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L'histoire du Centre explique cette richesse du fonds latino-américain. Créé en 1972, il avait pour vocation de promouvoir l'aide au développement, dans la lignée des travaux du Père Louis-Joseph Lebret[2], et surtout de créer un pôle de recherche sur les nouvelles tendances du catholicisme. Pour la constitution de son fonds documentaire, il bénéficia des réseaux tissés par Economie et Humanisme puis l'I.R.F.E.D. avec les élites catholiques d'Amérique latine[3], zone géographique largement privilégiée par les travaux de ces deux centres d'études et d'action par rapport à l'Afrique ou l'Asie. Très rapidement, la richesse du fonds, pourtant constitué ex nihilo, ainsi que le sérieux des travaux réalisés sur la théologie de la libération[4], attirèrent étudiants et chercheurs : on en comptait jusqu'à 300 par an à la fin des années 70, et de nombreux travaux universitaires furent réalisés dans le cadre du Centre.
Malheureusement, des difficultés budgétaires ne tardèrent pas à survenir. Jusqu'au début des années 80, tandis que la "mode" latino-américaniste battait son plein, le gros du financement provenait d'organisations non gouvernementales spécialisées sur les questions de développement en Amérique latine, d'organismes comme le Secours Catholique et, accessoirement, de la vente de la publication associée au Centre, Foi et Développement[5]. Comme chacun sait, la mode passa, au moment même où les espoirs placés dans la théologie de la libération étaient brisés par une politique répressive venue de Rome, ce qui eut des répercussions financières immédiates sur le Centre Lebret. Il devint tout d'abord impossible d'employer une documentaliste à temps complet si bien que les ouvrages nouvellement acquis n'étaient plus enregistrés dans le fichier. Et surtout, le Centre fut contraint de déménager en 1991, quittant le boulevard Saint-Germain pour les minuscules locaux du 43 bis rue de la Glacière. Impossible dans ces conditions de conserver l'intégralité du fonds : une partie importante des livres est cédée à un séminaire malgache, sans recensement préalable, tandis que les collections de périodiques les plus intéressantes[6] sont données à l'I.H.E.A.L. qui complète ainsi ses collections. Aujourd'hui, le fichier, au point mort depuis dix ans, est obsolète et totalement inutilisable, la survie du fonds (ou du moins de ce qu'il en reste) repose presque uniquement sur le bénévolat, et il n'est plus possible d'aller y travailler qu'un seul jour par semaine[7]. Le Centre Lebret, en tant que fonds documentaire, a vécu...
En me rendant l'autre jour au Centre, pour y rencontrer M. Martinage qui en fut l'un des fondateurs et évoqua avec moi la splendeur passée puis la décadence de ce qui fut un pôle de recherche essentiel[8], j'eus le sentiment que les latino-américanistes avaient perdu un lieu commode, précieux et de surcroît agréable, puisque l'accueil réservé et la présence de nombreux étudiants et chercheurs étrangers (et notamment latino-américains) avaient toujours garanti une convivialité réelle. C'était autre chose que la froideur anonyme de la Bibliothèque Nationale...
[2] 1897-1966. Dominicain, théoricien de "l'économie humaine" (c'est-à-dire d'une économie au service de l'homme, dans la lignée du personnalisme de Mounier) qui consacra l'essentiel de sa vie aux problèmes de développement, fondateur d'Economie et Humanisme puis directeur général de l'Institut de Recherche et de Formation pour le Développement Harmonisé (I.R.F.E.D.).
[3] Le Père Lebret avait été invité en 1948 par l'Université de Sao Paulo pour y dispenser un cours d'introduction à l'économie humaine. A partir de cette date, de nombreux centres Economie et Humanisme ont été fondés en Amérique latine.
[4] La spécialisation croissante du Centre sur cette question valut d'ailleurs à ses collaborateurs d'être considérés comme des marxistes purs et durs.
[5] Cette revue, dont le premier numéro date de septembre 1972 (et qui présentait d'ailleurs un dossier sur "Foi chrétienne et changement social en Amérique latine"), existe toujours aujourd'hui et compte plus de deux cents numéros, dont un bon nombre exclusivement consacrés à l'Amérique latine.
[6] Comme celle de Páginas (Lima).
[7] Le mercredi, pour ceux qui, malgré tout, restent intéressés...
[8] Et d'autant plus intéressant qu'il ne s'inscrivait pas dans un cadre institutionnel.
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Copyright © 1995 - Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH - ISSN 1245 - 1517