Copyright © 1995  -  Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH  -  ISSN 1245 - 1517

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Le milieu diplomatique hispano-américain à Paris de 1880 à 1900.

Pauline Raquillet-Bordry

En ce XIXème siècle, le continent sud-américain se lance dans les rapports complexes de la vie internationale. Les échanges économiques s'accélèrent avec l'Europe dans la deuxième partie du siècle et les puissances de l'époque témoignent d'un intérêt de plus en plus marqué dans le développement industriel et commercial de l'Argentine, du Chili ou du Mexique...

Politiquement née dans les années 1820[1], l'Amérique vit alors les grandes heures de sa diplomatie.

C'est dans ce contexte qu'intervient l'étude du milieu diplomatique hispano-américain à Paris. Ce monde d'étrangers haut-placés, vivants dans le Paris de la fin du siècle (1880-1900), sera approché à la fois sous un angle prosopographique et sociologique.

La principale source consultée dans cette recherche est constituée par les Annuaires diplomatiques et consulaires de la République française conservés aux Archives du Ministère des Affaires Etrangères. Ces documents administratifs permettent de construire l'étude statistique. On peut ainsi établir la liste des diplomates à Paris de 1880 à 1900, connaître leur situation hiérarchique, la ou les date(s) d'entrée(s) et de sortie(s) de poste.

Les séries A, B, C de l'Etat général des Inventaires des Archives Diplomatiques offrent, par l'intermédiaire d'une correspondance entre Légations françaises en Amérique latine et le Ministère de Affaires Etrangères, nombre d'informations sur la vie et le caractère des diplomates envoyés à Paris. A cela, on peut rajouter plusieurs dictionnaires biographiques de l'époque : El Indice Biográfico de España, Portugal e Iberoamérica, Diccionario Biográfico Americano, Figuras Americanas... illustrant la vie d'hommes notables parmi lesquels se trouvent certains diplomates.

De 1880 à 1900[2], 293 diplomates sont en poste à Paris et représentent 10 pays de l'Amérique hispanique : Argentine, Bolivie, Chili, Colombie, Equateur, Mexique, Paraguay, Pérou Uruguay, Venezuela. 101 biographies de valeur inégale ont pu être collectées mais seules 69 d'entre elles sont véritablement complètes. L'étude de ce milieu diplomatique hispano-américain à Paris n'en est cependant pas altéré.

Ce qui nous intéresse ici n'est pas tant l'analyse des relations diplomatiques entre deux continents, qu'une connaissance qualitative et quantitative du corpus diplomatique et consulaire. Par une approche statistique, nous examinerons la taille de chaque légation et consulat, la nature et la composition des représentations diplomatiques, la rotation du personnel... Nous verrons ensuite comment au travers de l'élite diplomatique, l'Amérique latine s'efforce d'intégrer les grands courants de pensée focalisés à Paris à la fin du XIXème siècle. Phare culturel et modèle intellectuel, Paris ne peut laisser indifférent les étrangers, qui souhaitent pénétrer son esprit et ses moeurs afin d'y trouver la reconnaissance de leurs actes, de leurs idées ou de leur comportement. Nous tenterons dès lors de savoir, au travers des biographies, si l'on a affaire plus spécifiquement à un milieu diplomatique ou à un milieu d'élites.

I) STATISTIQUES ET REPRESENTATION DIPLOMATIQUE

A) REPRESENTATION ET PROTOCOLE

L'étude a été menée pays par pays, mettant en valeur la taille de la légation et la rotation par poste. A titre d'exemple, un même nombre de diplomates a été recensé pour le Pérou et le Venezuela (28) alors que cette dernière légation est moitié plus petite entre 1880 et 1900. Ceci s'explique par une rotation deux fois plus élevée au Venezuela qu'au Pérou.

Durant ces vingt années, les différents pays d'Amérique hispanique sont très inégalement représentés : si en moyenne chaque pays dispose de quatre représentants en poste, le Paraguay n'en compte que deux alors que l'Argentine ou le Chili ont des effectifs comparables aux ambassades américaine ou japonaise. De fait, deux familles apparaissent clairement : les légations avec peu de ressortissants (Paraguay, Equateur, Venezuela, Bolivie) et légations de taille comparable aux autres pays (Mexique, Uruguay, Pérou, Chili et Argentine). Il est à noter que la Colombie a un effectif "intermédiaire". L'analyse de ces équipes par nature de poste apporte un éclairage plus précis sur la nature des liens tissés avec le pays d'accueil. L'effectif diplomatique latino-américain a également varié en volume sur cette même période. Si l'on compte au total un peu moins de 40 diplomates jusqu'en 1886, ce chiffre se stabilise aux alentours de 50 à compter de l'exposition universelle de 1889.

Chaque nation latino-américaine vit depuis son indépendance des périodes de troubles plus ou moins marquées selon les états. C'est particulièrement le cas du Paraguay qui s'engage dans une guerre perdue contre l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay de 1865 à 1870 et dont il ne peut se relever. Au début des années 1880, les situations politiques et économiques des Républiques américaines diffèrent. De façon concomitante, elles influent sur le développement, la fiabilité des liens diplomatiques avec l'étranger et la taille des légations.

Sur ce point, les dix pays étudiés se regroupent en trois familles : l'Argentine et le Chili dont la représentation est supérieure ou égale à 6 personnes demeurent seuls comparables au Japon (6,1) et aux Etats-Unis (6,4). Le Pérou, le Mexique, l'Uruguay et la Colombie disposent d'une représentation comprise entre 4,5 et 6 personnes. Le Venezuela, l'Equateur et le Paraguay constituent la dernière famille et sont les plus faiblement représentés. La petite nation chilienne et l'Argentine disposent au minimum de cinq représentants diplomatiques en poste à Paris durant ces vingt années. Cette constance est due à la conjugaison d'une politique stable et d'un démarrage économique.

Sous la présidence de Roca, au début des années 80, l'Argentine profite de cette période de pacification pour entreprendre la relance de son économie. Elle est au premier rang des états sud-américains tant au point de vue commercial que financier. De plus, elle les devance dans ses rapports commerciaux avec la France (35% de ses échanges se font avec la France alors que le Chili n'atteint que péniblement les 8% en 1883). Ces liens sont consolidés grâce à l'arrivée de plus de 10.000 immigrants par an[3] d'origine française durant la vague d'émigration européenne de 1885 à 1895. L'Argentine est un des pays les plus pro-français de l'Amérique. Elle possède toutes les chances de consolider les liens diplomatiques qui l'unissent à Paris. Pourtant à la fin des années 90 elle diminue sa représentation. Economiquement affaiblie, elle n'a pas réussi à devenir une "nation industrielle"[4]. Rayonnante et audacieuse à l'exposition de 1889, elle est totalement absente à celle de 1900.

Le Chili bénéficie de quelques années de calme. Sorti victorieux et enrichi de la guerre du Pacifique en 1884, il vit son redémarrage économique. Il s'ouvre aux capitaux, aux investissements étrangers et aussi à l'immigration. C'est surtout après 1891[5] que le Chili vit ses plus belles années de prospérité et de croissance. Petit pays, il s'épanouit considérablement et s'offre le luxe d'une représentation diplomatique fiable et importante à Paris. La famille des pays moyennement représentés[6] jouit d'un régime à peu près stable. Cependant ils ont tous la particularité de connaître une rupture politique ou économique majeure qui pèsera sur leur effectif diplomatique.

C'est le cas du Mexique qui n'est pas représenté en France en 1880. Cette rupture passagère est liée à la guerre franco-mexicaine sévissant 13 ans auparavant, à l'époque de Maximilien. Altamirano, qui défend le Mexique contre l'intervention française, devient par la suite Consul Général à Paris de 1890 à 1892 durant le porfiriat, régime qui facilite l'établissement de liens diplomatiques profonds avec la France. "Animé des mêmes désirs que la République Française de renouer les liens d'amitié entre les Etats-Unis du Mexique et cette République, j'ai pris la résolution, avec l'approbation du Sénat, d'accréditer devant le gouvernement de Votre Excellence, un Envoyé Extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire pour qu'il favorise le moment venu les relations amicales et commerciales de nos deux pays, les maintenant et les resserrant"7. Emilio Velasco est nommé par le Président Díaz à la tête de la légation mexicaine le 6 décembre 1880. A partir de cette date, le Mexique a en moyenne six représentants diplomatiques par an jusqu'en 1900. Porfirio Díaz entretient de bons rapports avec Paris, ville de son exil. Les échanges commerciaux culminent alors en 1897 : 25 millions de francs exportés de France au Mexique pour 9 millions d'importés[8]. Cette stabilité des relations diplomatiques fait qu'il n'y aura pas moins de douze représentants en 1898.

La baisse des effectifs diplomatiques du Pérou est, elle aussi, liée à un problème politique. Lorsque débute la guerre du Pacifique (1879-1884), la représentation diplomatique péruvienne en France est de huit membres. A la fin de la guerre en 1884, une seule personne assure un lien diplomatique entre le Pérou et Paris. Vaincu avec la Bolivie par le Chili, la reconstruction du pays demeure lente et difficile. Ce n'est qu'en 1888 sous l'effet conjugué de la reprise économique du cuivre et du sucre et de l'exposition universelle de 1889 que la représentation diplomatique péruvienne retrouve ses forces. Dès lors, elle reste régulière jusqu'à la fin du siècle.

L'Uruguay et la Colombie, deux autres pays de cette famille, connaissent des perturbations intérieures concourant à la désagrégation ponctuelle de leur stabilité.

En 1886, avec le retour des Conservateurs au pouvoir, la Colombie enregistre une phase de troubles. La représentation diplomatique ne cesse de décroître et passe de quatre membres en 1886 à deux en 1888. C'est le seul pays dont les effectifs chutent avant l'exposition de 1889. A ces difficultés succède le calme. Rafael Nuñez restaure une république conservatrice et cléricale qui triomphe des assauts libéraux jusqu'en 1930. Cette phase de stabilité relative permet à la Colombie de voir sa représentation diplomatique progresser dans les années 90. A la différence de la Colombie ou du Pérou, l'Uruguay, qui vit pourtant dans l'instabilité chronique, n'enregistre pas une chute brutale de ses effectifs à Paris. De 1830 à 1903, le pays affronte quarante révoltes ; ce qui fait dire au dictateur Latorre en 1880 que "le pays est ingouvernable"9. Etrangement, la représentation diplomatique de cette République est l'une des plus régulières. Cinq à six membres se partagent de manière permanente les postes de la capitale française. Les périodes d'accalmies (1886 : avènement du régime civiliste) n'expliquent pas la présence de ces effectifs. C'est le comportement francophile très poussé de ce pays qui lui permet de tisser des relations privilégiées intellectuelles puis commerciales. La France figure au deuxième rang mondial des échanges commerciaux avec l'Uruguay en 1889.

Bien placée, la représentation uruguayenne (5,6 représentants par an) devance celle du Mexique (5,25) et de la Colombie (4,6).

L'écart se creuse davantage avec la Bolivie (3,4), le Venezuela (2,8), l'Equateur (2,2) et le Paraguay (1,9). Ces quatre pays partagent plusieurs caractéristiques communes : leurs effectifs modestes augmentent avec l'arrivée de l'exposition universelle de 1889 et décroissent par la suite. La Bolivie demeure le seul contre-exemple de cette décroissance post-exposition. A un moment donné, tous rompent leurs relations diplomatiques avec la France : le Venezuela met un terme à sa représentation en 1881 alors que Guzmán Blanco est au pouvoir. L'Equateur est officiellement inexistant à Paris en 1897. Quant à la Bolivie et au Paraguay, la première renoue avec Paris en 1887 lorsque la France renvoie un nouveau représentant, Monsieur Brun, à La Paz ; l'autre est totalement absent de la scène parisienne de 1895 à 1898. L'origine de ces attitudes capricieuses vient de l'instabilité quasi-permanente dans laquelle baignent ces Etats.

Ce déséquilibre plus prononcé pour l'Equateur et le Paraguay trouve ses racines dans le sol fertile des luttes entre libéraux et conservateurs. Tenter pour un gouvernement d'instaurer une politique durable ou de développer une économie relève du défi. Si, sur ce dernier point, la Bolivie et le Venezuela bénéficient tous deux d'un regain d'activité dans le domaine minier, l'Equateur et le Paraguay restent très faibles économiquement[10].

Le Paraguay ne s'est pas du tout remis de la guerre qu'il a mené contre l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay jusqu'en 1870. Dépourvu d'une véritable main-d'oeuvre masculine décimée par les combats, fragile financièrement, ses tentatives de redressement subissent les perturbations créées par les affrontements entre colorados et azules. Epuisée, cette République est trop peu présente dans les échanges économiques pour être véritablement représentée à Paris.

La Bolivie demeure elle aussi très affaiblie par la guerre du Pacifique dont elle sort vaincue en 1884. Sa représentation en fait les frais : seul un Consul Général est envoyé à Paris.

L'Equateur atteint le sommet de son cycle révolutionnaire dans les années 90, période à laquelle il ne compte que deux personnes en poste à Paris.

Ce n'est qu'à l'extrême fin du XIXème siècle et au tout début du XXème que des pays comme l'Equateur et la Bolivie connaissent une période d'accalmie et de libéralisme. Cela se manifeste avec l'arrivée d'Eloy Alfaro en Equateur et de José Manuel Pando en Bolivie.

Ce classement par famille fait ressortir dans la forte corrélation qui existe entre la stabilité politique et la représentation diplomatique : pondération difficile à trouver !

La stabilité permet au pays le développement d'activités économiques avec l'extérieur et par là-même le déploiement de relations diplomatiques avec des pays plus avancés. Vie politique et vie diplomatique apparaissent comme étroitement solidaires, l'une subissant les fluctuations de l'autre.

B) L'AMERIQUE EN CHIFFRES

Afin de rendre comparables pays par pays les différentes légations, nous avons été amenés à regrouper les différents postes sous quatre familles distinctes mais homogènes :

- le niveau 1 recouvre l'ensemble des Envoyés Extraordinaires et Ministres Plénipotentiaires (E.E.M.P.). Fonction équivalente à celle d'Ambassadeur, elle est hiérarchiquement la plus élevée au sein de la Légation[11].

- le niveau 2, concerne l'intégralité du milieu consulaire : Consuls Généraux, Consuls, Vice-Consuls. Cette hiérarchie est propre au Consulat et non à la Légation.

- le niveau 3 est constitué de l'ensemble des Secrétaires.

- le niveau 4 regroupe les Attachés : Attachés militaires et navals.

Ces regroupements permettent d'analyser plus finement la nature et la composition de chaque représentation diplomatique.

La nature des équipes, tout comme les effectifs, sont souvent disparates. Si tous les pays, à l'exception du Paraguay[12], ont le plus souvent un E.E.M.P., les équipes d'Attachés et de Secrétaires sont plus ou moins étoffées selon les pays : Pérou, Colombie et Bolivie comptent en moyenne de 1 à 3 Attachés, alors que l'Equateur, l'Uruguay et le Venezuela n'en n'ont que de façon épisodique.

Quant aux équipes consulaires, leur taille est directement proportionnelle au nombre de ressortissants. On a ainsi la confirmation que l'Argentine, l'Uruguay, le Mexique comptent de nombreux expatriés en France alors que le Pérou ou la Bolivie n'en ont pratiquement pas. De fait on compte en 1892, 395 Argentins et 226 Mexicains en France, contre 154 Péruviens[13]. A ce titre, le cas du Japon et de l'Amérique du Nord sont très révélateurs : le premier, qui n'a que peu de ressortissants sur le sol français est quasi-inexistant sur le plan consulaire alors que l'Amérique du Nord, qui recense 4.830 nationaux, est très riche consulairement.

Le Paraguay se place dans une situation différente des autres. N'ayant aucun E.E.M.P. en place avant 1898, sa représentation consulaire lui sert de légation.

Les effectifs de niveau 3 dépendent de la taille des légations. Ils sont révélateurs de la richesse des échanges avec le pays d'accueil. L'Argentine, le Chili, l'Uruguay et le Mexique sont les mieux représentés. Le rôle d'un Premier Secrétaire compte puisqu'il est censé remplacer un E.E.M.P. absent. Il peut être ainsi nommé Chargé d'Affaires par intérim jusqu'au retour du Ministre. "J'ai l'honneur de porter à la connaissance de Votre Excellence qu'étant obligé de sortir de France pour quelque temps, M. Aurelio Bascunán, Premier Secrétaire de légation, me remplacera pendant mon absence avec le caractère de Chargé d'Affaires par intérim du Chili en France" écrit Ramon Barros Luco à Delcassé en 1899[14].

La durée moyenne en poste par pays fournit également une indication précieuse sur le phénomène d'acculturation des diplomates étrangers : plus les diplomates restent longtemps en poste, plus ils sont susceptibles de s'intégrer au corps social et culturel du pays d'accueil. Si en moyenne (tous postes confondus) les diplomates demeurent trois ans en poste, une plus grande stabilité existe pour certains pays (Argentine, Uruguay, Pérou). Le Venezuela et le Paraguay se distinguent par une durée en poste inférieure à deux ans. Dans le cas de ces pays, le processus d'afrancesamiento[15] est beaucoup plus hypothétique.

L'Argentine, pays dont la durée moyenne en poste est la plus longue (5,5 ans), doit ce rang aux postes d'E.E.M.P. et de Consuls (qui séjournent respectivement 11 ans et 8 ans). De fait, ce pays s'identifie totalement aux titulaires de ces deux postes[16].

L'Uruguay et le Pérou, dont la durée moyenne en poste est d'un peu plus de quatre ans, se caractérisent par une grande stabilité des postes de niveau 2. Il en est de même pour le Mexique qui, de plus, connaît une stabilité croissante avec le niveau de responsabilité.

La Colombie, le Chili, la Bolivie et l'Equateur ont adopté une politique de gestion du personnel similaire, où seul le niveau consulaire fait preuve d'une relative stabilité[17].

Le Venezuela et le Paraguay, dont les équipes sont fréquemment renouvelées, s'appuient sur des effectifs consulaires qui séjournent en moyenne trois ans.

L'étude du turn-over par niveau est elle aussi instructive.

Si les E.E.M.P. restent en moyenne quatre ans[18], les postes consulaires sont de loin les plus pérennes (avec une durée moyenne en poste de cinq ans). Cela s'explique par le caractère technique et donc moins politique du poste : assistance aux ressortissants, démarches administratives... A ce titre, les deux Consuls Généraux José María et Daniel Artola assument les fonctions de représentants de Colombie entre 1884 et 1886 en l'absence d'un E.E.M.P.

Les postes de niveau 3 et 4, qui viennent étoffer les effectifs de base d'une légation, connaissent une rotation bien plus élevée, de l'ordre de deux ans. Seuls les cas de l'Uruguay pour le niveau 3 et du Pérou pour le niveau 4 sortent de la norme. Ce dernier compense une faible population de Secrétaires par un nombre important d'Attachés.

II) MILIEU DIPLOMATIQUE OU MILIEU D'ELITES ?

A) LE CURSUS SCOLAIRE

S'instruire c'est former son jugement. Et s'instruire en Europe c'est non seulement se former un jugement plus large mais aussi bénéficier de l'enseignement le plus pointu.

Ces futurs diplomates fréquentent dans leur pays d'origine les collèges, les écoles et les universités de leur capitale et nombreux sont ceux qui ont occupé les bancs des institutions catholiques.

Né en 1846, le libéral Morla Vicuña (Premier Secrétaire chilien à Paris en 1880) étudie au collège des Pères Jésuites ainsi que son compatriote Carlos Antúnez (né en 1847, libéral et Ministre Plénipotentiaire à Paris en 1887). Quant à Gonzalo Bulnes, ses parents l'orientent vers le Collège des Pères Français. Altamirano (1834-1893), figure brillante du Mexique, fréquente lui aussi le réputé "Colegio de San Juan de Letran" où est élevé Emilio Velasco (1837-1906) avocat et politicien.

En ce qui concerne les études supérieures, le choix d'un établissement religieux est moins fréquent mais, comme en France, reste aussi une solution. Ramon Macias fait ses premiers pas en médecine à l'institut ecclésiastique de Patzcuaro (Mexique). L'Equatorien Clément Ballen et le Chilien Antúnez se dirigent vers le séminaire.

Cependant, l'Université demeure l'établissement de prédilection des diplomates pour entreprendre leur cursus de Droit ou de Médecine.

Au Chili, celle-ci compte en 1882, 920 élèves[19] inscrits pour la plupart (411) en cours de Droit ou de Sciences Politiques ; 318 fréquentent la faculté de pharmacie ou de médecine contre seulement 38 les classes de mathématiques supérieures et 53 les beaux-arts.

Ortiz de Zeballos, Sauze ou Antonio Flores font partie de ces 50% de diplomates ayant choisi de suivre des études de Droit à l'Université de Buenos Aires, de Santiago, de Quito ou dans toute autre capitale sud-américaine. Le vice-Consul argentin Ledesma et les colombiens Arteaga et Ibañez élisent la faculté de médecine de Buenos Aires et de Bogotá.

Seules les grandes villes peuvent répondre à la demande des étudiants en cycle supérieur, à moins que ceux-là n'aillent s'instruire à l'étranger.

Plus rares sont les assidus des études à caractère scientifique : 7,5%. Le premier secrétaire Baz et le Consul Général Covarrubias, tous deux Mexicains, optent pour l'Ecole d'Ingénieurs de Mexico. Au Chili, l'Institut National des Sciences Humaines accueille Morla Vicuña et Alvarez. A quelques années près, les cadets suivent les traces de leurs aînés dans les établissements supérieurs peu nombreux de chaque pays latino-américains. L'Université reste un choix prépondérant et il n'est pas surprenant de constater qu'à Paris en 1891, les 19 281 étudiants sont presque tous assis sur les bancs de la faculté de Droit ou de Médecine.

Ortiz de Zeballos, avant de suivre sa formation de juriste à Quito, fréquente l'Université de Paris. Tous les diplomates n'ont pas comme lui commencé leurs études supérieures en France, mais ils sont souvent venus compléter ou valider leur cursus à Paris : sur 28 diplomates partis étudier en Europe, 23 sont passés par Paris. Comment ne pas penser au Docteur Urbino de la Calle "avec sa barbe à la Pasteur et les cheveux plaqués avec soin de chaque côté de la raie au milieu bien nette [...] prenant possession du cabinet de son père [qui] envoya au grenier tous les traités de science vice-royale et de médecine romantique pour poser sur les rayonnages vitrés ceux de la nouvelle Ecole de France"20.

Ces médecins distingués qui sont passés par Paris peuvent citer "Charcot et Trousseau comme s'ils étaient [leurs] camarades de chambrée"21. En 1890, on compte dix-sept écoles et six facultés de Médecine en France. Lille, une des plus importantes avec Lyon, Montpellier, Bordeaux... est peut-être la ville où Justiniano A. Ledesma fréquente Pasteur et rédige sa thèse sur "L'importance clinique de la température dans la fièvre typhoïde".

Durant cette fin de XIXème siècle, les quelques jeunes hispano-américains venus à Paris s'inscrivent tout particulièrement dans ces facultés de Médecine et cela jusque dans la première moitié du XXème siècle[22]. I. Gutiérrez Ponce, diplômé de Médecine à Paris, y soutient deux thèses universitaires dont l'une s'intitule "Appendice relatif aux races, à la végétation, aux animaux et aux productions minérales de la Colombie" et l'autre "Chronique de mon foyer". Ces travaux font partie des 25% de thèses soutenues par les étudiants sud-américains dans la deuxième moitié du XIXème siècle[23]. Apprendre la médecine dans l'univers parisien, c'est entrer en contact avec de grands professeurs. Le diplomate américain, avant même d'être en poste à Paris, est déjà au contact de grands hommes : Charcot (1825-1893) travaille sur les maladies nerveuses avec Pasteur(1822-1895) qui connaît la gloire en 1886 et Charles Richet sera prix Nobel en 1913.

L'étranger acquiert une formation de pointe parfois inexistante ou peu développée dans son pays d'origine. "Un grand nombre de jeunes gens qui voulaient faire leurs études en Médecine, attirés par le renom de la faculté de Paris et aussi pour les autres attraits de la capitale venaient prendre chez nous leurs inscriptions"24.

Si le corps diplomatique totalise 15% d'étudiants en Médecine, il n'a pas moins de 50% d'étudiants en Droit ayant, eux aussi, assisté à des cours à Paris. Alejandro Alvarez est peut-être l'élève le plus francisé. Attaché d'ambassade en 1877, cet avocat, après avoir terminé ses études au Chili, obtient un doctorat en jurisprudence à la faculté de Droit Civil de Paris. Puis il sort de l'Ecole Libre de Sciences politiques, fondée par Emile Boutmy en 1871, le diplôme en poche. Alvarez, dès son inscription [25] bénéficie d'"un enseignement qui [prétend] être le plus proche possible de l'état présent du développement scientifique"26. Ils côtoient le milieu intellectuel français et les futures élites peuplant les grands corps de l'Etat (Conseil d'Etat, Ministère des Affaires Etrangères, Cour des comptes... ). Il a cette chance de recevoir un enseignement au sang neuf (histoire diplomatique, histoire morale et politique, histoire financière... ) dispensé par les illustres Albert Sorel, Emile Levasseur ou Paul Janet. Alvarez n'est cependant pas représentatif du monde des étudiants en Droit d'autant plus qu'il est le seul à s'être inscrit à l'Ecole Libre de Sciences Politiques. En effet, sur vingt étudiants-juristes qui suivent les cours professés dans leur pays d'origine, seulement trois ont suivi l'enseignement français.

La proportion des élèves en Médecine est plus forte que la celle des étudiants en Droit dans les universités françaises.

Cette constatation va dans le sens de la remarque de Brigitte Tessier[27]. Elle confirme cette faible proportion d'inscrits en droit à Paris alors même que l'Amérique latine compte énormément de juristes parmi ses élites. Cette situation n'est paradoxale qu'en apparence lorsque l'on sait que ces étudiants viennent en fait compléter leur formation générale et non suivre un cursus très précis de juristes.

Proches du monde universitaire classique, plusieurs futurs diplomates sont envoyés en Europe perfectionner leurs connaissances militaires. Le Chilien Alberto Blest Gana fréquente Saint-Cyr et l'Argentin M. de Guerrico navigue sur un bateau de l'escadre navale française. Ces Américains ne peuvent trouver de meilleure formation en France ou en Allemagne[28].

C'est en effet l'époque où la méfiance entre les deux nations les conduit à rechercher la meilleure armée et à développer les tactiques militaires les plus efficaces. Durant les années 1880-90, l'Allemagne est la première puissance armée du monde, talonnée par la France qui ne tarde pas à la rejoindre. La société Bemberg, par exemple, s'occupe de ventes d'armes pour l'armée argentine pendant la guerre du Paraguay. La famille Bemberg, consuls de père en fils à Paris, se bâtit une petite fortune avec les commissions.

L'Angleterre reste maîtresse des mers. L.A. Lynch intègre la marine anglaise ainsi que M. de Guerrico qui s'embarque à Liverpool pratiquer la navigation au long cours.

Les études sont souvent "le fruit de grands sacrifices pécuniaires des parents"29 à moins que l'étudiant ne reçoive une bourse de mille pesos lui offrant d'étudier les mathématiques à Paris pendant cinq ans, tel Rivas Vicuña. Mais il existe un nombre encore plus restreint de parents qui peuvent se permettre de scolariser leurs enfants en France dès leur plus jeune âge.

Le Général Reyes, tout comme Canalejas[30], prend la décision de s'installer à Paris avec toute sa famille afin que tout le monde profite de cette opportunité. Antonio Flores apprend à aimer la France depuis son enfance sur les bancs de l'ancien Collège Royal Henri IV. Il est tout proche de l'argentin R. Domínguez qui, du Lycée Louis Le Grand, intègre l'Ecole Polytechnique. A leur tour ces mêmes diplomates enverront leur progéniture étudier à Paris. L'attaché chilien R. Cruz Montt dirige son fils Albert, âgé de 14 ans, vers une école d'architecture parisienne.

N'enchaînant pas forcément par une carrière sur place[31], ces diplômés rejoignent leur chère patrie et distribuent une part de qualité et d'esprit français au travers d'un enseignement académique et technique. Dans "Juvenilla"32, Miguel Cane décrit l'Université de Buenos Aires, les facultés de Droit et de Médecine et l'Ecole Militaire comme étant des copies des facultés et écoles françaises.

Ainsi se reproduisent de l'autre côté de l'océan Atlantique, une organisation universitaire et un enseignement propre au vieux monde.

De ce fait, il n'est pas surprenant de voir la langue française devenir obligatoire à l'Institut Littéraire du Yucatán ou de retrouver des textes en français à l'Ecole de Médecine : Justiniano Ledesma, à son retour en Argentine, occupe la chaire de thérapeutique de la faculté de Buenos Aires. De même, Blest Gana reçoit la chaire de topographie à l'Académie Militaire chilienne une fois ses études françaises achevées. Mais au-delà de la science qu'ils enseignent, ces jeunes professeurs transmettent les idées philosophiques et la pensée du Vieux Monde. Cette mobilité académique est à la fois l'occasion de faire un voyage de formation.

B) LE VOYAGE INITIATIQUE

Un jeune aristocrate de l'Europe du XVIIIème siècle se doit de compléter son éducation par l'entreprise d'un "grand tour". L'élite sud-américaine accomplit ce voyage initiatique dans la pure tradition mondaine et culturelle du siècle dernier. Parmi les diplomates, Chiliens et Argentins arrivent en tête de cette pratique (20% contre 7% de Boliviens et de Paraguayens) comme ils l'étaient déjà pour les études en Europe (8 Chiliens, 6 Argentins contre un Bolivien et un Paraguayen. Bulnes part en 1871, à l'âge de 20 ans et pour trois ans, s'instruire le long des routes. Son compatriote chilien C. Antúnez a un abbé comme professeur et ange-gardien lors de son tour d'Europe.

Capitale des premières curiosités, Paris fait ombrage à la Rome du XVIIIème. L'Américain rêve d'approcher ce Paris étranger à la France, écartant enfin la seule vision frustrante du monde livresque reçue jusqu'à présent.

Connue et célébrée en Amérique latine avant même d'être visitée, cette ville ensorcelle les jeunes coeurs, causant transport de joie et de crainte dans un élan de fascination sublime. "Je rêvais de Paris depuis l'enfance jusqu'au point de supplier Dieu dans mes prières qu'il ne me laisse pas mourir sans connaître Paris"33.

L'Uruguayen Zorillas de San Martin, qui n'en est pourtant pas à son premier voyage, remarque que "celui qui vient à Paris croit le plus souvent y rencontrer des surprises ou des choses extraordinaires. Or il arrive et doit arriver le contraire"34.

C'est là que commence le voyage d'études : au moment où le pied posé sur le sol de la capitale, le curieux est aux prises de visions contradictoires réelles et non plus simplement livresques. Ce long séjour permet au jeune homme de faire son apprentissage culturel et mondain. "Quand il fit son premier voyage d'études en Europe, Alberto Blest Gana contracta une admiration enthousiaste pour les romanciers qui durant cette époque faisaient les délices de la société savante. Il analysa et étudia les coutumes et les caractères opposés qu'il trouva dans cette vaste civilisation européenne"35. Tout comme Edward Gibbon[36], il jouit de la société d'un peuple policé et aimable mais n'omet pas de ses réflexions quelques critiques sur la capitale.

C'est durant les premières visites qu'il rendit au Vieux Monde que le futur Ministre Plénipotentiaire Blest Gana éveille son goût pour la littérature. Il dévore, entre autres, les livres d'Emile Zola, de Balzac, d'Alphonse Daudet, de Victor Hugo, qui jouissent d'une célébrité sans pareil à Paris comme en Amérique latine.

Le souvenir que regrettait le plus Juvenal Urbino "car il datait de son époque d'étudiant célibataire à Paris [était] de n'avoir pu partager avec son épouse "la vision de Victor Hugo sortant du Sénat accompagné d'une jeune femme"37. E. Gibbon, en son temps, chercha lui aussi à rencontrer les génies de ce siècle et fréquenta le milieu encyclopédique où il put approcher Diderot et d'Alembert. Comme A. Blest Gana, il lut les oeuvres d'hommes de lettres reconnus tels que Montesquieu, Voltaire ou Rousseau mais contrairement à son condisciple, il n'eut pas la chance de tenir un salon.

Zorillas de San Martin et Miguel Cane[38], semblables aux voyageurs du Grand Tour du XVIIIème siècle, publient leurs mémoires dont les souvenirs et les impressions sont recueillies tout au long de leur pérégrination européenne. Livrées grâce à ce genre littéraire particulier qu'est le journal de voyage, elles instruisent le jeune lecteur sud-américain qui n'a encore emprunté les chemins étrangers du voyage initiatique. Les deux auteurs, E. E. M. P. ensemble à Paris de 1896 à 1897, visitent le Louvre, temple de tourbillons de couleurs, d'époques et de noms.

Le rituel touristique conduit les heureux visiteurs au musée de Cluny, aux Invalides, aux Arènes de Lutèce, à Versailles, à Notre Dame, à la Chambre des Députés et à la Madeleine.

Zorillas de San Martin se plaint : "C'est presque impossible de voir des monuments dans cette ville. Ici, tout distrait : l'atmosphère extérieure est pleine de mouvements superficiels"39.

La Chambre des Députés est le lieu sacré où, en 1880, Miguel Cane arrive à quatorze heures écouter les débats houleux de la IIIème République, retenant de ces échanges "un bruit infernal, une démocratie vive et palpitante, un mouvement extraordinaire"40 ; à moins qu'il ne préfère la "voix nasillarde" de Léon Say au Sénat "idéal de Sarmiento"41. Son intérêt pour le système politique français et ses acteurs (Clémenceau, Gambetta, de Cassagnac... ) est alimenté par le rayonnement des idées politiques françaises mais aussi, on peut le penser, par la mise en place récente d'une Constitution (1875) et d'un régime encore fragile en 1880.

En 1892, Cane aura la charge d'Intendant de la Capitale de la République et de Ministre des Relations Extérieures et de l'Intérieur avant d'être nommé au poste de Ministre Plénipotentiaire en 1896. Assister à ces séances, à l'âge de trente ans à peine, lui a sans doute permis de ramener dans son pays une part vivante et utile de l'esprit politique français.

Si la réussite d'un voyage à Paris se mesure au nombre de célébrités rencontrées, Miguel Cane peut se vanter de son succès. Non content de côtoyer Gambetta et d'autres hommes politiques, il fréquente le Collège de France. Il approche le professeur Ernest Renan (1823-1892) source de nombreuses idées libérales, laïques et démocratiques. Avec Taine et Auguste Comte, Renan incarne aux yeux de l'étranger "l'intelligence française". Sa pensée rayonne triomphalement sur les années 1880. Cane boit le calice jusqu'à la lie : "Un vague essaim de souvenirs vient à ma mémoire et agite mon coeur. L'influence d'un homme sur mes idées juvéniles, la transformation complète opérée dans mon idéal de l'art littéraire grâce à ses livres merveilleux et à la musique ineffable de sa prose sobre et rayonnante"42.

Comment ne pas prendre en compte l'influence de Renan sur ces futures élites au pouvoir en Amérique latine ! La France a sur ces esprits l'emprise de la muse inspiratrice.

Ce voyage culturel et intellectuel est formateur à double titre : il permettra ultérieurement au futur diplomate en poste à Paris de naviguer aisément dans la société française, de par sa connaissance fine des hommes et courants de pensée de l'époque et offre au voyageur d'emporter avec lui les principes philosophiques et politiques français qui favoriseront le développement de régimes libéraux et modernes en Amérique latine.

C) ANALYSE DU PREMIER EMPLOI

Les agents diplomatiques le sont-ils par vocation, par volonté de rejoindre un corps bien structuré, ou considèrent-ils davantage cette fonction comme un tremplin à la réussite sociale et / ou politique ?

De fait, très peu d'entre eux entrent dans la vie active par la voie diplomatique. Et lorsque cela se produit, ils mènent le plus souvent une activité en parallèle. Le Consul Général équatorien Miguel Carbo, en poste à Paris en 1899, passe pour être diplomate de carrière. Cependant, avant d'être nommé en France il est nommé sous-Secrétaire d'Etat en 1895 et élu Député à l'Assemblée Constituante de 1896. Il exerçait donc de fait des activités politiques.

Miguel Cane suit la démarche inverse. Ne s'étant pas engagé sur la voie de la diplomatie à ses débuts, il est plus enclin au métier de diplomate à la fin de sa vie qu'au métier avec lequel il avait débuté. Il n'y a donc aucune règle qui régit le métier de diplomate.

Dans la majorité des cas, avant d'accéder à la fonction diplomatique, les futurs agents exercent un emploi dont la nature correspond aux études suivies. Un peu plus de 25% d'entre eux ont pratiqué une activité dans le domaine juridique et sont avocats de profession. Ils sont nombreux comme Salas Edwards, Ortiz de Zevallos, J. Limon Vega, E. Lara, A. Flores... à possèder une grande expérience de la vie juridique. Les carrières militaires sont également bien représentées (18,9%), tout comme les activités à caractère littéraire ou professoral (journalistes, enseignants, écrivains, etc.).

Moins nombreux, certains futurs diplomates avaient exercé une première activité liée au corps médical ou au domaine scientifique (13,8%). Les finances, le commerce, les affaires (8,6%) touchent un milieu plus restreint car ils demeurent davantage des activités parallèles en marge d'un métier principal.

Ces professions servent de tremplin aux diplomates qui, au fur et à mesure de leur vie, s'orientent vers d'autres types d'activités.

Sur quinze personnes qui ont débuté dans le domaine juridique, douze ont laissé de côté leur métier au profit de fonctions politiques. Jurisconsulte et avocat, Limantour devient Secrétaire au département des finances sous Porfirio Díaz, après avoir été Député et Président du Congrès. Son compatriote José Vega Limon, avocat, juge, Secrétaire du Tribunal Supérieur de Justice du district fédéral et magistrat de ce même tribunal, se distingue dans les charges de Secrétaire particulier du Président de la République, Député au Congrès de l'Union et Sénateur. Le juriste qui a la charge politique la plus élevée est l'équatorien Antonio Flores. Les exemples ne sont pas rares car la politique reste l'activité la plus pratiquée (34,4%).

Etre militaire comme l'ont été Larrain, Alcade, Caceres, Bulnes, Arteaga, Vinales, est aussi une des multiples façons d'accéder à la carrière politique. Sur onze personnes qui ont pratiqué la carrière des armes, neuf se tournent vers des fonctions gouvernementales. Le Général Caceres dirige le Pérou en 1887. Le Colonel Bulnes remplit la charge d'Intendant de la province de Tarapaca au Chili où il est élu député : fonction que partagent le Bolivien Arteaga et le major argentin Vinales.

Les activités journalistiques et littéraires séduisent aussi ces politiciens, ces juristes, ces médecins ou ces diplomates (20,1%). Ceux qui ne s'engagent pas dans la presse dès les premières années de la vie active rejoignent le journalisme à un moment donné de leur carrière. Le mexicain Vicente Torres Garcia, serviteur du marquis de Vivanco, fonde le journal "El Monitor Republicano" de longues années après. Miguel Cane ou Nicolas Pena Vicuña s'introduisent rapidement dans le milieu de la presse. Rédacteur de la "Tribuna" et du "Nacional", l'argentin est un écrivain confirmé. Il publie "El Viaje" et "Charlas Literarias" ainsi qu'un nombre important de poèmes... ce qui ne l'empêche pas pour autant de verser dans la politique. Peña Vicuña est nommé très jeune, rédacteur des actualités de "La Libertad" et rédige des articles dans "La Republica" et dans "Los Tiempos".

En conclusion, on peut affirmer que le métier de diplomate n'est pas prédestiné comme il l'est peut-être davantage en Europe dans les familles aristocratiques[43]. Díaz Covarrubias est avant tout ingénieur et passionné de géodésie plutôt que Consul Général.

Cependant il y a une forte corrélation entre la première activité exercée et les suivantes et la fonction de diplomate. Ce n'est pas un hasard si Otto et Herman Bemberg sont promus Consuls argentins à Paris alors qu'ils possèdent une firme très importante destinée à l'import-export et dont l'envergure n'est pas inconnue dans le monde des finances. Cette diversité d'intérêts et d'activités ne conduit pas à parler d'un véritable milieu diplomatique mais plutôt d'un milieu d'élites.

D) COMMENT DEFINIR CE MILIEU ?

Certains diplomates plus capables de marchander que de converser ne possèdent pas une aisance intellectuelle suffisante pour vendre leur pays. Ce qui fait dire à P.S. Lamas qu'"en général, sauf exceptions très honorables, nos agents consulaires sont les plus ignorants au sujet des conditions de nos pays, de leur situation sociale, même voire de leur position géographique. Ils contribuent, pour ainsi dire, en général, sauf un petit nombre de fonctionnaires compétents, à l'ignorance, à l'opinion erronée répandue en Europe au sujet de nos pays d'Amérique. Mais en constatant l'incompétence de la plupart de ces agents, nous devons ajouter que les règlements consulaires sont défectueux, qu'ils laissent beaucoup à désirer, qu'ils n'ont pas été assez sévères, assez exigeants, assez explicites en matière de renseignements méthodiques et précis à répandre dans les localités et à transmettre aux Gouvernements ; ils n'ont pas en vue les intérêts financiers, l'encouragement qui doit être donné à l'émigration, ces grands besoins de nos Etats du Nouveau Monde"44.

Ancien Consul argentin à Paris, P.S. Lamas connaît bien son métier et la situation de son continent. Ce qu'il espère c'est que l'Amérique à l'image de la France restructure son corps consulaire et donne à ses représentants en Europe une organisation spéciale "ayant en vue le besoin urgent, indispensable de combattre l'ignorance sur [ces] pays [...et] d'encourager le courant de l'émigration [...]". L'Amérique a besoin de "fonctionnaires compétents, actifs, contrôlés dans leurs fonctions, constamment renseignés eux-mêmes sur la situation politique, sociale, législative, commerciale et financière..."45.

L'âge moyen des diplomates par pays s'échelonne de 35 à 52 ans. Les légations et consulats se répartissent en en trois groupes : l'Equateur se démarque nettement des autres pays avec un âge moyen de ses agents de 51 ans. A l'autre extrémité, les pays dont la représentation est la plus "jeune" sont l'Uruguay et la Colombie : leurs diplomates ont à peine 35 ans lors de leur prise de fonction.

Quant aux autres Républiques, l'âge des fonctionnaires est compris entre 40 et 50 ans, période de pleine activité professionnelle.

Les postes consulaires et ceux de niveau 3 et 4 ne sont pas exclusivement des postes d'observateurs pour jeunes "opportunistes" (moyenne d'âge inférieure à 40 ans) venus se former à Paris.

Les postes de niveau 1, moins techniques, sont considérés comme des fonctions honorifiques. Les Républiques portent plus d'attention aux agents qu'elles envoient, surtout dans une ville comme Paris. L'âge moyen de ces diplomates est supérieur à cinquante ans et dépasse de six ans la moyenne d'âge de tout le corps diplomatique (44 ans). Ce sont donc des postes de consécration plus que de formation.

Ces fonctions s'adressent à des hommes d'âge mûr ayant fait leur preuve dans la vie active : Mariano Balcarce, Carlos Calvo, Antonio Flores et Antoine de Mier n'ont pas moins de 56, 74, 51, 57 ans lorsqu'ils prennent leur fonction de Ministres Plénipotentiaires à Paris.

Issus d'une dizaine de pays dont la race, les mentalités et les coutumes diffèrent, l'unité des diplomates se fait autour d'une même langue et d'un imaginaire semblable.

Le milieu social, les idées politiques[46], les activités professionnelles accentuent les diversités des agents en poste à Paris. Mais magiquement cette capitale réussit le tour de force de rassembler l'ensemble du corps diplomatique et la communauté américaine toute entière lors d'événements chers à ces étrangers.

Sous forme de clubs, de fêtes, d'associations... les latino-américains font vivre leur culture et leurs traditions en y associant les esprits curieux de la ville. L'Académie de l'Amérique latine et la Bibliothèque Bolívar témoignent de cette volonté. La première regroupe des noms connus : Ig. Gutiérrez Ponce, L. Dorado, M. Urbaneja[47] et la seconde compte en son sein E. Velasco, Santo Domingo Vila, Díaz Covarrubias...[48]. Elles partagent le point commun d'être ouvertes à toute personne française ou étrangère désirant y adhérer : parmi les Présidents honoraires de l'Académie d'Amérique latine on remarque les noms de MM. Ferdinand de Lesseps, l'Amiral Mouchez de Courcelle-Seneuil...

Ces deux institutions ont pour but d'être "une association scientifique d'études et de propagande américaine"49.

En s'installant au coeur de la France, elles peuvent donner "à l'Europe entière la preuve que vingt peuples indépendants, héritiers de sa civilisation, sont là pour accomplir ce devoir agréable de l'aider à s'épanouir et à se propager"50.

Afin de mieux resserrer l'union entre le jeune continent et la vieille Europe, l'association de l'Amérique latine (dérivée de l'Académie) célèbre pour la première fois en octobre 1883 la découverte des Indes. Cette manifestation fait école et l'année d'après la même société prend sur elle d'organiser une fête analogue. Les vastes salons de l'hôtel Continental -lieu rituel de toutes les "tertulias" américaines- commencent à se remplir. La communauté d'Amérique espagnole et portugaise est au grand complet, certaines familles françaises et étrangères participent. Autant dire que le Colonel Díaz, Gutiérrez Ponce, Díaz Covarrubias et Gutiérrez Coll animent cette fête avec enthousiasme. Bien que le caractère de cette célébration se veuille profondément latino-américain, la musique n'en reste pas pour le moins orchestrée par Damare, l'élégance des dames n'est pas moins parisienne et la statue de Christophe Colomb est sculptée par Cordier.

Un second anniversaire commémoratif permet à la colonie américaine de se réunir. C'est celui du Général San Martín. Ce personnage est le dénominateur commun d'une mémoire chilienne, péruvienne et argentine. Toujours dans ces mêmes salons de l'hôtel Continental flottent les drapeaux de toutes les Nations américaines que représentent M. Balcarce, gendre de San Martín, Covarrubias, Gutiérrez Coll. La communauté de résidents à Paris se retrouve au travers de ce patrimoine collectif teinté d'influences françaises.

Le "Grand Cercle de Paris" est un club qu'inaugurent, en avril 1891, M. de Heredia, Jules Simon, Gutiérrez, G. Baz, Iturbe, G. Eiffel, le prince Xau Madrazo... En tant que Président d'honneur, Heredia porte un toast au "banquet de trois cents couverts destiné à réunir la colonie sud-américaine"51. Valeurs, culture, identité, racines sont les mots-clefs de ces retrouvailles informelles.

Un des lieux les plus secrets où se rencontrent quelques diplomates sont les loges maçonniques. Rien ne prouve que ces agents se réunissent dans les loges françaises mais on peut émettre l'hypothèse suivante : la IIIème République compte un grand nombre de franc-maçons dans ses élites, dont le Ministre des Affaires Etrangères, Delcassé. Les Vénézuéliens Guzmán Blanco et Gutiérrez Coll, les Mexicains Altamirano et R. Fernández et l'Equatorien Bustamente sont eux aussi des franc-maçons notoires[52]. Partageant cet esprit universel, laïque, libéral et progressiste, que synthétise la formule "Ordre et Progrès", ils ont sans doute été en contact avec des loges françaises et pris part à des réunions, concourant à la diffusion d'idées républicaines.

S'ajoutant au patrimoine historique, aux lieux de sociabilité plus ou moins formels, la famille a elle aussi une dimension unificatrice.

Issus la plupart du temps d'un milieu aisé et francisé, vingt-sept diplomates ont des titres nobiliaires (de Mateus, de Mier, de Santa Cruz, de Artola, de Escandon...). De grosses fortunes fleurissent et se bâtissent de petits empires commerciaux, financiers ou politiques. Fils d'hommes d'Etat célèbres, Guzmán Blanco, Ortíz de Zevallos, G. Baz, Antonio Flores, Segundo Flores, Rivas Vicuña, Gutiérrez Ponce ont un père Président ou Ministre. Blest Gana est issu de la célèbre famille irlandaise du docteur Don Guillermo C. Blest et Madame Maria de la Cruz Gana[53].

Homme de lettre comme lui, Miguel Cane est l'heureuse progéniture d'un écrivain très connu ayant sillonné la France et l'Italie.

Ces futurs diplomates ont bénéficié d'une éducation exemplaire, complétée parfois par un voyage à l'étranger ; s'il forment une communauté sud-américaine à Paris, c'est bien plus par leur mode de vie que par leur nationalité.

CONCLUSION

Le milieu diplomatique, analysé à la fin du XIXème siècle, est alors à son apogée. Jamais les gouvernements n'ont autant fait confiance à des hommes chargés de représenter leur pays.

A une époque où les moyens d'information sont encore balbutiants, le poids du discours diplomatique est prépondérant. Il est le seul à être garant de renseignements politiques, culturels, économiques ou "statistiques" puisque l'image n'est pas encore un vecteur de propagande. Les documents administratifs, rédigés à la main, et la presse ne connaissent aucune concurrence d'ordre auditive ou audiovisuelle. La place de l'écrit est essentielle et le discours humain a une importance certaine. Le message du diplomate a donc d'autant plus de poids que son contenu est difficile à vérifier.

L'Amérique, au travers de l'héritage culturel introduit par le Corps diplomatique, s'identifiera à la France. Mais ce processus sera bientôt altéré par le bouleversement des valeurs qu'entraînera la première guerre mondiale : la dynamique culturelle de Paris, le credo du progrès seront balayés par la crise économique, la crise politique et la crise morale occasionnées par ce conflit.

Les références auxquelles était attachée toute une élite américaine basculent : de nouvelles puissances économiques, puis culturelles apparaissent sur les décombres d'une Europe vidée de son énergie. Le petit monde de la diplomatie ressent vivement les contrecoups de cette période de troubles.

A l'aube des années 20, d'autres puissances apparaissent et l'Amérique latine ne tarde pas à tomber sous le joug nord-américain, toujours plus interventionniste dans les affaires économiques et politiques de ces pays.

Le caractère essentiellement culturel des échanges diplomatiques est supplanté par un jeu de relations avant tout économiques. L'image du diplomate "honnête homme" prend fin aux grondements du canon de la première guerre mondiale.

Cette étude gagnerait à être approfondie sous les angles suivants :

- comment concrètement se développe le processus d'afrancesamiento des diplomates ?

- dans quelle mesure peut on parler de milieu d'élite lorsqu'on parle du Corps diplomatique ?

- quelle est l'incidence du contexte politico-économique de chaque pays dans ses relations diplomatiques avec la France ?

- comment la France est-elle représentée à cette époque en Amérique latine ? Quels sont localement ses intérêts ?

- en quoi les Républicains français ont-ils modifié la politique extérieure de la France inaugurée par l'Empire ?


Notes

[1] Ce n'est qu'en 1826 que débutent les relations franco-chiliennes.

[2] Ces dates butoir ont été choisies par M. Guerra.

[3] Zeballos E., "Emigrants pour la Plata", Revue sud-américaine, Paris, 1885, volume 3, Ndeg.64.

[4] Manigat Leslie, L'Amérique au XXèmesiècle, Paris, ed. Richelieu, 1973.

[5] Fin de la guerre civile marquée par la victoire des partisans du congrès sur la présidence de Balmaceda.

[6] Mexique, Pérou, Colombie, Uruguay.

7 A.M.A.E., série A, carton 21, dossier 2, lettre de Porfirio DIAZ, Président des Etats-Unis du Mexique, à Jules GREVY, Président de la République Française, Mexico, 1880.

[8] Sylvestre G., Revue sud-américaine, Le commerce du Mexique, 27/3/1898, Ndeg.23.

9 Manigat Leslie "L'Amérique au XXème siècle" Paris, ed. Richelieu, 1973.

[10] Revue sud-américaine, 15/2/1884, N.39, p.352. 0,50% est le pourcentage d'échanges entre la France et l'Equateur au début des années 1880. On ne trouve aucune indication en ce qui concerne les rapports franco-paraguayens.

[11] La légation est l'équivalent de l'ambassade.

[12] Apparition du premier E.E.M.P. paraguayen à Paris en 1898.

[13] América en Paris, Los extranjeros en Francia, 15/2/1892, Ndeg.27.

[14] A.M.A.E. , série A, carton 8, dossier 2, lettre de R. Barros Luco à Monsieur Delcassé, Paris, 5/10/1899.

[15] Le processus d'afrancesamiento diffère de celui d'acculturation dans la mesure où il résulte d'une démarche volontaire de substitution d'une culture par une autre. C'est le cas de la culture et du mode de vie de certains diplomates, qui à cette époque, ont pour guide et référence la France.

[16] Les E.E.M.P. Balcarce et Paz restent respectivement en poste 20 et 11 années, le Consul Général A. M. Mendez occupe ses fonctions pendant 14 ans, assisté de Gallet de Kulture et Bemberg, en poste 8 et 12 ans.

[17] Nb. La plus grande stabilité du milieu consulaire colombien s'explique par le fort turn-over des E.E.M.P.

[18] Avec les extrêmes déjà signalés que sont l'Argentine et le Paraguay.

[19] Revue sud-américaine, extrait du dernier rapport du bulletin de l'instruction publique de 1882, 15/5/1885.

20 García Márquez Gabriel, L'amour au temps du choléra, Paris, Grasset, 1985, pp.19 et 153.

21 Ibid.

[22] Tessier Brigitte, "Les étudiants latino-américains et espagnols à l'Université de Paris dans la seconde moitié du XIXème et au début du XXème siècle" mémoire de maîtrise Université Paris I, 1986.

[23] Ibid. "ces thèses représentent la moitié des thèses des étudiants étrangers soutenues à Paris".

24 Dépassé Hector, La Diplomatie, Paris et les étudiants étrangers, 3/4/1898, Ndeg.24.

[25] En 1898.

26 Prochasson Christophe, Les années électriques 1880-1910, La Découverte, Paris, 1991.

[27] Tessier op.cit., Note 19.

[28] Silva Renard fait ses premières armes en Allemagne.

29 Blest G. Alberto, Los Trasplantados, Santiago, ed. Zig-Zag, 1945, p. 14.

[30] Ibid.

[31] cf. analyse du premier emploi.

32 Cané, Miguel, Juvenilla, 3ème ed., Espasa Calpe, 1945.

33 Darío Ruben, Autobiografía.

34 Zorillas de San Martín Juan, Resonancias del camino, Paris, Imprimerie nouvelle, 1896.

35 Vicuña Subercaseaux B., Gobernantes y Literatos, Santiago, 1907.

[36] Gibbon Edward, Privates letters of E. Gibbon, 1753-1794, London, J. Murray, 1826. Historien britannique, fit son Grand Tour de 1763 a 1770.

37 García Márquez, op. cit., pp. 225-226.

[38] Cané Miguel, En Viaje, Paris, Garnier hermanos, 1884. M. Cané séjourne en Europe vers l'âge de 40 ans.

39 Zorillas de San Martín op. cit., p. 262.

40 Cané op. cit., p. 58.

41 Ibid.

42 Cané op. cit., p. 65.

[43] La famille de Mier est, à l'image de ces familles européennes nobles, diplomate de père en fils.

44 Lamas P.S., Revue sud-américaine, "L'organisation consulaire latino-américaine en Europe", 15/8/1883, NDEG.27.

45 Ibid.

[46] La majorité des diplomates est libérale à l'exception de Zorilla de San Martin, Subercaseaux, Salas Edwards et Rivas Vicuña qui sont conservateurs.

[47] Ils sont respectivement Secrétaire de la légation de Colombie, Attaché bolivien, E.E.M.P. vénézuélien.

[48] Mexicain, Colombien, Mexicain.

49 Lamas P. S., Revue sud-américaine, L'Académie de l'Amérique latine, 30/12/1885, Ndeg.84.

50 Díaz Covarrubias Revue sud-américaine, Société latino-américaine, Bibliothèque Bolivar , 1/8/1883, Ndeg.26.

51 América en París, Rubrique La colonia Americana en Paris, N. 9, 15/5/1891, p. 61.

[52] El boletín masónico, 1892-1894.

[53] Figueroa Pedro Pablo, Prosistas y poetas de América, 1891.


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