Copyright © 1995  -  Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH  -  ISSN 1245 - 1517

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La Revista universitaria de historia

Compte-rendu de Véronique Hébrard

Compte-rendu de la Revista universitaria de historia, n°. 10, Caracas, Universidad Santa María, enero-diciembre 1993.

Cette revue de l'université Santa María dont il s'agit ici de rendre compte est un numéro spécial consacré à Marc Bloch. Cet hommage, outre qu'il coïncide avec le centenaire de la naissance de l'historien, paraît à l'occasion de la célébration du 40ème anniversaire de l'université et de la Promoción de Postgraduados en historia Marc Bloch dont les programmes ont été inaugurés en 1981 à l'initiative de Fedérico Brito Figueroa, spécialiste d'histoire économique. Les raisons qui ont motivé la création de cette promotion - qui regroupe les cinq promotions qui se sont succédées à partir de 1983 -, constituent la problématique générale de la revue et des articles des auteurs qui ont participé à sa réalisation.

Conception générale de la revue.

Elle comprend, outre les 10 articles directement consacrés à M. Bloch, des retranscriptions de discours prononcés dans le cadre de la célébration de la promotion 1993 de Postgraduados en Historia "Fedérico Brito Figueroa" en hommage à celui qui fut le fondateur de ce cursus au sein de l'Université Santa María ; mais aussi des témoignages plus succincts sur Marc Bloch -ainsi que la traduction de son testament. Enfin, est présentée en fin de volume la liste des travaux réalisés ou en cours, dans le cadre de la promotion F. Brito Figueroa.

Les principales problématiques abordées dans ces 10 articles.

Dans le premier de ceux-ci, F. Brito Figueroa expose la trajectoire de M. Bloch à partir de sa rencontre avec Lucien Febvre et la création des Annales en 1929, tentant ainsi de rentre compte de ce qu'il nomme la "compréhension de l'histoire" chez M. Bloch.

Dans un premier temps, et fidèle en cela à sa propre grille d'analyse et de recherche, il propose une mise en perspective de l'oeuvre de M. Bloch avec les travaux de Karl Marx. Il explicite les raisons d'un tel choix, par le fait que l'on trouve déjà chez ce dernier, véritable sociologue "préoccupé par les mécanismes de fond des sociétés" (p 19) la notion de totalité. Ensuite, il considère que l'on peut tracer un parallèle entre la théorie sociale de Marx fondée sur la praxis et le travail concret de l'historien postulé par Bloch et Febvre, méthode par laquelle un mouvement de va-et-vient doit avoir lieu entre l'investigation empirique et l'investigation théorique, les deux se nourrissant l'une l'autre, par séries d'hypothèses conjointes.

Troisième filiation que Brito Figueroa met en avant : l'appréhension du temps historique et l'interaction du passé et du présent, que M. Bloch a conceptualisé sous l'expression "d'histoire régressive". Ainsi met-il l'accent sur l'impact de la crise des années trente dans la formulation non seulement des théories économiques, mais également de la démarche historique elle-même. Cette crise et les conflits sociaux qu'elle a générés ont ainsi mis en lumière l'incapacité de "l'histoire historicisante" à répondre aux interrogations et problématiques mises en évidence à cette occasion. Et c'est dans ce contexte que M. Bloch et L. Febvre fondent la revue des Annales et posent le principe d'une Nouvelle Histoire, ancrée dans le présent comme support aux questionnements de l'historien ; fondée sur le principe de "totalité", Brito Figueroa conclut son article sur ce dernier point qu'il considère comme l'apport déterminant de M. Bloch, dans la mesure où, à partir de ce postulat, qui ne remet aucunement en cause les travaux régionaux et locaux, les replacent dans une perspective plus vaste[1] en vertu de laquelle "toute investigation doit poser des problèmes et des hypothèses, sélectionner et choisir des faits pour reconstruire et comprendre avec un critère de totalité" (p 29). Dans cette perspective, il insiste sur les incidences de cette démarche sur le travail des sources elles-mêmes qui doivent être sans cesse questionnées et problématisées au vu de l'historiographie passée et du contexte dans lequel elles sont appréhendées. "La compréhension et l'analyse avec un critère de totalité, voilà le chemin, tant dans les recherches de grandes envergures comme dans l'histoire dite régionale ou locale" (p 29).

Le second article, de François Chevalier, est celui qui de façon la plus explicite met en rapport l'héritage de M. Bloch et son incidence ainsi que les perspectives qu'il apporte dans le champ spécifique de l'histoire du monde latino-américain. Il revient lui aussi sur la méthode régressive conceptualisée par M. Bloch, en particulier pour l'étude de l'histoire rurale sur le long terme, où les documents écrits font défaut, recourant pour y pallier aux "traces" laissées par les cultures agraires (plans, cadastres, photographies aériennes...) en références aux méthodes de la géographie humaine et de l'ethnohistoire. Démarche qui, signale François Chevalier, eut également des adeptes en Amérique, sous l'influence de l'agrarisme et de l'indigénisme, avec notamment, en 1940 à México, la création de l'Institut National d'Anthopologie et Histoire" et, plus récemment, d'une équipe internationale sous la direction du canadien Mac Neish. Ce constat est d'importance non seulement parce qu'il rappelle qu'il est possible, même en l'absence de traces "écrites" de reconstituer grâce à la méthode régressive, l'histoire rurale des sociétés latino-américaines précolombiennes, mais aussi parce qu'il est l'occasion d'insister à nouveau sur "l'urgence" d'entreprendre de telles investigation. Comme le dit François Chevalier "l'incroyable époque que nous vivons efface rapidement les traces millénaires ou plus récentes, de tout le passé, tant en Amérique qu'en Europe (...)" (p. 47). Nous pourrions ajouter, au vu de l'historiographie latino-américaine récente, qu'un réel engagement dans cette direction sur ce continent n'est pas encore de mise... Pourtant, François Chevalier indique, citant les perspectives comparatistes avec les haciendas mexicaines suggérées par Bloch et ses propres travaux sur les Mexique, les Andes et le Haut-Pérou, que ce type de recherche est possible et riche d'enseignement, soulignant à cette occasion que les "études, méthodes et idées de Marc Bloch ont une transcendance historique qui leur confère un intérêt général et une portée quasi universelle" (p. 48).

François Chevalier insiste, outre l'apport de M. Bloch pour l'histoire rurale, sur le renouvellement qu'il a permis en matière d'histoire des mentalités et politique, dont il a posé les principes dans Les rois thaumaturges publié en 1924. Il invite par ailleurs les nouvelles générations d'historiens a suivre les voies tracées par Bloch afin de dépasser ses propres analyses mais aussi de "prendre la tête dans les études sur tout le Nouveau Monde Américain" (p. 51).

L'article de Alfonso Rumazo González propose une analyse du profil intellectuel de M. Bloch et de sa (re)définition de l'histoire. Par ce biais, il met l'accent sur les méthodes d'investigation et de "compréhension" définies par celui-ci. Compréhension qui induit à son tour une critique active, non seulement des concepts et analyses antérieures, mais aussi - et peut-être surtout - des sources elles-mêmes afin non pas tant de mettre en doute l'authenticité des documents que de les interroger et de procéder à une classification rationnelle et à une "intelligibilité progressive" (p. 55). Le second aspect fondamental mis en lumière par l'auteur, concerne la relation au temps, au sens où le phénomène historique ne peut être considéré dans sa totalité en dehors de l'étude de son "moment" de production.

Reinaldo Rojas s'attache, à travers la présentation de La historia rural francesa : Caracteres originales (1931), à mettre en relief l'apport spécifique de M. Bloch et de l'Ecole des Annales dans la considération de l'histoire comme "discipline intellectuelle des faits passés" (p 59) et son ouverture aux autres sciences humaines conformément au principe de l'histoire totale prônée par M. Bloch.

Nikita Harwich Vallenilla insiste tout particulièrement sur l'impérieuse nécessité d'étudier l'histoire des mentalités telle que problématisée et mise en pratique par M. Bloch dans La Société Féodale. Après un résumé de l'argumentation de ce dernier à propos de l'évolution de l'esclavage dans le monde romain et de ses fonctions dans les processus de production, ainsi que du passage, durant le haut Moyen-Age en Europe, à une société de type féodal, Nikita Harwich Vallenilla met en évidence qu'au-delà de la seule approche démonstrative de ce phénomène, l'historien se doit de prendre en considération "les éléments que déterminent le sentir collectif de cette société, (de) découvrir, en d'autres termes, la mentalité collective qui détermine les mécanismes fonctionnels d'un processus historique" (p 66).

Parlant en spécialiste de l'histoire économique[2], mais auteur également d'une étude sur les premiers livres d'histoire vénézuéliens[3], Nikita Harwich Vallenilla met ainsi en relief la nécessaire corrélation de l'étude "mécanique" des faits et mécanismes économiques avec la mentalité des sociétés dans lesquelles ils se produisent, et sans laquelle toute transformation d'une situation de droit ne saurait être appréhendée dans sa "totalité signifiante". Si l'on reprend ce cas précis des sociétés esclavagistes, l'adoption d'un tel postulat pour l'étude, par exemple, de la société vénézuélienne durant la période de l'indépendance, offre une intéressante grille de lecture des débats soulevés par les projets d'affranchissement et de libération des esclaves. En effet, l'étude des résistances et des distorsions qu'ils occasionnent sur les structures économiques ne peut se limiter au seul champ de l'économique. Si d'un côté le contexte de mutation rapide qui s'opère au niveau politique et juridique favorise l'adoption d'une transformation aussi radicale dans son essence, en ce qu'elle coïncide d'un point de vue philosophique aux principes constitutionnels (droit de l'homme et égalité de tous devant la loi) il n'en demeure pas moins qu'elle se heurte à une société qui, dans sa structure profonde et son imaginaire social demeure traditionnelle. Seule la prise en compte de cet aspect permet dès lors d'analyser et de "comprendre" - pour reprendre un terme cher à M. Bloch - le décalage, le hiatus entre la décision théorique et sa mise en oeuvre effective, selon des critères qui vont au-delà des seules résistances économiques. Comme le souligne G. Soriano[4], la société vénézuélienne est caractérisée par une structure "dischronique", à savoir par la coexistence de plus plusieurs systèmes de représentation qui correspondent à plusieurs niveaux de culture et de "mentalités", dont la conséquence, et non des moindres, est l'incapacité des élites dirigeantes à mesurer l'impact d'une mesure telle que l'abolition de l'esclavage qui affecte les structures profondes de la société. D'où il résulte, comme le souligne Nikita Harwich Vallenilla, le "danger d'une interprétation simpliste d'un phénomène de mentalité collective" (p 68).

Manuel Pérez Vila, dans un article intitulé "M. Bloch : o la reflexión del Historiador sobre su Trabajo y su Tiempo", insiste lui aussi sur l'apport fondamental de M. Bloch quant à la volonté d'intégrer l'observation des espaces géographiques pour la compréhension des périodes les plus anciennes et l'interprétation optimale des rares documents qui en portent témoignages. Dans cette perspective, il revient sur le caractère indissociable du présent et du passé, défini par M. Bloch comme "histoire régressive", qui trouve son origine dans son engagement lors de la première guerre mondiale qui lui offrit l'occasion d'observer le "paysage rurale français" et de percevoir les traces du passé le plus ancien. Manuel Pérez Vila consacre pour cette raison la dernière partie de son article à l'engagement de M. Bloch en tant qu'homme de conviction et citoyen ; attitude qu'il rattache à sa propre définition de l'histoire comme "moyen de permettre la compréhension du présent à travers le passé (et vice-versa)" (p. 73).

Salvador Morales reprend également cette problématique à travers l'étude de la place de M. Bloch dans l'historiographie de son époque.

Quant à María Victoria López, elle expose les deux postulats qui, selon elle, marquent le clivage entre les Comtiens et les fondateurs et partisans de l'Ecole des Annales. D'une part la conception de l'histoire comme science de l'homme dans le temps et le concept qui en dérive de l'histoire comme science du temps et non de l'instant. D'autre part, l'histoire comme science de la compréhension, en opposition à l'héritage du XIXème siècle en matière d'utilité de celle-ci.

Cette première partie de la revue se termine par un article de Joseph Pérez intitulé "Marc Bloch y la historia de España" où il met en parallèle l'évolution de l'historiographie française et espagnole. Evolution qu'il inscrit dans le contexte plus large que l'apport, l'influence stricto senso de M. Bloch. En ce sens, Joseph Pérez pose la problématique suivante : "La rénovation menée à bien par M. Bloch en France est l'aspect national d'une réorganisation plus vaste des études de l"histoire dans le monde entier et l'Espagne également a pris part à cette aventure intellectuelle" (p. 86). Postulat auquel fait écho Brito Figueroa dans une de ses interventions lorsqu'il évoque l'antécédent que représente Laureano Vallenilla Lanz pour le Venezuela du début du siècle. Il le définit en ce sens comme "un Vénézuélien qui s'efforça de penser en Vénézuélien, sur des problèmes vénézuéliens, avec une perspective universelle" (p. 115). Joseph Pérez met en premier lieu en évidence le travail opéré en Espagne dès la fin du XIXème siècle par Miguel de Unamuno à travers son élaboration de la théorie de "l'intrahistoire", qui rendit l'historiographie particulièrement réceptive aux problématiques posées par M. Bloch et L. Febvre dans les Annales, par rapport au rejet d'une conception positiviste de l'histoire. En effet, Unamuno entendait poser par ce terme, la distinction entre les faits et les simples événements sans transcendance, prenant pour objet d'étude la vie quotidienne du peuple espagnol, extérieur, insensible et passif face aux "événements" des guerres carlistes, mettant ainsi à jour le temps long qui structure les communautés traditionnels. Ce qui, souligne Joseph Pérez en écho, "ne signifie pas que les choses n'évoluent pas, mais qu'ici, dans le peuple, les changements sont très lents et ne peuvent être appréciés à travers une donnée, un événement, une date" (p. 87). Unamuno posait ainsi le principe du temps long tel que défini postérieurement par Braudel en opposition à l'histoire de l'événement. Ce dernier et M. Bloch prônant en ce sens l'étude privilégiée des époques de "changements lents" comme les siècles médiévaux, d'autant c'est durant cette période que se sont formées la nations modernes. L'auteur met ainsi en évidence que le Moyen Age permet en particulier de comprendre les différences qui existent entre l'Espagne et la France quant à leurs structures économico-sociales ; en particulier un "féodalisme non achevé" (p. 88), en raison de deux faits majeurs qui sont à l'oeuvre durant l'époque médiévale : la reconquête et le repeuplement consécutifs à la lutte multi-séculaire contre les Maures.

En troisième lieu, Joseph Pérez insiste sur les recherches en histoire économique opérées dans Historia Social y económica de España y América, collection parue dans les années trente sous la direction de Jaime Vicens Vives[5] et dont les problématiques sont très proches de celles de l'Ecole des Annales, alors même que durant cette période l'Espagne (et ses historiens) se trouvait à l'écart des tendances historiographiques françaises. Coïncidence d'approche dont Jaime Vicens Vives fut lui-même frappé lorsqu'il eut la possibilité de lire les travaux de M. Bloch. Tous deux ont, de fait, insisté sur la nécessité de replacer les problématiques de l'histoire économique dans un contexte plus large comprenant non seulement la politique des gouvernements, mais aussi "les mentalités collectives et l'héritage temperamental d'un peuple (...)" (p. 91).

La suite de la revue comprend, comme nous le soulignions en introduction, une série d'interventions directement liées à la célébration de la promotion de Postgrados en Historia Marc Bloch. Sans en faire un compte rendu détaillé, il nous semble nécessaire de mettre en évidence les informations qui nous sont livrées à cette occasion quant à l'articulation entre les articles de la première partie, plus théoriques, et l'évolution de l'historiographie vénézuélienne. Ainsi, après avoir définie cette "génération M. Bloch" qui, paradoxalement, rassemble des individus de "générations" différentes, Brito Figueroa explicite les raisons d'un tel choix. Outre l'hommage et l'adhésion aux principes fondamentaux de l'historien, il souligne le rôle déterminant de l'enseignement de Bloch par rapport à l'engagement nécessaire de l'historien dans "les combats" de son temps, mais plus encore la démarche, si importante et nécessaire quoique peu réellement pratiquée, du "retour aux sources", aux archives, aux sources orales et aux traces, dans le but d'élaborer, en premier lieu, une histoire régionale "sans négliger à aucun moment l'esprit de totalité comme instrument d'analyse théorique, avec toute sa validité dans la compréhension historique des phénomènes (qui concernent) l'homme et son temps" (p. 98).

De même, en établissant une filiation intellectuelle directe entre M. Bloch et B. Figueroa principal promoteur de cette nouvelle histoire au Venezuela, María Victoria López, réaffirme l'influence déterminante de ces "deux maîtres" pour le développement de la science historique en Europe et en Amérique Latine, "le premier, le plus brillant historien français du milieu de siècle, le second l'historien du compromis avec les masses populaires vénézuéliennes" (p. 102). Il indique également, à propos de ce dernier, que les notions qui constituent sa grille conceptuelle et dictent sa méthodologie, tant en ce domaine que dans celui de l'étude de l'histoire économique et sociale du Venezuela, dérivent de la pensée marxiste.

Etudes régionales, mise au premier plan du "peuple" comme acteur principal du pays, tant durant la colonie qu'au moment de "l'histoire nationale", engagement nécessaire de l"historien dans son temps, et prise en compte de celui-ci par la pratique d'une "histoire régressive" ; ces principales problématiques sont présentes dans la liste des travaux rédigées durant ces 12 ans que représentent cette "génération M. Bloch", et présentée à la fin de la revue. Toutefois, nous y retrouvons également la permanence du "vide" historiographique que constituent les années 1810-1830 dès lors qu'il s'agit de dépasser l'histoire apologétique et de problématiser les investigations.

Il nous semble qu'en conclusion de ce compte-rendu, trois mises en perspective peuvent être signalées, en premier lieu concernant l'historiographie vénézuélienne.

Au regard de la teneur de ces articles, un constat préalable s'impose. Hormis la réflexion globale sur l'histoire et sa conceptualisation au prisme de l'héritage des Annales, aucun des auteurs n'établit une corrélation directe et explicite avec leur propre historiographie et les différents courants qui l'on caractérisée - tout particulièrement en ce qui concerne justement l'histoire nationale(iste). Or, nous pouvons aller jusqu'à considérer que cette histoire "officielle" et nationale[6] a constitué un véritable écran entre les événements et leur appréhension historique. Elle a en effet occulté certaines approches qui tentaient de saisir la signification des faits dans leur complexité, en tenant compte (certes parfois selon des schémas contestables) des caractéristiques sociales et ethniques de la société. Ceci se vérifie en particulier pour la guerre d'indépendance et son rôle dans l'élaboration et la mise en application du projet national.

Le deuxième point sur lequel nous souhaitons revenir concerne l'insistance avec laquelle Brito Figueroa en particulier prône un retour aux sources et l'adoption d'une démarche critique pour leur quête, étude et questionnement. Démarche qui nous conforte dans notre volonté, au sein de notre propre groupe de travail, de privilégier tout particulièrement le "travail sur le terrain".

Enfin, le numéro de cette revue consacrée à M. Bloch nous parvient en des circonstances singulières par rapport à l'héritage de M. Bloch et, plus largement du courant des Annales. A savoir à l'heure où paraît, en France, un ouvrage critique par rapport à celui-ci et où l'université de Strasbourg a, de nouveau, refusé de prendre le nom de M. Bloch à la suite de pression exercée sur le personnel enseignant et administratif par le biais d'un tract anonyme aux connotations antisémites et dans lequel figure, parmi les cinq raisons que son auteur avance pour refuser que l'université porte son nom, celle-ci : "Est-il vraiment indiqué qu'aujourd'hui une université sur le Rhin se donne le nom d'un homme torturé et assassiné par l'occupant allemand ? C'est presque de la provocation[7]" M. Bloch apparaît de facto, pour certains, comme une figure par trop "marqué" pour devenir le nom d'une Université...


Notes

[1] Cf. infra, ce qu'il avance à ce sujet concernant l'historiographie vénézuélienne.

[2] Cf notamment : Formación y crisis de un sistema financiero nacional. Banca y Estado en Venezuela (1830-1940), Caracas, Ed. Buria et A.J de Sucre, 1987.

[3] "La génesis de un imaginario colectivo : la enseñanza de la historia de Venezuela en el siglo XIX.", in Structures et cultures des sociétés Ibéro-Américaines ; au-delà du modèle socio-économique. Colloque international in hommage au professeur Fr. Chevalier. 29-30 avril 1988, Paris, éd. du CNRS, collection de la Maison des pays ibériques, 1990, pp 203-241.

[4] G. Soriano de García Pelayo, "Hispanoamérica : historia, desarrollo discrónico e historia política.", in Cuadernos del Instituto de Estudios Políticos, ndeg. 29, Caracas, Universidad Central de Venezuela, Faculdad de Ciencias Jurídicas y Políticas, 1987, 79 p.

[5] Jaime Vicens Vives (dir.), Historia Social y Económica de España y América, Barcelona, Edición Teide, 1958, 5 vol.

[6] Nous reprenons ici les catégories définies par G. Carrera Damas dont les travaux sur l'historiographie ont marqué cette volonté de mettre à jour les présupposés à l'oeuvre dans ces "histoires" et d'opérer, dans le même temps, un retour aux sources afin de procéder à une redéfinition des problèmes et des problématiques. Cf. en particulier : G. Carrera Damas, Características de la historiografía venezolana, Montevideo, 1963, 36 p ; "Estructura de poder interno y proyecto nacional inmediatamente despues de la independencia : el caso de Venezuela", in Problemas de la formación del estado y de la nación en Hispanoamérica. Actas del Simposio del Instituto de Historia Ibérica y Latinoamericana de la Universidad de Colonia y del Instituto de Historia de la Universidad de Hamburgo. Septiembre de 1983, Bonn, 1984, pp 407-439.

[7] Cet extrait du tract est cité dans un article de Jacques Fortier paru dans Le Monde du 17/06/94. L'auteur rappelle que le nom de M. Bloch avait déjà été proposé en 1991 et que le nouveau président de l'université strasbourgeoise, A. Hamm, avait décidé de relancer la proposition sous le signe de la réconciliation... Notons enfin que la municipalité de Strasbourg, accusée dans le tract d'être à l'origine de cette initiative et d'avoir exercé des pressions sur l'université pour qu'elle adopte le nom de Marc Bloch, a rejeté cette accusation. Enfin, outre l'apposition d'une plaque commémorative d'hommage à l'historien le 16 juin 1994, la ville a prévu d'organiser au mois de novembre un colloque intitulé "Marc Bloch, l'historien et la cité.". Cf. également l'article de J.J Vorsanger "Strasbourg, quel nom digne de l'université ?", in Le Monde, 9 juillet 1994.


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