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Depuis 1948, les Archives historiques de San Marcos portent le nom du père dominicain Domingo Angulo (1879-1941), en hommage au travail de recherche de ce dernier sur les archives péruviennes, "au service de l'histoire nationale et institutionnelle"[2]. En 1946, lors de changements intervenus au sein de l'université, il a été décidé de réorganiser les Archives historiques de l'UNMSM, de les doter d'un local convenable et des moyens techniques et humains indispensables. En août 1992 a été mise en place une politique d'archives qui visait à l'ouverture des activités en direction de la communauté universitaire, de la recherche historique et du public en général, pour contribuer à la connaissance de l'histoire nationale.
Le premier objectif était de recenser la documentation existante et de procéder à la réalisation d'un inventaire général des dépôts[3], opération qui s'est terminée en 1994. Puis on a fait appel aux étudiants d'histoire de l'université pour les mettre à contribution et pour que les locaux des Archives historiques deviennent un véritable lieu de recherche et de travail. A l'heure actuelle les efforts sont centrés sur les activités de recherche proprement dites, sur la publication régulière du bulletin des archives Pachaqtucsan (l'Axe du monde), et sur la préparation et réalisation d'expositions documentaires périodiques, ouvertes à l'ensemble de la communauté universitaire et du public.
Les dépôts des Archives historiques de l'UNMSM renferment une documentation originale et variée, dont 30% pour la période qui va du XVIème au XVIIIème siècle ; 70% pour les XIXème et XXème siècles. Il s'agit de documents qui ne sont disponibles qu'aux archives de San Marcos et qui ne concernent pas seulement l'histoire péruvienne. On y trouve, par exemple, les dossiers d'enregistrement des diplômés (baccalauréat, licence et doctorat), qu'ils soient Espagnols ou Américains, en droit canonique, théologie et médecine, et l'on peut également déterminer et suivre le parcours de diplômés espagnols qui ont réussi à obtenir d'autres titres à San Marcos.
Les spécialistes de la culture européenne et coloniale (XVIème-XVIIIème siècles) peuvent consulter ces liasses d'enregistrement et trouver des dossiers complets où sont consignés des données personnelles sur les candidats, leur niveau de préparation académique, les matières dans lesquelles ils ont passé leurs examens avec succès en Espagne ou ailleurs, les rapports établis par les professeurs de l'université quant à l'assiduité des candidats et les examens qu'ils ont réussis... Le premier de ces dossiers date de 1571 et concerne un certain Francisco Franco, titulaire d'une licence d'art obtenue à l'Université d'Alcalá de Henares, et candidat à la licence et au doctorat en médecine à San Marcos.
Evoquons également les dépôts de la faculté de médecine de Lima. Ils permettent d'observer les différentes étapes de la formation du cursus de médecine dans cette université, en particulier les matières enseignées. Ces sources contiennent également des informations sur l'origine sociale et la généalogie des candidats, des témoignages concernant "la pureté du sang" qui leur était demandée. L'information est particulièrement riche pour le XIXème siècle.
Les études de médecine à San Marcos ont été instaurées en 1573, grâce à la création de la chaire de médecine, inaugurée par le docteur Antonio Sánchez Renedo, proto-médecin reconnu et deux fois recteur de l'université. C'est en 1791 que l'Ecole de médecine de Lima a été créée, à la demande de Hipólito Unanue[4], sous le nom de Escuela de Medicina San Fernando[5]. L'ancienneté de la profession de médecin explique que la première corporation de médecins (Colegio de médicos) de Lima ait été fondée dès 1809.
Dans les dossiers d'inscription des candidats admis à l'Ecole de médecine, on peut également trouver des références sur les enseignements suivis dans les écoles secondaires d'origine. C'est le cas du pensionnat (Convictorio) de San Carlos[6] où, par exemple, en 1814, on enseignait les matières suivantes : Logique, Ethique, Métaphysique, Arithmétique, Algèbre, Analogie et Analyse, Géométrie, Trigonométrie et Sections Coniques, Physique générale, Théorie des fluides, Astronomie, etc[7].
Les chercheurs intéressés par les habitudes et les régimes alimentaires[8], ainsi que par l'évolution des prix des biens de première nécessité, à la fin du XVIIIème et au début du XIXème siècle, disposent de dix livres comptables où sont enregistrées, d'une manière systématique, les dépenses effectuées pour l'achat de la nourriture consommée par les étudiants. Ces fonds peuvent ainsi apporter des réponses préliminaires à des questions telles que l'inflation et l'évolution des prix à la fin de la période coloniale.
Les Archives historiques de San Marcos offrent d'autres possibilités encore pour la recherche historique. Notons, par exemple, le corpus constitué par les patentes royales envoyées depuis la métropole et la correspondance du vice-roi avec les autorités universitaires concernant la gestion et l'administration de l'université, ainsi que les finances et les postes à pourvoir. Ce sont des documents qui peuvent aider à reconstituer l'histoire intérieure de San Marcos, en particulier pour le XVIIème et le XVIIIème siècles. Il s'agit d'un fonds en grande partie inédit et qui a été bien conservé jusqu'à présent. Si l'on souhaite continuer dans cette voie et étudier l'université "de l'intérieur", il existe, pour la période comprise entre 1850 et les premières décennies du XXème siècle, environ 50 livres d'enregistrement de correspondances et rapports du rectorat et secrétariat général de l'université avec les facultés et les professeurs respectifs. On y trouve les mémoires des doyens des facultés, des lettres échangées avec les titulaires des chaires, les dépenses de l'Université (avec les détails de prix et les factures), l'inventaire des laboratoires de recherche, etc., qui reflètent l'évolution et les progrès technologiques à Lima, à la fin du XIXème siècle.
Une autre piste de recherche qu'on peut ouvrir à partir des dépôts de San Marcos a trait aux études sur l'augmentation du patrimoine foncier (propriétés urbaines et rurales) de l'université[9]. Ces propriétés ont servi (et servent encore, bien qu'elles aient sensiblement diminuées) de soutien financier aux activités universitaires. Il a été possible de rassembler et de répertorier, pour la période 1860-1920, près de 15 volumes contenant des rapports techniques, des contrats de location, des informations sur les réparations des bâtiments (et leur coût), des plans et des tracés de maisons de Lima, possédées par l'université. Il est désormais possible, grâce à cette information, de suivre les traces des différentes propriétés (y compris de remonter au XVIIIème siècle) et des écoles et entités éducatives auxquelles elles ont appartenu, avant de s'ajouter au patrimoine de San Marcos.
Citons parmi ces institutions le pensionnat de San Carlos, les écoles jésuites de San Felipe et San Martin (fondées respectivement en 1572 et 1582), les couvents de San Ildefonso et de San Pedro Nolasco, ou l'Ecole de médecine San Fernando. Toutes ces entités ont été dissoutes au fil du temps ou transformées, et leurs biens ont été progressivement versés au patrimoine de l'université. Ainsi, la documentation accumulée dans les Archives historiques permet de reconstituer l'évolution d'un fragment de la propriété foncière liménienne, tant du point de vue des propriétaires successifs que du point de vue de l'utilisation qui en était faite. Elle rend également possible l'approche de certains aspects de l'évolution urbaine de la ville de Lima, en particulier pour la seconde moitié du XIXème siècle.
Ses propriétés rurales et urbaines ont permis à San Marcos d'être en contact avec les différents milieux de la société liménienne et péruvienne. Les fonds disponibles aux Archives témoignent des contrats de location, du montant des loyers et de leur évolution, mais ils permettent également d'observer l'importance des fermes et fermettes (chacras), des haciendas, des domaines destinés à l'élevage (estancias) et des manufactures plus ou moins rurales (obrajes) dans l'économie locale, régionale et nationale. Le chercheur des évolutions foncières ou de l'agro-élevage (et pas seulement à Lima) peut trouver de précieuses références, par exemple, sur l'obraje d'Ayanchacra (Huánuco), sur l'estancia d'Utcuyacu (Ancash), sur les chacras de Comas (Lima), de Buenavista (La Magdalena), d'Otuto (Cajamarca), de Pallanchacra (Cuzco), etc. De nos jours, toutes ces propriétés sont tombées dans le domaine privé, mais les archives de l'UNMSM conservent les documents qui permettront de reconstituer leur histoire.
L'Université San Marcos continue à être propriétaire d'environ mille maisons qui se répartissent de la façon suivante :
| Maisons de location : | 895 propriétés |
| Locaux commerciaux : | 114 propriétés |
| Total : | 1009 propriétés |
Citons quelques-unes des thèses (dont nous traduisons les titres) afin de donner une première idée des préoccupations et des courants intellectuels à San Marcos, entre 1860 et 1910 :
Compléments à quelques théories mathématiques
(1879).
L'évolution des espèces (1887).
La méthode du calcul infinitésimal (1901).
L'évolution de l'aviation (1907).
La démocratie véritable (1880).
L'extradition des criminels (1878).
Est-il juste ou non de procéder à des confiscations?
(1883).
L'expulsion des étrangers (1898).
Les systèmes philosophiques en Inde (1877).
Le théâtre d'Henri Ibsen (1894).
Le moment historique dans la philosophie de Kant (1894).
Le socialisme contemporain (1902).
Voici un tableau synthétique, par faculté, du nombre
de thèses déposées aux archives de l'UNMSM, entre
1860 et 1910 :
| Facultés | Nombre de thèses |
| Sciences naturelles | 154 |
| Sciences politiques et administratives | 231 |
| Droit et jurisprudence | 204 |
| Lettres | 154 |
| Médecine, théologie, et autres | 299 |
| Total | 1 042 |
On pourrait en dire tout autant d'un autre fonds qui regroupe plusieurs milliers de mémoires et de travaux monographiques présentés par les étudiants de la faculté de lettres[12] et qui reflètent notamment le haut niveau académique exigé.
Les Archives historiques de San Marcos conservent également un bon nombre de livres où il est possible de retrouver les résumés de cours dispensés dans les facultés. Mais il y a aussi d'autres rubriques de documents disponibles que nous ne pouvons répertorier ici dans le détail. Donnons néanmoins quelques exemples : des rapports sur le fonctionnement des universités de province (Cuzco et Arequipa) ; des liasses de documents coloniaux divers ; les archives des examens de la faculté de médecine (importantes pour le XIXème siècle) ; des classeurs contenant la correspondance échangée entre des scientifiques européens et américains ; des dossiers d'inscription à l'université, etc. Il s'agit donc d'un ensemble de sources disponibles qui peuvent enrichir la connaissance de la culture péruvienne et de son histoire[13]. Avis aux amateurs.
Archivo Histórico, Domingo Angulo
Avenida Nicolás de Piérola, N° 1222, Lima,
Pérou, ou
Apartado postal, N° 3193, Lima, Pérou.
Téléphone : (00 51) 14 27 19 10.
[1] L'Université San Marcos de Lima, dont le nom actuel est celui d'Université Nationale Supérieure San Marcos (UNMSM), est la première université créée en Amérique. Elle a été fondée le 12 mai 1551 par la couronne espagnole. La conquête du Pérou avait été amorcée vingt ans plus tôt. Voir à ce sujet l'introduction et la notice historique de Carlos D. VALCARCEL, Catálogo del Archivo Central Domingo Angulo, UNMSM, Lima, janvier 1945, p. 5.
[2] Domingo Angulo (1879-1941), historien et chercheur, a été Prieur du Couvent de Santo Domingo à Lima et Chef de la section historique des Archives générales de la nation. Parmi ses ouvrages les plus importants, nous pouvons citer (nous traduisons les titres) : L'ordre de Saint Domingue au Pérou (1910) ; L'histoire du quartier de San Lazaro à Lima (1913) ; Collection des documents des anciennes écoles de caciques (1920).
[3] Voir Catálogo..., op. cit.
[4] Hipólito Unanue (1755-1833) : intellectuel péruvien "éclairé" du XVIIIème siècle ; médecin, physicien, mathématicien, homme politique et homme de lettres, il a été titulaire de la chaire d'anatomie de San Marcos. Plus tard, il est devenu secrétaire de la Société Patriotique des Amis du Pays (Sociedad Amantes del País). Il a écrit dans la revue El Mercurio Peruano (1791-1795), organe des intellectuels criollos "éclairés", signant ses articles sous le pseudonyme de Ariosto. Parmi ses ouvrages les plus importants (nous traduisons les titres) : Dissertation sur la culture, le commerce et les vertus de la fameuse plante péruvienne appelée la coca (1794) ; Observations à propos du climat de Lima et de ses influences sur les êtres vivants, et en particulier sur l'homme (1806) ; Projet pour un règlement de commerce (1822).
[5] Elle est devenue Ecole "Indépendance" au lendemain des victoires militaires de 1821-1824, pour adopter enfin le nom de faculté de médecine San Fernando, en 1855.
[6] Le Real Convictorio de San Carlos est le nom reçu en 1770 par le regroupement de deux anciennes écoles fondées par les pères jésuites à Lima : San Felipe et San Martín. L'expulsion de la Compagnie de Jésus en 1767 avait obligé à ce changement de nom. Les locaux du pensionnat de San Carlos ont accueilli l'Université San Marcos, entre 1870 et 1966, avant de devenir son centre culturel. Les Archives historiques Domingo Angulo sont aujourd'hui logées dans le premier patio de l'ancien Convictorio, dans l'actuel parc universitaire de Lima.
[7] Le chercheur peut aussi y trouver d'autres renseignements intéressants tels que les extraits de baptême de ceux qui allaient devenir d'importants personnages de la société coloniale péruvienne et américaine : José Caóizares, de l'Audience de Charcas ; Francisco Arcia, de l'Audience de Guayaquil ; Melchor Ramos Font, de la capitainerie du Chili, etc. Cela peut aider à reconstituer le parcours professionnel de personnalités et de milieux sociaux et politiques étudiés. Citons aussi, à titre anecdotique, le cas du fils du Baron de Nordenflicht, chef de la mission allemande envoyée par le roi d'Espagne, entre 1788 et 1798, pour effectuer une enquête sur les possibilités économiques des mines péruviennes.
[8] Une première étude autour de cette problématique a été présentée dans l'un des derniers numéros du bulletin des Archives historiques. Il s'agit de l'article de Ana María RODRIGUEZ, "El menu de los estudiantes de San Carlos", Pachaqtucsan, n°4, pp. 8-9.
[9] Alejandro REYES FLORES ,"San Marcos y su patrimonio inmobiliario", El Peruano, 28/12/1992.
[10] En 1880, le doyen de la faculté de lettres, Sebastián Lorente, regrettait le fait que de nombreuses thèses soutenues à l'université n'aient pas été publiées : "...han quedado inéditas à pesar de que merecen ver la luz". Memorias de Sebastián Lorente, Archivos Históricos "Domingo Angulo" de San Marcos, livre n° 29, 1880-1882, 4 v. Sebastián Lorente (1813-1884), Espagnol, arrivé à Lima en 1842, s'est consacré à l'enseignement secondaire et supérieur au Pérou. Il a été directeur du Colegio de Guadalupe, avant de devenir Doyen de la faculté de lettres de San Marcos. Parmi ses ouvrages les plus importants (nous traduisons les titres) : Histoire ancienne du Pérou (1860) ; Histoire du Pérou sous les Bourbons (1871) ; Histoire de la civilisation péruvienne (1879).
[11] Marcos CUETO, "Guía para la historia de la ciencia : archivos y bibliotecas en Lima", Saberes andinos. Ciencia y Tecnología en Bolivia, Ecuador y Perú, Instituto de Estudios Peruanos, Lima, 1995, p. 169.
[12] Ce fonds est particulièrement important pour la période 1890-1910.
[13] Les Archives historiques de l'UNMSM font partie des sources les plus précieuses que l'on puisse consulter à Lima. Elles ont cependant été jusqu'à présent peu utilisées par les historiens. Marcos CUETO, op. cit., p. 167.
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Copyright © 1997 - Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH - ISSN 1245 - 1517