Copyright © 1997  -  Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH  -  ISSN 1245 - 1517

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L'Argentine à l'Exposition Universelle de 1889

Pauline Raquillet

 
 
"Buenos-Aires a été une ville de
prospérité et une ville de manque,
une ville authentique et une ville
masquée dont l'authenticité consiste
peut-être à devenir ce qu'elle imite : l'Europe."[1]
 

Née d'une première grande expérience londonienne en 1851, l'exposition universelle apparaît en France pour la première fois en 1855. Depuis lors, de nouvelles rencontres internationales ont jalonné tout le XIXème siècle : 1867, 1878, 1889, 1900. Une exposition, considérée ou dénigrée, utile ou futile, vise à faire l'inventaire des moyens dont dispose l'activité humaine pour satisfaire les besoins de la civilisation et fait ressortir les progrès scientifiques, moraux et techniques, réalisés depuis une époque déterminée, prise comme point de référence. L'effort matériel et passager qui consiste à édifier les constructions, à ordonner les collections et à attirer le public ne suffit pas. Il faut ajouter à l'inventaire un exposé qui explique le pourquoi de ce progrès. Veiller à la rédaction de catalogues est une manière de répertorier ce qui a été fait et d'en laisser trace. Concours, entreprise de publicité, manifestation internationale, l'exposition se veut d'intérêt public et ne s'envisage pas seulement comme lieu où s'affirment les puissances industrielles et commerciales.

 L'Argentine n'avait jamais participé de manière véritablement officielle aux grands tournois universels[2]. En 1878, seul le Pérou s'était offert une représentation. Les autres Etats s'étaient simplement constitués en un syndicat et présentaient un stand collectif. En 1900, l'Argentine abandonne son projet de participer à l'exposition suite aux crises intérieures, politique et économique, qui la frappent depuis 1890. Jusque là, croissance économique et unification politique se renforcent mutuellement dans l'Argentine qui s'intègre à l'économie mondiale, propulsée dans la compétition internationale par le capital industriel et financier de l'Europe et des Etats-Unis.[3] Nation jeune et prometteuse, elle voit sa production[4] augmenter et enregistre une croissance spectaculaire de ses exportations.[5]

 L'extension des réseaux ferroviaires[6] contribue, dans le même temps, à faire monter le prix des terres et à attirer les spéculateurs et participe à la politique de conquête des territoires vierges, à l'installation de colons et à l'ouverture de nouveaux marchés. L'Argentine se convertit en une société d'immigrants blancs[7] influencée par une Europe policée et rayonnante. Elite urbaine et grands propriétaires fonciers parlent espagnol, vivent à l'intérieur du marché international et bénéficient de cette phase de croissance économique et de stabilité politique. Sur le plan politique, c'est un gouvernement libéral qui s'installe au pouvoir. L'Argentine bénéficie d'un régime stable débouchant sur une période de consolidation nationale. La vie publique se laïcise. Roca, appuyé par ses principaux opposants, Sarmiento et Mitre, donne à l'Etat les fonctions de l'état civil, crée le mariage civil et borne l'influence de l'Eglise dans le domaine scolaire.

 Durant ces années de fin de siècle, Paris continue d'être le modèle intellectuel et le coeur de la civilisation moderne. Malgré une forte concurrence londonienne et berlinoise sur les plans financier et économique, la capitale française reste la référence globale en matière politique.

 "Le modèle français d'une Révolution considérée comme un commencement absolu, comme une origine radicalement nouvelle, plaçait d'emblée et définitivement les nouveaux pays latino-américains dans l'aire de la politique moderne de type français.[8]" L'Amérique du sud se trouve alors dans une situation de "filiation adoptive"[9].

 La tonalité de cette période est peut-être donnée par le mot "exposition". Afficher, témoigner, exhiber, se faire voir est un point commun à toutes ces nations qui cherchent à coloniser, à apprivoiser ou à se faire reconnaître. 1889 est l'expression concrète du désir de se montrer aux autres. Paris, boudé par les monarchies, célèbre l'anniversaire du centenaire de sa révolution et impose sa République. L'Argentine comme le reste de l'Amérique s'affiche à ses côtés. Tout s'expose à la lumière naissante : de la tour Eiffel aux produits coloniaux, des inventions révolutionnaires à l'élevage local des provinces inconnues. Tout se veut progrès. L'exposition de 1889 apparaît donc comme une manifestation majeure à un moment où l'Amérique latine peut à la fois afficher sa prospérité économique et sa stabilité politique et montrer à l'Europe le visage, malgré tout fragile, d'une société en expansion.

 C'est pourquoi, nous tenterons de comprendre le rôle que joue l'exposition française de 1889 pour l'Argentine et la place qu'elle lui accorde.
 

L'invitation

La nature de l'exposition

 En 1889 la France accueille de nouveau[10] une exposition universelle. Mais celle-ci a une dimension spéciale : centenaire de l'industrie moderne, elle est aussi la fête du centenaire de la Révolution.

 Si 1789 fut le point de départ d'un imaginaire républicain lié au progrès, à la liberté et à une forme moderne de gouvernement, il faut, toutefois, attendre 1889 pour que la France revendique enfin clairement l'Etat républicain. C'est en pleine crise boulangiste qu'elle défend la République et consolide les fondations de son régime. La réalité prend le pas sur l'imaginaire.

 Cette rencontre internationale sert de support à un anniversaire politique qui traduit une fierté nationale, un sentiment de l'honneur français à la limite du chauvinisme.

 Le thème est dès lors trouvé mais, en le choisissant, la France se place dans une situation difficile par rapport au reste de l'Europe. En cette fin de XIXème, la tendance n'est pas au rapprochement entre la France et les autres puissances européennes. Narguer les monarchies, en célébrant la République, est un risque d'isolement supplémentaire. Si officiellement les Etats monarchiques refusent d'être politiquement représentés parce qu'ils n'adhèrent pas aux principes mis en valeur par cet anniversaire républicain, ils ne peuvent cependant nier l'enjeu économique que cette exposition représente. C'est pourquoi des délégations d'industriels allemands, anglais, italiens seront présentes au tournoi de 1889 et exposeront leurs marchandises.

 Pourtant l'exposition souhaiterait jouer, au point de vue politique, le rôle d'une zone de compréhension mutuelle, devenir un terrain de rapprochement français. Ainsi, Alphand confirme l'état d'esprit dans lequel les pays sont appelés à participer :

 "C'est le moyen le plus efficace d'appeler toutes les nations du monde à se réunir en esprit de concorde, de tolérance, de sympathie réciproque, aucune d'elles ne pouvant se sentir hostiles aux principes qu'il s'agit de glorifier.[11]"

 Ces principes sont ceux de l'égalité des citoyens devant la loi, de la liberté de l'homme, de l'émancipation de la pensée et du travail. Ils forment déjà la base de l'Etat social dans la plupart des nations "civilisées".
 

 Les enjeux de la participation

 L'enjeu politique

 Lorsqu'au début du XIXème siècle, l'Argentine entame le processus révolutionnaire qui la conduira à l'indépendance, le modèle de la révolution française domine. Elle suivra les pas de cette révolution, bien connue des élites argentines qui ont fait leur ces références modernes, adoptant un nouvel imaginaire social et rompant avec les lois fondamentales du passé. L'adoption de la voie française d'accès à la modernité[12] ne sera plus jamais mise en cause en Argentine qui reste une république, s'appuie sur des constitutions et des libertés modernes contrairement à la France qui, tout en conservant certains principes de la révolution, reviendra à un régime monarchique avec Louis XVIII, par exemple. Lorsque la France revendique sa République à la fin du XIXème siècle au travers de l'exposition universelle, des pays comme l'Argentine bénéficient d'une place de choix car ils participent à la légitimation de son régime. En souhaitant prouver à la puissance invitante qu'elle participe aux valeurs civilisatrices de la modernité, l'Argentine expose au tournoi de 1889 des preuves concrètes de la matérialisation de ces principes en alléguant que "ceux-ci sont inscrits dans l'origine même de la nation et que le niveau de développement atteint peut être observé au travers des produits exposés à l'exposition."[13] S'appuyant sur le discours de ses élites, le pays se construit une origine illustre, un passé qui apparente son histoire à celle de la France, accentuant les tendances à la ressemblance (communion avec les valeurs républicaines) et gommant les traits distinctifs qui l'éloigneraient de ce processus de "configuration identitaire"[14].

 A partir de 1880, plusieurs mesures de laïcisation sont prises et débouchent sur un conflit avec l'Eglise : expulsion du nonce apostolique puis rupture des relations diplomatiques avec le Vatican. Cette politique libérale, anticléricale et républicaine fait que le pays, marqué par une attitude francophile et profitant de l'absence des monarchies européennes à l'exposition, est un des premiers à répondre à l'invitation de la France.

 "La France républicaine a le courage de fêter, à la face de la terre, le centenaire de la révolution qui a proclamé les droits de l'Homme et la souveraineté du peuple. Nous autres républiques américaines, nous lui devons l'hommage de notre adhésion, nous devons accourir au rendez-vous, notre présence montrera que la liberté a porté ces fruits chez nous, peuple né trente ans après la chute des Tuileries. Le monde monarchique se retire du tournoi, que le monde républicain montre son oeuvre et qu'il fasse voir sa puissance à faire le bien du peuple."[15]

 Participer à l'exposition de 1889 est une manière, pour l'Argentine, de rompre une nouvelle fois avec la structure politique de l'absolutisme espagnol en s'affichant, avec la France, dans le camp des républicains.
 

 L'enjeu économique

 La notion de progrès est au coeur des préoccupations européennes : elle est synonyme de transformation ou de révolution industrielle, véhiculée par le travail et le bien-être. La Tour Eiffel symbolise aux yeux de tous l'avance technique qu'incarne la France.

 Une des significations attribuées au tournoi est celle de s'offrir comme scène du marché mondial où le pays doit prouver que son offre est suffisament attractive pour obtenir les biens qu'il demande.

 C'est pourquoi être présente à cette exposition signifie avoir la stimulante impression d'entrer dans ce monde moderne, devenir le pays leader sur le continent sud-américain et trouver la reconnaissance nécessaire à un devenir économique.[16]

 L'Argentine voit dans l'exposition, qualifiée par Alfred Ebelot de "fête de la science, du travail et de la démocratie"[17], un excellent moyen pour se faire connaître et reconnaître.

 La préparation

 La nouvelle de l'exposition arrive en Argentine par la voie diplomatique :

 "Par un décret du 8 novembre 1884, le Président de la République française a décidé qu'une exposition universelle serait ouverte à Paris le 5 mai 1889 et serait clôturée le 31 octobre suivant."[18]

 En octobre 1886, le Président de la République Argentine désigne une Commission directive de l'Exposition, chapeautée par le Vice-président du Sénat, Antonio Cambaceres. Les commissaires généraux ont la charge d'organiser et de coiffer l'événement.

 La convocation s'étend à tout le territoire afin que, dans chaque province, les commerçants, les industriels, les universités, les collèges envoient leurs produits.

 Des crédits sont accordés par le gouvernement argentin pour résoudre les dépenses d'organisation et de transfert. De plus, des subsides offerts par les pouvoirs publics viennent compléter les sommes versées par le Gouvernement. Ainsi, 3.200.000 frs seront accordés à l'Argentine[19].
 

 L'Exposition

 L'architecture des pavillons

 La France accorde à l'Argentine une place de choix. Le pavillon est situé au pied de la Tour Eiffel, le monument le plus en vue de l'exposition. Sur les 4.185m2 occupés par l'Amérique méridionale[20] en 1889, l'Argentine possède la plus grande surface : 1.600m2.

 Le choix de l'architecture de son pavillon lui permet de se démarquer des autres pays sud-américains et d'affirmer ses prétentions de leader en accentuant certains traits distinctifs. En effet, afin de correspondre à l'image d'un pays moderne et économiquement développé, elle opte pour un style européanisé et même français puisque techniques, architectes et artistes sont de nationalité française, quitte à renier une partie de son passé.

 "De même manière que le Mexique récupérerait son passé indigène au travers de la structure de son pavillon, en forme de pyramide aztèque, la classe dirigeante argentine parviendrait à effacer cette "autre" indigène, porteur d'une culture pauvre qui ne contribuerait pas à la mettre en lumière sur cette scène."[21]

 Dans sa volonté politique et culturelle de s'aligner sur les valeurs et les compétences des puissances industrielles, l'Argentine rejette ce qui fait référence à sa culture indigène. Cette démarche fait écho à la politique suivie par Roca, ministre de la Guerre, qui procéda en 1879 au massacre final des différentes tribus sur le territoire argentin afin d'annexer des terres qui, par la suite, furent attribuées aux immigrants et aux colons.

 L'époque est au fer, objet exposé et procédé d'exposition. Le palais argentin, formé d'une ossature comme celui du Chili et de l'Uruguay, est bâti selon les principes de Formigé. Il est sculpté, peint, travaillé et aménagé par un Gervex, un Hector Leroux, un Besnard ou un Olivier Merson... Construit par l'architecte Ballu (vainqueur du concours ouvert par l'Argentine en 1887), l'édifice est décrit par C. de Varigny comme "un monument grandiose où l'ingénieuse et heureuse fantaisie de l'architecte a semé à profusion des cabochons qu'éclaire le soir la lumière électrique."[22]

 Le pavillon est officiellement inauguré le 25 mai, date considérée comme base de l'histoire argentine.
 

 Production et collection

 Les catalogues[23] constitués durant l'exposition permettent de répertorier, de détailler et d'analyser non seulement les produits exposés mais aussi la provenance et la qualité des exposants. Il existe dix groupes à leur tour divisés en classe ou en sous-groupe[24]. A l'intérieur de chaque classe sont mentionnés le pays et les exposants concernés.

Avec un total de 1473 exposants, l'Argentine est la nation[25] la plus représentée. Elle impressionne les visiteurs frappés par sa production de blé, son cheptel (moutons, boeufs, chevaux) et ses produits d'élevage (viandes, laines, peaux).

 Les groupes qui mettent le mieux en valeur les produits de l'Argentine sont le groupe 2 "Education et enseignement" avec 234 exposants, le groupe 5 "Industrie extractive et produits bruts" avec 350 exposants, le groupe 7 "Produits alimentaires" avec 468 exposants, le groupe 8 "agriculture-pisiculture-viticulture" avec 226 exposants. Les groupes les moins représentés sont le groupe 6 "Industries mécaniques-électricité", avec 41 exposants, le groupe 9 "Horticulture" avec un exposant et le groupe "Economie sociale" qui n'a aucun exposant.

 L'exposition met à l'épreuve l'image que l'Argentine est venue propager en Europe et la place dans une situation où celle-ci doit prouver que son offre est suffisament attirante pour obtenir ce qu'elle demande.

 C'est pourquoi les exposants cherchent à faire découvrir à l'Europe un aspect plus artistique qu'artisanal de leur pays et mettent en valeur les progrès réalisés en matière d'éducation.

 L'Argentine accorde une large place au groupe 2 "Education et Enseignement" et expose du matériel scolaire, des documents, des livres, des brochures en témoignage de la politique éducative de Sarmiento. Elle s'est aussi procuré des oeuvres d'art permettant au public de jeter un oeil sur des tableaux ou des oeuvres littéraires. En revanche, elle renonce à exposer des objets appartenant aux indiens.

 "Elle ne considérait pas opportun d'envoyer ses preuves de curiosités qui ne donnent pas une idée de la capacité de productivité du sol et qui au contraire peuvent contribuer à corroborer l'image déformée qu'ont beaucoup de gens en Europe de notre situation et de notre culture."[26]

 Si l'Argentine expose les nombreuses richesses de son sol et de son sous-sol, ressources qui rendent compte des possibilités de développement industriel, elle est néanmoins peu présente dans les groupes concernant l'industrie et les produits manufacturés.

 La production industrielle nationale se résume le plus souvent à une industrie qui est artisanale (fabrication d'articles de voyage ou d'objets en cuir) et pastorale.

 Cette représentation montre non seulement le retard industriel du pays, même avancé économiquement, mais révèle aussi la fragilité de son économie, incapable de se diversifier suffisamment. L'Argentine est l'exemple type du pays qui importe la majorité de ses produits manufacturés et de son capital et reste un producteur d'aliments et de matières premières. Son progrès économique dépend avant tout d'associations commerciales et d'investissements stables, des grandes puissances externes et des "élites collaboratrices"[27].
 

 Les récompenses

 La consécration passe par la remise des prix qui récompensent les efforts, les progrès et les performances des lauréats. Le pays en est très fier et l'exposant aussi, car c'est un label de qualité que le jury a attribué à ses produits.

 L'Argentine se détache une fois de plus des autres pays du continent sud-américain. Elle reçoit 687 récompenses dont 12 grands prix, 429 médailles, 246 mentions honorables et devance de loin le Chili, l'Uruguay et le Venezuela qui font pourtant partie du peloton de tête avec plus de cent récompenses chacun.

 Lors de l'exposition, l'Argentine confirme son leadership sud-américain et ses capacités à apparaître comme un pays neuf, capable de concurrencer, dans certains domaines, les pays européens. C'est elle aussi qui se montre la plus acquise aux idées françaises. Elle l'exhibe par son architecture, le prouve par l'accueil de 10.000 immigrants français en 1889 et l'entretient par un vaste va-et-vient d'échanges commerciaux et de capitaux. Félicitée par le Président Carnot pour sa participation, elle sera la grande découverte de cette exposition.
 

 Conclusion

L'Argentine profite de l'exposition universelle pour améliorer son image de marque et chercher sa place dans la modernité économique et politique de l'Europe.

 En effet, son ambition est de profiter de l'ampleur de la manifestation pour négocier toute traite favorable à son économie. 1889 donne une nouvelle impulsion à ses activités en lui offrant un large champs de perspectives sur le monde.

1889 montre que l'Argentine est appelée à figurer en première ligne de la production des cérales et de la viande et reste toujours un marché ouvert à l'investissement et au savoir-faire étranger.

 L'Exposition Universelle témoigne aussi du rôle crucial de la France dans la diffusion de références culturelles et politiques en Argentine.

Plus que se référer à la France, elle s'assimile à elle. A cette époque, cette assimilation se perçoit à plusieurs titres et notamment dans la "réécriture" de son histoire. Répétitifs et peu critiques, les discours de 1889 sur l'anniversaire de la révolution de 1789 et l'avènement de la République sont une apologie de l'histoire française sur laquelle l'Argentine construit son passé. De plus, cette mise à l'écart d'une "identité" nationale se confirme dans le choix architectural de son pavillon qui se calque sur les constructions françaises. Les artistes français sont privilégiés au profit des architectes, artisans ou artistes argentins.

 Cette influence renforcée par l'exposition de 1889 et entretenue par le corps diplomatique en place à Paris s'estompera par le bouleversement des valeurs qu'introduira la première guerre mondiale.

 Le pays ne semble pas se rendre compte de l'énorme distance qui sépare ses rêves de la réalité de sa situation. Derrière les potentiels que l'Argentine exhibe à l'exposition apparaît une situation factice et fragile. La perception optimiste d'un avenir chargé de promesses de progrès et de bien-être s'éteint à l'approche du krach financier et de la crise politique des années 1890.

Son image est d'autant plus fragilisée que l'ambition européenne varie en fonction de son engouement ou de ses intérêts économiques et coloniaux pour le continent.

 Il est dès lors clair que l'exposition de 1889 est pour l'Argentine un feu de joie et un lieu de publicité, mais reste avant tout une manifestation du pouvoir et des progrès économiques.


[1] Carlos FUENTES, Géographie du roman, Paris, Gallimard, 1997

[2] Expositions universelles de 1855, 1867, 1878.

 [3] L'Argentine reçoit en 1881 des prêts étrangers pour un total de 56 millions de pesos or et en 1889, 154 millions. Entre 1886 et 1890, les investissements étrangers en Argentine totalisent 668 millions de pesos or contre 150 millions entre 1880 et 1885.

 [4] L'Argentine, le Chili et l'Uruguay s'incorporent à l'économie internationale avec les secteurs de production suivants : agriculture et élevage (viande, cuir, laine, grain) pour l'Argentine et l'Uruguay, économie minière (nitrate, cuivre) pour le Chili.

 [5] Commerce extérieur total de l'Argentine : 104 millions en 1880, plus de 250 millions en 1889. 35 % des échanges se font avec la France. David ROCK, Argentina 1516-1987 desde la colonizacion española hasta Raul Alfonsin, Alianza America, Buenos Aires, 1985.

 [6] L'extension des voies ferrées est triplée en Argentine de 1870 à 1880. Durant la décennie 1880-1890, les principales lignes sont terminées.

 [7] Immigration argentine : 120.842 en 1887, 155.632 en 1888, 260.909 en 1889.

 [8] F.X. GUERRA, "La lumière et ses reflets", in Kaspi A. et Mares A.(dir), Le Paris des étrangers, Paris, I.N., 1989, pp.171-181.

 [9] Ibid.

 [10] La dernière exposition universelle organisée par la France datait de 1878.

 [11] A. ALPHAND, Les expositions universelles, dir. A. Picard, Paris, J. Rothschild, 1892-1895.

 [12] D'une part, l'Argentine entretient des relations à caractère filial : les Argentins sont les fils de la Révolution française, d'autre part, des relations de parité : la République argentine est la soeur de la République française.

 [13] Leticia A. PRISLEI, et Patricio A., GELI, "La fiesta de la revolucion, una celebracion a dos voces", Imagen y recepcion de la revolucion francesa en la Argentina, Comite argentino para el Bicentenario de la revolucion francesa, Buenos-Aires, EMECE, 1990.

 [14] Ibid.

 [15] A.M.A.E., Série A.D.C., doc n°76, Lettre de la Légation française en Argentine au M.A.E., Traduction d'un article de La Prensa, 27.8.1887.

 [16] En effet, malgré le boycottage politique de l'Europe monarchique, des délégations d'industriels anglais, allemands, italiens... représentent économiquement leur pays.

 [17] Ola Garcia CARRICABURU DE D'AGOSTINO,"El primer centenario de la revolucion francesa en la Plata: festejos oficiales y populares", Imagen y recepcion de la revolucion francesa en la Argentina, Comite argentino para el Bicentenario de la revolucion francesa, Buenos Aires, EMECE, 1990.

 [18] AGN, VII, 12-5-1, Lettre de la Légation française au Premier Ministre D.N. Quirno Costa, 28 avril 1887.

 [19] L'Argentine a déboursé la somme de 1.200.000 frs pour la simple construction de son pavillon.

 [20] Argentine, Bolivie, Chili, Colombie, Equateur, Venezuela, Uruguay, Paraguay, Pérou.

 [21] Op. cit., p.4, note 13

 [22] C. VARIGNY (de), "L'Amérique à l'exposition universelle", Revue des deux mondes, 1889.

 [23] Catalogue général officiel, exposition universelle internationale de 1889 à Paris, Lille, Danel, 13 vol.

 [24] Les 10 groupes sont les suivants : oeuvres d'art, éducation-enseignement, mobilier-accessoires, tissus-vêtement, industries extractives-produits bruts, industries mécaniques-électricité, produits alimentaires, agriculture-pisiculture-viticulture, horticulture, économie sociale.

 [25] 423 pour le Chili, 375 pour l'Uruguay, 341 pour le Venezuela, 235 pour la Bolivie, 103 pour l'Equateur, 92 pour le Paraguay, 34 pour la Colombie, 18 pour le Pérou.

 [26] Op. cit., p.4

 [27] David ROCK, op. cit., Alianza America, Buenos Aires, 1985.


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