Copyright © 1996  -  Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH  -  ISSN 1245 - 1517

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Le crédit à l'époque coloniale : une affaire de l'Eglise ?
Cens et chapellenies à Piura, nord du Pérou, XVIIème - XVIIIème siècles

Jakob Schlüpmann
Depuis l'époque coloniale, l'Eglise et les institutions religieuses sont stigmatisées comme les principales sources de crédit de l'économie agraire. Il y a dix ans, dans un article beaucoup repris, A. Bauer estimait que l'ensemble des chapellenies, cens, oeuvres pieuses etc... et autres hypothèques grevant les propriétés foncières et urbaines étaient autant de revenus pour l'Eglise[1]. Plus récemment, Thomas Calvo estimait lui aussi qu'à Guadalajara au Mexique, le cens était affaire de l'Eglise à l'époque coloniale[2]. Mais, le crédit en particulier rural était-il réellement l'apanage des institutions religieuses dans l'ensemble des colonies espagnoles ? Les capitaux acquis par l'Eglise, furent-il réinjectés dans l'économie agraire ou, une fois établis comme rentes perpétuelles, servirent-ils aux dépenses ostentatoires de son clergé ? Quelles furent les conséquences de l'accroissement des cens et chapellenies sur le développement des grandes propriétés foncières ?

C'est à travers le cas du corregimiento de Piura, région au nord du Pérou qui comptait à la fin du XVIIIème siècle quelques 44 000 habitants, une soixantaine d'haciendas aux mains de créoles et quelques couvents -La Merci, San Francisco- que nous avons l'intention de revenir sur le rôle des chapellenies dans le financement de l'économie agraire du vice-royaume péruvien.

La part des cens et chapellenies

Comme dans l'ensemble de l'Amérique coloniale espagnole, l'omniprésence à Piura des chapellenies et cens dans la vie -des fortunés pour le moins- de l'époque coloniale est attestée par les multiples écritures notariales ou de justice qui y font référence. Actes de vente des propriétés urbaines ou foncières, testaments, inventaires après décès, sans compter les écritures de fondation même des cens contiennent toujours quelques clauses relatives au fonctionnement de ces rentes. Les inventaires après décès des plus grands propriétaires fonciers de Piura permettent d'en mesurer la part dans les fortunes. En 1680, les biens de Diego de Saavedra Rangel -le plus important propriétaire de la seconde moitié du XVIIème siècle avec les trois haciendas les plus étendues de la sierra de Piura et une savonnerie- évalués à 52 565 pesos, étaient par exemple grevés de 6 902 pesos de cens dont 3 052 pesos sur ses maisons à Piura et 3 850 sur ses domaines de Pillo, Pariguanás et Congoña. Au total, 13% de la valeur des biens patrimoniaux de Saavedra Rangel étaient donc hypothéqués.

En 1722, la succession de don Nicolás de Ribera faisait apparaître que hors dettes, la valeur de son patrimoine s'élevait à près de 24 190 pesos dont 3 915 pesos -soit 16%- étaient hypothéqués en cens imposés sur les haciendas de Matalacas et Chipillico. En 1769, les biens de Joseph Gómez Moreno, propriétaire de Malingas et Sancor, évalués à 44 110 pesos étaient quant à eux grevés de 17 340 pesos, ce qui représentait près de 40% du total. En 1841 encore, 20 années après l'Indépendance du Pérou, l'exécution testamentaire de José Garrido montre que l'ensemble de ses biens, estimé à 42 890 pesos, était hypothéqué à hauteur de 12 364 pesos -soit près de 30%- par deux cens sur ses domaines de Pillo et Samba[3].

Selon ces premières indications, formellement pour le moins, la constitution de rentes jouait un rôle important dans la circulation et la concentration des capitaux au cours de l'époque coloniale. Dans une société où le prêt était prohibé, les cens des ordres religieux et les chapellenies, sous couvert de rentes, devinrent les principales formes du crédit pour les propriétaires fonciers de l'époque coloniale.

Cens et chapellenies : prêt ou imposition ?

Plusieurs types d'actes notariés permettent d'éclairer le mécanisme de ces crédits. Pour les comprendre, le plus sûr est de remonter à la source, c'est-à-dire à l'acte de fondation de la rente, ou plus en amont encore, au testament qui ordonne sa fondation. En général, ce sont les dernières volontés d'un mourant qui sont à l'origine des chapellenies ou cens. Voyons quelques exemples parmi ces milliers de testaments de notables de Piura qui consignèrent, entre la fin du XVIème siècle et le milieu du XIXème siècle, des clauses relatives aux chapellenies.

En 1682, Juan de Palacios Manrique était l'un des personnages d'envergure de Piura. Il était alors éleveur et savonnier puisqu'il affermait l'hacienda Ñomala, l'un des grands domaines de la côte, de compagnie avec Fernando Cortez y Velasco, mais ne dédaignait pas non plus le commerce des esclaves depuis Panama, qu'il pratiquait en société avec Estevan Carrasco. Dans le testament qu'il fit établir le 26 mai, Juan de Palacios qui lui-même ne possédait pas d'hacienda, désirait qu'après son décès fût fondée une chapellenie et "mémoire perpétuelle de messes" pour son âme, celle de ses parents et de tous les siens. Il fixait le principal de cette chapellenie à 3 000 pesos et précisait que ce montant devait être prélevé sur le cinquième de ses biens. Gagée par une propriété "sûre", cette somme aurait rapporté des intérêts qu'il destinait au premier de ses fils ordonné prêtre[4]. Dans ce cas, la fondation de la chapellenie correspondait donc à un prêt d'argent à un propriétaire désireux d'hypothéquer ses biens contre le paiement régulier d'intérêts.

Dans son testament du 26 mars 1735, don Matheo de Urdapileta, grand commerçant, exploitant de la mine de bitume de Piura mais aussi propriétaire de l'hacienda Bigote exigeait dans une clause que l'on rachetât les cens qui grevaient l'hacienda pour pouvoir l'hypothéquer d'une nouvelle chapellenie d'un principal de 4000 pesos après sa mort. Les "patrons" et les bénéficiaires devaient être ses enfants et avaient pour obligation de réciter cent messes en faveur de son âme, de celle de son épouse et de ses parents[5]. Cette fois-ci, le fondateur n'avait donc pas l'intention de mettre à disposition une somme d'argent, mais désirait alléger le poids de certaines hypothèques (en les remboursant) qui grevaient trop lourdement l'hacienda pour pouvoir constituer une rente en faveur de ses descendants par une nouvelle hypothèque sur son domaine.

Mais les grands propriétaires n'étaient pas les seuls à être préoccupés par la fondation de chapellenies dans leur testament. Le testament de Blas Alberto López, du 26 septembre 1709, fait état de la création d'une chapellenie de 200 pesos de principal. Or Blas Alberto López n'était qu'un petit entrepreneur dans les transports, dont les seuls biens consistaient en quelques mules et une maison à Piura. Lui aussi offrait donc un capital dont il escomptait en retour des intérêts pour payer les messes à célébrer perpétuellement après son décès. A l'inverse des précédants, peut-être parce que sans descendance, l'élection des bénéficiaires de la petite rente qui en résultait n'était pas sa principale préoccupation : il en laissait le soin à son compadre le capitaine Joseph de Valdivieso y Estrada[6].

Après le décès du fondateur et l'ouverture du testament, les exécuteurs testamentaires et le patron nommé du cens, établissaient l'acte notarié qui instituait véritablement le cens et grevait une propriété. Parfois, le délai entre le décès du fondateur et l'instauration du cens pouvait prendre plusieurs années, entraînant des procès entre les exécuteurs testamentaires et les bénéficiaires du cens. Chaque fois que le principal d'un cens était transféré sur une autre propriété, un nouveau document était établi.

L'acte de l'imposition de deux cens de 600 pesos de principal sur l'hacienda Parales, les terres de la Lura et les maisons de don Antonio de Quevedo y Zeballos, en 1735, est à ce titre un exemple classique. Il montre d'abord que ces deux cens, dont bénéficiait le couvent de la Merci de Piura, grevaient précédemment l'hacienda Malingas, propriété de doña María Fernandes de la Sierra. Il indique aussi que les fondateurs de ces rentes perpétuelles avaient été Lorenzo Velasquez, curé d'Ayabaca décédé vers 1660 et Francisco de Sojo mort en 1695.

En 1735, doña María Fernandes de la Sierra, apparemment encombrée de liquidités ou désireuse d'abaisser le montant des intérêts payables chaque année, remboursa le principal de ces deux cens redimibles -c'est-à-dire rachetables- au couvent de la Merci. Informé de la disponibilité de ce capital, don Antonio de Quevedo y Zeballos en fit la demande, proposant au couvent d'hypothéquer son hacienda Parales, les terres de la Lura et ses maisons.

Selon les dires de don Antonio, Parales était cependant déjà grevée de quatre cens : le premier d'un principal de 2 500 pesos en faveur du dit couvent ; le second de 1 500 pesos en faveur d'une chapellenie "servie" par le licencié don Juan Antonio Gonzáles de Sanjinés ; le troisième de 2 730 pesos en faveur d'une chapellenie au bénéfice du licencié don Antonio de Castillo et le quatrième de 1 000 pesos en faveur du bachelier don Joseph Pacheco. Au total, le domaine était déjà hypothéqué à hauteur de 7 730 pesos et versait donc en principe annuellement 386 pesos de rentes. Pareillement, la résidence de Antonio de Quevedo était chargée de trois cens, le premier de 200 pesos en faveur du couvent de la Merci, le deuxième de 300 pesos en faveur de l'hospice des Franciscains et le troisième d'une chapellenie au profit de don Luis de Quevedo y Zeballos, le propre fils de don Antonio. Enfin, même les terres de la Lura étaient hypothéquées par une chapellenie de 1 000 pesos en faveur de don Manuel de Sotomayor.

Après trois assemblées, aux délibérations notariées, les moines accordèrent toutefois le cens à Quevedo, exigeant "pour plus de sécurité" que Juana de Urbina y Subiaur, son épouse, se portât aussi garante. Quevedo reçut alors la somme au comptant sous forme de réaux et s'obligea à payer, annuellement et en deux fois, 30 pesos au commandeur du couvent, tant que le principal n'était pas remboursé.

Parmi les conditions de l'imposition du cens, il faut noter que la vente des biens hypothéqués était soumise à l'approbation des religieux, que Quevedo avait l'obligation de maintenir en état ces biens et que le remboursement du cens devait s'effectuer en deux fractions au plus.

Ces exemples révèlent que des rentes constituées au XVIIème siècle par quelques riches bienfaiteurs d'ordres religieux, continuaient de ponctionner les revenus agraires deux cents ans plus tard, en grevant une hacienda après l'autre en fonction des besoins en capitaux des propriétaires fonciers. Pourtant, le cas de Parales l'indique, les cens des ordres religieux n'étaient pas les plus courants. La plupart des principaux hypothéquant les domaines étaient des chapellenies qui mettaient en jeux trois personnages -le fondateur, le patron et le bénéficiaire- dont aucun n'était obligatoirement une institution religieuse.

Les bénéficiaires des cens et chapellenies

Les intérêts que rapportait le principal de la chapellenie -fixés à partir du XVIIème siècle à 5% jusqu'à la fin de la période coloniale[7]- revenaient en général à un descendant de la personne qui l'avait fondée, à un membre d'une des institutions religieuses de Piura tel le couvent de la Merci, ou permettaient de financer la carrière de lettré d'un fils de grands propriétaires. Quelques-uns de ces cens rétribuaient directement l'hôpital de Santa Ana de Piura, le couvent de Loja ou un monastère de Trujillo.

Dans son testament de 1672, don Sebastián Fernándes Morante fonda, par exemple, une chapellenie de 6 200 pesos. Cette somme devait là encore être prélevée sur le cinquième de ses biens et offerte à des propriétaires désireux d'hypothéquer des domaines "sûrs et permanents". Pour bénéficiaire des intérêts de cette somme, don Sebastián nommait le premier de ses enfants que l'on ordonnerait, à défaut le premier de ses petits-enfants, puis le premier des enfants de ses beaux-parents et ainsi de suite le plus proche de ses parents[8]. L'obligation des bénéficiaires était de célébrer un certain nombre de messes, d'acquérir des bougies et d'entretenir la flamme de la confrérie du Saint Sacrement. Comme patron de la chapellenie
-c'est-à-dire la personne chargée de veiller au respect des clauses- don Sebastián désignait en premier lieu son épouse doña Juana de Céspedes, et à sa mort, ses enfants et petits enfants "préférant toujours l'aîné au cadet et l'homme à la femme" ; en cas de disparition de tous ses héritiers, don Ysidro de Céspedes et en dernier recours, les évêques de la ville de Trujillo. Dans ce cas typique, les intérêts du capital étaient contrôlés par les descendants du fondateur de la chapellenie et leur revenaient directement. Mais si les héritiers avaient "manqué", la rente serait finalement retombée entre les mains de l'Eglise.

Le principe de la chapellenie fondée en 1682 par Juan Palacios Manrique, dont nous avons parlé plus haut, respectait bien le même schéma, c'est-à-dire que les bénéficiaires des intérêts de la chapellenie devaient être les premiers de ses descendants candidats à la prêtrise, tandis que le patron était d'abord son épouse, puis les membres de sa famille. A l'inverse du cas précédant cependant, Juan Palacios Manrique, à défaut d'héritiers, élisait le cabildo de Piura comme maître de la chapellenie[9]. Si les chapellenies encourageaient officiellement les vocations religieuses, leur "patron" était loin d'être toujours l'Eglise ou un couvent : lorsqu'il devenait impossible de trouver un patron expressément nommé par le fondateur, il revenait assez souvent au cabildo de la ville de Piura de désigner les bénéficiaires des chapellenies.

Dans le testament de don Francisco de Herrera daté de 1695, une longue clause fondait deux chapellenies d'un principal de 4 000 pesos chacune. Les intérêts de la première, 200 pesos par an, devaient en premier lieu revenir à don Bartholome de Céspedes afin qu'il puisse être ordonné. A son décès, cette somme retombait entre les mains de son frère et ainsi de suite, de l'aîné au cadet des enfants du sergent don Joseph de Céspedes et de doña María Tolosano. Les intérêts de la seconde étaient destinés aux enfants de l'alférez don Nicolás Antonio de Ribera et doña Isabel María de Neira, préférant toujours l'ainé au cadet, l'obligation de ces chapelains étant de dire 74 messes chaque année "pour le bien des âmes" de nombreuses personnes[10]. Dans ce deuxième exemple, le fondateur des chapellenies qui n'eut que tardivement un enfant de sa seconde épouse, distribua des rentes aux enfants de ses beaux-parents et de ses amis proches. Ces rentes, elles encore destinées à encourager les vocations religieuses, pouvaient en fin de compte terminer sous la férule du cabildo de Piura.

Peu de livres de cabildo de Piura ont survécu au temps. Mais, sur une période de 8 années, entre 1738 et 1746, une série presque complète de livres montre qu'au moins deux sessions du cabildo furent consacrées à l'élection de nouveaux chapelains, c'est-à-dire de bénéficiaires des intérêts d'une chapellenie. Le 4 novembre 1741, le cabildo se réunissait pour attribuer 3 chapellenies vacantes après le décès du bachelier don Joseph Pacheco. Composé ce jour-là, du corregidor don Juan de Vinatea, de l'alférez real et alcalde ordinario don Juan Gervacio Rodríguez de Taboada, du depositario general don Ysidro Alejandro de Valdivieso et de l'alguacil mayor don Juan Joseph de Valdivieso -tous, sauf le corregidor, grands propriétaires fonciers-, le cabildo élit don Manuel Gervacio Rodríguez de Taboada comme nouveau chapelain et en attendant son ordination, le licencié don Antonio Rodríguez de Taboada comme chapelain intérimaire. Tous deux étaient frères de l'alcalde ordinario, la principale voix du cabildo[11].

Le 13 avril 1746, une autre assemblée se réunissait pour attribuer une chapellenie de 8 000 pesos de principal grevant l'hacienda de Ñomala. S'opposant au corregidor qui désirait nommer un illustre descendant de conquistador mais étranger à la région, les membres du cabildo favorisèrent cette fois-ci don Joseph de Irarrazabal y Andía, fils de doña Gerónima Velásquez y Tineo, veuve appauvrie issue de l'élite locale[12].

A la lumière de ces cas et parce que le cabildo représentait l'élite foncière locale, il n'est donc pas étonnant que les intérêts des chapellenies rémunéraient des chapelains eux-mêmes propriétaires fonciers. L'exemple des chapellenies de l'hacienda Pariguanás est significatif : en 1755, le domaine était chargé de 11 550 pesos de cens dont 4 400 pesos en faveur des couvents de la Merci de Piura et Paita. Six particuliers bénéficiaient des intérêts du restant des principaux. Parmi ceux-ci, le licencié don Balthasar Jayme de los Ríos était propriétaire d'une savonnerie ; le licencié don Carlos del Castillo l'un des plus grands éleveurs et propriétaires du moyen Piura ; le licencié don Diego de Adrianzén lui aussi propriétaire de domaines côtiers ; le licencié don Francisco de Sojo, fils du général don Juan de Sojo propriétaire de Tangarará et Morropón[13].

Le lien étroit entre bénéficiaires de chapellenies et propriétaires fonciers en milieu rural est plus encore mis en lumière par une visite ecclésiastique effectuée dans les paroisses de montagne du corregimiento de Piura en 1772.

Les chapellenies dans les paroisses de la sierra de Piura à travers une visite ecclésiastique de 1772

Le procès verbal de cette visite recensa tous les bénéficiaires de rentes ou revenus soumis à l'impôt de la trigésima. Représentant 3% du montant des rentes, la trigésima revenait à l'évêché de Trujillo, mais était collectée irrégulièrement si l'on en croit des arriérés de paiement pouvant atteindre 12 années. Cependant, en général, les arriérés remontaient à une dernière visite effectuée 4 années auparavant. Parmi les rentes relevées au cours de la visite, on distingue les chapellenies "colatives", les chapellenies "laïques" ou patronato de legos, les cens en faveur de confréries dévouées au culte de différents saints, les cens bénéficiant directement à la "construction" des églises. Mais la trigésima taxait aussi les revenus des biens appartenant aux confréries tels les troupeaux de bétail, les moulins, etc., et surtout le sinode des curés de chaque paroisse.

Cette visite n'affecta que les provinces de montagnes du nord du Pérou. Elle traversa ainsi les paroisses de Ayabaca, Frías, Huancabamba, Huarmaca et les annexes de Chipillico, Sondor, Sondorillo, Cumbicus, Pacaypampa du corregimiento de Piura. Chaque ecclésiastique était cité pour rendre compte de ses rentes. Entre Ayabaca et Huarmaca, le procès verbal répertoria 46 rentes pour un montant de principal global de 59 960 pesos. Le montant moyen des rentes s'élevait donc à 1 303 pesos. La grande majorité de ces rentes étaient des chapellenies au titre desquelles les prêtres avaient pu obtenir leur ordination.

Tableau 1 : les rentes taxées par l'impôt de la trigésima dans la sierra de Piura.

Cens de confrérie / 
Saint d'Eglise 
Chapellenies  Patronato 
de legos 
Nombre  16  27 
Montant du principal en pesos  7 750  51 440  770 
% du montant total  13  86 
Sur l'ensemble de la sierra de Piura, 3 curés, 12 prêtres dont 4 tenientes de cura et 1 licencié non prêtre déclarèrent bénéficier de chapellenies, soit 16 bénéficiaires pour 27 rentes d'un principal moyen de quelques 1 900 pesos. Avec 6 600 pesos de principal de chapellenie pour lui seul, le prêtre licencié don Marcos García, propriétaire de l'hacienda de Pariguanás, était le mieux doté. A l'inverse, le vieux prêtre don Pablo Correa qui, incapable de se déplacer jusqu'à la paroisse d'Ayabaca, fut interrogé sur les lieux de sa résidence à Chipillico, ne percevait que les intérêts d'une chapellenie de 500 pesos, à un taux de 5%, soit 25 pesos par an. Théoriquement, Buenaventura Ribon, le curé de Huancabamba bénéficiait de plus de 11 000 pesos de chapellenies, mais il avait cédé deux chapellenies à son cousin Joseph Carrión et une troisième au curé Miguel Iglesias.

En dehors des curés, la majorité des prêtres étaient des parents proches de propriétaires fonciers, cinq presbíteros étaient eux-mêmes hacendados : Marcos García donc, propriétaire de Pariguanás ; Phelipe Velasco bénéficiaire des intérêts de 4 000 pesos de principal grevant ses propres haciendas de Lacmache et Mandor ; Manuel de Ubillús propriétaire de l'hacienda Llipta ; Juan García Guerrero propriétaire de l'hacienda Calvas et Juan Antonio Beramatos, teniente de cura à Ayabaca, bénéficiaire d'une chapellenie de 2 000 pesos et propriétaire du domaine de Calvas.

Les intérêts de ces chapellenies étaient-ils toutefois régulièrement versés ? Les déclarations de leur propriétaires semblent indiquer qu'une proportion non négligeable des rentes n'était plus versée, certains ne connaissant d'ailleurs même plus la propriété que la chapellenie était censée grever. Selon le procès verbal, 7 chapellenies totalisant 12 040 pesos, soit près d'un quart de l'ensemble des principaux, ne payaient plus d'intérêts depuis plusieurs années.

La visite recensant les bénéficiaires des chapellenies et cens et non les propriétés grevées, le nombre et la qualité de ces dernières restent difficile à déterminer. Fragmenté, le principal d'une chapellenie, pouvait par exemple imposer plusieurs propriétés à la fois. Ainsi, au XVIIème siècle, doña María de Villegas avait mis plus de 6 200 pesos à disposition pour la fondation d'une chapellenie. Lorsque le curé d'Ayabaca devint bénéficiaire de cette fondation au milieu du XVIIIème siècle, ce montant se répartissait sur 4 grandes propriétés foncières et 2 propriétés urbaines, sans compter 1 300 pesos, soit près de 20% du total, dont on ne connaissait alors plus la destination.

En tenant compte de ces difficultés, on peut estimer à 37 les propriétés grevées par les cens et chapellenies énumérés dans le procès verbal. Trente étaient des haciendas, 4 des propriétés urbaines et 3 non définies. 93% du montant total des cens grevaient les haciendas, ce qui ne surprend pas dans ce milieu essentiellement rural. Cinq des domaines cumulaient plusieurs hypothèques : Matalacas, le plus grand, était par exemple grevé de 5 chapellenies.

La répartition des cens et chapellenies hypothéquant une vingtaine de domaines

Une analyse plus systématique des cens et chapellenies chargeant les domaines, à travers les cas d'une vingtaine d'haciendas entre 1677 et 1860, montre qu'environ 70% des intérêts des hypothèques revenaient à des particuliers. Seuls 25% des principaux appartenaient à différents ordres religieux, dont le couvent de la Merci, l'hôpital de Santa Ana et le couvent des Franciscains à Piura, le couvent des carmélites à Trujillo et le couvent des soeurs de Santa Maria de las Nieves à Loja. Enfin, 4% des intérêts étaient destinés aux curés des paroisses de Sechura et Ayabaca.

Tableau 2 : la destination des intérêts des cens grevant les haciendas de Piura

Date  Hacienda  Nb. cens  Autre  Total 
1677  Malingas  300  1000  2000  3300 
1692  Pocluz  2500  225  2725 
1696  Somate  4000  4000  8000 
1698  Malingas  600  1000  500  4000  400  6500 
1708  Matanza  1000  3000  5000  800  9800 
1721  Chulucanas  1000  3231  4231 
1721  Siclamache  675  1500  8500  10675 
1724  Lengas  1100  3500  4600 
1735  Parales  2500  5.230  7730 
1735  Bigote  600  1900  100  2600 
1737  Guapalas  225  7600  7825 
1752  Ñomala  14860  14860 
1767  Pariguanás  5033  1000  11552  17585 
1776  Suyo  100  1000  2400  550  4050 
1814  Pillo  2000  12000  14000 
1833  Yapatera  4000  1310  1000  8725  15035 
1855  Salitral  900  1600  625  3125 
%  11  2  4  3  5 4  70  1  100
a= couvent de la Merci, b= hôpital de Santa Ana, c= couvent de San Francisco, d= couvent de Loja,
e=couvent de Trujillo, f= curés des villages de Sechura ou Ayabaca, g=chapellenies laïques.

Ces chiffres, qui portent essentiellement sur le XVIIIème siècle, doivent cependant être nuancés. En effet, on remarque qu'à la fin du XVIème siècle et au début du XVIIème siècle, la moitié des cens s'établissait en faveur de l'hôpital de Santa Ana. Que l'hôpital fut l'une des premières institutions ecclésiastiques à jouir de capitaux n'est pas surprenant : il bénéficiait directement d'une part du tribut indien. En général cependant, les capitaux avancés par l'hôpital ne furent jamais très importants.

De même, fondé à la fin du XVIème siècle, le couvent de la Merci devint lui aussi très rapidemment un bailleur de fonds. En 1642, il déléguait le pouvoir de recouvrir 708 pesos d'intérêts de cens et d'affermages en attente à Sebastián Calderón. Parmi les débiteurs, on comptait Ysidro de Céspedes, Gabriel de Saavedra, Francisco de Neyra et Diego de Balera Torienzo pour la chapellenie fondée par Catalina de Alvares ; Diego de Valera pour celle de doña Mencia de Hurtado ; Juan de Vargas et Pedro de Saavedra pour la chapellenie fondée par Crispín Sillero ; Hernando Troche de Buytrago pour celle que sa mère avait fondée ; Diego de Tavara Orejón pour la chapellenie instituée par Catalina Ramírez ; García de Valladolid et Pedro Dias de Argüelles chacun pour une chapellenie encore. Au total, le couvent bénéficiait alors des intérêts de 7 chapellenies et de l'affermage du troupeau de petit bétail qui lui rapportait 240 pesos par an[14].

Contrairement à l'hôpital de Santa Ana, au début du XVIIème siècle, le couvent de la Merci percevait surtout les intérêts de cens offerts par les premiers propriétaires fonciers. En fondant une chapellenie en faveur du couvent vers 1617, Crispín Sillero greva sa propre hacienda de Yapatera d'un principal de 4 000 pesos. Catalina de Alvares, épouse de Sillero, fit elle aussi une donation pieuse d'un principal qui greva diverses propriétés de notables en besoin d'argent, dont les estancias Pocluz, Pariguanás, des résidences : ces deux chapellenies représentaient à elles seules plus de la moitié des rentrées totales du couvent.

A partir de la seconde moitié du XVIIème siècle, les institutions ecclésiastiques de Piura, pourvues de rentrées régulières, reçurent moins de nouveaux capitaux. Les fondations de chapellenies bénéficièrent alors surtout à des particuliers.

Les chapellenies et l'évolution de l'hypothèque des haciendas entre le XVIIème et le XVIIIème siècle

Les premiers cens et chapellenies grevèrent d'abord les noyaux des exploitations agricoles situées dans le Haut-Piura, proches de l'ancien emplacement de la capitale régionale. Dès 1594, Gonzalo Prieto Dávila hypotéquait l'estancia Yapatera d'un principal de 680 pesos de 9 réaux, somme qu'il avait obtenue de l'hôpital Santa Ana. Il remboursa ce principal en 1597. En 1617, Yapatera était de nouveau hypothéquée à hauteur de 1 275 pesos, dont 600 pesos en faveur de particuliers et 675 pesos pour l'hôpital. De même, au début du XVIIème siècle, Hernando de Valera greva l'estancia Chapica de ses premiers cens : l'un de 400 pesos de 8 réaux en 1600 en faveur de particuliers, l'autre de 300 pesos de 9 réaux en 1604 en faveur de l'hôpital[15].

Très tôt, ce furent aussi les élevages de mules qui permirent des hypothèques conséquentes. En 1615, Gerónima Ramírez de Arellano imposait 500 pesos sur des terres dans le Haut-Piura mais aussi sur l'estancia San Lucas de Culcas avec 150 juments et 100 vaches. Les 25 pesos d'intérêts annuels devaient revenir aux enfants de Diego Velasco. En 1618, Gabriel Pérez de Saavedra chargeait son estancia de Pocluz et 160 juments d'un principal de 1 500 pesos appartenant au couvent de la Merci[16].

A partir de la première moitié du XVIIème siècle cependant, les hypothèques de plus en plus importantes se reportèrent sur les troupeaux et les haciendas de petit bétail de la côte, témoignant des bénéfices croissants que rapportaient ces élevages. En 1615, l'alférez real Tomás de Morales imposait un cens de 2 000 pesos sur sa résidence, un moulin et des terres qu'il détenait dans la vallée de Piura la Vieja (Haut-Piura), sur l'estancia de Chalaco avec 200 juments et sur l'estancia Tiringallo avec 500 têtes de petit bétail. Ces propriétés étaient déjà grevées par un autre cens de 800 pesos de principal en faveur de l'hôpital. En 1618, Alonso de Figueroa de Estupiñán imposait un cens de 1 000 pesos sur son domaine de montagne, sur ses maisons mais aussi sur une estancia avec 4 000 têtes de petit bétail située 4 lieues en amont de la ville de Piura. En 1640, l'hacienda Locuto élevant du petit bétail uniquement, propriété du capitaine don Diego de Valera Torienzo, comptait déjà plus 4 300 pesos de cens : 1 500 pesos en faveur de la chapellenie fondée par Rui López Calderón, 2 500 pesos au bénéfice du couvent de la Merci et 300 pesos en faveur de l'hôpital de Santa Ana[17]. Fondée en 1636, la chapellenie de Gaspar de Miranda ne reposait même que sur un troupeau de 2 500 têtes de petit bétail : régulièrement affermé, il offrait des intérêts non négligeables au chapelain.

On constate donc que les cens et chapellenies faisaient office de véritables capitaux boursiers toujours investis dans les secteurs les plus rentables de l'économie locale. L'augmentation des principaux suivait d'ailleurs fidèlement la croissance de la production régionale. L'enrichissement des propriétaires fonciers permettait la constitution de nouvelles rentes et, à l'inverse des haciendas plus productives, de payer des intérêts toujours plus élevés : de quelques centaines de pesos à la fin du XVIème siècle, le montant des principaux à cens était passé à plusieurs milliers de pesos au milieu du XVIIème siècle.

Dans l'ensemble, ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du XVIIème siècle que les cens hypothéquèrent systématiquement et lourdement la totalité des haciendas de Piura : avant 1668, aucun cens ou chapellenie ne grevait l'hacienda Malingas par exemple. Dix années plus tard, Sebastián Fernández Morante l'avait hypotéquée pour 3 300 pesos. En 1698, le montant des principaux atteignait même 6 500 pesos. En 1680, l'hacienda Pariguanás -évaluée à 11 000 pesos- n'était chargée que d'un cens de 2 000 pesos en faveur du couvent de la Merci et d'une chapellenie de 1 500 pesos en faveur de Luis López Calderón. En 1767, Pariguanás -vendue alors pour 22 300 pesos- était hypothéquée à hauteur de 17 585 pesos. En 1680, alors qu'elle était estimée à 15 000 pesos, l'hacienda Pillo ne comptait qu'une chapellenie de 350 pesos en faveur de l'ecclésiastique Francisco Ruiz. En 1814, évaluée à 21 000 pesos, elle cumulait 14 000 pesos de cens et chapellenies. En 1680, aucun cens ne grevait l'hacienda Congoña, alors que 7 400 pesos de principal l'hypothéquaient en 1774, et 16 400 pesos en 1838. L'hacienda Yapatera n'était hypotéquée qu'à hauteur de 1 275 pesos en 1617. En 1688, l'hypothèque s'élevait à 10 740 pesos, à 15 940 pesos en 1727, à 13 975 pesos en 1833.

Tableau 3 : évolution en pesos du montant des cens grevant l'hacienda Yapatera

Année 
1617  1688  1727  1833 
Montant des cens  1.275  10.740  15.940  15.035 
Valeur de l'hacienda  7.250  16.500  34.000  25.554 
Le cas de l'hacienda Santa Ana -grand domaine sucrier du Haut-Piura à la fin du XVIIIème siècle- montre que l'augmentation rapide des montants de cens se concentre parfois dans les dernières années du XVIIIème siècle : en 1786, lorsque doña Josefa Ysidora de Adrianzen vendit Ñomala et Santa Ana à son frère Gaspar José de Adrianzen y Velasco, l'hacienda Santa Ana ne reconnaissait qu'un seul cens de 850 pesos. En 1791, Gaspar José de Adrianzen la chargeait de 4 000 pesos, de 3 140 pesos en 1793 et encore une fois de 4 000 pesos en 1798, si bien qu'à cette dernière date, Santa Ana était grevée d'un principal de 11 990 pesos. En 1802, Gaspar José de Adrianzen évaluait l'hacienda à 36 436 pesos et ajoutait encore un cens de 2 000 pesos, élevant l'hypothèque à près de 40% de la valeur du fonds. En 1806, don Roque de Raigada achetait l'hacienda à Adrianzen, mais la revendait dès 1812 à María Josefa Taboada y Jayme, pour 32 000 pesos : la propriété était alors chargée de 17 500 pesos en chapellenies et cens soit 55% du prix de vente[18]. De la fin du XVIIIème siècle au début du XIXème siècle, en moins d'une trentaine d'années, le montant du principal était donc passé d'un chiffre insignifiant à plus de la moitié de la valeur globale de l'hacienda.

Après avoir constaté une hausse nominale générale du montant des principaux, tentons maintenant de suivre l'évolution de l'hypothèque des propriétés foncières de Piura en fonction de leur valeur. Entre 1610 et 1860, nous avons relevé plus d'une centaine d'indications donnant à la fois le montant du principal à cens et la valeur globale[19]. Un premier examen montre que jusqu'en 1710, certains domaines n'étaient encore chargés d'aucun cens et que les taux d'hypothèque les plus élevés se concentraient sur la fin du XVIIIème siècle. Une moyenne sur la période de 1610 à 1680, alors que les données sont rares, indiquerait que les chapellenies ou cens représentaient légèrement plus de 20% de la valeur total des domaines. Entre 1680 et 1840, les sources sont relativement denses. Nous avons donc établi des moyennes sur des périodes de quarante années. Dès la période 1680-1720, la moyenne des montants des cens et chapellenies constituait près de 45% de la valeur globale des domaines. Les écarts entre les domaines étaient cependant très importants : pour certaines haciendas, la valeur du principal des cens représentait déjà plus de 80% de leur valeur totale, d'autres par contre n'étaient grevées d'aucune charge. Entre 1720 et 1760, la part moyenne des cens s'élèva très légèrement, mais surtout, les écarts diminuèrent. La période 1760-1800 marque une nouvelle hausse significative. Le taux moyen des principaux dépassait alors 60% de la valeur des domaines. A partir du début du XIXème siècle, la baisse est évidente. La moyenne pour la période 1800-1840 passe ainsi de nouveau sous la barre des 50%, et les quelques chiffres que nous possédons, de 1840 à 1860, indiquent que les chapellenies et cens ne représentaient plus qu'une faible partie du prix des domaines.

Click here for Picture Figure 1 : l'évolution des montants de principaux grevant les haciendas de Piura en pourcentage de leur valeur totale, 1610-1860.

En dehors de toute autre source qui permettrait de mieux apprécier l'emploi des sommes hypothéquées à travers cens et chapellenie, la confrontation entre l'évolution du montant des chapellenies et le prix nominal des domaines permet de tirer quelques conclusions globales. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, la hausse des montants des principaux dépassait assez nettement l'accroissement général des prix des domaines. Deux hausses importantes se détachent cependant : celle de la fin du XVIIème siècle et celle de la seconde moitié du XVIIIème siècle. A deux périodes de l'époque coloniale, les propriétaires hypothéquèrent donc plus massivement leurs domaines : la première coïncide avec un effort d'investissement en esclaves et infrastructures. C'est entre 1660 et 1710 que beaucoup de domaines acquérirent des moulins à blé ou à sucre, du menu outillage qui leur permirent de passer du statut d'estancia -simple domaine d'élevage- à celui d'hacienda. La croissance des hypothèques pourrait alors s'expliquer par les besoins en capitaux que nécessita la diversification des grands domaines. Cette diversification ne se répercuta que tardivement sur leur prix lorsque l'on reconnut une valeur aux terres mêmes -le casco- des propriétés au début du XVIIIème siècle. La deuxième période, contemporaine d'une stagnation des domaines malgré l'augmentation constante de la valeur des terres, reflétait surtout l'évolution d'une élite locale qui, s'élargissant, fut obligée de redistribuer une fraction toujours croissante des revenus des propriétés foncières parmi ses membres.

Conclusion

A Piura, l'Eglise et ses institutions ne bénéficièrent que très partiellement des intérêts des cens. La majeure partie des hypothèques grevant les grandes propriétés foncières était constituée de chapellenies dont bénéficiaient avant tout les descendants -certes prêtres ou parfois membres de couvents- des fondateurs, eux-mêmes grands entrepreneurs ou propriétaires fonciers. Malgré la concentration excessive des terres dans les mains d'une soixantaine d'hacendados seulement, une certaine redistribution de la rente foncière entre les membres de l'élite locale était donc garantie par ces imposantes hypothèques.

Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, chaque domaine offrait généralement une rente à deux ou trois membres de l'élite régionale. Cela voudrait dire qu'entre 100 et 150 créoles, en dehors des propriétaires fonciers et des religieux des institutions ecclésiastiques, bénéficiaient directement des revenus fonciers. Additionnés au nombre des hacendados, ces chiffres donnent la mesure de l'élite régionale à l'époque coloniale. S'il ne fait donc aucun doute que le système des cens permit d'agrandir cette élite au cours du XVIIIème siècle, il faut reconnaître que cet élargissement se cantonna à la clientèle parentale des propriétaires fonciers, sans jamais intégrer de nouvelles classes sociales.

A partir du début du XIXème siècle, la très forte hausse du prix de la terre réduit l'importance des cens, qui restent toutefois non négligeables jusque vers 1840. A cette époque, une nouvelle forme de redistribution des bénéfices des grandes haciendas fait son apparition : la société par action.


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[1] "The church in the economy of Spanish America, censos and depositos in the Eighteenth and Nineteenth Centuries", in HAHR, vol. 63, ndeg. 4, 1983, pp. 707-733.

[2] "Un marché monétaire : Guadalajara au XVIIème siècle", in Prêter et emprunter. Pratiques de crédit au Mexique, 1994, sous la dir. de M.-N. CHAMOUX, D. DEHOUVE, C. GOUY-GILBERT, M. PEPIN LEHALLEUR, pp. 45-72.

[3] ADP. Cor. c. civ. leg. 34, exp. 722, 1769 ; ADP. JPI, leg. 167, exp. 3418, 1844.

[4] ADP. Escribano Joseph de Cespedes, leg. 25, 26 mai 1682, f. 57. Clause relative à la chapellenie : "Declaro que quiero se ymponga del quinto de mis bienes una capellania, y memoria perpetua de missas de tres mil pessos de a ocho reales de principal por mi alma y la de mis padres, y todos los mios la qual se a de ynstituir, y fundar despues de mi fallecimiento, y quiero y es mi voluntad que qualquiera de los dhos mis hijos el primer que ubiese de ser saserdote se ordene a titulo de ella, y por muerte del primero se baian susediendo unos a otros en casso que aigan de ser sassedotes y quiero y es mi boluntad que luego que yo falleciese ymponga la dha capellania procurando ser en... finca mui segura y de los reditos de dho principal se ... missas ressadas pagando la ... el dicurso del año en los dias que le paresiere al dho capellan y seis cantadas las quales doto a sinco pessos cada una y an de ser dhas presissamente los dias siguientes el Dia de nro Padre San Josseph = nuestra señora de la encarnacion = el dia de finados = el dia de nra señora de la encarnacion = el dia del señor san Juan = y el dia de san pedro con adbertensia que an de ser obligados el capellan a ofrendar de pan bino y sera el dia de finados y que las dhas missas puedan desirlas en qualquier parte que se hallaren sinque ssea sircunstansia precissa aver de ser dhas en esta ciudad = Y por quanto los dhos mis hijos no pueden segun la edad en que se hallan ser saserdotes tan brebe, y mi deseo es que mi alma luego que sea llevada de esta pressente bida a la eterna gosse del sufragio de dhas missas quiero que luego que se funde por mis alvaseas la dha memoria y capellania las digan y sirva en Ynterin el primero pariente que se ordenare asi por parte de mi muger como de la mia prefiriendo en este casso mis sobrinos hijos de mis hermanas el que primero fuere saserdote, y en casso que nos adelante haserlo fernando de bilela mi sobrino es mi boluntad que aunque este sirbiendo la dha capellania otro de los dichos mis sobrinos siendo lo... dho prefiera y entre a servir la con las condisiones referidas y para que desde luego que se haga dha fundasion se comiensen a desir las dhas missas nombro por capellan ynterin a dho asi ... dhos mis hijos como de los mas parientes al bachiller Don Joseph de Saavedra para que diga las dhas missas segun, y como estan declaradas, y luego por la ... limosna dellas señalado y nombro por primer patrona y fundadora a doña Maria de Rivera mi muger y despues de ... mis hijos y nietos ... y a falta de todas... canos de mi parte, y a falta de ellos los de mi muger, y a falta de todos al cabildo secular de esta ciudad para que llegado el casso de bacar la dha capellania por falta de todos los nombrados elijan y nombren capellan que sirva la dha memoria de missas y se continuen y digan segun, y como se contienen en esta claussula que para el efecto, y lo mas que fueren nessessario le doi a dho cavildo plena facultad y bastante poder..."

[5] Testament de don Matheo de Urdapileta. ADP. Escribano Joseph Narciso de Nivardo, leg. 62, 26 III 1735, f. 231.

[6] "Yten declaro quiero y es mi voluntad que se imponga de mis vienes una capellania de dosientos pesos de prinzipal por mi alma la de mi mujer nuestros padres y abuelos y la disposicion de dha fundacion asi en la elecion de fincas como dotacion de misas nombramiento de patrones y capellanes propietarios y interinarios la zedo y transfiero en mi compadre el capitan Joseph de Valdivieso y Estrada a quien desde luego nombro por primero patron de dha capellania y como tal hara la dha imposicion y nombramiento que por bien tubiese declaro lo asi para que conste" (ADP. cor. cc. leg. 19, exp. 367, 1700).

[7] En 1614, deux chapellenies grevant l'hacienda de Chapica sont à intérêt de 14 mil el milar ( soit 7,14% ) alors qu'en 1618, lorsque l'encomendero Gabriel Pérez de Saavedra impose un cens sur son estancia de Pocluz, l'intérêt n'est que de 5 %. A partir de cette époque, toutes les rentes hypothéquant les propriétés urbaines ou foncières seront à intérêt de 20 mil el millar, c'est-à-dire de 5 %.

[8] ADP. Fernando Gómez Retamal, leg. 32, 1672, f. 30 vta : "y nombro por primer capellan de esta capellania a qualquiera de mis hijos legitimos y de la dicha mi muger el que primero se ordenare como no sea religioso y a falta de estos a mis nietos legitimos y no haviendolos a qualquiera de los hijos del mro. de campo Ysidro de Céspedes y de Da Ana de Velasco prefiriendo en unos y otros llamados el mayor al menor y a falta de todos los dichos lo a de ser el parientte mas cercano de los dichos mis hijos..."

[9] ADP. Joseph de Céspedes, leg. 25, 1682, f. 66vta. : "[...] y a falta de todos al cabildo secular de esta ciudad para que llegado el casso de bacar la dha capellania por falta de todos los nombrados elijan y nombren capellan que sirva la dha memoria de missas y se continuen y digan segun y como se contienen en esta claussula que para el efecto y lo mas que fueren nessesario le doi a dho cavildo plena facultad y bastante poder..."

[10] ADP. Domingo Valencia, leg. 132, 1695, ff. 386-414.

[11] VEGAS GARCIA, Ricardo (ed.), Libro de Cabildo de la ciudad de San Miguel de Piura, p. 65.

[12] Ibid., p. 84.

[13] AEP. Col. cap., leg. 7, exp. 75, 1755.

[14] ADP. Pedro Muñoz de Coveñas, leg. 59, 1642, f. 192.

[15] ADP. Pedro Marquez Botello, leg. 37, 1594, f. 12. ADP. Francisco de Mendoza, leg. 39, 1614.

[16] ADP. Francisco de Mendoza, leg. 40, 1615 et 1618.

[17] ADP. Francisco de Mendoza, leg. 40, 1615, 1618. ADP. Pedro Muñoz de Coveñas, leg. 59, 1640, f. 53.

[18] ADP. Antonio del Solar, leg. 113, 1802, f. 50, imposition d'un cens sur l'hacienda Santa Ana; leg. 121, 1812, f. 167, vente de l'hacienda Santa Ana.

[19] Jakob SCHLüPMANN, La structure agraire et le développement d'une société régionale au nord du Pérou. Piura, 1588-1854, thèse de doctorat Université Paris VII, tome II - Annexes, pp. 253-254.


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