Copyright © 1996  -  Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH  -  ISSN 1245 - 1517

[Sommaire HSAL96] [Revue HSAL] [HSAL] [Aleph] [Archives] [Dossiers] [Presse] [Ressources] 


Manuel González de la Rosa, prêtre, historien et archéologue

Pascal Riviale

En livrant aux lecteurs la biographie de ce personnage, je souhaiterais retracer la vie et l'oeuvre de l'un des érudits péruviens les plus intéressants du siècle dernier. En effet, l'homme me paraît injustement mésestimé dans la plupart des essais relatifs à l'histoire scientifique et intellectuelle du Pérou républicain et n'est plus connu aujourd'hui que de quelques spécialistes. En partie peut-être parce qu'il se posait volontiers en franc-tireur de l'américanisme andin et n'a pas laissé une "oeuvre" susceptible de faire école auprès de ses compatriotes. Il convient de reconnaître d'ailleurs que ses très longues résidences en Europe en font, à cet égard, un érudit péruvien hors norme et marginalisé par rapport à son milieu d'origine.

Manuel González de la Rosa naquit à Lima le 5 juin 1841. Entré très tôt au Séminaire de Santo Toribio, il y fit toute sa scolarité et acquit ainsi une formation religieuse qui sembla destiner sa carrière à venir. En effet, nommé professeur de Religion au séminaire en 1860 et ayant reçu à la fin de cette même année les ordres mineurs, il obtint en 1863 l'autorisation de se rendre à Rome pour y recevoir les ordres majeurs. C'est donc au Vatican (en 1863 ou 1864) qu'il fut ordonné prêtre, avec le titre de Docteur en Théologie, et qu'il compléta sa formation. De retour à Lima en 1865, il fut nommé directeur d'études au Séminaire de Santo Toribio[1] et commença à collaborer au journal catholique El Bien Público (en assurant même un temps la direction, après l'arrestation de Mgr José Antonio Roca et de Manuel Tovar en 1867), avant de devenir (en 1867-68) rédacteur en chef d'un autre journal, El Perú Católico. Mais c'est avec ses attributions suivantes que la vie de González de la Rosa allait définitivement changer de cours. Chargé par le gouvernement d'une vaste enquête sur l'état des institutions scolaires au Pérou (1868), il publie l'année suivante un rapport remarqué, qui lui vaudra d'être chargé d'effectuer un voyage d'étude à travers l'Europe pour y observer les différentes méthodes d'enseignement utilisées. On ne sait rien de ses activités dans ce domaine durant son long séjour européen, par contre il semble en avoir très tôt profité pour fréquenter assidûment toutes les plus grandes bibliothèques et établir des contacts étroits avec les cercles de l'américanisme naissant et de l'anthropologie -autant d'expériences qui influeront considérablement sur sa conformation intellectuelle. Ainsi, si lors de son arrivée en France il adhéra (3 mars 1870) à la très respectable Société Bibliographique[2], son séjour à Londres quelques années plus tard lui donna l'occasion d'assister régulièrement aux réunions de l'Anthropological Institute of Great Britain and Ireland[3], société alors extrêmement influencée par la Société Anthropologique de Paris (notamment à travers ses recherches sur la craniologie et l'existence supposée d'espèces humaines distinctes). Sans avoir jamais manifesté pour autant son adhésion aux thèses polygénistes, il est certain qu'à travers ses rencontres avec des érudits, des ethnologues et des anthropologues de l'Europe entière, González de la Rosa se familiarisa avec des théories et des pratiques scientifiques d'une diversité d'autant plus grande qu'elles étaient encore souvent en cours de formation. J'aurai l'occasion d'y revenir un peu plus loin.

De retour à Lima vers la fin 1878, il fut adjoint de Manuel de Odriozola pour l'assister dans la réorganisation de la Bibliothèque nationale du Pérou. Après le décès du précédent directeur (Francisco de Paula González Vigil), ce vieux bâtiment, croulant sous la poussière, avait été remis entre les mains du général Odriozola[4] qui entreprit de le restaurer et d'en moderniser le fonctionnement : agrandissement des locaux, remise en état du mobilier, installation sur place d'un atelier de reliure, tentatives pour rendre effectif le dépôt légal et pour organiser un système d'échanges de publications au niveau international afin d'augmenter les collections, et enfin établissement d'un catalogue des fonds déjà présents à la bibliothèque. Pour cette dernière entreprise, il s'assura les services de deux érudits choisis pour leurs compétences supposées en la matière : tout d'abord José Toribio Polo (en juin 1877), puis González de la Rosa (en janvier 1879). Peu après l'arrivée de celui-ci, un vif désaccord éclata entre les deux hommes sur la manière d'envisager le catalogue, le second étant d'autant moins prêt à composer avec son homologue qu'il se considérait détenteur de la "vraie" science bibliothéconomique moderne du fait de son ample expérience européenne :

"En affirmant cela, je m'exprime en pleine connaissance de cause, étant donné les huit années d'études quotidiennes que j'ai passées dans les bibliothèques les plus réputées de l'Europe entière."[5]

Il faut dire que González avait entrepris de remplacer les traditionnels registres par un système de fiches indépendantes permettant tous les modes de classification imaginables. Après la démission de J.T. Polo (juin 1879), González de la Rosa se retrouva seul pour mener à terme le catalogue. Son projet ne devait pas toutefois parvenir à convaincre ses supérieurs : en février 1880, alors que plus de 20 000 fiches avaient déjà été dressées et que le travail semblait sur le point d'aboutir, il fut mis fin au contrat de González et demandé au directeur de la Bibliothèque (Odriozola) d'assumer personnellement la réalisation du dit catalogue.

Parallèlement à ses fonctions de sous-directeur de la Bibliothèque nationale, Manuel González de la Rosa participa à une autre aventure novatrice, avec le lancement, en 1879, de la Revista Peruana. Cette revue, dirigée par Mariano Felipe Paz Soldán, avait pour vocation d'accueillir exclusivement des articles historiques et littéraires de qualité. A l'exception de quelques tentatives plus ou moins heureuses dans le passé (la Revista de Lima, El Correo del Perú), le Pérou avait jusqu'alors peu connu ce genre de publications périodiques, susceptibles de provoquer des débats non pas politiques ou claniques, mais scientifiques. C'est cette absence de cadre institutionnel ou de lieu de diffusion spécifique et stable qui avait jusqu'ici fait défaut pour établir durablement les bases d'une réflexion historiographique à l'échelle nationale et permettre ainsi la constitution d'une communauté scientifique agissant avec une certaine cohérence d'ensemble. L'identité de ses collaborateurs indique à elle seule que cette revue aurait pu occuper cette fonction : Mariano Felipe Paz Soldán, Sebastián Lorente, Manuel Mendiburu, Ricardo Palma, José Casimiro Ulloa, Félix Cipriano Zegarra, José Toribio Polo, Manuel González de la Rosa, notamment, étaient tous des auteurs confirmés dont l'expérience et la réputation pouvaient constituer une sorte de "garantie intellectuelle" pour assurer la survie sur le long terme de ce cadre institutionnel. Malheureusement, le conflit avec le Chili et la prise de Lima mirent précocement fin à ce projet.

Manuel González de la Rosa quitta précipitamment[6] la capitale en 1882 et s'exila en Europe pour plus d'un quart de siècle. Il reprit alors ses chères études dans les bibliothèques européennes, découvrant toujours de nouveaux documents rares ou inédits sur le Pérou préhispanique et colonial et s'intégra un peu plus encore au sein de la communauté américaniste internationale en cours de formation. Signe de cette reconnaissance, il fut admis comme membre de la toute récente Société des Américanistes[7] le 4 décembre 1900, sur présentation de ses confrères Gabriel Marcel et Henry Vignaud. Les compte-rendus des séances attestent de sa présence très active au sein de l'association parisienne entre 1900 et 1908, publiant plusieurs articles et intervenant sur divers points de l'actualité archéologique andine. De même, il participa à deux ou trois congrès internationaux des Américanistes : à Paris en 1900, à New York[8] en 1902 et à Vienne en 1908. Cette reconnaissance scientifique devait d'ailleurs être consacrée au Pérou avec l'incorporation de González de la Rosa à l'Instituto Histórico de Lima vers 1910.

Ses nombreux voyages avaient fini par dévorer le petit capital dont il disposait par héritage et González de la Rosa se vit dans l'obligation d'effectuer des travaux de traduction et de compilation auprès d'éditeurs parisiens tels que les maisons Bouret et Garnier (qui publiaient de nombreux ouvrages en espagnol à destination du public latino-américain). A ce titre il publia en 1899 un Atlas geográfico universal et en 1906 un Diccionario enciclopédico, largement diffusés en Amérique latine. Devenu hémiplégique, il lui fut impossible de poursuivre son travail et vécut encore quelque temps à Paris avec le soutien financier d'amis, avant d'être rapatrié au Pérou. Là, il passa les deux dernières années de sa vie, aidé par un secrétaire à qui il dictait courrier, notes et articles et hanté par l'idée de publier le plus de documents possible avant de disparaître. Il laissa cependant de nombreux projets inaboutis[9] en s'éteignant le 5 octobre 1912.

Comme je l'ai signalé dans ce résumé succinct, Manuel González de la Rosa a commencé sa carrière en tant que prêtre. C'est probablement grâce à ses qualités intellectuelles précocement repérées par ses supérieurs qu'il fut invité à faire ses premières armes d'écrivain, publiant quelques manuels religieux (en 1866 et 1867) et collaborant à des périodiques d'obédience catholique (El Bien público, El Perú católico). C'est peut-être aussi à travers ces premiers exercices de style qu'il s'intéressa à la pratique historiographique[10]. Son goût pour les documents anciens est en tout état de cause attesté dès 1868 (c'est-à-dire avant son second séjour en Europe et avant ses premières grandes "découvertes" bibliographiques). En effet, en août de cette année-là, il faisait paraître dans le quotidien El Nacional une annonce intitulée Libros de antigüedades del Perú, par laquelle il proposait d'acheter tous livres et manuscrits relatifs à "l'Histoire ecclésiastique et littéraire du Pérou",

"Nous souhaitons en particulier nous procurer les chroniques des Franciscains et des Jésuites, ainsi que celle sur Saint Augustin écrite par le Père Torres. Nous voudrions également obtenir des informations sur une oeuvre consacrée à notre histoire littéraire, que le Licenciado Alonso de la Cueva commença à publier au siècle passé."[11]

Mais c'est essentiellement durant son second séjour en Europe (de 1869 à 1878) que González de la Rosa allait affirmer ses talents de "dénicheur" de trésors bibliographiques. Fréquentant assidûment bibliothèques et archives de l'Europe entière il eut l'occasion de rencontrer quelques-uns des meilleurs spécialistes du domaine[12] et de s'intégrer ainsi à un petit cercle d'érudits très actifs dans la recherche de documents rares ou inédits. Après l'ère des "pionniers" de la fin du XVIIIème siècle (en particulier Muñoz en Espagne) et de la première partie du XIXème siècle (Martín Fernández de Navarrete en Espagne ; Lord Kingsborough en Angleterre ; Henri Ternaux-Compans en France ; William Prescott aux Etats-Unis), l'intérêt des historiens et des collectionneurs pour les chroniques de la Conquête du Nouveau Monde et de la Colonie prit un nouvel essor durant la seconde moitié du XIXème siècle. Avec le développement foudroyant de l'archéologie et de l'anthropologie américanistes, il s'avérait plus que jamais nécessaire d'avoir recours aux témoignages de l'époque pour tenter d'interpréter les vestiges découverts sur le terrain et rapportés dans les musées et laboratoires d'Europe et d'Amérique du Nord. Ainsi, parallèlement au travail des anthropologues de cabinet, une nouvelle génération d'érudits avait entrepris de fournir de nouveaux matériaux d'étude en exhumant des manuscrits oubliés depuis longtemps. Si Marcos Jiménez de la Espada et Clements Markham comptent parmi les plus connus[13], le rôle joué par Manuel González de la Rosa en la matière mérite d'être souligné ici.

C'est au cours de ce second séjour que celui-ci semble avoir fait la majorité de ses découvertes, les premières d'entre elles ayant même eu lieu peu de temps après son arrivée sur le vieux continent. Parti en Europe dans le courant de l'année 1869, il découvrit à Séville, en 1870, le manuscrit de Bernabé Cobo Historia de la fundación de Lima[14], puis établit lors de son passage à Berlin en 1871 une copie de l'ouvrage rarissime de Fernando de la Carrera Arte de la lengua yunga[15], déposé à la bibliothèque de la ville. De la même période date sa "découverte" de la seconde partie de la Crónica del Perú écrite par Pedro Cieza de León. Il s'agit en fait plutôt d'une réattribution, car comme le souligne Franklin Pease (1986 : XIII et suiv.) le texte en lui-même était déjà connu mais avait été attribué de manière erronée à Juan de Sarmiento par Prescott[16] dans son History of the Conquest of Peru (1847). Bien qu'il existât déjà un doute sur l'identité réelle de son auteur, c'est Manuel González de la Rosa qui identifia le premier Cieza de León comme étant le véritable auteur de ce manuscrit. Il entreprit aussitôt d'en faire une publication annotée sous le titre de Relación de los Yngas[17]. Le manuscrit fut confié en juin 1873 à la maison éditoriale Ballantyne, Hanson and Cdeg., à Edimbourg, avant d'aboutir chez le grand éditeur londonien Trübner où il resta en souffrance faute de fonds. C'est du moins la raison invoquée par González pour justifier le fait que son livre n'ait jamais dépassé le stade des épreuves préparatoires[18]. Pourtant, il est attesté qu'à la suite de cette découverte le gouvernement péruvien avait décidé d'attribuer à González une sorte de salaire pour assurer cette publication, le travail entrepris par González obtenant ainsi une certaine reconnaissance officielle. Cependant, que les sommes attribuées aient été insuffisantes ou que l'historien les ait utilisées pour autre chose (ses voyages, les commandes de copies de manuscrits et l'acquisition d'ouvrages rares), cette édition novatrice de la Crónica del Perú ne vit jamais le jour et le gouvernement cessa les paiements en 1877 :

"Il apparaît d'après ce pli et les précédents qui y sont joints, qu'il a été décidé par les résolutions du 5 mai et du 12 décembre 1874 de confier au prêtre D. Manuel González de la Rosa la somme de 200 livres sterling en un seul versement, et 500 francs par mois en plus, dans le but d'assurer la publication des documents littéraires et historiques qu'on s'est proposé d'effectuer en Europe, et attendu qu'en dépit du temps qui s'est écoulé depuis les dates mentionnées, cette publication n'a pas vu le jour, et que la triste situation actuelle du trésor public ne permet pas d'engager des dépenses de ce genre, les dites résolutions sont déclarées sans effet, et le Ministre des Finances devra dicter les ordres nécessaires afin de suspendre cette mensualité."[19]

Ne renonçant pas pour autant à ce projet de publication[20], Manuel González de la Rosa poursuivit son travail de collecte de manuscrits rares et utiles pour l'histoire du Pérou ancien. Outre ses découvertes dans les bibliothèques et archives européennes, notre érudit eut parfois la chance de se procurer chez des particuliers de précieux documents : tel fut le cas à Paris durant cette décennie 1870-80, lorsqu'il fit l'acquisition du manuscrit[21] autographe d'Anello Oliva Historia de los varones insignes de la Compañía de Jesús del Perú (1631), provenant de la collection de Feu Henri Ternaux-Compans. Lorsqu'il retourna à Lima, à la fin de l'année 1878, González de la Rosa disposait d'une bonne collection de documents relatifs au Pérou préhispanique et colonial. Une partie d'entre eux furent promptement publiés dans la Revista Peruana[22], cependant le conflit avec le Chili devait interrompre une série si heureusement commencée. Le prêtre historien avait pourtant bien des trésors à livrer à la lumière publique. Dans l'introduction de la Historia de la fundación de Lima, par le P. Cobo, qui inaugurait sa colección de historiadores del Perú, González évoquait les manuscrits en sa possession qu'il se proposait de publier dans ce cadre-là. Il citait notamment : de Juan de Betanzos, Suma narración de los Ingas que los indios llamaron Capac Cuna...[23] ; de Cristóbal de Molina, Relación de las fábulas y ritos de los Ingas... ; de Polo de Ondegardo, plusieurs relaciones acerca del linaje de los Incas y como conquistaron[24] y otra relación de sus idolatrías ; de Juan de Santa Cruz Pachacuti Yamqui Salcamaygua, Relación de antigüedades de este reino del Perú[25]; de Francisco de Avila, Tratado y relación de los errores, falsos dioses y otras supersticiones y ritos diabólicos en que vivían los indios de las provincias de Huarochirí ; De Fray Marcos García, Instrucción del Inga Diego de Castro Titucusi para el muy ilustre Sr licenciado Lope Garcia de Castro ; d'Anello Oliva, Historia de los Incas y de la conquista del Perú[26] ; de Fernando de Montesinos, Memorias historiales[27]; et bien d'autres encore... (González de la Rosa 1882: XIII-XV).

Comme on l'a vu, l'exil de González de la Rosa devait réduire à néant ces ambitieux projets éditoriaux. Néanmoins, ayant retrouvé ses terrains de chasse de prédilection, celui-ci entreprit de découvrir de nouvelles raretés bibliographiques. Parmi celles-ci on relèvera principalement Origen é historia de los Incas[28] de Fray Martín de Murúa, qu'il découvrit au Collège de Loyola à la fin du XIXème siècle. De retour à Lima vers 1910, González entreprit -une fois de plus en vain- de publier ce texte : il ne parvint à en publier que quelques chapitres avant de décéder. Pour en terminer avec cette seconde partie de la biographie de González de la Rosa (consacrée à son labeur ethno-historique), il convient de souligner le fait que dans les dernières années de sa vie, celui-ci consacra l'essentiel de sa pugnacité à défendre deux thèses : le plagiat commis par Garcilaso de la Vega d'après les écrits laissés par le métis Blas Valera (González de la Rosa 1907b, 1909c et 1910b), et le fait que les lettres attribuées à Toscanelli -suggérant à Christophe Colomb l'existence d'un "autre monde"- ne sont que des falsifications postérieures visant à expliquer historiquement une découverte fortuite (González 1902, 1906a, 1912). A l'occasion de ces deux polémiques, González se laissa entraîner par un de ses plus gênants travers : une assurance de soi extrême, desservie par une argumentation parfois hâtive ou excessive. C'est ce travers qui devait dans bien des situations le décrédibiliser injustement auprès de la communauté scientifique de l'époque.

Cette impression quelque peu négative ne devrait pourtant pas faire oublier ses heureuses intuitions, dans la recherche de documents anciens, comme je viens de le montrer, mais aussi dans le domaine de l'analyse des vestiges archéologiques. Son intérêt pour ce dernier champ d'activité scientifique se manifesta en même temps que sa passion bibliophilique. En effet, dès la fin de l'année 1868 il faisait parler de lui dans la presse locale et nationale en établissant à Cuzco une association d'archéologues (la Sociedad Arqueológica Peruana). Cette société, instituée localement, avait néanmoins des aspirations nationales, puisque l'un des journaux rapportant la nouvelle précisait que celle-ci aurait des "succursales" dans chaque département[29]. Cette initiative intervint au moment où Manuel González de la Rosa achevait sa tournée d'inspection des établissements scolaires du pays. Il semblerait que ce soit une découverte archéologique particulière (sans doute conjointement à sa rencontre avec des érudits cuzquéniens) qui l'ait amené à créer cette société. A cette occasion, González faisait vraisemblablement ses premières armes dans la recherche archéologique et faisait preuve, soit de naïveté, soit d'un classicisme excessif dans son analyse, puisque ce même journal ajoutait :

"On a découvert un objet indien de la plus grande importance, puisqu'il contient une magnifique inscription en langue sémitique. Lorsque cette inscription sera déchiffrée, l'origine des indigènes américains sera par là-même expliquée." [30]

Il est en effet possible que ce soit sa formation comme ecclésiastique qui l'ait orienté, sinon vers une interprétation biblique de ce vestige, du moins vers un rapprochement traditionnel avec l'Ancien Monde.

Son séjour en Europe, à partir de 1869, allait le mettre en contact avec des théories scientifiques bien plus diverses et souvent moins respectueuses de la tradition biblique. Le développement pris par la géologie, la paléontologie et l'anthropologie allait singulièrement y contribuer. Ainsi, en 1869 puis en 1872, envoya-t-il aux exploitants des dépôts de guano des questionnaires relatifs aux antiquités régulièrement découvertes sous les épaisses couches de guano accumulées sur les îles situées au large du Pérou. On ignore tout du contexte de cette initiative de la part de González de la Rosa, toutefois il convient de souligner le fait que si cette singularité archéologique avait été signalée allusivement par Mariano Eduardo de Rivero[31] dès le premier quart du XIXème siècle, les nouvelles données fournies par la géologie et la paléontologie allaient relancer la question avec beaucoup plus d'insistance. En 1867, l'explorateur Ephraim G. Squier évoquait devant la Société d'Anthropologie de Paris la haute antiquité des vestiges trouvés sous le guano des Iles Lobos et Chincha[32] ; en 1870, une masse d'arme en bois découverte dans l'île de Guañape était présentée devant l'Ethnological Society de Londres ; tandis qu'en 1871 c'était d'autres objets issus de la même découverte qui étaient exposés à L'Anthropological Institute[33]. De fait, s'il subsiste un doute sur le lieu d'expédition du premier questionnaire rédigé par González de la Rosa, le second fut formulé et envoyé depuis l'Europe (Paris ou Londres)[34] et il est raisonnable de suggérer que ce sont ces rencontres avec des scientifiques européens qui l'amenèrent à concevoir ce recueil de questions.

Sa participation aux réunions de l'Anthropological Institute, à Londres, atteste d'ailleurs l'évolution de sa réflexion sur les sociétés indigènes du Pérou préhispanique. Après une conférence donnée devant cette société par Thomas Hutchinson[35], le 11 novembre 1873, il fit une intervention -en français- pour attirer l'attention des ethnologues sur l'intérêt qu'il y aurait à étudier plus à fond les cultures préhispaniques de la côte nord du Pérou. A cette occasion il dénonçait une rumeur alors courante, suggérant l'existence de liens historiques et culturels entre les populations indigènes de la région de Eten et l'Extrême-Orient[36]. L'existence de grandes civilisations préincaïques au Pérou allait dès lors devenir son principal credo et il devait le défendre tout au long de sa vie avec la ténacité qu'on lui connaît. Dans un texte[37] daté de ce même mois de novembre 1873 il avançait l'idée selon laquelle la perception chronologique que l'on avait eu jusqu'ici du fait civilisationnel au Pérou avait été brouillée par la mythologie officielle inca telle qu'elle avait été transmise aux conquérants espagnols. Si le cas de Tiahuanaco lui paraissait évident, il citait d'autres monuments qui lui semblaient prouver l'existence de plusieurs cultures nettement antérieures à celle des Incas :

"[...] d'autres monuments non moins irréfutables, par leur style et leur ancienneté, ne laissent aucun doute sur le fait qu'il exista dans d'autres endroits du Pérou comme Vilcas, Huaitará, Huánuco, Lima, Chincha, Trujillo, Chachapoyas, etc., des centres de civilisation antérieurs, avec des traditions plus ou moins différentes de celles des Incas."[38]

Esprit bouillonnant d'idées et de projets, Manuel González de la Rosa ne devait toutefois pas construire et concrétiser ses études sur le Pérou préincaïque, si ce n'est à travers quelques rares articles, dans les dernières années de sa vie (González de la Rosa 1908b, 1908c, 1909b, 1910a, 1911a). Sa réflexion reposait essentiellement sur une analyse iconographique des vestiges étudiés. Entrepris isolément du contexte archéologique, ce type de travail est toujours très périlleux et González ne put éviter de se fourvoyer dans des interprétations abandonnées depuis lors. Le résultat de ses réflexions iconographiques est donc très inégal : certaines de ses études font preuve d'une prudence toute méritoire (son interprétation de la "Pierre de Chavín"), tandis que d'autres relèvent d'hypothèses intéressantes mais hasardeuses[39], voire d'interprétations dénuées de tout fondement (sa "lecture" du portique de Tiahuanaco). Il convient toutefois de rappeler que jusqu'au début du siècle, les pratiques archéologiques ne permettaient d'obtenir que des données extrêmement lacunaires. Ce n'est qu'avec des fouilles menées par des gens tels que Max Uhle (employant des méthodes stratigraphiques) que l'on devait commencer, d'une part, à mesurer véritablement la profondeur chronologique du passé préhispanique du Pérou et, d'autre part, à identifier un nombre croissant de cultures préincaïques (et, par conséquent, à accéder à une meilleure approche des différents "styles" - seule susceptible de permettre un travail iconographique cohérent). En cela aussi, la pensée "archéologique" de González de la Rosa appartient à une époque scientifique alors en cours d'achèvement. Comme nombre de ses contemporains s'étant risqués sur ce chemin périlleux, sa vision du Pérou "primitif" -comme l'on définissait volontiers la période préincaïque- repose essentiellement sur des sources littéraires (les chroniques de la Conquête et de la Colonie) et se perd dans une nébuleuse de mythes et de comparaisons stylistiques des plus fantaisistes.

En définitive, lorsque l'on analyse la production de Manuel González de la Rosa, on est amené à penser que son parcours intellectuel en tant qu'américaniste est riche de promesses souvent malheureusement non tenues : l'un de ses contemporains et confrères, Henry Vignaud, avait fait allusion dans sa nécrologie (Vignaud 1913 : 207) à son incapacité à se fixer sur un seul projet. Effectivement, comme tous les esprits curieux, il se passionna pour des thèmes de recherche extrêmement divers bien que n'ayant pas la possibilité de consacrer à chacun d'eux le temps et les moyens nécessaires. Le jugement de Vignaud est toutefois un peu sévère, car à la décharge de González il faut souligner la rareté de ses soutiens financiers et la part de malchance qui bloquèrent nombre de ses projets éditoriaux. En outre, il convient de reconnaître à l'érudit péruvien une ténacité qui dément en partie les propos de Vignaud. L'une des faiblesses intellectuelles majeures de González de la Rosa résidait, j'y ai déjà fait allusion, dans une argumentation trop souvent hâtive et redondante qui ne pouvait que rarement parvenir à convaincre un lecteur averti et exigeant, comme l'on commençait à en trouver de plus en plus au sein de la communauté américaniste du début du XXème siècle. De par sa très longue résidence en Europe, González avait eu l'occasion de rencontrer la plupart des plus grands noms de l'ethnologie et de l'anthropologie du moment, ce qui lui inspira un certain sentiment de supériorité vis-à-vis de ses compatriotes (attitude qui ne dut certainement pas faciliter son intégration au sein de la communauté érudite péruvienne lorsqu'il revint chez lui, en 1878 puis en 1910...). A cela s'associe une évidente soif de reconnaissance scientifique[40], qui lui laissa au crépuscule de sa vie une vive amertume. Si le grand nombre de ses travaux, sa vaste érudition et sa présence à divers moments-clés de l'institutionalisation de l'anthropologie -et en particulier de l'américanisme- (son admission quelques années seulement après la fondation de l'Anthropological Institute, à Londres, de la Société des Américaniste, à Paris, de l'Instituto Histórico, à Lima ; sa participation à la Revista Peruana) lui attirèrent une déférence indéniable de la part de ses contemporains, son souvenir s'estompa rapidement après sa disparition. Volontiers conflictuel et isolé hors des réseaux péruviens de l'érudition et du pouvoir, Manuel González de la Rosa ne laissa pas une empreinte aussi forte que certains de ses contemporains ou proches successeurs (tels que Carlos Wiesse, José de la Riva Agüero ou Horacio H. Urteaga). Si la fragilité de la plupart de ses écrits n'a pas permis d'ancrer sa réputation dans la longue durée, il me semble que c'est avant tout à son enthousiasme qu'il faudrait en attribuer la faute. Restent sinon d'indéniables intuitions et, surtout, ses grands talents de "dénicheur" de trésors bibliographiques.


Bibliographie

BALLESTEROS-GAIBROIS, Manuel
1962 "Introducción y notas de... (xxiii-xlv)", in Fray Martín de Murúa, Historia general del Perú, origen y descendencia de los Incas [...], Madrid.

BATRES, Milla (ed.)
1986 Diccionario histórico y biográfico del Perú. Lima, IV, pp. 231-232.

DUVIOLS, Pierre et ITIER, César
1993 "Estudio y comentario etnohistórico (13-126)", in Joan de Santa Cruz Pachacuti Yamqui Salcamaygua, Relación de antigüedades desde reyno del Pirú. Cusco, Institut Français d'Études Andines, Centro de Estudios Regionales Andinos "Bartolomé de Las Casas".

GONZALEZ DE LA ROSA, Manuel
1866 Manual del Cristiano durante el Jubileo [cité par Vargas Ugarte 1964, p. 322].
1866 Manual del Apostolado de la Oración [traduction de l'ouvrage du Père Henri Ramière ; cf. ibid.].
1867 Tesoro de los Devotos del Sagrado Corazón de Jesús, 2da edición aumentada, Lima, Imp. de A. Alfaro y Cia, 272 p..
1867 Santa Rosa de Lima ; poema heroico de Luis Antonio Oviedo y Herrera, conde de Granja, Lima, Administración del Perú Católico, 326 p..
1869 Vida de la Ven. Sierva de Dios, Antonia Lucía del Espíritu Santo, fundadora del Monasterio de Nazarenas de Lima. Lima, Imp. de El Nacional, 157 p. [biographie écrite par Sor Josefa de la Providencia et publiée à Lima en 1793 ; ouvrage cité par Vargas Ugarte 1964, p. 322].
1869 Informe que el Inspector especial de todos los establecimientos departamentales de Instrucción y beneficencia, presenta al Sr Ministro del ramo. Lima, Imp. del "Nacional", 57 p..
1873 Relación de los Incas [titre initialement choisi pour la seconde partie de la Crónica del Perú de Cieza de León, identifiée par González. L'ouvrage déposé à l'atelier typographique de Ballantyne, Hanson and Cdeg., à Edimbourg, puis chez Trübner, à Londres, ne vit jamais le jour - si ce n'est sous la forme d'épreuves reliées.]
1874 Intervention - en français - après une conférence de Thomas Hutchinson ("Explorations among ancient burial grounds") devant l'Anthropological Institute (11 novembre 1873), Journal of the Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, III, pp. 324-326.
1879a Sermón pronunciado en la Iglesia Catedral de Lima, el 28 de Julio de 1879, 58 aniversario de la Independencia del Perú. Lima, Imp. del Estado, 15 p..
1879b "La historia de los Incas ó segunda parte de la Crónica del Perú por Pedro Cieza de León", Revista Peruana, I : 37-43, pp. 133-136.
1879c "Las reivindicaciones literarias de Chile. Reflexiones a propósito de la Historia de la literatura colonial de Chile por D. José Toribio Medina", Revista Peruana, I, pp. 192-198.
1879d "La gramática de la lengua de los chimus, llamada yunga ó mochica por Fernando de la Carrera (1644)" [publié d'après une copie exécutée en Allemagne par González de la Rosa, avec une introduction de ce dernier], Revista Peruana, I, pp. 287-300, 385-388, 468-471 ; II, pp. 63-68, 138-141, 237-240, 442-446, 535-538, 576-580 ; III, pp. 73-80, 133-140, 309-311, 389-393, 543-546 ; IV, pp. 70-83, 260-267, 370-380, 505-511.
1879e "El Perú primitivo segun Cieza", Revista Peruana, I, pp. 301-318 [ce texte, daté de Londres, novembre 1873, rassemble des notes initialement prévues pour la publication de la Secunda parte de la Crónica del Perú : celles-ci correspondent au chapitre 1 du manuscrit].
1879f "Los límites de Chile en Atacama fijados por la Historia", Revista Peruana, I, pp. 477-494, 552-572 [ce texte est paru la même année en anglais et en français, sous forme de fascicule, Lima, Imp. Liberal].
1879g "El Padre Cobo y su historia de Lima", Revista Peruana, II, pp. 362-365 [suivi de la publication du manuscrit II, pp. 366-375, 423-436, 499-512, 602-619 ; III, pp. 65-72, 112-124, 215-230, 306-308, 368-371, 442-450, 518-534, 573-588 ; IV, pp. 13-40, 230-259, 381-397, 445-456].
1879h "Arqueología peruana : 'Inscripciones, medallas, edificios, templos, antigüedades y monumentos' por LLano Zapata, publicado por...", Revista Peruana, II, pp. 376-381, 393-398.
1879i "El fanatismo patriótico y el clero chileno", Revista Peruana, II, pp. 382-385.
1880a "Las fuentes de la historia eclesiástica del Perú", Revista Peruana, IV, pp. 121-127.
1880b "Biblioteca Nacional. Informe sobre la formación del catálogo", Revista Peruana, IV, pp. 128-133. [publié également dans la Opinión Nacional du 2 mars 1880. cf. A. Tauro 1964, p. 56, note 3].
1882 Colección de historiadores del Perú. Obras inéditas sobre la historia del Perú antes y despues de la conquista, publicada con introducción, biografías y notas por Manuel González de la Rosa. I : Historia de la fundación de Lima, por el P. Bernabé Cobo, Lima, Imp. Liberal [dans son introduction González donne la liste des manuscrits espagnols dont il dispose et qu'il pense publier ultérieurement dans cette même collection].
1898 Felipe Pardo Y Aliaga. Poesías...precedidas de su biografía y acompañadas par algunas notas por..., Paris, Mexico, Libreria de la Viuda de Ch. Bouret, 386 p..
1899 Atlas geográfico universal, Paris, Bouret [cité par Vignaud 1913, p. 207].
1902 La solution de tous les problèmes relatifs à Christophe Colomb et, en particulier, de celui des origines ou des prétendus inspirateurs de la découverte du Nouveau Monde, Paris, E. Leroux [extrait du C.R. du Congrès International des Américanistes tenu à Paris en septembre 1900].
1906a "La solución de todos los problemas relativos á Cristóbal Colón y en particular de aquellos relacionados con los orígenes ó pretendidos inspiradores del descubrimiento del Nuevo Mundo", Revista Histórica, I, pp. 425-444.
1906b Diccionario enciclopédico, Paris, Garnier [cité par Vignaud 1913, p. 207].
1907a "Las antigüedades de Manabí del Profesor Saville y el estudio de la civilización de los Caras", Revista Histórica, II, pp. 569-575.
1907b "Découverte de trois précieux ouvrages du métis péruvien Blas Valera, qu'on croyait détruits en 1596", Journal de la Société des Américanistes, IV (2), pp. 192-202.
1908a "Les Caras de l'Equateur et les premiers résultats de l'expédition G. Heye sous la direction de M. Saville", Journal de la Société des Américanistes, V, pp. 85-93.
1908b "A propos de la redécouverte de la ville antique de Choquéquirao sur la rive droite de l'Apurimac", Journal de la Société des Américanistes, V, pp. 261-264.
1908c "Estudio de las antigüedades peruanas halladas bajo el huano" [daté de Paris, 30 janvier 1908], Revista Histórica, III, pp. 39-45.
1908d "La vida en Lima en 1711 ó historia de un robo sacrílego", Revista Histórica, III, pp. 62-79.
1908e "Réplica al Sr Riva Agüero" [daté de Paris, 1908], Revista Histórica, III, pp. 190-204.
1908f "El testamento, codicilios, etc. del inca Garcilaso de la Vega", Revista Histórica, III, pp. 262-295.
1908g "Los Comentarios Reales son la réplica de Valera a Sarmiento Gamboa" [daté de Paris, 1909], Revista Histórica, III, pp. 296-306.
1909a "Ensayo de cronología incana", Revista Histórica, IV, pp. 41-54.
1909b "El naturalista Dombey y su viaje al Perú" [à propos de l'ouvrage de E.T. Hamy, Joseph Dombey, médecin, naturaliste, archéologue, explorateur du Chili et du Pérou, Paris, E. Guilmoto, 1905], Revista Histórica, IV, pp. 184-188.
1909c "Las obras del padre Valera y de Garcilaso; réplica inevitable y única a la tesis sostenida ante la Facultad de Letras, para optar el grado de doctor, por José de la Riva-Agüero", Revista Histórica, IV, pp. 301-311.
1910a "Les deux Tiahuanaco, leurs problèmes et leur solution", Verhandlungen des XVI Internationnalen Amerikanisten-Kongress [Wien, 9 bis 14 september 1908], Wien und Leipzig, A. Hartleben Verlag, II, pp. 405-428.
1910b article sur Garcilaso de la Vega et Blas Valera dans El Comercio, 6 décembre 1910 [cité par Vargas Ugarte 1964, p. 325].
1911a "Origen del quechua de la civilización en Chincha", El Comercio, setiembre 7 de 1911.
1911b "Tentativa para decifrar la famosa piedra de Chavín"[41], La Ilustración Peruana, año III, ndeg.79, pp. 949-950.
1911c Origen e Historia de los Incas del Perú. Obra escrita por el Padre Fray Martín de Morúa [sic], publicada y anotada por... Lima, Imp. Nacional [publication d'une vingtaine de chapitres[42] d'un manuscrit découvert dans les archives de Loyola. Voir Ballesteros-Gaibrois 1962, pp. XXIX et suiv.].
1912 "1492: ni Toscanelli ni nadie podía pensar entonces en otro mundo, sin hallazgo previo", Revista Histórica, IV, pp. 366-377.

HAMPE MARTINEZ, Teodoro
1983-84 "Los Miembros de Número de la Academia Nacional de la Historia (Instituto Histórico del Perú) 1905-1984", Revista Histórica, XXXI, pp. 281-353.

JIMENEZ DE LA ESPADA, Marcos
1880 "Introducción", in Pedro Cieza de León, Secunda parte de la Crónica del Perú, que trata del señorío de los Incas yupanquis y de sus grandes hechos y gobernación, Madrid (Bibliotheca Hispano-Ultramarina, tomo V), Imp. de Manuel Gines Hernández [fait référence, dans son introduction, au projet inabouti de González de la Rosa].
1889 El presbítero D. M. Toribio González de La Rosa y yo, Madrid, 16 p.. [à propos de leur contentieux relatif à la publication de la 2da parte de la Crónica del Perú, de Cieza de León].

PEASE G.Y., Franklin
1986 "Introducción" (XI-XLIII), in Pedro Cieza de León: Crónica del Perú. Primera parte, Lima, Pontificia Universidad Católica del Perú, Academia Nacional de la Historia.

PORRAS BARRENECHEA, Raúl
1986 Los cronistas del Perú (1528-1650) y otros ensayos, edición, prólogo y notas de Franklin Pease G.Y, Lima, Biblioteca Peruana, Banco de Crédito del Perú, Ministerio de Educación.

RIVA AGÜERO Y OSMA, José de la
1937-38 "Polémica histórica sobre el Inca Garcilaso con D. M. González de La Rosa. Diciembre de 1910 - Enero de 1911", in Por la verdad, la tradición y la patria. Tomo II, pp. 487-531.

RIVIALE, Pascal
1995 "L'américanisme français à la veille de la fondation de la Société des Américanistes", Journal de la Société des Américanistes, 81, pp. 207-229.
1996 "Les instructions archéologiques pour le Pérou au XIXème siècle : deux exemples, deux conceptions distinctes de la recherche pour un domaine d'étude en quête d'identité", in Claude Blanckaert (ed.), L'Homme en questions. Instructions aux voyageurs et pratiques de terrain dans les sciences humaines (XVIIIème-XXème siècle). Paris, L'Harmattan, coll. "Histoire des Sciences Humaines".

TAURO, Alberto
1964 Manuel de Odriozola. Prócer, erudito, bibliotecario, Lima, UNMSM.

VARGAS UGARTE, Rubén
1964 "D. Manuel Trinidad González La Rosa", Revista Histórica, XXVII, pp. 320-331.

VIGNAUD, Henri
1913 "M. González de La Rosa, savant péruvien [nécrologie]", Journal de la Société des Américanistes, X : 205-208.


[1] Selon des affirmations de Manuel González (qu'il m'a été impossible de confirmer), il aurait été vers cette même période chargé de cours à l'Université de San Marcos -vraisemblablement à la Faculté de Théologie.

[2] Association catholique ayant pour vocation "d'unir la Science et la Foi dans un commun effort pour servir la vérité, et lutter contre les progrès de l'erreur." (Bulletin de la Société Bibliographique, I, 1870 : 5). Il s'agissait pour cette société de contrecarrer sur le terrain scientifique l'influence grandissante de nombreux "ennemis" de la Foi traditionnelle : matérialistes, francs-maçons, libres penseurs, etc...

[3] Dont il fut admis membre le 9 décembre 1873. Il aurait été également membre de la Royal Geographical Society of London, au cours de la même période.

[4] Grand bibliophile, Manuel Odriozola (1804-1889) accumula au cours de sa vie une masse impressionnante de papiers et de livres rares, qui lui permirent de publier entre 1863 et 1877 deux célèbres séries, Colección de documentos literarios del Perú et Documentos históricos del Perú. C'est donc au titre de ses vastes connaissances bibliographiques qu'il fut choisi, en 1875, comme nouveau directeur de la Bibliothèque nationale.

[5] M. GONZáLEZ DE LA ROSA, "Informe sobre la formación del catálogo", Revista Peruana, IV, 1880, p.130.

[6] On ignore la cause de ce départ précipité. Cela a-t-il un rapport avec sa déclaration en faveur de Francisco García Calderón en tant que Président d'un gouvernement constitutionnel provisoire (acte signé par une centaine de personnalités de la capitale et publié par El Orden 26 février 1881) et sa collaboration au journal El Orden, en 1881 ?

[7] Afin d'éviter tout débordement de la part d'érudits enthousiastes mais encombrants (comme cela aurait été en partie le cas pour la défunte Société Américaine de France ; voir RIVIALE 1995), il avait été décidé que le nombre des places au sein de cette association scientifique serait limité à 60.

[8] Encore qu'il soit peu probable qu'il ait fait le voyage à New York, il aurait plutôt envoyé et fait lire par une tierce personne sa communication (inédite, mais qui aurait porté sur la découverte de l'Amérique cf. Journal de la Société des Américanistes, ns, I, 1903 : 100-101 ; il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'une version remaniée de la communication faite sur Colomb et Toscanelli à Paris en 1900 : voir GONZáLEZ DE LA ROSA 1902).

[9] Il avait notamment en projet de publier un dictionnaire des dialectes indigènes de la côte nord du Pérou. Pour cela il avait escompté l'aide de Heinrich Brüning (avec qui il correspondit régulièrement entre 1911 et 1912) qui disposait de nombreuses connaissances en la matière, du fait de sa longue résidence et de ses voyages dans la région de Lambayeque. Je remercie ici Franklin Pease de m'avoir prêté copie d'une partie de cette correspondance, recueillie par Richard Schaedel (University of Austin, Texas).

[10] Par exemple en rééditant en 1867 le poème "héroïque" de Luis Antonio Oviedo y Herrera sur Santa Rosa de Lima (publié pour la première fois à Madrid en 1711) et en 1869 la Vida de la Venerable Sierva de Dios, Antonia Lucía del Espíritu Santo...

[11] El Nacional, 11 août 1868.

[12] Notamment Pascual de Guayangos, grand érudit espagnol et collaborateur de Prescott puis de Jiménez de la Espada (PEASE 1986 : XIV), que González rencontra à Londres en 1873.

[13] Le premier avec notamment sa Biblioteca Hispano-Ultramarina, le second à travers son travail éditorial au sein de la Hakluyt Society.

[14] Qu'il publiera entre 1879 et 1880 dans les tomes II, III et IV de la Revista Peruana, puis en 1882 en tant que premier volume de la Colección de historiadores del Perú qu'il escomptait lancer.

[15] Publié dans la Revista Peruana (tomes I, II, III, IV) sous le titre de "La gramática de la lengua de los chimus, llamada yunga ó mochica".

[16] Prescott avait obtenu une copie du manuscrit conservé à la bibliothèque de l'Escorial et à la suite d'une mauvaise interprétation du titre avait déduit que ce texte avait été rédigé "par" Sarmiento (alors qu'il l'avait été "pour" Sarmiento).

[17] Le choix de ce titre est d'ailleurs incertain puisque dans un article de 1879 (Revista Peruana, I : 37-43), González évoque ce même manuscrit sous le titre suivant : Historia de los Incas ó secunda parte de la "Crónica del Perú", por Cieza de León.

[18] Dont il subsiste au moins deux exemplaires : l'un à la Bibliothèque nationale de Madrid, l'autre à l'université de Yale (PEASE 1986 : XIV note 4 ; PORRAS BARRENECHEA 1986 : 287).

[19] El Comercio, 25 juillet 1877.

[20] Signe du caractère parfois exagérément opiniâtre de notre homme, Manuel González parlait quelques années plus tard de cette publication comme d'un fait accompli et considérait que seule la diffusion de l'ouvrage n'avait pas été assurée. Conscient pourtant de cet échec, il se proposait d'en faire une "seconde" édition augmentée (GONZáLEZ DE LA ROSA 1882: XI note 1 et XIII).

[21] Les pérégrinations de ce manuscrit illustrent de façon pittoresque la manière dont de tels documents circulaient (et continuent de circuler) auprès des amateurs et érudits du siècle dernier : provenant d'une bibliothèque jésuite, ce document fut acheté au Pérou par le diplomate Chaumette-des-Fossés puis vendu en France en 1842 à Ternaux-Compans (qui en publia une traduction française en 1857). González de la Rosa en fit l'acquisition trente ans plus tard et le ramena avec lui au Pérou. Lorsqu'il quitta précipitament Lima en 1882, il abandonna tous ses livres et manuscrits, dont ce document qui fut acheté par Felipe Varela y Valle et servit pour une nouvelle édition (Lima, 1895). Il semblerait que ce soit ce même manuscrit qui ait postérieurement abouti à la Bibliothèque nationale de Lima, pour y disparaître lors du grand incendie de 1943.

[22] Voir la bibliographie de González correspondant aux années 1879 et 1880.

[23] Que Jiménez de la Espada venait pourtant de publier (en 1880) à la suite de la seconde partie de la Crónica del Perú de Cieza de León (réunis dans le même volume et constituant le tome V de la Biblioteca Hispano-Ultramarina).

[24] Manuscrit cependant déjà publié à Madrid en 1872 et à Londres -par C. Markham- en 1873 (Porras Barrenechea 1986 : 341). Probablement tiré du même recueil réunissant les manuscrits de Cristóbal de Molina, Avila, Pachacuti Yamqui Salcamaygua, etc. (voir note suivante).

[25] Qu'il appelle J. de Santa Cruz Pachacutec Yupanqui. Déjà publié par Jiménez de la Espada en 1879, dans le volume intitulé Tres relaciones de Antigüedades Peruanas. D'après la liste de documents donnée par González, il semblerait que l'historien espagnol et notre Péruvien aient en fait consulté le même recueil de manuscrits, conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid (sous le ndeg. 3169) : ce recueil ayant appartenu à Francisco de Avila (DUVIOLS 1993: 15). Ce détail expliquerait un peu mieux encore la concurrence farouche à laquelle se livraient ces deux érudits...

[26] Texte placé en préambule à son Historia de los varones insignes..., op. cit..

[27] Manuscrit publié cette même année 1882 par Jiménez de la Espada.

[28] Il s'agirait-là en fait d'une copie succincte -voire d'un brouillon- de l'original (publié pour la première fois par Manuel Ballesteros-Gaibrois à Madrid en 1962 seulement).

[29] El Nacional, 5 décembre 1868. Cette allusion aux succursales laisserait penser que les fondateurs de cette association avaient pris modèle sur la Sociedad Amigos de los Indios, créée l'année précédente et qui remportait un succès foudroyant auprès des intellectuels et notables du pays entier (tout au long de l'année 1868 on peut lire dans une rubrique spéciale du Comercio les comptes rendus d'établissement de succursales départementales de cette dernière société).

[30] El Nacional, 5 décembre 1868. A la suite de cela il était précisé que González de la Rosa était l'"inventeur de cette précieuse relique".

[31] "Memoria sobre el guano de pajaros del Perú", Memorial de Ciencias naturales y de Industria nacional y extranjera, I, 1828 : 36-38.

[32] "Antiquités péruviennes", Bulletin de la Société d'Anthropologie de Paris, 2e série, II, 1867 : 657-658.

[33] Journal of the Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, I, 1872 : 213 et XXXIX.

[34] Il reçut d'ailleurs la réponse à Londres en 1873. Sur ces questionnaires voir GONZáLEZ DE LA ROSA 1908c.

[35] Diplomate britannique, auteur d'un ouvrage (Two years in Peru. With exploration of its antiquities. London, Sampson Low, Marston, Low and Searle. 2 vol) dans lequel il raconte ses nombreuses expériences archéologiques sur la côte péruvienne et suggère de réattribuer à la culture chimú un certain nombre de vestiges jusqu'alors considérés comme appartenant à la période inca.

[36] Journal of the Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, III, 1874 : 324-326. C'est à cette époque que remonterait son intérêt pour les dialectes de la côte nord du Pérou ; voir ce que je disais plus haut à propos de ses projets éditoriaux avec Brüning.

[37] "El Perú primitivo según Cieza", Revista Peruana, I, 1879 : 301-318. Il s'agit en fait d'une série de notes qui avaient été initialement prévues pour la publication londonnienne de la Seconde partie de la Crónica del Perú (voir plus haut).

[38] Ibid : 308. Affirmation dont il ne faudrait cependant pas exagérer la nouveauté : dans les instructions rédigées en 1853 par l'Académie des Sciences de Paris pour Maximilien Mimey, Edmé Jomard avait déjà ébauché une liste de sites archéologiques jugés représentatifs d'une "première époque", antérieure à celle des Incas (RIVIALE 1996).

[39] Ainsi voyait-il dans les dessins représentés sur certaines céramiques mochicas "une tentative d'écriture figurative".

[40] Son insistance, par exemple, à être reconnu comme "Le découvreur" de la Secunda parte de la Crónica del Perú de Cieza de León (voir GONZáLEZ 1879b, 1879e et 1882) et la polémique qui s'ensuivit avec Jiménez de la Espada, en sont des indices éclairants.

[41] Il avait déjà fait une conférence sur ce monument devant la Société des Américanistes le 3 mars 1903 (voir JSA, ns, I, 1903 : 238-239).

[42] Dans son édition de 1922 de ce même manuscrit, H. URTEAGA (1922: VI) dit que près de 200 pages de la publication préparée par González se perdirent dans les ateliers de l'imprimeur. González de la Rosa, quant à lui, disait dans une lettre à Brüning (31-05-1912) qu'il avait suspendu la publication du manuscrit, l'avait laissé entre les mains de l'Instituto Histórico et attendait une réponse.


[Sommaire HSAL96] [Revue HSAL] [HSAL] [Aleph] [Archives] [Dossiers] [Presse] [Ressources] 
 

Copyright © 1996  -  Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH  -  ISSN 1245 - 1517