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Tout phénomène historique a des précédents. La politique en matière d'archives dans notre pays remonte à la période coloniale (création des archives de Simancas en 1545 en Espagne, et des Archives des Indes de Séville en 1785) et au début de la période républicaine durant la présidence de Santander en 1826 et 1832. Enfin, le gouvernement radical de Santos Gutierrez est à l'origine de la création, en 1868, des Archives Nationales. Elles seront ensuite appelées Archives de la Nation ou Archives Annexes (1880), puis Archives Historiques Nationales (1903). Depuis sa création jusqu'en 1989, cette institution a été placée sous la responsabilité de plusieurs ministères qui ne lui ont jamais accordé beaucoup d'attention. Même aux périodes où un concept de conservation favorisant la recherche historique l'emportait, l'insouciance administrative laissait jeter ou vendre au poids du papier une partie importante de la documentation. Dans le meilleur des cas, on entassait les documents sans les ordonner, ce qui rendait impossible leur consultation.
Toutefois, à partir de 1976, une nouvelle dynamique se développe. Elle permet d'augmenter le personnel de 14 à 18 personnes et d'améliorer les salaires. 1977 est déclarée "Année des Archives Nationales" et une campagne est entamée pour les doter d'un bâtiment spécifique. Parmi les facteurs qui ont engendré cette situation figurent les projets de modernisation de l'Etat et de consolidation du patrimoine culturel. Un autre facteur déterminant est sans nul doute à nos yeux la reconnaissance publique du métier d'historien par la création, certes tardive, de cursus d'histoire dans plusieurs universités du pays et, dans le même temps, de la profession d'archiviste.
Nul doute que la loi 80 de 1989 résulte de la dynamique antérieure. Mais ce n'est qu'avec elle que l'on peut parler des débuts d'une véritable politique des archives en Colombie. Cette loi constitue les Archives Nationales de la Nation en tant qu'institution publique nationale disposant de l'autonomie administrative et d'un patrimoine propre. Sa fonction principale est "d'établir, d'organiser et de diriger le Système National des Archives", caractérisé par un programme spécial de coopération inter-institutionnelle de toutes les archives publiques et privées du pays. L'institution coordinatrice nationale -les AGN- établit des accords avec les entités qui font partie du système afin d'unifier les normes et les procédés de conservation, et d'établir des échanges d'informations et d'expériences. Dans l'étape initiale actuelle, les AGN assument des fonctions qui devront par la suite être assurées ou partagées par des instances décentralisées.
La dynamique politique et sociale a entraîné la promulgation d'une nouvelle constitution par l'Assemblée Nationale en 1991. En matière de patrimoine culturel, ce texte établit une série de principes constitutionnels qui renforcent la politique d'archives. En effet, deux des principes essentiels de la Constitution sont les droits de réclamation et d'information en vertu desquels toute personne, pour des raisons d'intérêt général ou personnel, peut demander des informations aux institutions ou personnes qui agissent au nom de l'Etat. La Constitution souligne en outre l'aspect exceptionnel que doit revêtir la réserve d'information. Ne peuvent être interdites aux particuliers que les informations contenues dans des documents réservés de façon explicite par la Constitution ou par la loi. On y trouve ainsi les documents relatifs à la sécurité ou à la défense de l'Etat. Aucune autorité ne peut de manière arbitraire refuser une demande d'information. Si un particulier estime que son droit en la matière a été lésé, il peut s'adresser au tribunal administratif. La Constitution de 1991 promulgue également la protection des richesses culturelles (ethnographiques, archéologiques et documentaires) et la liberté de recherche. Outre la réserve légale de 30 ans, existent cependant des restrictions à la consultation directe pour raisons de conservation. Mais, dans ce cas, les archives ont l'obligation de fournir l'information contenue dans les documents par l'intermédiaire d'un système de reproduction.
Dans le même temps, le conseil d'administration des Archives Nationales de la Nation a adopté des statuts qui précisent ses objectifs, tout particulièrement la définition de la politique nationale des archives et la coordination du Système National d'Archives. Quant à ses fonctions, elles sont définies comme suit :
- la sauvegarde du patrimoine documentaire et sa mise à disposition du public,
- la sélection, l'organisation, la conservation et la divulgation des fonds,
- le soutien à la recherche à partir des sources primaires,
- l'établissement de relations et d'accords de coopération avec les archives et les institutions étrangères éducatives, culturelles ou de recherche.
En 1992, le siège des Archives Générales de la Nation a été inauguré dans le centre historique de Santa Fé de Bogotá. Il est prévu que ce symbole de la consolidation institutionnelle de la nouvelle politique d'archives conserve la documentation historique jusqu'en 2030. Cette même année 1992, un projet de règlement a commencé à être élaboré grâce aux études de spécialistes des théories actuelles en matière d'archives et en référence aux expériences d'Etats ayant des traditions culturelles, administratives et des politiques d'archives similaires à celles de la Colombie (Mexique, Espagne, Cuba, Costa Rica et Brésil). Les paramètres du Programme Général de Gestion des Documents et d'Administration des Archives pour les Systèmes Nationaux élaboré par l'UNESCO ont aussi été adoptés. Durant deux ans, des projets ont été rédigés puis discutés lors du premier et du second séminaire du Système National des Archives. Et ce n'est qu'en juin 1994 que le Conseil d'Administration des AGN a approuvé le texte définitif du Règlement Général des Archives.
Ce règlement souligne la responsabilité sociale des Archives qui ont pour fonction institutionnelle de générer et/ou de renforcer la conscience et l'identité nationales. Un rôle clé doit ici être joué par les agents du service public. On donne à ce terme une large acception car il inclut non seulement les agents de l'Etat, mais aussi le personnel des entités privées qui fournissent un service public.
Les principes de base du Règlement sont ceux de "cycle de vie du document" et d'"archives totales". Ces deux principes sont liés, puisque tandis que le premier concerne les différentes étapes de l'existence d'un document (depuis son élaboration et/ou sa réception dans un bureau et sa conservation temporaire jusqu'à son élimination ou son intégration dans des archives permanentes), le second désigne le type d'archives qui correspond à chacune des étapes du cycle (archives actives ou de gestion, archives intermédiaires ou centrales, et archives permanentes ou historiques). Les archives maintiennent leur fonction de centre de dépôt des sources primaires destinées à la recherche historique. Mais elles retrouvent aussi leur fonction administrative, qui devient leur fonction essentielle puisqu'elle signifie que les documents peuvent ainsi servir de témoignage, de source de consultation, d'argumentation, de cohérence et de continuité pour les actes de l'administration. Enfin, les archives permettent aux particuliers d'avoir accès à l'information.
L'historien peut considérer comme sacrilège l'éventualité de l'élimination d'un document. Cependant, l'objectif de l'évaluation de celui-ci visent à faire disparaître les pratiques courantes évoquées précédemment, telles que l'élimination ou la vente de la documentation sans aucun critère de discrimination ou encore l'accumulation indistincte, sans aucune classification, de paquets de documents impossibles à consulter. Pour régulariser cette mission, le Règlement comprend la création d'un Comité Evaluateur de Documents, chargé d'analyser la valeur des documents sur le plan de la recherche, de la science et de la culture. Une fois que la conservation permanente du document a été décidée, on doit élaborer un plan de transfert aux archives qui les concernent, comportant l'identification des séries et la typologie des documents.
Le règlement stipule également les conditions d'accès et de consultation dans les établissements faisant partie du Système National des Archives. L'accès est libre et gratuit pour le public. Les chercheurs désireux de consulter les documents doivent demander une carte professionnelle, gratuite et valable dans toute les archives faisant partie du SNA. On constate toutefois quelques réticences dans l'application de cette dernière disposition. Cette carte peut être obtenue en fournissant deux photographies, une pièce d'identité et une lettre de présentation de l'université ou de l'institution de recherche ou, à défaut, des photocopies de diplômes de licence, de maîtrise, de DEA ou de doctorat. La carte est délivrée en cinq jours ouvrables mais, avant même de l'obtenir, on a le droit de consulter les index, les catalogues et éventuellement les fonds. Bien que soit recommandé l'établissement d'un "horaire qui facilite et garantisse la consultation et la recherche", celui-ci dépend des archives elles-mêmes. Les AGN, par exemple, sont ouvertes du lundi au samedi de 8 heures à 17 heures.
Les archives disposent de leur propre règlement, mais une des normes générales concerne la reproduction des documents. Cependant, en l'absence de matériel reprographique, cette norme ne peut-être remplie. C'est pourquoi, les Archives mènent actuellement une campagne intense de microfilmation ; mais elles n'ont pu, pour le moment, microfilmer que 15 % de leur fonds documentaire. L'Espagne a lancé un projet ibéroaméricain de reproduction digitalisée de la documentation. Les AGN ont entrepris en août 1997, l'exécution de ce programme et l'objectif est d'éditer les différents fonds sur CD-Rom, bien que l'on considère que leur accès par Internet surchargerait le serveur. En ce qui concerne les besoins les plus courants, le règlement établit la possibilité d'obtenir les reproductions sollicitées, dans la mesure des disponibilités techniques et en fonction de l'état de conservation du document.
Dans le but de continuer à consolider les archives en Colombie, le Conseil d'Administration a lancé le Plan Stratégique des AGN, couvrant la période 1995-1998, intitulé Vers une politique des Archives. La plus grande partie de ce projet souligne l'importance des archives pour les fonctions administratives de l'Etat. Nous relèverons ici les objectifs et stratégies qui concernent directement la recherche historique. Les AGN proposent à cet effet :
- la récupération du patrimoine documentaire colombien jusqu'au XIXème siècle, par l'acquisition d'archives publiques et privées,
- la réalisation complète de l'inventaire ou recensement national des archives[1],
- l'augmentation des procédés de reprographie pour garantir la sécurité et faciliter la diffusion des fonds documentaires,
- la création d'incitations à la recherche à partir des sources primaires par la publication d'instruments de consultation tels que les index et catalogues systématiques[2],
- l'élaboration d'une liste des usagers et d'un profil de l'usager moyen,
- la création d'une listes des chercheurs afin de faciliter la communication entre chercheurs du même domaine (tâche rendue difficile par la réticence des chercheurs eux-mêmes),
- la publication de travaux réalisés à partir des sources primaires[3],
- la participation à l'organisation et au déroulement de manifestations importantes pour l'activité historique (les AGN contribuent à ce titre à l'organisation des congrès d'histoire et réalisent des rencontres et des conférences à leur nouveau siège).
La promulgation de ce Règlement est un grand pas pour le développement des archives en Colombie. Mais il faut maintenant élaborer et approuver une loi-cadre pour la politique nationale des archives. Le Conseil d'Administration et ses assesseurs juridiques ont pour objectif la rédaction et la présentation au Congrès d'un projet de loi. Il espère ainsi unifier les dispositions et les normes existantes concernant les archives pour consolider de la sorte sa politique du patrimoine documentaire en Colombie.
[1] On peut consulter aux AGN celui qui a été réalisé jusqu'à maintenant.
[2] 27 ont déjà été réalisés.
[3] Certains titres ont déjà été publiés.
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Copyright © 1997 - Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH - ISSN 1245 - 1517