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L'observation attentive de l'état de la question par rapport
à ce procès judiciaire révèle, d'une manière
générale, une extrême pauvreté dans l'étude
de cet objet. Un examen sommaire de ce qui a été publié
montre que :
- Du point de vue strictement documentaire et chronologique, ce dossier
a été mis à jour en trois étapes. En 1925,
Ricardo Vejarano publie en Colombie sa découverte du Rapport que
le Gouverneur intérimaire de la province du Venezuela, Juan de Casas,
le regente visitador de l'Audience Royale de Caracas, Joaquín
de Mosquera y Figueroa et enfin, l'Oidor de l'Audience Royale de
Caracas, Antonio Julián Alvarez, ont adressé au roi d'Espagne
le 20 juin 1809. Quelques années plus tard, en 1949, l'Institut
Panaméricain de Géographie et d'Histoire publie les troisième
et quatrième cahiers des 23 que constituent le procès. Postérieurement,
en 1968, le même Institut édite la documentation complète
en deux volumes, transcrite de l'Archivo de Indias[3].
- En ce qui concerne le nom qu'on a attribué à ce mouvement,
"Conjuration de 1808" ou "Conspiration des Mantuanos"[4],
il semble que ce soit là le résultat du traitement historiographique
puisque la relation documentaire n'indique nulle part que l'action est
qualifiée par les acteurs participants -les autorités qui
dirigent le procès, les avocats de l'Audience, les témoins,
signataires et promoteurs ayant reconnu leur responsabilité- comme
une "conjuration" ou une "conspiration". Le terme repris in extenso
dans les diverses déclarations et confessions qualifie l'action
entreprise d'"essai", de "projet" ou d'"intention" de "formation d'une
Junte Suprême". Les expressions "conjuration" et "conjurés"
sont employées postérieurement par José Domingo Díaz
dans ses Souvenirs de la Rébellion de Caracas pour qualifier
ce qui c'était passé, bien que celui-ci ne se trouvait pas
à Caracas au moment des faits[5].
Bien plus tard, ce sont les personnes chargées de réunir
les documents du procès qui reprennent ces termes pour désigner
les divers recueils de sources.
- Dans un troisième temps, si l'on observe de façon générale
les différents travaux, on peut signaler la lecture anachronique
qui nous est proposée par le traitement historiographique qui évoque
l'argument classique du "germe", résultat en grande partie de notre
téléologisme émancipateur, c'est-à-dire du
lieu commun qui considère que l'indépendance absolue est
déjà présente dans l'esprit de ces "mantuanos".
Les travaux de Vejarano, Brice, Juan Uslar et du comité de l'Institut
Panaméricain de Géographie et d'Histoire vont dans ce sens[6].
On peut ajouter à cette liste le Diccionario de Historia de Venezuela
qui classifie le mouvement comme pré-indépendantiste, bien
qu'on le distingue comme "prolégomène" à l'Indépendance[7],
distinction qui semble le situer comme fondement du processus postérieur
de l'Indépendance absolue. Peut-être ne faut-il pas rejeter
cette proposition si l'on considère la référence que
fait José Domingo Díaz au sujet de sa conversation avec José
Félix Ribas en 1811, relative aux véritables intentions des
"conjurés"[8].
- Enfin, il faut signaler l'analyse particulière proposée
par Caracciolo Parra Pérez sur le sujet, qui n'interprète
pas le mouvement comme une indépendance "avant la lettre", mais
au contraire réfléchit finement pour l'insérer dans
le contexte international des luttes entre la France, l'Angleterre et l'Espagne
et des événements strictement péninsulaires. Cependant,
Parra Pérez analyse, conjointement à l'environnement provincial,
l'émergence de conflits entre l'élite constituée par
"des membres de l'oligarchie hispano-créole", combinée à
la conspiration contre les autorités espagnoles du "parti des gens
jeunes", "des jeunes nobles et de la haute bourgeoisie" de Caracas qui
depuis le début du siècle se réunissaient dans le
salon des Ustariz[9].
La "Conjuration de 1808", connue aussi comme "Conspiration des Mantuanos", est la tentative menée à bien par un groupe de "patriciens" résidant à Caracas pour "former une Junte comme celles d'Espagne"[11]. Ce mouvement s'inscrit dans le contexte de la crise politique engagée dans la péninsule avec l'abdication de la couronne à Bayonne et la nomination de Joseph Bonaparte comme roi d'Espagne et des Indes par son frère Napoléon Bonaparte. En considérant les faits advenus, ce que l'on désigne littéralement comme la Conjuration de 1808 culmine en une représentation, en date du 22 novembre de cette année, que 45 des "principaux" habitants de la ville de Caracas ont signée, où ils ont manifesté au Gouverneur intérimaire de la province du Venezuela, Juan de Casas, la nécessité de la "formation d'une Junte suprême, subordonnée à celle, souveraine, de l'Etat, exercée dans cette ville (Caracas) par l'autorité suprême, en attendant que notre bien aimé roi Ferdinand VII retrouve son trône"[12]. L'esprit général du texte de cette représentation peut se comprendre dans le cadre de la période initiale de ce que F. X. Guerra a appelé "le patriotisme blessé", qui a connu sa période de plus grande ampleur, tout au moins en ce qui concerne la Capitainerie Générale du Venezuela, entre avril et juin 1808[13]. Parmi les motifs invoqués par les signataires, il y a non seulement la volonté des juntes constituées dans les capitales des provinces de la métropole pour défendre "la religion, le roi, la liberté et l'intégrité de l'Etat", mais aussi le fait que "les provinces du Venezuela n'ont ni moins de loyauté, ni moins d'ardeur ou de constance que celles de l'Espagne européenne..."[14].
Le document en question a été remis au Gouverneur Casas dans l'après-midi du 21 novembre 1808 par le Marquis del Toro et Andrés de Ibarra[15]. Trois jours plus tard, dans la nuit du 24, les autorités locales ont procédé à l'arrestation d'une grande partie des signataires[16], à qui l'on a intenté par la suite un procès judiciaire à cause de l'action entreprise ; procès qui a été conduit par le regente visitador Mosquera, Juan de Casas et l'auditeur Julián Alvarez. Cette représentation constitue l'expression finale d'une série d'événements dont les premières étapes remontent au mois de juillet 1808 avec le premier serment que la ville de Caracas a prêté à Ferdinand VII le 15 juillet 1808, de façon hâtive, à la fin de la journée et sans la solennité de rigueur[17]. Ce serment s'est tenu d'ailleurs au milieu de l'incertitude et le manque de nouvelles[18] sur la situation de la péninsule, à l'occasion de l'arrivée de la mission française à bord du brigantin Serpent, conduite par le lieutenant Paul de Lamanon qui s'est présenté devant le gouverneur Casas avec les documents (parmi lesquels on trouve des Gacetas espagnoles et françaises) et les papiers annonçant la fin de la dynastie des Bourbons et l'accession au trône d'Espagne et des Indes de Joseph Bonaparte.
Si nous suivons attentivement les événements, avec le mouillage dans le port de la Guaira de la mission française à bord du Serpent et l'arrivée quasi simultanée du Capitaine Beaver -envoyé de la mission anglaise en provenance de CuraÁao à bord de la frégate Acasta et chargé de faire part de la récente alliance entre la Grande Bretagne et l'Espagne contre l'ennemi commun, Napoléon-, l'incertitude autour des nouvelles parvenues est allée grandissant et, par conséquent, il en est allé de même pour la conduite et l'interprétation de celle-ci parmi les différents acteurs et secteurs affectés. D'une part, en raison de la présence des émissaires français arrivés à bord du Serpent avec les documents mentionnés et la pression des habitants de Caracas, le serment pour Ferdinand VII s'effectue en toute hâte dans l'auberge "El Angel" -le seul lieu qui servait à l'époque d'hôtel, de restaurant et de taverne- suite à la discussion engagée entre les émissaires français et quelques jeunes et des officiers espagnols présents : Diego Jalon, Diego Melo et Martín Tovar y Ponte[19]. D'autre part, le gouverneur et capitaine général de la province, Juan de Casas, reçoit "avec une certaine froideur" l'émissaire anglais, le capitaine Beaver, et le fait dans des circonstances particulières, la ville étant très agitée suite à la présence des émissaires français et à la fois enthousiaste en raison de l'alliance récente entre la Grande Bretagne et l'Espagne, attitude qui trahit chez Casas un possible afrancesamiento ou tout au moins son absolue pusillanimité[20].
Les événements qui se sont succédés entre
le 15 juillet 1808 et l'après-midi du 24 novembre de la même
année -c'est à dire quatre mois plus tard-, date à
laquelle un groupe de notables, représentants du groupe de signataires
parmi lesquels on trouvait le Marquis del Toro, a remis une représentation
au gouverneur Casas, ont été suffisamment décrits
par Parra Pérez, pour que nous ayons pas à les reproduire
à nouveau. Cela dit, il convient de souligner les cinq étapes
importantes qui se sont succédées tout au long de ces quatre
mois :
- En premier lieu, l'initiative de constitution d'une "Junte à
l'instar de celle de Séville" revient au gouverneur Casas lui-même
qui, au cours de la session du 27 juillet 1808, demande au Cabildo
de Caracas "de se prononcer sur cette affaire délicate"[21].
De fait, le Cabildo s'est réuni le jour suivant et a proposé
la constitution d'une Junte -la formulation revient aux regidores
López Mendez et Echezuria y Echeverria- de 18 membres parmi lesquels
on compte le capitaine général, l'archevêque, le régent
Mosquera, le fiscal de l'Audience royale, l'intendant de l'armée
et des finances, le sous-inspecteur de l'artillerie, le commandant du Génie,
les députés du Cabildo, ceux du Cabildo ecclésiastique,
des membres du corps des cosecheros, du groupe des
commerçants, de la noblesse, de l'Université, du collège
d'avocats, du clergé séculier et régulier, et du peuple[22].
Signalons le caractère traditionnel de cette constitution de junte,
puisque, comme le souligne F. X. Guerra, le fait de faire appel au peuple
n'est pas un signe distinctif d'une politique moderne. "Peuple", dans ce
contexte, se réfÈrant alors au "peuple très concret
et complexe de la société traditionnelle : les nombreux groupes
sociaux qui n'appartiennent pas au monde des privilégiés"[23].
Le projet de Junte ainsi conçu et approuvé par le cabildo
ne s'est finalement pas réalisé, puisque le gouverneur Casas
l'a abandonné. Cette requête a été interprétée
par les historiens, tel Parra Pérez, en citant comme référence
les Mémoires d'Urquinaona, comme un jalon essentiel de ce
qui, vu rétrospectivement, a conduit à l'inévitable
dissolution[24].
- Deuxièmement, peu après la requête du gouverneur,
des "Juntes" commencent à être célébrées
au sein de ce que la documentation archivistique disponible décrit
comme la "cuadra Bolívar" ou maison de Bolivar (certains
se référant à Vicente, l'aîné, d'autres
à Simón), située dans les environs du Guaire, où
l'on discutait la possibilité de former une Junte "dans le but de
réformer le gouvernement, remplacer les autorités établies
et proclamer l'indépendance, au nom de laquelle on disait qu'on
buvait dans les dîners qui se tenaient dans cette ville"[25]
; dîners qui étaient parfois préparés grâce
aux femmes ou dans les maisons de certaines d'entre elles[26]
et où l'on évoquait surtout les "matières de l'Etat"[27].
- Troisièmement, en août de cette même année,
Caracas a affirmé sa subordination à la Junte Suprême
de Séville suite à l'arrivée de son émissaire,
José Meléndez, qui a apporté des nouvelles encourageantes
en ce qui concernait la situation de la péninsule[28],
celle-là ayant tiré profit de la confusion générale
pour se présenter comme "le gouvernement légitime de toute
la Monarchie, précisément pour éviter la formation
de juntes en Amérique"[29].
- Quatrièmement, dans cette conjoncture, la lettre que Francisco
de Miranda a écrite au Marquis del Toro (20 juillet 1808), lui conseillant
de profiter des circonstances pour que les Cabildos assument la
responsabilité du pouvoir et envoient des émissaires en Angleterre,
a représenté un indice qui a été interprété
comme un facteur d'"alerte" par les autorités royales[30].
C'est le marquis del Toro qui a rendu compte de la lettre du "perfide traître"
au capitaine général de la province[31].
- Cinquièmement, la mesure de l'arrestation prise par le gouverneur
Casas contre les principaux signataires de la représentation semble
avoir été motivée par "l'agitation publique" qui régnait
à Caracas, dont l'expression la plus visible était l'adhésion
de fidélité manifestée par les capitaines des compagnies
des Pardos de Caracas, des vallées d'Aragua et Valence, qui
sont intervenus activement contre les instigateurs de la représentation,
mais aussi dans les pasquins affichés sur différents murs
de la ville contre les signataires[32].
A ce sujet, on peut attirer l'attention sur le fait que ce soient justement
les compagnies de pardos qui ont pressé les autorités
à intervenir. En ce sens, deux facteurs peuvent avoir été
déterminants : d'une part, les conséquences des "machinations"
du Regente Visitador Mosquera qui est accusé au milieu de ce procès
de pousser les pardos contre les blancs, ce qui est confirmé
par certains témoignages[33]
; cela dit, d'autre part, il ne faut pas omettre de mentionner le vieux
conflit entre les milices de blancs et celles de pardos, surtout
quand on sait qu'une grande partie des signataires de la représentation
appartenaient au bataillon des milices blanches de Caracas et non pas de
celles des vallées d'Aragua[34].
Nous avons été attentifs au procès de la conjuration en raison de son importance pour l'étude de l'essor de nouvelles formes de sociabilité, dans la mesure où il met en lumière les pratiques sociales de réunion et les différents usages du terme "public" et des locutions différentes.
Que révèle donc le procès de la représentation ? Quelle est sa particularité ? Au-delà d'une masse abondante de déclarations de témoins, confessions et rétractations, on remarque que tous les participants, témoins et accusés appartiennent précisément à cette élite urbaine : des propriétaires terriens héritiers des titres de noblesse castillane (le Conde de Tovar, le Conde de San Javier, le Marqués del Toro), d'autres propriétaires terriens (José Félix Ribas, Juan Nepomuceno Ribas, Mariano Montilla), des commerçants originaires des Canaries ou du pays basque (Fernando Key-Muñoz, José Vicente Galguera, José Bernardo Mintegui), des fonctionnaires de l'illustre Ayuntamiento (Nicolás de Anzola), des avocats du Collège d'avocats de Caracas et des membres de la Real Audiencia de Caracas (l'Oidor honorario Antonio Fernández de León, l'Alguacil mayor Pedro Palacios y Sojo).
Nous souhaitons aussi attirer l'attention sur la portée limitée de ce mouvement. En effet, ce mouvement était proprement urbain : il n'a pas dépassé la circonscription constituée par l'axe Caracas-vallées d'Aragua, atteignant à peine la petite ville de Maracay. Même en considérant le contexte de méfiance envers le gouverneur Juan de Casas, suite à son inclination afrancesa qui a déclenché de vives démonstrations d'adhésion et de fidélité à Ferdinand VII dans le reste des villes et des villages de l'intérieur des autres provinces, il n'y a pas eu cependant d'extension des tentatives "juntistes" dans ces endroits.
D'autre part, en évoquant le projet de Junte, il faut se remettre en mémoire toutes les étapes, depuis juillet -date de la visite des émissaires français, de l'envoyé anglais et du serment prêté en hâte à Ferdinand VII-, en passant par la reconnaissance de la Junte Suprême de Séville par l'Audiencia, et plus généralement par la province toute entière en août 1808 jusqu'aux actions engagées par ces patriciens pour constituer une junte comme celles de la métropole. Dans cet intervalle, le procès distingue et enquête sur deux types de projet de junte : celui qui se dégage des réunions tenues pendant le mois de juillet au sein de la cuadra Bolívar, et l'autre qui est esquissé dans les "assemblées" tenues au mois de novembre de cette même année dans la maison de José Félix Ribas.
En ce qui concerne les stratégies de défense pendant le
procès, il est important de distinguer deux types d'arguments qui
sont présentés par les témoins et certains participants.
L'un, crucial, de type "pactiste", c'est-à-dire qu'il suppose une
rupture avec la théorie absolutiste, indépendamment de la
tradition de pensée de laquelle il s'inspire (néo-scolastique
espagnole, anciennes lois du royaume ou souveraineté dans le sens
moderne du terme[39]),
a été employé, semble-t-il[40],
par l'Oidor honorario Antonio Fernández de León qui
est alors accusé d'être l'un des principaux instigateurs du
projet et d'avoir rédigé la représentation de novembre.
Les témoins l'accusent de s'être prononcé contre l'Audience
dont il était membre, en reconnaissant la Junte Suprême de
Séville sans en avoir l'autorité puisque l'Audience n'est
"qu'un tribunal conservateur des lois et que seul le peuple avait autorité
pour ces actes" et "que la dite Junte de Séville n'avait pas autorité
pour se faire reconnaître en tant que telle puisqu'elle-même,
dans les circonstances dans lesquelles se trouvait la monarchie,
se trouvait dans les provinces d'Amérique pour exercer la Suprême
Souveraineté". La formulation de type "pactiste"- c'est à
dire le fait qu'en raison des circonstances particulières de la
péninsule, le peuple ait "à nouveau assumé légalement
le pouvoir de créer un gouvernement"- a déjà été
employée par la Junte Suprême de Séville en plaidant
pour "la nécessité indispensable d'un gouvernement civil"
pour toute la Nation, ce qui a été exprimé dans le
Manifeste émis par la dite Junte le 3 août 1808, auquel se
réfère Antonio Fernández de León[41].
D'autre part, Antonio Fernández de León est également
accusé de s'être prononcé contre le gouverneur Casas
qui n'aurait pas dû déclarer la guerre à la France
et signer la paix avec l'Angleterre "parce que cela incombait exclusivement
au peuple"[42].
Il est important de rappeler que les supposées "affaires scandaleuses"
évoquées par l'Oidor honorario ont été
dites et entendues à Maracay, ville dans laquelle il s'était
retiré pour s'occuper de ses haciendas.
L'argument "pactiste" est également exprimé dans la représentation
elle-même, celle remise au gouverneur intérimaire par le Marqués
del Toro et Andrés de Ibarra, dans laquelle la "très noble"
Caracas établit contre la "félonie" napoléonienne
qu'elle :
"a observé attentivement les pas effectués par la nation
en Europe, ses triomphes, son énergie et son opinion à l'égard
de toutes les nations du monde et en a déduit, en conséquence
que tous ces effets, sous la protection divine, sont dus au vote général
des peuples, expliqués par le biais des Juntes qui se sont formées
dans les villes principales et que l'on appelle Suprêmes dans les
capitales de provinces. Sur ces Juntes a reposé et repose le
noble effort de la Nation pour la défense de la Religion, du Roi,
de la liberté et l'intégrité de l'Etat, et ces mêmes
Juntes le soutiendront sous l'autorité de la Junte Souveraine Centrale
dont on nous assure que l'établissement a eu lieu. La province du
Venezuela n'est ni moins loyale, ni moins ardente, ni moins courageuse
ou constante que celles de l'Espagne métropolitaine (...) ; nous
croyons d'absolue nécessité que soit menée à
terme la résolution de Monsieur le Président Gouverneur et
Capitaine Général, communiquée à l'Illustre
Ayuntamiento, pour la formation d'une Junte Suprême dans cette ville
qui exerce l'autorité suprême en subordination à la
Junte Centrale d'Etat, en attendant que notre bien-aimé roi Don
Fernando VII retrouve le trône (...) Par conséquent, (...),
nous jugeons comme moyen le plus adéquat l'élection et
la constitution de représentants du Peuple qui traitent personnellement
avec le Señor Presidente General et le Capitaine Général
de l'organisation et de la formation de la dite Junte Suprême (...)"[43].
La résolution évoquée dans le texte cité se réfère à la sollicitude déjà mentionnée faite par Casas quatre mois plus tôt, le 27 juillet 1808, à l'Ayuntamiento de la ville[44]. L'esprit et le style de cette représentation s'inscrivent dans ce que Guerra appelle le "patriotisme exalté" des réactions américaines, qui pour le reste ressemblent beaucoup à celles de la péninsule : en l'absence du Roi, on imposait la nécessité de former des juntes qui représenteraient la souveraineté assumée à nouveau par le peuple[45].
L'autre type d'argument suit une ligne distincte et d'un point de vue chronologique, précède les tentatives de formation de la Junte qui se sont produits en novembre, bien que pendant l'audition des témoignages du procès, les deux stratégies se superposent. Celle-ci se dégage à partir de la manière dont sont perçues et qualifiées les réunions qui se sont tenues peu avant l'arrivée de l'émissaire de la Junte de Séville, José Meléndez -et qui se sont poursuivies avec plus de ferveur peu après son arrivée- dans la cuadra Bolívar comme il est précisé dans les documents, et la manière dont est interprété le projet même de la Junte. Certains témoignages voient dans les "juntes" ou réunions de la cuadra Bolívar une sorte de "Congrès des Créoles" -comme ils l'appelaient-, aux moeurs débridées non seulement en raison de "l'excès de boisson" et de la "présence de femmes" mais aussi parce qu'on y parlait "d'affaires d'Etat" et que l'on "trinquait en faveur de l'Indépendance" ; accusation qui s'inscrit et est interprÈtée par certains témoins à la lumière du fait que les deux Bolívar (Juan Vicente et Simón) partageaient l'idée que la Province n'aurait pas dû reconnaître la Junte Suprême de Séville. En même temps, d'autres témoins voient dans le projet même de formation de la Junte du mois de novembre la prétention d'obtenir "l'Indépendance de la métropole" ou la "séparation des provinces de celle-ci", de "réforme de gouvernement" et même d'agir "en accord avec Francisco de Miranda"[46], intention que certains témoins dégagent des "conversations dangereuses" qu'avait tenues le Colonel anglais John Robertson lors de sa visite commerciale dans la province et en particulier lors de ses fréquentes visites chez Monsieur Luis Delpech[47].
Nous attirons l'attention sur le fait que l'indépendance qui est mentionnée, que ce soit par les témoins ou encore la négation de celle-ci lors des aveux des accusés lors du procès, ne se réfère pas seulement à la lutte contre l'envahisseur de la péninsule ; au contraire, elle semble renvoyer à au moins deux aspects : d'abord le remplacement des autorités espagnoles par des criollos ; ensuite, la séparation des provinces américaines de la péninsule et la possibilité éventuelle de "(nous) gouverner en république comme on le fait en d'autres lieux"[48], qui a un sens bien différent du premier, qui ne correspond pas à celui employé couramment dans le contexte de cette période, c'est à dire l'indépendance contre les envahisseurs ou usurpateurs français[49].
De quoi ces personnes sont-elles accusées ? Dans l'énoncé
des charges[51],
nous pouvons lire la "peur" des autorités qui ont ouvert le procès.
Nous privilégierons ici deux types de peurs qui surgissent à
partir des charges elles-mêmes. D'une part, l'usage de la locution
"public" ; d'autre part, et lié au premier aspect, le type de réunions
que ces autorités considèrent comme suspectes. Examinons
ces deux points.
Le procès révèle, d'un point de vue linguistique,
une diversité d'usage lorsqu'il s'agit, pour les autorités
chargées de l'enquête comme pour les témoins et accusés,
de qualifier ce qui appartient au domaine du public. Nous trouvons, en
effet :
1. Public comme équivalent d'informations sûres, notoires
et connues de tous, acquises par "ouï-dire", "de vive voix", "parce
que c'est chose notoire", "parce que c'est public et notoire" ; et qui
concernent les actions ou expressions de tel, tel ou tel. Il convient de
noter que cet usage du public ne mentionne pas de "lieu" social spécifique
pour l'acquisition de cette connaissance des choses notoires.
2. Public comme synonyme de conversation, et qui comprend aussi bien
les conversations privées que publiques.
Les conversations privées renvoient à l'espace des maisons
ou les auberges de particuliers. Quant aux conversations publiques, elles
font référence à différents types "d'espaces"
:
- "les cercles de la maison de la Société", sachant que
par cette expression, il était fait référence au siège
du Real Consulado, et plus spécifiquement à la salle
de réunion de la Junta económica de ce Tribunal, laquelle
faisant "office de société patriotique"[52].
- la boutique et/ou la pulpería d'un tel, le magasin
ou la bodega de tel autre, mais aussi les "corrillos" de
l'angle de la rue qui descend vers la Cathédrale ou de la rue des
Canastillas, ou encore dans l'Auberge El Angel.
3. Public comme équivalent de "sédition".
Dans cette troisième acception, il est fait référence,
dans les actes du procès, à la commotion de la ville, à
"l'agitation des esprits", à la "perturbation de toutes les classes",
à "l'inquiétude et à la méfiance du peuple",
aux "pasquins" qui ont été apposés dans des lieux
publics exhortant les autorités à réagir. S'y s'ajoute
la représentación que les compagnies de Pardos
de Caracas, de Valencia et des Vallées d'Aragua remettent au Gouverneur,
lui demandant de sévir contre les auteurs du projet de Junte.
4. Public employé en référence à deux "séries"
de réunions :
- La première renvoie à ce que les témoins qualifient
de "Congrès", de "Congresillo de Criollos" ou de "Junte de
Créoles", en référence aux juntes célébrées
en juillet 1808 dans le salon de Bolívar, déjà mentionnées.
A ces juntes participèrent, entre autres : Mariano Montilla, les
deux Bolívar (Juan Vicente et Simón), les frères Ribas
(José Félix et Juan Nepomuceno), le Marqués del Toro
; l'alguacil mayor de l'Audience, Pedro Palacios ; l'Alférez
Real, Feliciano Palacios, Narciso Blanco, José Ignacio Palacios,
Francisco Palacios ; le Teniente de Gobernador, Juan Jurado ; le
docteur Vicente Tejera, Vicente Salias, José Bernardo de Aristeguieta,
Vicente de Ibarra, Felipe Martínez, Martín de Herrera.
Dans ces réunions dans la maison de Bolívar, le plus
important réside dans le fait d'une part qu'elles aient été
perçues publiquement en tant que "Congrès de Créoles"
en raison de qualité de "créoles blancs" de leurs participants
et, d'autre part, que l'on ait dit publiquement à leur propos (dans
l'Auberge El Angel, par exemple) qu'elles étaient des "juntes révolutionnaires".
Il est également signalé dans les actes du procès
que des femmes assistaient parfois à ces assemblées, ou alors
qu'elles avaient lieu dans des maisons appartenant à des femmes[53].
- La seconde "série" de ces assemblées ou juntes désignent
celles qui se réunissaient dans la maison de José Félix
Ribas et auxquelles ont participé parfois plus de 40 personnes.
Dans cet usage du terme public, il convient de détacher l'emploi
fréquent qu'il est fait des deux termes par les témoins,
les accusés et même dans les oficios et documents annexes
du procès, pour qualifier ce type de réunion. L'idée
du public se trouve associée ici au scandale en raison du caractère
prétendument "occulte" ou "secret" avec lequel elles ont eu lieu.
Association qui semble être fondée sur quatre éléments
:
a. Les réunions ont été organisées sans
autorisation du Gouvernement ;
b. Elles ont été célébrées à
des heures inhabituelles ou alors elles duraient jusque tard dans la nuit
;
c. Des "espions" avaient été postés à l'extérieur
de la maison où avaient lieu les réunions au cas où
des fonctionnaires du gouvernement se seraient trouvés là
pour en écouter les propos ;
d. Au moins une de ces réunions s'est déroulée
portes et fenêtres fermées[54].
Enfin, il convient d'attirer l'attention sur l'emploi, très
limité et pour le moins indifférencié, du terme tertulia
de la part des acteurs ayant participé aux deux projets de juntes.
La masse documentaire concernant le procès ne contient que trois
formes d'usage :
Celui employé dans la déclaration et instruction du témoin
José Linares pour l'enquête sur les réunions ou "Congrès
de Créoles" célébrés dans le salon de Bolívar,
et qui est utilisé comme équivalent de "junte" :
"Il lui a été demandé s'il savait que dans une
maison de cette ville, où à proximité, il y avait
des tertulias ou Junte où l'on traite de certaines
questions d'Etat et où les Créoles ont tenté d'ourdir
un soulèvement contre les Espagnols Européens (...)."[55]
On trouve un second usage chez un des témoins, lors de la confession
de José Félix Ribas, dans le cadre de l'enquête liée
à l'emploi de sa maison comme siège des réunions ou
juntes qui avaient pour objectif d'établir une Junte Suprême.
Ribas qualifie sa maison de "maison de tertulias" visant, en employant
cette expression, à la différencier de l'éventuel
projet secret de l'établissement d'une Junte :
"Le fait qu'il y ait eu des rencontres dans sa maison de tertulias
ne doit et ne peut paraître étrange parce que, depuis ce jour,
et jusqu'à maintenant, il s'y trouve toujours, à toute heure
du jour, des participants, lui faisant la plupart d'entre eux la faveur
de l'accompagner à la messe quotidiennement, ces tertulias
étant plus fréquentées de nuit et durant alors le
plus souvent jusqu'à minuit ou une heure, heure à laquelle
normalement il se couche. Qu'il ait été question dans sa
maison de la prétention d'établir une Junte, cela n'a jamais
été proposé ni tenté si ce n'est comme tant
d'autres choses dont on traite communément dans les tertulias
(...)."[56]
Enfin, il y a l'utilisation de tertuliano par le fils politique
de Miguel José Sanz, le Capitaine Francisco Antonio Rodríguez,
dans une lettre adressée à Rafael Diego Mérida dans
laquelle il insiste pour qu'il collabore avec le Tribunal chargé
de l'instruction du procès ; lettre qui fait partie du dossier :
"Vous savez déjà le procédé sur lequel
s'est entendu le Sr Mosquera avec le gouverneur et un Oidor qui
forment un Tribunal extraordinaire et, pour cette raison, je ne vous en
dirai rien de plus que m'étant trouvé dans la situation de
déclarer ce qui s'est passé avec les Tertulianos,
sur la dénonciation que nous avons faite à M. Quintana (déjà
quasiment découverte par l'activité de Mosquera), sur votre
extrême fidélité et adhésion à la Constitution
Espagnole ; et si quelques-uns de vos ennemis, et tout particulièrement
Anzola, faisaient des dénonciations sur le fait que dans votre maison
se réunissaient des hommes suspects et que l'on y parlait avec relativement
de liberté (...)."[57]
Nous ne pouvons manquer d'attirer l'attention à propos de cet emploi très limité du terme tertulia sur le fait qu'il est employé non seulement comme synonyme de junte et/ou de participation, mais également que dans les rares textes dans lequel il est mentionné, il n'est jamais qualifié. C'est-à-dire qu'il n'est jamais spécifié s'il s'agit d'une tertulia littéraire, scientifique, d'agriculture, ou autre. De plus, on observe que l'emploi qui en est fait par José Félix Ribas semble impliquer, malgré le manque de spécification, que se tenaient à Caracas des tertulias, telles qu'elles sont définies dans le Diccionario de Autoridades, à savoir, des "juntes d'amis et de familiers consacrées à la conversation, au jeu et autres divertissements honnêtes"[58].
Nous avons souhaité montrer ici la portée et la signification que recouvre ce mouvement juntiste en relation à l'avènement de nouvelles formes de sociabilité. Dans ce sens, nous voudrions préciser deux choses. La première est liée à l'utilisation très restreinte du terme tertulia, ainsi que son emploi indistinct et indifférencié de celui de junte -terme d'usage régulier et fréquent- pour qualifier différents types de réunions dont l'objet n'est pas nécessairement frappé de suspicion. La deuxième remarque concerne la perception et la qualification sociale qui désigne clairement, contrairement à ce qui précède, par les termes "Congrès" ou Congresillo de criollos, un type de réunions qui discutent de sujets publics au sein d'un espace privé. La différence centrale entre les deux est que dans la première, ce qui est suspect ce n'est pas la tertulia et/ou junte en elle-même, mais les heures auxquelles elle a lieu et le caractère secret de leur organisation ; alors que dans le second cas, c'est ce sur quoi l'on débat, à savoir des matières ou des sujets publics.
Nous ne pourrions conclure sans mettre en évidence deux aspects directement liés à ce procès. D'une part, la tentative d'établissement de cette Junte dans la Caracas de 1808, vient confirmer un aspect longuement argumenté par F. X. Guerra, à savoir que le début du processus de dissolution du lien fondamental entre la Péninsule et l'Amérique espagnole doit être "lu" dans le contexte de la crise péninsulaire avec l'occupation française des royaumes espagnols[59]. D'autre part, si on lit cette tentative avortée de 1808 de façon comparative et rétrospective avec le processus qui commence en 1810 et culmine en 1812 (et qui correspond à la Première République), il est intéressant de signaler qu'immédiatement après l'avènement des changements politiques de l'année 1810, l'emploi du terme tertulia devient d'usage plus courant et étendu. De même, il acquiert dans le même temps une connotation différenciée, venant à signifier un type de réunion nécessairement consacrée au débat politique, qui s'effectue au siège des clubs ou des sociétés patriotiques. Enfin, une transformation se produit dans le sens conféré à public. En effet, l'idée de public fait dorénavant essentiellement référence au débat politique sur les questions de la construction de la république, et dont on discute soit à travers les journaux qui apparaissent durant cette courte période, ou dans les salons qui servaient de sièges aux sociétés ou tertulias patriotiques[60].
[1]
On rappellera que dans le processus de modernisation administrative engagé
par les Bourbons, la province du Venezuela a subi des changements conséquents
à la fin du XVIIIème siècle. On signalera particulièrement
la création en 1777 de la Capitainerie Générale du
Venezuela qui a supposé des changements dans l'organisation du gouvernement
provincial : dans le domaine militaire et exécutif, elle inclut
les provinces de Guayana, MaracaÔbo, Cumana et les îles de
Trinidad et Margarita ; du point de vue juridique, les provinces de Guayana
et de Maracaibo passent désormais de la juridiction de l'Audience
Royale de Santa Fe à celle Saint-Domingue. Et l'on peut rappeler
que la province de Cumana et les îles de Trinidad et Margarita dépendaient
déjà bien avant de ce même tribunal. A ce sujet, cf.
Guillermo MORON, Historia de Venezuela, vol. V.
[2]
François-Xavier GUERRA, Modernidad e Independencias, Madrid,
MAPFRE, 1992, p. 109.
[3]
Ricardo VEJARANO, Orígenes de la Independencia sudamericana,
1925, s/e ; Conjuración de 1808 en Caracas para la formación
de un Junta Suprema Gubernativa, Caracas, Ed. del Instituto Panamericano
de Geografía e Historia (IPGH), n[integral]3, 1949. Sous le même
titre, cf. Angel Francisco BRICE, "Estudio preliminar", Caracas, IPGH,
n[integral]14, 2 volumes, 1968.
[4]
"Conjuration" a servi de titre aux deux études publiées par
l'IPGH sur le sujet, tant lors de l'édition de 1943 des Cahiers
3 et 4 du procès, que lors de l'édition complète des
23 cahiers, en 1968. "Conspiration des Mantuanos" est employée
par Manuel PEREZ VILA dans le Diccionario de Historia, 1, pp. 839-841.
"Mantuano" était d'usage à Caracas, selon ce que
nous rapporte un acteur de l'époque, Rafael Diego Mérida,
pour désigner l'élite appartenant "aux premières familles"
dont les membres se faisaient exclusivement appeler "Señor" avec
l'intention qu'"aucun blanc du tiers-état, considéré
comme appartenant à la plèbe" ne puisse être appelé
"señor" puisque ce titre "était exclusif de ceux-ci (les
Mantuanos) avec la mention de `Don'". Cité par Pedro GRASES,
"Fórmulas de tratamiento en Venezuela en la época de la Independencia",
Obras, Seix-Barral, 13, pp. 41-46. Signalons que lorsque Mérida
évoque les "premières familles", il évoque
d'une part leur position dans la hiérarchie sociale, et d'autre
part, leur descendance liée aux premiers fondateurs, qui incluait
les cinq titres de Castille qui existaient alors : Conde de la Granja,
Conde de Tovar, Conde de San Javier, Marqués de Mijares, Marqués
del Toro. Certains historiens ont vu dans l'usage de la mante l'origine
de "mantuano" et en ont conclut de façon erronée que
l'usage de cette "cape" était exclusive des Blancs. Comme l'a bien
montré Carlos DUARTE, Historia del traje..., la mante était
portée par les femmes de diverses classes sociales, exceptées
les esclaves, et seule la préciosité du tissu employé
pour sa confection faisait la différence.
[5]
J. D. DIAZ, Recuerdos sobre la rebelión de Caracas, Caracas,
Ed. BANH, vol. 38, pp. 55-57.
[6]
Ricardo VEJARANO, op. cit. ; Angel Francisco BRICE, article cité,
I, pp. XI-XLII ; Juan USLAR, "La posada de El Angel", Revista de la
Sociedad Bolivariana de Venezuela, segunda etapa, vol. XXXVII, n°
126, juillet 1980, pp. 57-60 et Comité éditorial de l'IPGH,
3, 1949.
[7]
Diccionario de Historia de Venezuela, 2, "Movimientos precursores
de la independencia", pp. 1024-1026.
[8]
DIAZ, op. cit., pp. 57-58.
[9]
Caracciolo PARRA PEREZ, Historia de la Primera República,
Caracas, Ed. BANH, vol. 20, tome I, Chapitre XV.
[10]
Nous nous réferons ici à C. Parra Pérez qui a consacré
trois chapitres du premier tome de son oeuvre à l'analyse détaillée
de ce qui s'était produit. Cf. op. cit.
[11]
Cf. les témoignages et la déclaration du Docteur Don José
Vicente Escorihuela, avocat de l 'Audience royale de Caracas, IPGH, 3,
1949.
[12]
"Representación al Sr. Presidente, Gobernador y Capitán General",
Caracas, 22 novembre 1808. Document reproduit par Francisco Javier YANES
dans la section "Documents" du Compendio de la Historia de Venezuela
desde su descubrimiento y conquista hasta que se declaró Estado
independiente, Caracas, Ed. Elite, 1944, pp. 252-253. On trouvera le
texte complet de la représentation (sans les signatures) dans IPGH,
14, II, pp. 725-727.
[13]
A ce sujet, il suffit de feuilleter les numéros de la Gaceta
de Caracas publiés en 1809 pour vérifier les montants
élevés des dons patriotiques des américains à
leurs frères de la métropole. Cf. l'annonce de dons dans
les n[integral]37 (28 avril), 38 (5 mai), 39 (12 mai), 40 (19 mai), 41
(20 mai), 42 (2 juin) et 43 (9 juin) de la Gaceta. A titre d'illustration,
on peut se référer à la mention d'une pièce
de théâtre proposée au Colisée de Caracas et
intitulée "L'Espagne restaurée", qui a culminé avec
une chanson patriotique (Gaceta du 30 décembre 1808)... ou
encore le "ballon patriotique" que la ville a vu s'élever en mai
1809 depuis la Plaza Mayor, aux frais du factor de la Real Renta
de Bailadores, don Manuel Mesa, ( Gaceta du 2 juin 1809).
[14]
YANES, op. cit., document cité.
[15]
Cf. la lettre que le Marquis del Toro envoie au Capitaine Général,
au régent Mosquera et à l'oidor Alvarez (qui sont
ceux qui ont dirigé le procès) en date du 26 novembre 1808
en réponse à la sollicitude de ceux-ci au sujet du document
de la représentation, IPGH, 14, II, p. 669.
[16]
La liste des signataires est longue. A part le Marquis del Toro, sont présents
les noms du Conde de Tovar, du Conde de San Javier, Antonio Fernández
de León (qui était alors oidor honoraire de l'Audience),
Joaquín de Argos, Martín Tovar y Ponte, José Tovar
y Ponte (les deux fils du Comte), Crisóstomo Tovar, Vicente Blanco,
Miguel Ustariz, Manuel Monserrate, Andrés Ibarra, Jacinto Ibarra,
Nicolás Anzola, Fernando Key-Muñoz, José Vicente Escorihuela,
José Vicente Galguera, Francisco Antonio Paul, Narciso Blanco, Pedro
Palacios, etc... (au total 45 signatures). YANES, op. cit., reproduit
une grande partie des noms des signataires.
[17]
Ibidem, pp. 249-251. Cf. les documents qui contiennent les accords
de la Junte convoquée par le gouverneur Casas le 17 juillet et celle
de l'Audience royale du 18 juillet, toutes deux relatives au serment prêté
à Caracas suite à l'arrivée des émissaires
français. Au sujet de la précipitation avec laquelle ce serment
a été prêté, il existe de très nombreux
documents copiés dans les divers dossiers du procès, cf.
IPGH, 14, II.
[18]
Parra Pérez récapitule dans le détail cette situation
d'incertitude qui règne en juillet 1808 à partir des Archives
nationales de la Marine (France) et des oeuvres d'Amunategui (Vida de
don Andrés Bello), Vejarano (Orígenes de la Independencia
Suramericana) et Yanes (Compendio de la historia de Venezuela).
Parmi les aspects recensés par l'auteur, la municipalité
de Caracas reconnaît Ferdinand VII le 9 mai, reconnaissance qui semble
s'être réalisée sans le cérémonial habituel
(illuminations, passage de la bannière royale et d'autres cérémonies)
et dans une confusion causée par les nouvelles en provenance de
certains exemplaires du Times de Londres qui rendaient compte des
événements de Bayonne. Les informations du Times arrivent
à Caracas par le biais du courrier du gouverneur de la province
de Cumana, Juan Manuel de Cagigal, et celles-ci ont été maintenues
secrètes en attendant d'avoir des précisions. Cf. op.
cit., I, pp. 298-300. Il faut signaler au lecteur qu'il est littéralement
impossible de reconstruire ce qui s'est produit à Caracas du fait
de la disparition des archives de 1808. A titre d'illustration, on peut
rappeler que les Actas del Cabildo correspondant à cette
année ne se trouvent pas dans les Archives historiques du Conseil
Municipal de Caracas.
[19]
Au sujet du rôle tenu par Diego Melo, cf. IPGH, 14, II, pp. 857-858
et sur l'importance de l'auberge "El Angel" au cours de ces événements,
cf. p. 973 du tome cité précédemment. Cf. aussi Juan
USLAR PIETRI, op. cit.
[20]
Cf. la description détaillée de la réunion des autorités
avec les deux missions, la française et la britannique : IPGH, 14,
pp. 963-975. Cf. aussi le rapport de Beaver à Cochrane, mentionné
par PARRA PEREZ, op. cit., pp. 307-308 et la relation proposée
par Carlos PI-SUNYER au sujet de la mission de Beaver à Caracas,
El General Juan Robertson : un prócer de la Independencia,
Caracas, 1971, p. 57. En ce qui concerne l'afrancesamiento de Juan
de Casas, les cahiers du procès abondent de détails sur le
sujet ; on y trouve même le pasquin affiché à La Guaira
attaquant la condescendance de Casas envers les Français : cf. IPGH,
14, II, p. 830 inséré dans l'enquête complète
sur la représentation de Don José Vásquez Tellez,
commandant de la Guaira à cette date (pp. 816-841). PARRA PEREZ
décrit également le comportement de Casas comme certainement
afrancesado, cf. chapitres XIV et XV. Au sujet du caractère
pusillanime de Casas, cf. la représentation du Regente Decano
de l'Audience royale, Antonio López Quintana, en date du 28 novembre
1808, IPGH, 14, II, pp. 732-734. Cf. encore José Domingo DIAZ, op.
cit., p. 56.
[21]
Cf. le rapport que Casas a envoyé en ce sens à l'Ayuntamiento
le 27 juillet 1808, YANES, op. cit., document 6, p. 252.
[22]
La liste complète de ce projet se trouve dans IPGH, 14, II, pp.
988-993.
[23]
GUERRA, op. cit., p. 87.
[24]
PARRA PEREZ, op. cit., p. XV. Les arguments de P. Michael MAC KINLEY,
Caracas antes de la Independencia, Caracas, Monte Avila, 1993, pp.
209-211 vont en ce sens.
[25]
Cf. les charges portées contre José Félix Ribas, Mariano
Montilla, Pedro Palacios, Marqués del Toro, Juan Nepomuceno Ribas,
IPGH, 3, 1949.
[26]
Cf. en particulier les confessions de Mariano Montilla et du regidor
Nicolás Anzola : ils se réfèrent aux conversations
tenues dans la maison de Madame Sarmiento, IPGH, 3, 1949.
[27]
L'accusation spécifique provient de la déclaration d'Andrés
Moreno (gendre du régent doyen López Quintana). Cf. IPGH,
14, I, pp. 351-377.
[28]
Cf. la Representación fiscal signée par Francisco
Espejo, fiscal de sa Majesté dans le domaine du Civil et Criminel
de l'audience royale de Caracas le 20 avril 1809, IPGH, 3, pp. 226-252.
On y trouve également quelques témoignages qui vont dans
la même direction. C'est le cas du témoignage de Joaquín
de Anza et des confessions de José Tovar y Ponte, Pedro Palacios
y Sojo, Nicolás Anzola y Juan Nepomuceno Ribas. Cf. également
le texte du "Manifeste de la Junte Suprême de Séville" du
3 août 1808, IPGH, 14, II, pp. 1189-1196, qui a provoqué l'interprétation
proposée dans les confessions de Mariano Montilla, Juan Nepomuceno
Ribas, Nicolás Anzola, José Félix Ribas, José
de Tovar Ponte où il est mentionné que les provinces étaient
obligées de former des Juntes semblables à celles d'Espagne.
[29]
F-X GUERRA, op. cit., p. 129.
[30]
De fait, dans les diverses déclarations on formule la question relative
à la lettre de Miranda en relation à la visite que J. Robertson
a effectué à Caracas cette année-là.
[31]
La documentation sur ces lettres peut être consultée dans
diverses sources. Nous avons employé celle de la remise de la lettre
par le marquis del Toro au gouverneur Casas, IPGH, 3, pp. 164-165, dans
l'expédient sur la confession du Marquis del Toro (pp. 156-167)
et IPGH, 14, II, pp. 1095-1098. Cf. aussi l'Ordre Royal donné à
Séville en date du 22 mars 1809, publiée dans la Gaceta
de Caracas, 41, I, 20 mai 1809, relatif "aux papiers séditieux
que le traître Francisco de Miranda avait envoyé depuis Londres
au Marquis del Toro et celui-ci étant absent, à l'Ayuntamiento
de cette ville (...)".
[32]
C'est un argument qui est constamment évoqué dans les déclarations
des témoins du procès juridique. Cf. la documentation mentionnée,
IPGH, 3, 1949. Cf. le texte de la représentation que Carlos Sánchez,
Pedro Arévalo, Muncio Colón - capitaines de grenadiers des
compagnies de Pardos de Caracas, Vallées d'Aragua et Valence
respectivement- envoient au gouverneur Juan de Casas le 24 novembre 1808,
qui offre une Parda Fiera qui, aux côtés de Votre Majesté
ou de quiconque représente la personne du souverain et ses autorités,
portera entre ses griffes autant de proies qu'il y aura de têtes
de ceux qui par malheur auraient l'intention d'attenter contre votre personne
et méprisent vos sages dispositions", IPGH, 14, II, 1968, pp. 1207-1209.
[33]
C'est le cas de la représentation mentionnée précédemment
de l'oidor decano López Quintana.
[34]
Je remercie Fernando Falcon pour cette remarque. La liste de ceux de la
"noblesse de Caracas" appartenant au Bataillon de milices blanches de Caracas
et signataires sont, entre autres, le comte de Tovar, celui de San Javier,
Martín Tovar y Ponte et ceux de la vallée d'Aragua sont le
Marqués del Toro, Miguel Ustariz, José Manuel Monasterios,
Domingo Galinfo. Cette liste m'a été donnée par Fernando
Falcon qui reconstruit les divers bataillons de milices de l'époque,
à partir des archives de Caracas.
[35]
F-X GUERRA, op. cit., p. 93.
[36]
Dans le sens employé par Graciela SORIANO, c'est à dire "comme
la coexistence de divers niveaux temporels et culturels en un même
temps historique", cf. El personalismo politico hispanoaméricano
del siglo XIX, Caracas, Monte Avila, 1996, p. 132.
[37]
Cf. MAC KINLEY, op. cit., pp. 115-138.
[38]
Au sujet de l'histoire du Real Consulado, cf. la remarquable étude
de F. Mercedes ALVAREZ, El Tribunal del Real Consulado de Caracas :
contribución al estudio de nuestras instituciones, Caracas,
Ed. del Cuatricentenario de Caracas, 1967, 2 tomes.
[39]
F-X GUERRA, op. cit., p. 123.
[40]
"Semble-t-il", puisque Fernández de León s'est contredit
après toutes les accusations, mais les divers témoignages
de son procès signalent l'avoir "entendu" évoquer les affaires
dont il est accusé.
[41]
José Félix Ribas argumente en ce sens lors de sa confession
lorsqu'il signale qu'entre les raisons qui l'ont poussé à
solliciter l'installation d'une Junte à Caracas alors que la Junte
Centrale était déjà établie, il y avait "la
nécessité d'obéir et d'exécuter ses dispositions
-il se réfère à celles du Manifeste de la Junte de
Séville- dont l'une d'entre elles signalait : dans le cas où
dans une province seul le pouvoir militaire aurait été conservé,
la nécessité absolue de créer des Juntes Suprêmes
dans lesquelles résideraient le pouvoir du peuple, et qu'il
s'exerce, qu'elles soient créées par des cortes particuliËres
ou par le biais des corps, l'important est qu'elles soient créées
pour qu'il y ait un gouvernement civil qui inspire confiance au peuple
et qui procède à l'élection des portes-paroles qui
doivent faire partie du Gouvernement Suprême de la Nation". Cf. IPGH,
3, 1949, pp. 179-180. (C'est nous qui soulignons).
[42]
Cf. les diverses déclarations des témoins dans l'expédient
de la Justification contre l'Oidor Honorario Don Antonio Fernández
de León, IPGH, 14, I, 1968, pp. 1-35. Il y a des variations littérales
entre les témoignages ; cela dit, le nerf de l'argument tout comme
la substance de l'accusation résident en la révision de la
signification "subversive du bon ordre".
[43]
Copie de la représentation remise au Gouverneur Casas le 21 novembre,
IPGH, 14, II, pp. 725-726. (C'est nous qui soulignons).
[44]
Cf. le prospectus du projet de l'ayuntamiento dans IPGH, 14, II,
1968, pp. 990-993.
[45]
F-X GUERRA, op. cit., pp. 125-129.
[46]
Sur ce point, cf. les témoignages de Juan Vicente Sánchez
Arévalo, Martín Baraciarte, Francisco Baéz de Horta,
Doctor Manuel de Castro, Jayme Bolet, doctor Tomás Hernández
Sanabria, Miguel José Sanz, le lieutenant-colonel Julián
Izquierdo, etc. IPGH, 3, 1949.
[47]
Luis Delpech était marié à une soeur de Mariano Montilla.
La visite de Robertson à Caracas, peu avant le second projet de
formation de junte, a réveillé le soupçon des autorités
locales. La propre enquête sur la visite de Robertson fait partie
de l'interrogatoire. Cf. les déclarations des témoins, notamment
le "Décret" du 19 décembre 1808 dans lequel on signale "que
l'officier anglais don Juan Robertson visitait de nombreuses maisons de
cette ville et que l'on croyait qu'il tenait des conversations dangereuses
et qu'il convenait le renvoyer le plus tôt possible, tout comme le
juif don José Obediente". IPGH, 3, 1949.
[48]
Sur ce point, cf. les interrogatoires faits à Don Gregorio Carrión
(Ministre retraitÈ de la Real Renta de Tabaco) et Don José
Antonio Medina (majordome de la propriété d'Antonio Fernández
de León) dans le procès instruit contre A. Fernández
de León. IPGH, 14, I, pp. 30-31. Les deux sens sont présents
dans la lettre qu'envoie Miranda au Marqués del Toro en juillet
1808 et d'autres acteurs semblent l'admettre. Cf. le témoignage
de Don José Vicente Escorihuela et la confession du Marqués
del Toro, IPHG, 3, 1949.
[49]
GUERRA, op. cit., pp. 126-127.
[50]
Rappelons que la Representación qui été à
l'origine de cette affaire judiciaire avait été signée
par 45 personnes et que seules les huit citées ici ont été
arrêtées et mises en accusation.
[51]
Dans ce procès, les charges varient en fonction de l'accusé.
Cependant, de façon générale, elles ont été
les suivantes : 1) que vous ayiez songé et essayé de mettre
en pratique l'établissement d'une Junte Suprême dans la ville
et que pour ce faire vous vous soyiez rendus dans la maison de José
Félix Ribar "pour discuter" de cette question. 2) que la prétendue
Junte était un prétexte pour démettre Casas de sa
charge de Gouverneur. 3) que l'on a prétendu établir une
Junte dans la ville alors que la Junte Centrale et de Gouvernement du Royaume
était déjà installée. En outre, sur les signataires
et accusés qui ont participé durant le mois de juillet aux
réunions dans le salon de Bolívar, il pèse une quatrième
charge : que depuis des mois ils assistaient aux réunions dans la
maison de Bolívar "dans le but de changer le Gouvernement, de déposer
les autorités en place et d'établir l'indépendance".
Dans le cas du Marquis del Toro, il lui est tout particulièrement
reproché d'avoir insisté pour l'établissement d'une
Junte, et que cette insistance semblait mettre à exécution
ce que lui demandait et lui conseillait "le traître Miranda" dans
les deux lettres qu'il lui avait adressées. IPGH, 3, 1949.
[52]
Mercedes ALVAREZ, op. cit., p. 101.
[53]
Voir la confession de Mariano Montilla, lequel, de plus, est très
explicite lorsqu'il nie la charge retenue contre lui à propos des
juntes dans la maison de Bolívar. A ce propos, il indique que l'on
célébrait de telles réunions depuis la huitaine du
Corpus dans différentes maisons : celles de Miguel Machado, de Francisco
González de Linares, et des señoras Muñoses.
De même, il fait référence à une conversation
entre lui et Pedro de la Mata (un des témoins) sur la liberté
de commerce, qui a eu lieu dans la maison de Madame Sarmiento. IPGH,
3, 1949, pp. 207-209.
[54]
C'est ce que l'on peut déduire des déclarations de Jayme
Bolet, de Miguel José Sanz, et des interrogatoires des témoins.
Cf. IPGH, 3, 1949.
[55]
IPGH, 14, I, p. 363. "Declaración de Don José Linares". C'est
nous qui soulignons.
[56]
IPGH, 3, pp. 169-182. "Confesión de José Félix Ribas".
C'est nous qui soulignons.
[57]
IPGH, 14, II, pp. 674-682. "Carta de Francisco Rodríguez a Rafael
Diego Mérida, el primero de enero de 1809".
[58]
Diccionario de Autoridades, 1732, Edición Facsimilar, Gredos,
Madrid, 1976
[59]
Cf. l'étude déjà citée de F. X. GUERRA. Parra
Pérez va dans le même sens pour le cas de la Province de Venezuela,
dans son travail déjà cité sur la Première
République.
[60]
Cf. en particulier LEAL, Carole, "Tertulia de dos ciudades: modernismo
tardío y formas de sociabilidad política en la provincia
de Venezuela", in F.X GUERRA ; A. LEMPéRIèRE (coord.), Los
espacios públicos: ambigüedades y problemas. Iberoamérica,
México, Ed. CEMCA-FCE, à paraître.
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