniers avec les chercheurs des autres disciplines et les praticiens. Il faut d'ailleurs remarquer qu'un pan entier de ces recherches a été développé par les praticiens eux-mêmes devant le désintérêt manifeste des auteurs de doctrine pour certaines questions du droit considérées, à tort, comme moins nobles et pour ainsi dire triviales. Fondamentalement, il s'agit toujours de servir la recherche juridique. Cette recherche demande simplement à être enrichie de la complémentarité des regards et des méthodes.
     
                         
       
Le droit est, à la fois, une discipline fondamentale et une discipline technique. Du fait de sa première dimension, il conduit à reposer sans cesse la question de sa fonction dans la structuration sociale et, cela vaut autant pour le droit interne que pour le droit international. Du fait de sa seconde dimension, il fait l'objet d'applications qui supposent des interprétations et l’invention "d'arts de faire". Cette ambivalence interdit de penser le droit de manière univoque. Le droit vivant suppose une pensée en action. Cette approche implique sur le plan méthodologique une utilisation par les juristes des outils des autres sciences humaines et un contact permanent avec elles. Le travail de terrain est alors essentiel dans sa confrontation avec les sources endogènes du droit et la parole des praticiens un témoignage unique.