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Vol. I : "De los orígenes al siglo XVI" (1991), 586 p.,
por D. Bonavia
Vol. II : "Entre el siglo XVI y el XVIII" (1992), 347 p., por
F. Pease G-Y.
Vol. III: "La República" (1993), 382 p., por F. Pease
G-Y.
Cet ouvrage s'inscrit dans un registre - je serais tenté de parler d'"exercice de style" - aussi périlleux que vraisemblablement passionnant pour un auteur accompli et reconnu, à savoir la rédaction d'une "histoire générale de la Nation". C'est un lieu commun de rappeler l'ancienneté du genre, qui prend ses racines dans les profondeurs du temps et doit certainement exister depuis que l'homme existe, dans son désir de se relier à un passé plus ou moins lointain et légendaire et d'expliquer sa situation présente (en premier lieu à travers les mythes d'origine, jusqu'à l'historiographie actuelle, en passant par les sagas, chansons de geste, chroniques, etc). Sans chercher à retrouver les initiateurs du style au Pérou, on peut néanmoins rappeler les noms de quelques-uns de ces compilateurs qui les premiers tentèrent de proposer une vision globale de l'histoire du Pérou, depuis la période préhispanique jusqu'à l'avènement de la République: José María de Córdoba y Urrutia[1] ;Manuel Bilbao[2] ; Sebastián Lorente[3] ; Carlos Wiesse[4]. Depuis, le fil n'a jamais été interrompu et régulièrement l'on voit apparaître de nouvelles compilations, avec une organisation et un contenu plus ou moins distincts, selon la taille et le propos de la collection, depuis le monument de Jorge Basadre[5] jusqu'à la dernière en date de ces publications, sortie en 1994[6].
L'ouvrage dont il sera question ici est donc une tentative de synthèse de l'histoire étendue du Pérou (depuis les premiers temps de la préhistoire jusqu'à nos jours !), à travers quelques thèmes majeurs, traités selon un mode volontairement succint : le propos de cet ouvrage est d'offrir au lecteur (probablement essentiellement universitaire, compte tenu des problèmes d'accessibilité dans d'autres cadres - scolaires, par exemple) une somme d'informations lui permettant d'appréhender de manière globale l'histoire du Pérou et lui donner ainsi les moyens d'aller au delà de cet ouvrage et "d'aiguiser son intérêt pour la lecture et la recherche" (vol II : VII). Une somme d'informations, donc, mais présentée de manière synthétique, àtravers quelques facettes majeures de l'histoire nationale dans le cadre desquelles s'est structurée à différentes étapes de son histoire la société péruvienne et se sont confrontés - voire affrontés - les hommes (hombre e historia) qui composaient cette société (mais peut-être faudrait-il dire "ces sociétés" ?).
Le tome I résume la longue histoire du Pérou préhispanique à travers un découpage chronologique tout à fait classique : le peuplement de l'Amérique ; des chasseurs-cueilleurs aux premiers agriculteurs ; les premières sociétés organisées (Chavín ; Paracas ; l'Altiplano ; etc) ; le développement de cultures locales et régionales ; les premiers mouvements centralisateurs (qu'il qualifie du terme un peu fort d'"empires" : Tiahuanaco ; Huari) ; la renaissance des cultures locales et régionales (ce chapitre incluant les premiers temps des Incas).
Le contenu du tome II peut être scindé en trois sections
- la société incaïque (organisation, économie,
religion, expansion) ;
- la conquête espagnole et l'anéantissement de l'"ordre
andin" (les réductions indigènes, les épidémies
et ses conséquences démographiques) ;
- l'ordre colonial (économie, administration, les populations
composant la nouvelle société coloniale, évangélisation)
et les résisitances indigènes.
Le tome III traite de l'évolution de la société péruvienne depuis l'Indépendance jusqu'aux années 1970-80, à travers de quelques grands thèmes, qui restent aujourd'hui dans leur majorité des questions vives : la difficile mise en place d'une vie politique démocratique ; l'économie d'exportation de matières premières ; la place de la population indigène au sein de la Nation ; le développement urbain ; l'éducation ; les questions frontalières.
Je ne m'étendrai pas ici sur le tome I qui, concernant exclusivement la période antérieure à la Conquête, n'est pas particulièrement du ressort de mes compétences et limiterai mes commentaires aux deux autres tomes, oeuvre de Franklin Pease. L'information est suffisamment précise pour donner au lecteur des points de repère adéquats et tient compte de recherches relativement récentes (encore qu'il y ait un certain nombre de lacunes bibliographiques, peut-être dues au fait que l'ouvrage ait fini d'être composé en 1987). Dans les deux volumes écrits par Pease une grande place est accordée à l'analyse des sources anciennes et de leur traitement (les chroniques - et l'on sait la grande connaissance qu'en a F. Pease -, les récits des voyageurs, les débuts de l'historiographie péruvienne). En soulignant les champs restés encore inexplorés ou mal connus, en indiquant des pistes de recherche pour l'avenir, l'auteur donne - avec raison - l'image d'une recherche historique vivante, toujours en mouvement et certainement pas infaillible (le ton volontiers polémique de Franklin Pease contribuant à lui seul à aiguillonner le lecteur).
Compte tenu de l'importance de l'ouvrage et de la diversité des thèmes abordés, il est difficile d'en faire ici une critique détaillée de son contenu (et de toute façon je ne prétendrai pas avoir un avis tranché sur tous les sujets évoqués dans ce livre), je me limiterai donc à quelques remarques.
Dans le tome II, le chapitre XIII (Resistencia y aculturación : las rebeliones) m'a un peu gêné ; j'ai eu le sentiment que l'auteur avait réuni sous l'appellation de "résistance" des faits parfois très différents, qui dans certains cas me semblent correspondre à des stratégies peut-être moins univoques que l'auteur ne le laisse entendre (même s'il distingue clairement plusieurs types de "détonateurs" aux rebellions évoquées dans le texte). De même, il donne l'impression de minimiser le rôle mobilisateur des métis et créoles, laissant entendre qu'ils n'avaient le plus souvent fait que suivre des mouvements, pour ne pas perdre leur position dominante au sein de la société coloniale. Ce n'est évidemment pas la thèse soutenue par tout le monde : Scarlett O'Phelan[7] a démontré le rôle essentiel joué, certes par les caciques indigènes, mais aussi par les métis et créoles dans le déclenchement de nombreuses révoltes survenues au XVIIIème siècle, à la suite des réformes bourboniennes (qui affectaient gravement leurs revenus).
Considérant l'ampleur du travail représenté par une telle publication, on peut comprendre que l'auteur n'ait pu aborder tous les thèmes avec une qualité égale : ainsi, certains chapitres dont le sujet m'intéressait plus particulièrement (dans le tome III : les voyageurs, l'éducation) n'ont pas répondu à mon attente. De même, dans la mesure où la plupart des thèmes abordés dans le dernier volume (la République) restent encore pleinement d'actualité, on peut regretter que l'auteur n'ait pas souhaité (ou pas eu la possibilité ?) en proposer un prolongement jusqu'à nos jours autrement que par quelques fugaces allusions.
Mais c'est dans les sections bibliographiques que me paraît résider l'écueil le plus gênant, en effet l'auteur ne donne pas au lecteur toutes les facilités requises pour approfondir les thèmes abordés tout au long de l'ouvrage : le principe consistant à proposer une bibliographie en fin de chaque chapitre n'est pas une mauvaise chose, car le lecteur y trouve une sélection non négligeable de titres se référant aux différentes questions abordées, toutefois l'organisation par thème de ces bibliographies en rend l'usage nettement plus lourd (dans la mesure où l'on ne sait pas toujours dans quelle section chercher). La mise en page extrêmement dense et l'absence d'ordonnancement (alphabétique ou chronologique) des références viennent aggraver le problème, et en définitive l'on en est géneralement réduit à lire toute la bibliographie pour rechercher un titre précis. Je signalerai enfin qu'à diverses reprises des références citées dans le texte n'apparaissent pas en bibliographie. Je donne sans doute l'impression d'insister excessivement sur ces questions de formes, mais elles me paraissent ici essentielles dans la mesure où cet ouvrage s'adresse en premier lieu aux étudiants, c'est-à-dire à un public qui, le plus souvent, ne domine pas encore les sources et a, par conséquent, besoin d'être guidé dans ses recherches de manière claire et didactique.
Je dois exprimer une dernière réserve, portant sur une question strictement matérielle, mais qui revêt ici une importance cruciale compte tenu une fois encore du public théoriquement visé : le prix extrêmement élevé de cette série[8], qui en rend l'acquisition quasiment rédhibitoire pour le particulier dans le contexte péruvien. C'est un problème de taille, car dans son avant-propos Franklin Pease souligne que la motivation majeure de cette publication était de proposer au jeune lecteur (il parle plus particulièrement d'école secondaire) une vision renouvelée de l'histoire du Pérou et essayer ainsi de combler les terribles carences de l'enseignement de l'histoire au collège. On ne peut que se féliciter de constater que des historiens aussi en vue que F. Pease ne perdent pas la réalité des choses et n'oublient pas que la formation des étudiants - et plus largement, des citoyens - commence à l'école primaire et secondaire, avec l'acquisition de solides bases de réflexion susceptibles de développer leur esprit critique. Reste à espérer que cette ambitieuse publication bénéficie d'une large diffusion auprès des écoles et bibliothèques publiques, sinon il ne sera lu, une fois encore, que par une minorité privilégiée. Peut-être aurait-il été plus judicieux, si du moins cela était possible, de réaliser une publication nettement moins onéreuse ?
[2]Bilbao, M., Compendio de la historia política del Perú Lima, Imp. del Pueblo, 1856.
[3]Lorente, S., Historia compendiada para el uso de los colegios y de las personas ilustradas Lima, E. Prugue, 1866, et surtout sa série Historia del Perú Lima, 1860-1876, 6 vol.
[4]Wiesse, C., Compendio de historia del Perú Lima, 1894.
[5]Basadre, J., Historia de la República del Perú 1ère édition en 1939, largement étoffée et remise à jour au fil des années éditions, jusqu'à la dernière en 1968-69, comptant 16 volumes.
[6]del Busto Duthurburu, J.A. (dir.), Historia general del Perú Lima, Ed. Brasa S.A., 1994, 9 vol.
[7]O'Phelan Godoy, S., Un siglo de rebeliones anticoloniales. Perú y Bolivia 1700-1783. Centro de Estudios Rurales Andinos Bartolomé de la Casas, Cusco, 1988 ; 293 p.
[8]Prix librairie des 3 volumes: respectivement 48, 48 et 71 dollars. Il semblerait néanmoins que le Banco Continental (l'entreprise qui est à l'origine de la publication - par le biais de la fondation portant son nom) les propose - dans l'enceinte de ses bureaux - à un prix un peu moins prohibitif...
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Copyright © 1995 - Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH - ISSN 1245 - 1517