UNE
NATION PAR LE DISCOURSLa nation telle que postulée par les acteurs vénézuéliens en ce début du XIXème siècle, est en premier lieu un idéal, un projet, plus qu'une véritable communauté d'individus. Produit accidentel de la dissolution de la monarchie hispanique, dont l'invasion napoléonienne de la Péninsule, en 1808, constitue le catalyseur, elle va prendre des dimensions multiples, tant d'un point de vue territorial que de la communauté, politique et sociale, qui la compose. Acteurs anciens et modernes s'y côtoient, mettant à jour le décalage entre cette nation par le discours "imaginée" par les élites et la société qui doit l'incarner. La volonté de fonder une nation moderne qui emprunte aux modèles politiques existants, suppose également, non seulement la constitution des modalités de délégation de la souveraineté avec l'adoption du régime représentatif et, partant, la définition du corps politique : les citoyens ; mais aussi l'élaboration d'une réseaux de références et de valeurs communes à même de cimenter cette communauté d'égaux, adhérents volontaires de la nation.
C'est à l'analyse de cet écart entre "la nation comme
idéal et la nation en tant que communauté réellement
existante" que se consacre cet ouvrage. Premier pays à déclarer
son indépendance, en 1811, le Venezuela révèle la
difficulté, pour les élites créoles, d'intégrer,
au-delà du discours, l'ensemble des membres de la nation (en particulier
les esclaves et métisses) et de définir une identité
culturelle qui conjugue leur attachement privé à la mémoire
espagnole et leur proclamation publique d'accéder au rang des nations
civilisées. La figure de l'homme en armes, du soldat-citoyen apparaît
de ce point de vue un archétype identitaire qui semble à
même, en raison de la mobilisation en masse que nécessite
la guerre pour l'indépendance, de jouer ce rôle d'intégrateur
dans la communauté nationale. Mais à la fois mythe et acteur
politique, il rend d'autant plus délicate la cohabitation entre
la nécessaire "civilisation" du politique avec cette "militarisation"
de la mémoire nationale à l'oeuvre tout au long de cette
période.
PREFACE 7
Abréviations 11
INTRODUCTION 13
Le Venezuela au siècle des réformes (1739-1808) 19
1. L'organisation territoriale 19
2. Caractéristiques socio-ethniques 27
3. L'irruption du temps court : les premières réponses aux
événements de la Péninsule 30
PREMIERE PARTIE
L'accession d'une communauté ancienne au rang de nation civilisée
(1810-1811)
Chapitre 1. Le mouvement loyaliste des cités : esquisse d'une nouvelle communauté politique 37
1. Un processus de légitimation fondé sur la souveraineté
du "peuple" 39
- Ce peuple souverain -et sujet du Roi- quel est-il ? 40
- Le Pueblo, une entité géographique : le peuple-cité
44
2. Du principe de participation : le peuple ou les pueblos ? 47
3. Les membres du corps politique 51
- La multitude dangereuse 52
- La "partie saine" du peuple" 56
4. La nouvelle famille des patriotes 60
- Le devoir d'accueil des frères péninsulaires 61
- Les mécanismes de l'exclusion 63
- La mise en place de l'appareil judiciaire 68
Chapitre 2. De l'autogouvernement des cités au principe moderne de représentation 75
1. De la rupture du pacte social au nouveau contrat 75
- De nouveaux espaces de souveraineté 76
- La redéfinition des limites provinciales 81
- Le pacte fédératif 90
2. La participation politique à l'épreuve des faits :
le "peuple" et l'indépendance 94
- L'impossible recours à la consultation 95
- La pression de l'opinion 96
3. Citoyenneté et participation politique dans la Constitution
de 1811 102
- Une citoyenneté ambiguë 105
- Une citoyenneté contestée. Le cas des mulâtres 110
- Le citoyen en armes 114
Conclusion : un rapport ambivalent au passé 121
- Entre la condamnation et l'oubli 121
- L'appartenance à une même communauté de culture 122
- "L'entrée dans l'histoire" 124
DEUXIEME PARTIE
Le politique à l'épreuve de la guerre (1812-1819)
Chapitre 1 . La patrie en danger : un appel à la mobilisation 135
1. La primauté à la guerre 135
- L'empreinte du religieux 136
- La défense du territoire : un espace aux limites extensives 140
- Les ambiguïtés de la patrie 142
- L'impuissance du politique 146
2. La naissance d'une "race nouvelle" 153
- Rejet de l'Espagnol 153
- Célébration du soldat et renaissance du politique 156
- Le vide identitaire 160
- Le paternalisme affiché des hommes éclairés 163
Chapitre 2. La constitution d'Angostura : mise en pratique politique de l'expérience militaire 167
1. Institutions et société : une relation réexaminée
167
- La critique du régime fédéral de 1811 169
- Quel modèle politique ? 176
2. Le rôle des élus 182
- Pères du peuple ou représentants des citoyens ? 183
- La nation contre les pueblos 184
3. Une nouvelle approche de la citoyenneté 186
- Le principe de participation 186
- Une citoyenneté de circonstance 191
- Une conception duale de la citoyenneté : actifs contre passifs
197
- L'idéal du citoyen-propriétaire 202
- Le vote des militaires : la légalisation du soldat-citoyen 205
- Le droit à la participation politique pour les étrangers
210
Conclusion : Rupture avec la mère-patrie, fusion dans la nation colombienne 215
TROISIEME PARTIE
La république de Colombie ou l'apprentissage de la nation (1820-1825)
Chapitre 1. D'une nation à l'autre 225
1. Le processus de transfert 225
- Irruption de la nouveauté et nouveau cadre national 227
- Le poids des facteurs économiques 229
- La nation colombienne : une fusion de deux patries 232
2. Le triomphe de la Liberté et de la Loi 235
- L'impératif unitaire 236
- La consécration de la liberté civile et constitutionnelle
237
- La toute-puissance des lois 239
3. Une nouvelle constitution pour un peuple nouveau 243
- La consécration du soldat et de l'homme éclairé
244
- L'effectivité des droits et leur mise en application 248
4. La nécessaire éducation du peuple nouveau 250
- L'éducation domestique 251
- L'instruction scolaire 253
- L'opinion publique 255
Chapitre 2. La définition d'un nouvel espace constitutionnel 263
1. De la république à la nation 263
2. L'entrée en politique de la nation nouvelle 267
3. La proclamation du "Peuple" souverain 272
4. Une nouvelle citoyenneté ? 275
Conclusion. Quelle communauté nationale autour de quelles valeurs communes ? 287
QUATRIEME PARTIE
L'édification d'une nation vénézuélienne (1824-1830)
Un substrat signifiant 297
Chapitre 1. Le choix d'un modèle constitutionnel 303
1. Fédération/confédération-intégrité
territoriale 303
- L'impératif constitutionnel 303
- Un débat contradictoire 304
2. La fédération : un système conforme à l'histoire du continent 310
3. Le maintien de l'intégrité territoriale contre la désintégration
de la nation 318
- Le peuple contre les pueblos 318
- La fédération : un régime inapplicable 321
4. Le recours au pouvoir personnel et autoritaire 328
- La nécessité d'un pouvoir fort 328
- L'appel à Bolívar 331
- Les mises en garde contre l'adulation 335
- La désacralisation du "Héros du siècle"
: Bolívar contre Páez 337
Chapitre 2. Qu'est-ce que la nation vénézuélienne ? 343
1. Le rôle politique et historique des pueblos et de leurs municipalités 344
2. L'affirmation d'une spécificité vénézuélienne
352
- Territoire et frontières : l'impératif de défense
352
- Richesses naturelles et potentialités 355
- Légitimité historique : le Venezuela, pays pionnier 359
3. De la patrie à la nation constitutionnelle 362
- Les particularismes des cités et pueblos dans l'édification
de la nation 362
- Le Venezuela est une patrie : l'incidence du processus constitutionnel
368
Chapitre 3. L'élément militaire dans la configuration de la nation 375
1. Le militaire et le pouvoir politique 375
- L'omniprésence de l'homme en armes 377
- Critique de la confusion des fonctions et volonté de clarification
378
2. Quelle communauté de citoyens ? 384
- Le citoyen-soldat 384
- Le rejet du militaire ambitieux et privilégié 386
- Tentative de réhabilitation au nom des premiers défenseurs
de la patrie 388
3. Participation politique de l'homme en armes et "civilisation"
de la société 389
- La remise en cause du soldat-citoyen 390
- Polémique sur l'octroi du droit de vote 391
- Le difficile retour à la vie civile 394
Conclusion : "civilisation" du politique et militarisation de la mémoire "nationale" 397
CONCLUSION
Entre le pueblo et l'Amérique, la nation
- Constitution et représentation 405
- Frontières et territoires 408
- Les pôles identitaires 410
- De la mémoire et de l'oubli 414
Sources et Bibliographie 417
1. Sources 417
2. Bibliographie 430
Chronologie 450
Lexique 455
Index onomastique 457
Les publications des membres d'aleph et d'Histoire et Sociétés de l'Amérique latine