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Le commerce maritime à Trujillo au XVIIème et XVIIIème siècles

Jakob Schlüpmann

Dans un article antérieur[1], nous avions déjà indiqué l'importance des registres d'almojarifazgo[2] pour saisir les mouvements maritimes et indirectement la conjoncture des régions côtières de l'économie coloniale de la vice-royauté péruvienne. Nous y soulignions aussi tous les inconvénients des sources d'origine fiscale.

Nous avons repris ici le même type de sources, concernant cette fois-ci trois ports situés dans la circonscription du corregimiento de Trujillo, la principale ville du nord péruvien. A l'inverse du port de Paita que nous avions étudié précédemment, une bonne partie de la documentation concerne le XVIIème siècle. Encore une fois cependant, les sources sont pour l'essentiel fragmentaires et il faut attendre 1680 avant de trouver une série quelque peu conséquente de registres d'almojarifazgo. Parmi ceux conservés dans la série C 17 des Archives de la Nation de Lima, le plus ancien remonte à 1615 et le dernier à 1744. Tous ces registres donnent le montant global de l'almojarifazgo payé, le type, la provenance ou la destination et le nom de l'embarcation concernée, celui du capitaine, de l'officier royal etc... Mais ce n'est uniquement pour quelques années de la seconde moitié du XVIIème siècle que les fonctionnaires du roi notèrent aussi le volume et la qualité des marchandises embarquées ou débarquées.

Nous nous proposons ici d'analyser le trafic maritime des ports de Trujillo au cours des années 1680 à 1688, particulièrement riches en informations, puis d'en décrire rapidement l'évolution au cours de la première moitié du XVIIIème siècle à partir de deux séries moins détaillées, 1701-1710 et 1736-1744.

Auparavant, il nous faut introduire la région de Trujillo et le contexte particulier d'une mer du sud "infestée" de flibustiers et corsaires qui perturbèrent notablement le trafic maritime de cette époque.

I. Le Corregimiento de Trujillo et ses ports aux XVIIème et XVIIIème siècles

La ville de Trujillo, fondée en 1535 par Pizarre, devint rapidement l'un des principaux centres urbains de la côte nord du Pérou. Avec une population de 400 Espagnols au début du XVIIème siècle, selon Vasquez de Espinoza, elle était la deuxième ville de la côte péruvienne après Lima. En 1619, elle fut pratiquement détruite par un tremblement de terre. Reconstruite au même emplacement, elle fut même fortifiée par un mur qui l'entourait entièrement au cours des années 1686 à 1688 et dont la construction fut pour l'essentiel financée par ses habitants[3]. En 1760, Feyjoo de Sosa, corregidor de Trujillo, y recensait 9 289 habitants, dont 3 050 Espagnols, 3 650 Noirs et mulâtres esclaves, 2 300 métis, 289 Indiens. Sur l'ensemble du territoire du corregimiento qui englobait alors les vallées de Chicama, Chimu-Moche et Viru sur la côte, le corregidor recensait près de 15 000 habitants dont un tiers étaient des esclaves.

Au milieu du XVIème siècle, selon le chroniqueur Cieza de León, la région de Trujillo exportait apparemment surtout des cotonnades tissées par les Indiens[4]. A partir du XVIIème siècle, les vallées du nord devinrent le grenier du Pérou. Dès 1601, la demande panaméenne était devenue si importante, que le procureur de Trujillo se vit obligé de demander au cabildo d'interdire l'exportation du blé ou de la farine parce que l'approvisionnement de la ville était en danger : l'une des premières mesures fut de menacer le maître d'un vaisseau à l'ancre devant Huanchaco d'une amende de 500 pesos s'il tentait d'embarquer de la farine[5].

Une relation de Trujillo datant de 1708, indique que la seule vallée de Chicama rendait annuellement 80 000 fanègues de blé[6]. Feyjoo de Sosa estimait même la production de cette vallée à 160 000 fanègues par an avant le tremblement de terre de 1687, qui détruisit Lima et qu'il rendait responsable de l'infertilité subséquente de toutes les terres de la côte du Pérou. Le rendement du blé atteignait 200 grains pour un semé, et les gains que rapportaient les terres irriguées de Trujillo étaient tels, que chaque année le vice-roi se voyait obligé de nommer un juge des eaux extérieur, un habitant de Lima habituellement, pour éviter les querelles et procès entre propriétaires fonciers locaux[7].

Malgré son importance comme ville provinciale, Trujillo était loin d'approcher Lima, la capitale du vice-royaume : ses points de relâche ne peuvent donc se comparer au Callao, premier port de toute la côte de l'Amérique ibérique, devenu le noeud des échanges maritimes parce que les licences de navigation en faisaient un point de rupture de charge obligatoire. Marie Helmer et Manuel Moreyra Paz Soldán ont souligné son importance : "c'est du Callao que les trésors du Pérou, assemblés à Lima, partent pour l'Espagne ; c'est au Callao qu'aboutit la Carrera de Indias pour les cargaisons de la flotte sortie du Guadalquivir" (Helmer, 1965 : 146). Les ports de Trujillo, petits maillons dans les échanges entre les principaux points du Pacifique, n'eurent jamais un rôle aussi important à jouer : de nombreuses baies le long de la côte nord pouvaient de manière interchangeable servir à l'embarquement des provisions pour le Panama, aucune n'avait d'avantage particulier pour servir de porte d'entrée à la vice-royauté. Ce rôle était dévolu au port de Paita parce que, à l'extrême nord du Pérou, il se trouvait à la limite de l'influence du courant de Humboldt.

Dans sa chronique du milieu du XVIème siècle, Cieza de León n'exprimait que du mépris pour les baies qui allaient devenir les ports de Trujillo[8]. Seul l'ancrage de Guañape semblait alors fréquenté par les navires en provenance de Panama qui y faisaient relâche pour s'approvisionner[9].

Deux siècles plus tard, Feyjoo de Sosa fait état de trois ports dans la juridiction de Trujillo : Malabrigo à 14 lieues au nord, Guañape à 10 lieues au sud et Huanchaco à deux lieues seulement de la ville. Au milieu du XVIIIème siècle, seul ce dernier port était fréquenté par les navires, et ce parce qu'il était habité et qu'il n'était guère éloigné du centre urbain. Toutefois, Feyjoo de Sosa reconnaissait aussi que ce port était plus dangereux que les deux autres : les navires étaient obligés de jeter l'ancre à une demie lieue du rivage. A distance d'un quart de lieue de la plage, les chaloupes faisant la navette avaient alors à franchir une barre particulièrement difficile. Dangereuse pour l'embarquement et le débarquement des passagers et des marchandises, elle constituait aussi, d'après le corregidor, la meilleure défense contre les pirates[10].

En 1763, le port de Huanchaco était peuplé d'Indiens. Le corregidor y recensait 431 habitants dont 43 métis, principalement des pêcheurs qui approvisionnaient la ville et les provinces voisines en poisson séché et autres produits de la pêche. Ces pêcheurs étaient par ailleurs employés à guider les chaloupes lors de la traversée de la barre. L'église du bourg, placée sur une hauteur, servait de balise aux pilotes.

Le port de Malabrigo quant à lui, n'était alors qu'une annexe du village de Paiján. Situé à 4 lieues de cette agglomération, il semble que personne n'y résidait en permanence. De même, Guañape n'était qu'une annexe du village de Virú, et bien que plus accessible que Huanchaco, les navires qui y relâchaient étaient rares. Selon Feyjoo de Sosa, l'endroit avait été abandonné parce que les grands propriétaires fonciers accaparaient l'eau de son río en amont[11]. Une dizaine de cases y étaient encore irrégulièrement occupées par des pêcheurs de Virú.

Avant de servir un centre urbain, les trois ports de Trujillo furent donc surtout les débouchés des trois vallées qui composaient le corregimiento de Trujillo : Malabrigo pour la vallée de Chicama au nord, Huanchaco pour Trujillo et la vallée de Chimu au centre, Guañape pour la vallée de Virú au sud.

La dissémination, la pauvreté des ports et la difficulté du débarquement furent toutefois des atouts pour la ville de Trujillo lorsqu'au cours des XVIIème et XVIIIème siècles, flibustiers et corsaires s'en prirent aux côtes péruviennes.

II. Les flibustiers et le trafic maritime dans les mers du Sud

Les années 1680 furent une période particulière dans l'histoire du Pacifique ibérique. Jamais auparavant la piraterie n'avait atteint une telle intensité dans les mers du Sud. Pendant plus de dix ans, elle allait en permanence menacer les côtes de l'Amérique centrale, du Pérou et du Chili. Certes, ces bandes de flibustiers étaient incapables de prendre les grandes places de la côte comme le Callao ou Panama, mais elles s'attaquèrent en revanche à de nombreuses petites villes : Guayaquil, Saña, Pisco, Arica etc... furent même prises, rasées ou rançonnées à plusieurs reprises au cours de ces années.

La première bande qui s'aventura dans les mers du Sud à cette période, traversa l'isthme de Panama en avril 1680. Ces boucaniers anglais, sous le commandement des capitaines Sharp et Sawkins, vinrent croiser par deux fois devant la côte péruvienne entre 1680 et 1681. En août 1681, ils tentaient encore de s'emparer du port de Paita, mais après avoir échoué dans cette entreprise, ils quittèrent les mers du Sud par le détroit de Magellan. Malgré la présence de cette escadre, le trafic dans les ports de Trujillo ne ralentit pas, puisqu'entre mai et août 1681, on ne compte pas moins de huit sorties en direction de Panama, Guayaquil, Cherrepe et le Callao.

Cette première vague de boucaniers, fut suivie après un répit de deux ans, par plusieurs bandes et escadres qui perturbèrent de manière importante le trafic maritime entre 1684 et 1688.

Arrivés par le détroit de Magellan, les flibustiers Cook et Eaton, associés pour l'occasion, firent leurs premières prises en mai 1684. Le 3 mai, ils prirent une première barque chargée de bois en provenance de Guayaquil. Le 18 mai, à la hauteur des îles Lobos, ils abordèrent trois navires en provenance de Huanchaco et en route pour le Panama, tous chargés de farine[12]. Leur présence dans les mers du Sud étant cependant déjà connue des Espagnols, ils abandonnèrent alors le projet de s'attaquer à Saña ou Trujillo[13], et se replièrent sur les Galapagos avant d'aller visiter les côtes de l'Amérique centrale, où ils firent jonction avec plusieurs bandes de boucaniers français et anglais qui avaient traversé l'isthme de Panama.

Entre temps, le flibustier Swan, lui aussi arrivé par le détroit de Magellan, faisait de son côté quelques prises dont le 8 janvier 1685, entre l'île Gallo et l'île de Gorgona, un navire d'environ 90 tonnes, chargé de farine, venant de Trujillo et allant à Panama. Ensemble, les pirates tentèrent alors de s'en prendre par surprise à Guayaquil, mais renoncèrent après la fuite d'un de leurs guides indiens.

Après s'être concentrés dans la baie de Panama pour attendre l'Armada du sud dans la première moitié de 1685 et après l'attaque manquée le 28 mai, les pirates anglais et français se séparèrent en trois groupes. Le premier de ces groupes, quelques 250 hommes sous le commandement du capitaine Davis, mit à feu et à sang tout le nord de la côte péruvienne au cours de l'année 1686. Une première descente sur Huanchaco fut envisagée pour la fin de février. Les conditions difficiles de ce débarquement les firent renoncer et se tourner vers des villes moins importantes : la ville de Saña fut ainsi la première victime de ce groupe qui débarqua à Chérrepe au début du mois de mars. Le 21 mars vint le tour du port de Paita, où les flibustiers se saisirent de deux vaisseaux : l'un était le Nuestra Señora de Aranzazu chargé de sucre et d'armes, l'autre une frégate en provenance de Panama transportant quelques 350 esclaves. L'Aranzazu fut incorporé dans l'escadre des flibustiers.

Deux mois plus tard, ils se saisirent d'un autre vaisseau devant Huacho, le Nuestra Señora de la Asunción, puis prirent et brûlèrent la ville de Chancay. Le 11 juillet, la ville de Pisco était prise, elle aussi. Devant le Callao, ils capturèrent 4 navires marchands, dont deux chargés de farine. A la fin du mois, ils effectuèrent une nouvelle descente sur Saña.

Il n'est donc pas étonnant qu'entre le 19 janvier et le 10 octobre 1686, on ne relève aucune sortie ou entrée dans les ports de Trujillo. Il nous faut donc souligner que le mouvement de ces ports durant les années 1680 n'est pas un indicateur clair de la santé du trafic maritime et par là de la conjoncture économique de la côte nord du Pérou ou même du Pacifique Ibérique. Il est en effet autant rythmé par l'apparition des escadres de flibustiers, et les interdictions de sorties alors édictées par le vice-roi, que par les crises de la production locale.

Jusqu'au début des années 1690, la présence de pirates dans les mers du Sud continua à perturber en permanence le trafic maritime. Par la suite, les alertes furent plus épisodiques : en 1704, Dampier était de nouveau de retour avec deux vaisseaux ; en 1709 apparurent Woodes Rogers et Cook ; en 1719-1720, Shelvocke et Clipperton ; en 1741 enfin, l'escadre de l'amiral Anson. Cependant, malgré leur caractère plus ponctuel, nous sommes là encore obligés de prendre en compte ces intrusions puisque plusieurs tombent au beau milieu de nos deux séries de registres datés de 1701 à 1710 et de 1736 à 1741. C'est donc après cette mise en garde sur la portée limitée de nos registres d'almojarifazgo qu'il est permis d'aborder l'analyse du trafic maritime des ports de Trujillo.

III. Le trafic maritime dans les ports de Trujillo dans la seconde moitié du XVIIème siècle

Dès le début du XVIIème siècle, derrière Panama et Guayaquil, les ports de Trujillo étaient une destination principale des navires quitant le Callao. Huit sorties en moyenne étaient à destination de Huanchaco ou Guañape entre 1615 et 1618. Dans le sens inverse, le lien était moins solide : trois navires en moyenne arrivaient au Callao en provenance de ces ports entre 1616 et 1618 (Helmer, 1965 :171).

Les premiers cahiers d'almojarifazgo de Trujillo montrent que pour l'essentiel, les navires arrivaient du Callao chargés des vins et d'eau de vie du sud et sortaient vers le nord à destination de Panama remplis de farine. Entre mai 1637 et avril 1638, les caisses royales enregistrèrent ainsi dix entrées et dix sorties à Huanchaco pour un total de 2 406 pesos d'almojarifazgo[14]. Entre mai 1641 et avril 1642, les trésoriers de Trujillo relevèrent neuf sorties et sept entrées et comptabilisèrent 1 522 pesos d'almojarifazgo. Huit navires, chargés de farine, allaient à Panama, un seul au Callao. Entre juillet 1647 et juillet 1648, onze sorties furent comptabilisées sur les registres des caisses dont neuf à destination du Panama, deux du Callao. Des trois cargaisons entrantes, deux provenaient du Callao, une de Guayaquil. Au total, 1 202 pesos d'almojarifazgo furent collectés. Entre novembre 1654 et juin 1655, on dénombre cinq sorties et cinq entrées pour 902 pesos au total, et entre 1660 et 1661, six sorties et deux entrées pour 593 pesos.

Entre octobre 1669 et septembre 1671, l'almojarifazgo de Trujillo s'élèva à 3 577 pesos, soit 1 789 pesos en moyenne par an. En 1674, ce montant s'abaissa à 430 pesos, et en 1675, un seul navire semble avoir relâché à Malabrigo, où seulement 38 pesos furent collectés. Entre septembre 1677 et mars 1678 enfin, une douzaine de navires relâchèrent dans les ports de Malabrigo, Guañape et Huanchaco, et 704 pesos d'almojarifazgo furent payés.

Premier constat : le trafic est irrégulier. Fluctuant entre 38 et 2 406 pesos, le montant de l'almojarifazgo fut extrêmement divers entre 1637 et 1678. En moyenne annuelle il ne dépassait que rarement 1 500 pesos et une dizaine de navires au maximum relâchaient dans les trois ports. Dans l'ensemble, cependant, les données sont trop disparates et fragmentaires pour permettre de saisir l'évolution du trafic maritime de Trujillo au cours de cette période.

Entre 1681 et 1688 en revanche, les livres des caisses royales se suivent et exposent le trafic maritime de manière particulièrement détaillée. Ainsi, outre le nom du navire, celui du capitaine, la destination et la provenance des bâtiments, le montant de l'almojarifazgo, on y trouve consignés le type et le volume des marchandises embarquées ou débarquées. C'est donc à partir de cette série qu'il est réellement possible de décrire le commerce maritime officiel à partir des ports de Trujillo.

Le mouvement des ports de Trujillo entre 1681 et 1688

Entre 1681 et 1688, treize navires relâchaient en moyenne chaque année dans les ports de Trujillo. Cinq à six navires par an jetaient leurs ancres dans chacune des rades de Huanchaco et Malabrigo, moins de deux dans la baie de Guañape. En nombre total des relâches comptabilisées au cours de ces années, Malabrigo était le port le plus fréquenté du corregimiento de Trujillo dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Par ailleurs, le mouvement des bateaux indique que les années 1682 et 1683 furent les temps forts du commerce maritime de Trujillo. Il n'y a rien de surprenant à cela : ce furent les années exemptes d'attaques des pirates. En revanche, 1686, 1687 et 1688 furent les années creuses, alors que l'activité des flibustiers était à son apogée.

Sur les huit années étudiées, le montant de l'almojarifazgo s'éleva à plus de 18 500 pesos, soit une moyenne de 2 300 pesos par an. Trois années ressortent alors plus particulièrement. En 1682, le mouvement est notable, il n'est donc pas étonnant que le montant de l'almojarifazgo soit lui aussi élevé. Ce ne fut pas le cas pour les deux autres années : des cargaisons de farine particulièrement importantes en 1685 et un arrivage d'esclaves en 1686 expliquent ces pointes du trafic en valeur malgré une fréquentation plutôt faible. La distinction entre taxe d'entrée et taxe de sortie permet par ailleurs de montrer que la balance des échanges par voie maritime était très favorable à Trujillo. Entre 1681 et 1688, si l'on considère que les sorties étaient taxées à 2,5 pour cent contre 5 pour cent pour les entrées, la valeur des exportations était deux fois plus élevée que les importations.

Tableau 1 : le mouvement des ports de Trujillo, 1681-1688

Année  Relâches Guañape  Relâches Huanchaco  Relâches Malabrigo  Total des relâches  Almojar. d'entrée  Almojar. de sortie  Total 
1681  10  39  621  660 
1682  11  23  2 430  1 072  3 502 
1683  11  24  528  1 640  2 169 
1684  13  479  1 053  1 532 
1685  15  322  3 485  3 807 
1686  3 535  195  3 730 
1687  586  1 269  1 855 
1688  618  700  1 318 
Total  13  44  48  105  8 540  10 039  18 579 
En valeur, avec un total de 8 827 pesos d'almojarifazgo entre 1681 et 1688, Malabrigo était encore le premier port de Trujillo, devant Huanchaco et Guañape qui ne collectaient que 7 483 pesos et 2 268 pesos respectivement. En fait, Malabrigo était surtout un port d'exportation : près de 80 pour cent du montant de l'almojarifazgo correspondait à la taxe de sortie. A l'inverse, dans les deux autres ports, on importait plus que l'on exportait : à Huanchaco, l'almojarifazgo d'entrée était le double de celui de sortie et à Guañape, il était même de trois fois plus important.

Malabrigo, éloigné de toute agglomération d'importance, écoulait les produits agricoles de la riche vallée de Chicama, tandis que les ports de Huanchaco, et dans une moindre mesure de Guañape, approvisionnaient le centre urbain de Trujillo.

Dans la plupart des cas, les officiers royaux enregistraient la provenance et la destination des navires telles que les déclarait le capitaine : dans trois cas seulement nous n'avons pu déterminer la destination et dans onze cas, la provenance de l'embarcation.

Les départs se concentraient sur trois destinations essentiellement : entre 1681 et 1688, plus de 90 pour cent des "maîtres" de navire déclaraient embarquer des marchandises pour Panama, Guayaquil ou le Callao. Avec 57 pour cent des navires s'y dirigeant, Panama était de loin la destination privilégiée. Quelques rares bâtiments descendaient la côte à vide en direction de Chérrepe, le port de Saña, un seul était à destination de Paita, le port de Piura.

De même, plus de 80 pour cent des bâtiments provenaient des ports du Callao, du Perico de Panama, de Guayaquil. Du Callao seul, arrivait cependant près de la moitié des navires. Cinq capitaines déclaraient venir de Paita, probablement une escale intermédiaire entre Panama et Trujillo, ou Guayaquil et Trujillo. Enfin, un bâtiment arrivait à Huanchaco de Malabrigo, un autre port de la circonscription de Trujillo.

Tableau 2 : provenance et destination des embarcations relâchant dans les ports de Trujillo, 1681-1688

Ports  Provenance  Destination 
Panama  22  60 
Callao  48  17 
Guayaquil  18  17 
Chérrepe 
Paita 
Malabrigo 
11 
Total  105  105 
Le mouvement dans lequel s'inséraient les ports de Trujillo était ainsi un trafic triangulaire avec le Callao et Panama. Les vallées de Trujillo étaient principalement abordées dans le sens Callao-Panama. Au retour du Panama, les vaisseaux qui s'écartaient largement de la côte pour ne pas subir les effets du courant de Humboldt, cinglaient directement sur le Callao. Toutefois, les chiffres élevés pour Panama indiquent aussi que l'isthme entretenait des relations unilatérales avec Trujillo. Enfin, les échanges plus limités avec Guayaquil semblent équilibrés puisque l'on compte pratiquement une entrée pour une sortie. En somme, Trujillo importait du Callao et exportait vers le Panama. Autre constat : il ressort de ces registres que le mouvement de cabotage entre les petits ports de la côte nord était très limité. A part quelques échanges avec Paita et Chérrepe, qu'en est-il des liaisons avec les ports de Huacho, Casma, Chancay, Guaura, ou même Tumbez ? Etaient-elles inexistantes, ou bien l'almojarifazgo n'en rend-t-il pas compte ?

Les embarcations relâchant à Trujillo

L'essentiel des trajets étant de long cours (Panama, Callao), il n'est pas étonnant que vaisseaux (navios) et frégates dominent parmi les embarcations relâchant à Trujillo : ils représentent près des deux tiers des bâtiments ayant jeté l'ancre à Malabrigo, Huanchaco ou Guañape. Barques et Chinchorros, embarcations en général plus légères, constituent le restant de la flottille. Si leur destination était la plupart du temps moins lointaine (Paita, Guayaquil, Callao), certaines n'hésitaient pas à pousser jusqu'à Panama.

Tableau 3 : types d'embarcations mouillant dans les ports de Trujillo, 1681-1688

Type d'embarcation  Nb. de relâches 
Frégate  49 
Chaloupe (Chinchorro)  21 
Vaisseau (Navio)  19 
Barque  16 
Total  105 
Pour cette époque, les informations sur la taille des embarcations marchandes sont rares. Quelques indications sont fournies par les journaux des pirates : ainsi, le corsaire anglais Swan estimait le navire provenant de Trujillo qu'il avait pris le 8 janvier 1685, à environ 90 tonneaux. Or, trois embarcations avaient quitté les ports de Trujillo en décembre 1684. La première, la barque Santa Clara, chargée de 1 000 fanègues de farine, de 50 arrobes de sucre et de 100 arrobes de confiture, aurait levé l'ancre vers le milieu de décembre selon le registre d'almojarifazgo. La seconde, la frégate El Santissimo Sacramento y Nuestra Señora de la Rosa, uniquement chargée de 1 400 fanègues de farine, était partie après le 23 décembre. Enfin, la frégate La Santa Rosa de Viterbo avait quitté Huanchaco dans les derniers jours de l'année avec à son bord, 1 500 fanègues de farine, 100 arrobes de sucre et surtout de l'argent. Les pirates n'ayant pas trouvé de l'argent sur la prise mais de la farine, seules la Santa Clara ou la Rosa peuvent être le bâtiment qui fut abordé. Une fanègue de farine pesant moins de 60 kg., la charge de la Rosa correspondrait plutôt à un vaisseau de 90 tonneaux : nous pouvons donc supposer qu'elle était la petite frégate saisie par Swan.

Plusieurs autres embarcations chargées de farine furent prises par les flibustiers : Dampier indiquait par exemple qu'ils arraisonnèrent trois bâtiments en provenance de Trujillo le 18 mai 1684, dont l'un était qualifié de "gros" mais chargé à moitié seulement. Entre mars et avril 1684, trois registres d'almojarifazgo relèvent des navires à destination de Panama. Les deux premiers datent du 8 mars : ils consignent le chargement de 800 fanègues de farine et 100 arrobes de sucre sur une petite frégate, la Santa Rosa de Santa Maria, de 2 000 fanègues de farine, de sucre et de bouteilles de miel sur la frégate la Santa Catalina. Ces embarcations auraient-elles alors attendu pendant deux mois l'arrivée du "gros" vaisseau, la frégate San Miguel de la Rosa qui le 29 avril chargea encore 2 000 fanègues de farine ? Si ce volume ne représentait que la moitié de ses capacités de chargement, ce bâtiment devait alors atteindre 250 à 300 tonneaux.

Dans l'ensemble, si l'on observe le volume des plus importantes cargaisons, au moins cinq vaisseaux dépassaient les 250 tonneaux : le Santo Christo de Leon, le Nuestra Señora de Copacabana y Guia, le Nuestra Señora del Populo, le San Fermin y San Francisco Javier, le San Nicolas de Tolentino. Le 16 octobre 1685, ce dernier embarquait même une charge de 4 500 fanègues de farine, 200 arrobes de sucre, 20 bouteilles de mélasse, 80 arrobes de confiture, 30 fanègues de haricots pour le Panama.

Mais combien d'embarcations différentes relâchèrent finalement sur cette côte entre 1681 et 1688 ? Quel était le rythme de leurs allées et venues ? Un rapprochement entre les différents noms des embarcations et celui de leur capitaine, permet de constater qu'environ une dizaine d'embarcations se partageait la moitié du nombre des relâches. Au total, plus d'une trentaine d'embarcations différentes fréquentèrent Trujillo entre 1681 et 1688, soit environ la moitié des 70 bâtiments qui composaient la flotte du Pacifique ibérique en cette fin du XVIIème siècle.

Tableau 4 : les principales embarcations du commerce de Trujillo, 1681-1688

Nom de l'embarcation  Type  Nombre de relâches 
Nuestra Señora de la Limpia Concepción  Frégate  10 
San Nicolas de Tolentino  Navire 
Nuestra Señora de Monserrate  Chinchorro 
San Joseph de la Rosa  Chinchorro 
Nuestra Señora de las Mercedes y San Lorenzo  Frégate  5 
La Nuestra Señora de la Limpia Concepción, frégate commandée par le capitaine Pablo Luis Morel, jeta une dizaine de fois l'ancre dans les ports de Malabrigo, Guañape et Huanchaco entre 1681 et 1687. Le plus souvent, ce bâtiment venait du Callao. Par deux fois seulement, il fit escale arrivant du nord. Ses destinations en revanche étaient les ports du nord (Panama, Guayaquil) avec parfois une escale intermédiaire à Chérrepe pour compléter sa charge de farine. Dans trois cas, il ne fit qu'un aller retour depuis le Callao, et lors de ces retours, il transportait les cargaisons habituelles à destination de Lima : le 11 mai 1683 par exemple, il embarquait 300 sacs de charbon et 200 quintaux de bois de chauffage. Quatre mois plus tard, de nouveau en partance pour le Callao, il prenait une cargaison pratiquement identique : 200 sacs de charbon et 100 quintaux de bois de chauffage.

Tableau 5 : les relâches de la frégate "Nuestra Señora de la Limpia Concepción" dans les ports de Trujillo

Maître-Pilote  Date  Port  Provenance  Destination 
Cap. Martin de Pacheta  14/08/1681  Malabrigo  Callao  Panama 
Cap. Pablo Luis Morel  11/05/1683  Guañape  Callao  Callao 
Cap. Pablo Luis Morel  16/09/1683  Guañape  Guayaquil  Guayaquil 
Cap. Pablo Luis Morel  23/11/1683  Guañape  Callao  Callao 
Cap. Pablo Luis Morel  03/03/1684  Huanchaco  Callao  Chérrepe 
Cap. Pablo Luis Morel  05/03/1685  Huanchaco  Callao  Chérrepe 
Cap. Pablo Luis Morel  22/06/1685  Huanchaco  Callao  Callao 
Cap. Joseph Luis Morel  22/10/1685  Huanchaco  Callao  Panama 
Diego de Llerena  04/07/1687  Malabrigo  Callao  Panama 
Cap. Pablo Luis Morel  01/12/1687  Guañape  Panama  Callao 
Deuxième par la fréquence de ses visites à Trujillo, le gros vaisseau le San Nicolas de Tolentino y relâcha sept fois entre 1681 et 1688, principalement à Malabrigo. Lui aussi pratiquait le commerce triangulaire Callao-Trujillo-Panama. Au cours de ses six voyages vers Panama, il convoya pas moins de 19 350 fanègues de farine pour le secours de cette place. Mais, nous l'avons déjà vu, la farine n'était pas le seul approvisionnement qu'il transportait vers Panama : sucre et légumes secs accompagnaient en général les sacs de farine. Le 28 septembre 1683, il embarqua ainsi, outre 2 350 fanègues de farine, 60 arrobes de sucre ; le 22 octobre 1687, en dehors de 4 000 fanègues de farine, il chargeait 150 arrobes de sucre et 60 fanègues de légumes secs. Telles étaient les marchandises communément acheminées à Panama.

Tableau 6 : les relâches du navire "San Nicolas de Tolentino" dans les ports de Trujillo

Maître-Pilote  Date  Port  Provenance  Destination 
Cap. Juan de Gamarra  15/10/1681  Malabrigo  Callao  Panama 
Cap. Juan de Gamarra  23/10/1682  Huanchaco  Callao  Callao 
Cap. Juan de Gamarra  28/09/1683  Malabrigo  Callao  Panama 
Cap. Juan de Gamarra  06/05/1685  Malabrigo  Callao  Panama 
Cap. Domingo de Zeballos  16/10/1685  Malabrigo  Panama  Panama 
Cap. Sebastian de Marulanda  22/10/1687  Malabrigo  Callao  Panama 
Cap. Sebastian de Marulanda  29/04/1688  Malabrigo  Panama  Panama 
Le chinchorro Nuestra Señora de Monserrate, une chaloupe aux mains des Indiens de Paita, circula surtout entre Guayaquil et Huanchaco, même si en 1682 il se permit un voyage à Panama. Si l'on écarte le bond qu'il fit à vide vers Chérrepe, au cours des six voyages vers Panama et Guayaquil, il embarqua au total 1 380 fanègues de farine, soit un peu plus de 200 fanègues par périple. Pour Panama, il avait même porté sa cargaison à 440 fanègues : on peut donc supposer que le port de cette embarcation atteignait 30 tonneaux. La farine était d'ailleurs l'unique marchandise qu'il embarquait au départ des ports de Trujillo. De Guayaquil, il revenait régulièrement à vide. Par contre, il rapporta quelques bouteilles de vin du Callao.

Tableau 7 : les relâches du chinchorro "Nuestra Señora de Monserrate" dans les ports de Trujillo

Maître-Pilote  Date  Port  Provenance  Destination 
Cap. Juan Dominguez de Godos  29/05/1681  Huanchaco  Callao  Chérrepe 
Francisco Gabriel yndio de Paita  24/04/1682  Malabrigo  Panama 
Francisco Gabriel yndio de Paita  24/12/1682  Huanchaco  Guayaquil  Guayaquil 
Francisco Gabriel yndio de Paita  15/03/1683  Huanchaco  Guayaquil  Guayaquil 
Francisco Gabriel yndio de Paita  20/09/1683  Huanchaco  Guayaquil  Guayaquil 
Juan de Llerena yndio  28/02/1684  Malabrigo  Guayaquil  Guayaquil 
Pedro de los Reyes yndio  19/01/1686  Huanchaco  Guayaquil  Guayaquil 
Ces trois embarcations et leurs cargaisons illustrent l'essentiel de l'activité des ports de Trujillo. Quelques bâtiments embarquèrent toutefois des cargaisons plus particulières : ainsi la frégate San Cayetano qui, outre ses 800 sacs de charbon, prit 20 fardeaux de tabac et 8 de toiles pour le Callao le 10 septembre 1686.

Les mouvements et les cargaisons de certains bâtiments relâchant à Trujillo permettent d'établir un tableau qualitatif des marchandises entrant et sortant de ses ports. Les registres d'almojarifazgo autorisent-ils une étude quantitative ?

Les marchandises

Plus encore que pour l'étude du simple mouvement des ports, les registres d'almojarifazgo doivent être exploités avec beaucoup de précaution dans le décompte et l'analyse des cargaisons officiellement embarquées ou débarquées. Pourquoi ? D'abord parce que la fraude a probablement escamoté une part non négligeable des marchandises à la fiscalité. Il suffit pour cela de lire les témoignages des voyageurs qui accompagnaient les contrebandiers malouins sur les côtes du Chili et du Pérou au début du XVIIIème siècle. Cependant, les difficultés rencontrées par certains des bâtiments français laissent entendre qu'un système étendu de contrôle existait et qu'il pouvait être tatillon pour les armateurs créoles. Il paraît donc peu probable que des navires entiers aient échappé aux registres. Si fraude il y avait, elle se faisait sur une partie de la cargaison. Cette partie reste difficilement chiffrable, même si une recherche sur l'ensemble des procès traitant d'affaires de contrebande devrait mettre en lumière les mécanismes de la fraude à l'almojarifazgo.

Ensuite, parce que la valeur fiscale des marchandises fixée par les fonctionnaires royaux ne correspondait pas, et de loin, aux prix du marché : le prix de la fanègue de farine était ainsi arbitrairement fixée à 3 pesos 4 réaux (soit 7/10 de réaux d'almojarifazgo de sortie à 2,5 pour cent), celui d'un sac de charbon à 2 pesos 4 réaux (soit un demi réal d'almojarifazgo). La valeur fiscale d'une bouteille de vin s'élevait à 5 pesos 4 réaux, celle d'un esclave adulte à 141 pesos 4 réaux. Or, à titre d'exemple, le prix d'un esclave au Pérou atteignait couramment 400 pesos dans la seconde moitié du XVIIème siècle, soit près de trois fois plus que la base fiscale fixée par la bureaucratie coloniale.

Tableau 8 : la valeur fiscale des principales marchandises transitant par les ports de Trujillo

Marchandise  unité  valeur fiscale 

(pesos réaux) 

Farine  fanègue  3,,4 
Charbon  sac  2,,5 
Sucre  arrobe  3,,0 
Vin  jarre  3,,1/2 
Eau-de-vie  jarre  9,,0 
Esclave  "pièce" adulte  141,,2 
Suif du Chili  quintal  4,,0 
La valeur fiscale ne peut donc être utilisée pour mesurer le trafic en termes absolus. Elle ne sert qu'à déterminer approximativement l'importance relative de chaque marchandise. Pour avoir une idée de la valeur marchande des échanges, il faudrait multiplier au moins par deux la base fiscale des marchandises. C'est donc en tenant compte de ces limites qu'il est possible d'utiliser l'almojarifazgo pour étudier les importations et les exportations des ports de Trujillo.

Les exportations

De 1681 à 1688, les sorties de farine représentaient 88 pour cent en valeur relative de l'ensemble des exportations. Les volumes annuels exportés dépassaient 10 000 fanègues et atteignirent même 36 000 fanègues - soit plus de 2 000 tonnes - en 1685. Au total, plus de 101 000 fanègues sortirent officiellement des rades du corregimiento en huit ans. L'embarquement de la farine de blé était à l'évidence la principale activité des ports de Trujillo à cette époque.

En effet, les deux produits d'exportation suivants, le sucre et le charbon, ne comptaient que pour 4 pour cent chacun dans l'almojarifazgo collecté entre 1681 et 1688. Enfin, quelques autres marchandises - marmelades, bois de chauffage, légumes secs - rassemblaient des montants insignifiants.

Près de la totalité de la farine (97 pour cent) était à destination du Panama, le restant, à destination de Guayaquil. Quelques quantités infimes furent envoyées à Lima. Sur un total de 4 772 arrobes de sucre (environ 55 tonnes), 3 332 arrobes (soit 70 pour cent) étaient à destination de Panama, 1 400 arrobes (soit 30 pour cent) à destination du Callao. Guayaquil ne recevait qu'un volume insignifiant de 40 arrobes. Enfin, la totalité du charbon et du bois de chauffage fut livrée au Callao.

Tableau 9 : exportations en volume des ports de Trujillo, 1681-1688

Année  Farine en fanègues  Sucre en arrobes  Charbon en sacs  Bois de chauffage en quintaux  Conserves en arrobes  Légumes secs en fanègues 
1681  7100 
1682  10640  2027  1150 
1683  16370  890  1450  1500  470  68 
1684  10770  620  100 
1685  36715  1812  1400  500  156  100 
1686  550  550  987 
1687  12300  250  800  60 
1688  6777  650  250  86,5 
Total  101222  4772  6914  3150  726  314,5 
L'importance de la vallée de Chicama dans la culture du blé et de la canne à sucre est là encore attestée par le rôle prépondérant de son port : en effet, 70 pour cent de la farine était exportée par le port de Malabrigo, 30 pour cent seulement par le port de Huanchaco. De même, le sucre était exporté pour les deux tiers par Malabrigo. Par contre, près de la totalité des 7 000 sacs de charbon fut exportée par Guañape (seuls 350 sacs sortirent par Huanchaco).

Les importations

Ce sont les arrivées d'esclaves qui constituaient la plus grande partie en valeur des importations : les 5 491 pesos d'almojarifazgo payés pour l'entrée de 843 esclaves en provenance de Panama représentèrent 64 pour cent du total perçu entre 1681 et 1688. Cinq navires négriers seulement apportèrent cette main d'oeuvre au cours des années 1682, 1686 et 1688.

Deuxième en importance, vin et eau-de-vie représentaient près de 20 pour cent des importations en valeur. Soixante dix pour cent des jarres de vin entraient par Huanchaco, 30 pour cent par Malabrigo. De même, les trois quarts du brandevin arrivaient par Huanchaco, le reste par Malabrigo. Ces alcools, toujours sur des embarcations en provenance du Callao, étaient originaires de Pisco ou Nasca.

Toutes les autres marchandises, une demi-douzaine, ne représentaient qu'une faible valeur : additionnées, elles ne constituaient que 15 pour cent de l'almojarifazgo entre 1681 et 1688. Parmi les plus importantes, citons le suif du Chili dont on importa quelques 700 quintaux sur huit ans ; quelques ballots de tissus de l'Equateur (Ropa de Quito) ; quelques planches de bois de Guayaquil ; et quelques barres de métaux (principalement du cuivre) probablement d'origine chilienne.

Tableau 10 : les importations des ports de Trujillo, 1681-1688

Année  Bouteilles de vin  Bouteilles d'eau de vie  Suif du Chili en quintaux  Esclaves  Tissus de Quito en fardeaux  Planches en douzaines  Cuivre en quintaux 
1681  200 
1682  2500  146  199  293  65  30,5 
1683  2013  26  216,5  60  60 
1684  472  62  125 
1685  1046  70  135  36 
1686  196  500 
1687  2061  401  327  4,5 
1688  50 
Total  8488  705  877,5  843  250  81,5  69,5 
En résumé, les échanges maritimes des ports de Trujillo dans la seconde moitié du XVIIème siècle étaient dominés par trois articles. L'exportation assidue de farine, les arrivages irréguliers d'esclaves et les importations régulières d'alcools constituaient 87 pour cent de la valeur fiscale totale des échanges qui s'élevait à plus de 570 000 pesos entre 1681 et 1688. A elle seule, la farine représentait 62 pour cent de la valeur des marchandises échangées au cours de ces années. Moteur du trafic maritime de Trujillo au XVIIème siècle, l'effacement de la culture du blé allait donc sérieusement affecter l'activité des ports du corregimiento au XVIIIème siècle.

IV. Le déclin de la culture du blé et l'évolution du trafic maritime au XVIIIème siècle

Le problème du déclin de la culture du blé sur la côte péruvienne a suscité de nombreuses polémiques. A. Flores Galindo montre que les explications d'ordre climatique ou tellurique diffusées dès le XVIIIème siècle furent reprises sans critique aux XIXème et XXème siècles. Les contemporains, les fonctionnaires royaux, puis certains historiens attribuèrent la baisse de productivité des terres cultivées en blé au tremblement de terre de 1687[15]. Pourtant, ces incidents ne peuvent expliquer le déclin prolongé du blé sur toute la côte centrale et septentrionale du Pérou et son remplacement par la farine en provenance du Chili. Le monopole qu'exerçaient les marchands sur la commercialisation de la farine est un aspect moins souvent évoqué : en contrôlant les navires et les magasins du Callao, ces marchands pouvaient fixer les prix du blé et mettre à leur merci les grands propriétaires fonciers péruviens. Ils pouvaient ainsi les inciter à produire du sucre qu'ils exportaient alors vers le Chili, multipliant leurs bénéfices. Après la crise de 1687, le blé péruvien ne parvint plus à s'imposer sur ses marchés et fut, sur le terrain, concurrencé par le sucre (Flores Galindo, 1984 : 21-29).

En 1760, le corregidor Feyjoo de Sosa rappelait avec regret les temps anciens où les vallées de Trujillo abondaient en blé et notait que la stérilité des terres avait reconverti les hacendados en cultivateurs de canne à sucre. Or, la surabondance du sucre dans le royaume péruvien déprimait les prix et aurait été à la source même des difficultés des vallées de la région : alors que la dîme de la vallée de Chicama était affermée pour 9 000 pesos par an à l'époque de l'apogée du blé, en 1760 elle ne l'était plus que pour 3 850, soit deux fois et demi de moins[16]. Il soulignait plus loin que la principale marchandise de la région était bien le sucre que l'on expédiait à Lima et que l'exportation de vivres vers Guayaquil et le Panama était devenu un négoce sans importance, pratiqué en temps de pénurie[17].

Le remplacement du blé par la canne à sucre devait nécessairement modifier la structure des échanges par voie de mer. Deux séries de registres nous permettent de confronter les appréciations qualitatives du corregidor aux sources fiscales et de mieux situer le déclin des vallées du nord exportatrices de farine.

Le trafic maritime à partir des ports de Trujillo entre 1700 et 1710

Entre 1701 et 1710, les registres de l'almojarifazgo ne relèvent qu'une légère baisse de la fréquentation par rapport à la période 1680-1688 : sur un ensemble de huit années complètes, dix navires en moyenne par an mouillèrent dans les ports de Trujillo. Et ce, alors que durant ces années la circulation maritime fut de nouveau perturbée à deux reprises par les corsaires anglais[18]. Cependant, si la fréquence moyenne des entrées et sorties ne fut guère affectée, l'almojarifazgo diminua quant à lui de près de moitié. En valeur, et donc en volume, les échanges furent considérablement ralentis.

Tableau 11 : le mouvement des ports de Trujillo, 1701-1710

Année  Relâches 

Guañape 

Relâches 

Huanchaco 

Relâches 

Malabrigo 

Total des relâches  Almojarifazgo en pesos 
1701  710 
1702  14  1423 
1705  10  11  1703 
1706  11  13  1361 
1707  10  1836 
1708  10  1476 
1709  1338 
1710  569 
Total  61  13  83  10416 
Malheureusement, les registres d'almojarifazgo du début du XVIIIème siècle ne détaillent plus les cargaisons débarquées ou embarquées. De même qu'ils ne font plus la différence entre taxes de sorties et taxes d'entrées. Il est donc difficile d'imputer à l'une ou l'autre des marchandises, aux exportations plus qu'aux importations, la responsabilité de la baisse de l'almojarifazgo, d'autant que la répartition des provenances et des destinations était sensiblement la même qu'au cours de la période 1680-1688. La principale destination restait Panama, tandis que les arrivées se partageaient encore entre le Callao et Panama. Enfin, Guayaquil, unique autre port avec lequel Trujillo entretenait encore une liaison régulière, comptait pour moins de 10 pour cent des entrées et des sorties.

Tableau 12 : provenance et destination des navires, 1701-1710

Ports  Provenances  Destination 
Callao  30  21 
Chérrepe 
Guayaquil 
Panama  31  46 
Santa 
15 
Total  83  83 
Cependant, quelques indices montrent que les exportations des produits agricoles furent les plus affectées : alors qu'au XVIIème siècle, le port de Malabrigo - débouché de la riche vallée de Chicama - rivalisait avec celui de Huanchaco, au début du XVIIIème siècle, ce dernier concentrait plus de 80 pour cent du trafic en valeur, tandis que Malabrigo ne contribuait plus que pour 8 pour cent à l'almojarifazgo de Trujillo.

Les importations en provenance du Callao par ailleurs, ne ralentirent pas. Selon le livre des sorties de navire du port de Callao pour les années 1701 à 1704, 14 bateaux auraient pris la destination de Trujillo : trois en 1701, six en 1702, trois en 1703 et deux en 1704 (Moreyra Paz Soldán, 1944 : 7). Malgré certaines incertitudes sur la provenance de plusieurs bâtiments en 1702, ces chiffres correspondent aux arrivées consignées par les registres d'almojarifazgo de Trujillo des années 1701 et 1702. D'après ce livre, plus de 5 200 bouteilles d'eau de vie, de vin et de vinaigre seraient sorties pour Trujillo au cours de ces quatre années, soit environ 1 300 par an. De même, 500 zurrones (outres) de suif, plus de onze tonnes de cuivre et 500 planches de bois furent embarquées pour la principale ville du nord péruvien. Comparé à la décennie de 1680, le volume annuel des produits importés depuis le Callao ne diminuait donc pas. Pour un montant moyen de l'almojarifazgo moitié moindre qu'entre 1680 et 1688, les importations du Callao représentaient cependant près d'un tiers du montant total.

D'exportateurs de farine, les ports et la ville de Trujillo seraient donc devenus des importateurs de vin et d'eau de vie du sud du Pérou : il n'est alors pas étonnant que le port de Malabrigo - débouché d'une vallée agricole - disparaisse pratiquement des registres d'almojarifazgo tandis que Huanchaco - ravitailleur du centre urbain - devienne le seul point de relâche encore fréquenté par la navigation de long et moyen cours.

Le trafic maritime entre 1736 et 1744

Au milieu du XVIIIème siècle, le déclin des ports de Trujillo, même dans la fréquentation, était net : dans les registres d'almojarifazgo des années 1736 à 1744, les ports de Malabrigo et Guañape ont complètement disparu, seul Huanchaco reste en lice. Cinq navires en moyenne y relâchaient chaque année. Ces chiffres sont d'ailleurs confirmés par les registres portuaires du Callao qui ne relèvent que onze sorties pour Trujillo entre 1729 et 1736, soit un peu plus d'une sortie par an seulement, contre cinq vers 1680.

Tableau 13 : le mouvement des ports de Trujillo, 1736-1744

Année  Relâches  Entrée  Sortie  Total 
1736  81  1451  1532 
1737  1231  1231 
1738  385  678  1064 
1739  313  1340  1654 
1740  170  1170  1340 
1741  60  1350  1410 
1742  846  846 
1743  31  31 
1744  1102  1102 
En valeur aussi, les échanges continuaient à diminuer. Une moyenne annuelle de l'almojarifazgo collecté entre 1736 et 1744 aux ports de Trujillo donne moins de 1 150 pesos, contre plus de 2 300 pesos entre 1681 et 1688, et 1 300 pesos entre 1701 et 1710.

En 1744, Bonifacio Gastelú y Pereda, trésorier des caisses royales de Trujillo chargé de la province de Saña, affirmait qu'aucun navire n'avait relâché dans le port de Chérrepe depuis huit ans, alors que jusqu'en 1736, l'almojarifazgo collecté dans ce port s'élevait en moyenne à 800 pesos par an. Or, comme les ports de Trujillo, Chérrepe, le port des riches vallées de Saña, servait essentiellement à l'exportation de farine vers le Panama. Gastelú imputait le déclin du port à la "ruine" des haciendas trop chargées de cens, donc, en partie, à une crise de production. Mais il indiquait aussi que les mules avaient pris le relais de la navigation et transportaient les "fruits" des vallées du nord par voie de terre vers Lima[19] : une des causes de la baisse de l'almojarifazgo est donc que Lima était devenue le principal débouché de la farine, ce qui pénalisait la voie maritime.

Au-delà de 1744, seuls les chiffres résumés dans les comptabilités des caisses royales et repris par TePaske et Klein permettent de suivre l'évolution du trafic. Ils sont toutefois sujets à caution, dans la mesure où ils ont été soumis à des manipulations comptables et qu'il faut prendre en compte des versements différés, des réintégrations tardives. Ainsi, entre 1682 et 1688, selon ces chiffres, l'almojarifazgo s'élevait en moyenne à presque 3 000 pesos par an, alors que pour la même période, d'après les registres, cette moyenne n'était que d'un peu plus de 2 500 pesos. Toutefois, pour l'étude des mouvements longs, la comptabilité résumée des caisses royales reste utilisable : elle reflète la même diminution de l'almojarifazgo que les registres.

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Figure 1 : l'almojarifazgo de Trujillo (en pesos) versé dans les caisses royales, 1680-1775[20]

Mais que nous montre-t-elle de plus que les registres ? D'abord peut-être, entre 1720 et 1729 - période pour laquelle aucun registre n'est disponible - une reprise du trafic après la dépression du début du XVIIIème siècle, puisque les montants annuels de l'almojarifazgo remontent presque au niveau de ceux des années 1680. Mais, à partir de 1727, elle confirme une chute irrémédiable. Dès la décennie 1730-1739, la moyenne s'établit ainsi à moins de 1 750 pesos. A partir du milieu du XVIIIème siècle, et au moins jusqu'à la réforme du système des Caja Reales vers 1773, l'almojarifazgo se stabilise à moins de 800 pesos, soit à un niveau au moins trois fois moindre que dans la seconde moitié du XVIIème siècle. Dans ses grands traits, au XVIIIème siècle, la courbe de l'almojarifazgo de Trujillo suit celle du port de Paita, puisque là aussi, nous avions constaté un apogée des échanges en valeur vers 1726-1727 (Schlüpmann, 1993), puis un long déclin entrecoupé de quelques soubresauts jusque vers 1773. Pourtant, le trafic de Paita était très différent de celui des ports de Trujillo. Doit-on conclure à une décadence générale des échanges maritimes dans les mers du Sud pour cette époque ? Limitons-nous à observer que le déclin de la route Callao-Panama-Espagne affecta probablement dans la même mesure tous les ports au nord du Callao.

Par la suite, les ports de Trujillo et Paita évoluèrent différemment. Avec l'abandon du monopole commercial, Paita acquit une seconde jeunesse, tandis que Trujillo s'enfonçait toujours plus dans le marasme. D'après les registres de Panama, la chute n'était pas terminée puisque si dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, un navire par an arrivait encore à Panama en provenance des ports de Trujillo, après 1780, on n'en compte pratiquement plus un seul.

Conclusion

Le trafic maritime des ports de Trujillo reflète clairement l'évolution de la principale activité des vallées intermédiaires de la côte nord du Pérou jusqu'au milieu du XVIIIème siècle : la culture du blé pour l'approvisionnement d'une place stratégique de l'Amérique coloniale espagnole, le Panama. Les données fragmentaires dont nous disposons permettent de situer l'apogée des exportations dans la seconde moitié du XVIIème siècle, à un moment où le trafic maritime était certes perturbé par les flibustiers, mais en même temps, stimulé par les besoins de la place forte assiégée. La crise de production du blé puis, à plus long terme, l'abandon de l'armada du sud qui entraina le déclin de Panama au XVIIIème siècle, scellèrent la fin des cargaisons de farine à destination du nord. La réorientation du trafic maritime péruvien vers le sud après l'abandon de l'isthme de Panama comme noeud d'échange entre 1740 et 1750, fut donc certainement la principale raison de la désertion des ports de Trujillo.

Dans la première moitié du XVIIIème siècle, les hacendados de Trujillo furent incapables de trouver un nouveau débouché pour le blé : le marché de Lima, "défendu" par le fort courant de Humboldt et contre lequel il fallait naviguer de longues semaines en venant du nord était déjà largement approvisionné par le Chili. Enfin, le développement de la production sucrière constatée par Feijoo de Sosa ne relança apparemment pas le trafic maritime à l'époque coloniale : les marchés étaient-ils moins lointains et approvisionnés par voie de terre ?


Sources

Dans le cas de Trujillo, les registres d'almojarifazgo se trouvent essentiellement dans le Libro Mayor ou Manual de la Real Caja de Trujillo. Ces livres sont répertoriés dans la série des Caisses Royales (C17) des Archives de la Nation (AGN) hébergées dans le Palais de Justice de Lima, la capitale du Pérou.

AGN, série C17, Cajas Reales Trujillo :

Leg. 1295, cuad. 1, 10/1615-1/1618.
cuad. 2, 5/1637-3/1638
cuad. 3, 5/1641-1642
cuad. 4, 7/1647-7/1648
cuad. 5, 11/1654-6/1655
cuad. 6, 1660-1661

Leg. 1296, cuad. 7, 6/1669-9/1669
cuad. 8, 10/1669-9/1771
cuad. 9, 1/1774-9/1774
cuad. 10, 1675
cuad. 11, 9/1677-3/1678
cuad. 12, 5/1681-10/1681
cuad. 15, 1682

Leg. 1297, cuad. 17, 1683
cuad. 18, 1684
cuad. 19, 1685
cuad. 20, 1686
cuad. 21, 1687
cuad. 22, 1688

Leg. 1298,cuad. 26, 7/1696-6/1698
cuad. 28, 10/1698-1/1700
cuad. 29, 8/1700-3/1701
cuad. 30, 9/1701-11/1702

Leg. 1299,cuad. 32, 10/1704-10/1707
cuad. 34, 11/1707-11/1708
cuad. 36, 12/1708-7/1710

Leg. 1302,cuad. 81, 1735-1736
cuad. 86, 1736-1737
cuad. 91, 1737-1738
cuad. 92, 1738-1739

Leg. 1303, cuad. 99, 1739-1740
cuad. 105, 1740-1741
cuad. 108, 1741-1743
cuad. 110, 1744-1745


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Schlüpmann, Jakob
1993 Commerce et navigation dans l'Amérique espagnole coloniale : le port de Paita et le Pacifique au XVIIIème siècle, in Bull. Inst. fr. études andines, 1993, 22 (2) : 521-549. IFEA, Lima.

Tepaske, John; Klein, Herbert
1982 The royale treasuries of the spanish empire in America, vol. I, Peru. Duke University Press.

Vázquez de Espinoza, A
1948 Compendio y descripción de las Indias. Ed. de Charles U Clark, Washington.


Notes

[1] Jakob Schlüpmann : "Commerce et navigation dans l'Amérique espagnole coloniale : le port de Paita et le Pacifique au XVIIIème siècle", in Bull. Inst. fr. études andines, 1993, 22 (2) : 521-549. IFEA, Lima.

[2] Taxe sur les entrées (5 pour cent) et sur les sorties (2,5 pour cent) des marchandises transportées par voie maritime.

[3] Feijoo de Sosa, p. 6 : "La figura que al presente tiene la ciudad es oval, por causa de la muralla de adobe que la rodea, y la que se construyó por los años de mil seiscientos ochenta y cinco, ochenta y seis, y ochenta y siete, por disposicion del Señor Duque de la Palata, siendo Virrey del Perú, con ocasion que los Pyratas Filibustiers infestaban estos Mares, y abian saqueado la Villa de Saña, y Puerto de Guayaquil..."

[4] Cieza de León, première partie, p. 208 : "De aquí sacan navíos cargados de ropa de algodón hecha por los Indios para vender en otras partes".

[5] Lohmann Villena, Guillermo ; Zevallos Quiñones, Jorge, Actas del Cabildo de Trujillo, tome 3, p. 127-128 : "En la ciudad de Truxillo en diez y nueve dias del mes de Mayo de mill y seiscientos y un años... En este cavildo metio une peticion Po Mondragon Procurador general desta ciudad sobre que no se consienta por el que se saque toda la arina y trigo que se ba cargando en nabios de los puertos desta ciudad pa. Panama por qto. si se diese lugar a la saca quedaria esta ciudad y Republica falta de lo suso dho y padeceria gran necesidad..."

"... y notifique a Gonçalo Alvarez Beltran maestre del navio que aora ultimamente pretende cargar que no lo cargue y reciba carga ninguna de arina y trigo que del dho valle de Chicama... se saque so pena de quinientos pessos de buen oro pa. la camara de su Magd..."

[6] Durant, 1708, p.224-225 : "Seis leguas está distante el Proveedor de esta ciudad, que es el valle de Chicama, para cuya fertilidad se ha de ir a buscar la comparación tan lejos como a Sicilia, porque en aquel breve hueco que hizo en él la inundación general ha rendido ordinariamente ochenta mil fanegas castellanas de trigo, y en varios ingenios que también contiene para beneficiar caña dulce, se labran en unos cuatro mil y en otros cinco mil, y aun siete mil arrobas de azúcar, y otras partes, donde tienen sus numerosos vecinos gran comercio..."

[7]Feyjoo de Sosa, p. 13 : "el valle solo de Chicama daba ciento y sesenta mil fanegas de trigo, pocas mas, o menos, segun aseguran personas fidedignas, siendo su precio regular el de ocho reales, y teniendo cada fanega cinco arrobas cinco libras ; la mayor parte se llevaba a Panamá, y puerto de Guayaquil, para cuya conducion estaban cinco, o seis Baxeles en los Puertos de Malabrigo y Guanchaco. Era tal la fecundidad del terreno, que regularmente ofrecia doscientos por uno. El Señor Virrey embiaba todos los años un Juez de Aguas, que solia ser un vecino de Lima, por la independencia, par que evitase las alteraciones, y pleytos, que se levantaban entre los hacendados ; y dicha comision era de aprecio, y utilidad..."

[8] Ibid. p. 35-36 : "De punta de aguja buele la costa al Susudueste, hasta el puerto que dizen de Casma. De la ysla primero se corre Norueste sudueste hasta mal abrigo, que es un puerto que solamente con bonança pueden las naos tomar puerto : y lo que les conviene para su navegación. Diez leguas más adelante está el arracife que dizen de Trujillo : es mal puerto y no tiene más abrigo que el que hazen las boyas de las anclas. Algunas vezes toman allí refresco las naos. Dos leguas la tierra dentro está la ciudad de Trujillo : de este puerto que está en siete grados y dos tercios se va al puerto de Guanape que está siete leguas de la ciudad de Trujillo en ocho grados y un tercio. Más adelante al Sur está el puerto de Sancta : en el qual entran navíos, y está junto a él un gran río y de muy sabrosa agua. La costa toda es sin montañas como dixe atrás arenales y sierras peladas de grandes rocas y piedras. Está Sancta en nueve grados. Más adelante a la parte del Sur está un puerto cinco leguas de aquí, que há por nombre Ferrol, muy seguro, mas no tiene agua ni leña. Seys leguas adelante está el puerto de Casma..."

[9] Ibid. p. 209 : "Un puerto de mar ay en este valle de Guanape pruechoso : porque muchas de las naos que andan por esta mar del Sur de Panamá al Perú, se fornecen en él de mantenimiento".

[10] Feyjoo de Sosa, p. 9 : "Tiene en los Terminos de su jurisdicion tres Puertos : el de Malabrigo, azia al Norueste, distante de la Ciudad catorce leguas, que se alla en siete grados, y treinta y tres minutos : el de Guañape azia al Sueste, apartado de la Ciudad diez leguas, cuya latitud se determina en ocho grados y quarenta y cinco minutos : en medio esta el de Guanchaco, en ocho grados, y quince minutos, y es el unico que frequentan las Embarcaciones, así por tener poblacion, como por estar dos leguas de la Ciudad; y mediante estos beneficios, se proporcionan mas cómodamente las utilidades que ofrece el comercio : aunque tambien es cierto, que semejante Puerto, es mas peligroso que los anteriormente referidos. Se dá fondo media legua de las Playas, y al quarto se entra en la Barra de peñascos, y arena, que comunmente llaman la Tasca, la que es sumamente borrascosa, y pide siempre practico, que govierne las Lanchas, y Botes, siendo preciso poner andarivel par la seguridad ; y aun con el mayor cuidado, por la alteracion de las olas, se suelen experimentar algunas desgracias ; esta es la mayor defensa que tiene la Ciudad para no poder ser invadida de Enemigos Maritimos".

[11] Feyjoo de Sosa, p.130 : "Es anexo, y perteneciente a esta Doctrina [de Virú] el Pueblo que fue de Guañape, cuyo Puerto es mas apacible a las embarcaciones, que el de Guanchaco ; pero como se halla diez leguas distante de la Ciudad, rara vez llegan los Navíos ; Todavía permanecen nueve, o diez ranchos de los Indios de Virú, que tienen el exercicio de Pescadores en algunos tiempos del año. El motivo de haberse desolado este Lugar, es por falta de agua, la que los hacendados que se hallan mas arriba, han aplicado unicamente a su beneficio".

[12]William Dampier : Nouveau voyage autour du monde, p.114 : "Les vaisseaux que nous avions pris venoient de Guanchaco, & alloient tous trois à Panama chargez de farine. Il y en avoit deux qui ne pouvoient pas étre plus chargez, l'autre n'avoit guere plus de demi charge; mais le vice-roi de Lima lui avoit ordonné de partir avec les deux autres, ou bien d'attendre que nous fussions sortis de ces mers là : Car il esperoit qu'ils pourroient nous échapper en faisant voile au plutot. Sur le plus gros des vaisseaux il y avoit une lettre du viceRoi de Lima au president de Panama pour l'informer qu'il y avoit des ennemis sur cette Mer ; c'est pour quoi il avoit fait partir ces trois vaisseaux avec des farines, afin que Panama n'en manquat pas; car il faut savoir que cette place tire ses provisions du Perou. Il le prioit de les menager ne sachant quand il pourroit lui en envoyer davantage. Il y avoit aussi sur le même vaisseau sept ou huit tonneaux de marmelade de Coings, une mule magnifique qu'on envoyait au president, & une fort-grande image de la vierge Marie en bois, d'ouvrage de Sculpture & peinte pour orner une nouvelle Eglise à Panama; le tout envoyé par le vice Roi de Lima d'ou ce gros vaisseau étoit parti il n'y avoit que peu de jours. Il pourtoit aussi 800 000 pièces de huit à Panama. Mais durant le séjour qu'il fit à Guanchaco pour y charger sa farine, les marchands ayant entendu parler des nouvelles débitées par le Capitaine Swan qui étoit à Baldivie, avoient fait rapporter l'argent à terre. Ces prisonniers nous apprirent aussi que les habitans de Truxillo bâtissoient tout prez de la mer un fort à Guanchaquo, qui est le port de mer de Truxillo, pour arreter ceux qui voudroient y faire décente".

[13]p.113 : "on jetta les yeux sur plusieurs villes, comme par exemple sur Guiaquil, Zana, Truxillo, & autres : mais enfin nous nous determinames pour Truxillo comme étant la plus importante, & par conséquent celle où nous pouvions faire selon toutes les apparences la capture la plus considerable, pourvû que nous pûssions nous en rendre maîtres, de quoi nous ne doutions nullement, quoique nous n'ignorassions pas que c'étoit une ville très peuplée. La plus grande difficulté consistoit à mettre pied à terre : Car Guanchaquo qui est le port de mer le plus proche de la place, quoi qu'il n'en soit qu'a 6 milles, est une lieu incommode pour une décente. Les pêcheurs mêmes qui y demeurent n'en peuvent pas sortir en moins de trois ou quatre jours".

[14] La somme des almojarifazgos s'élevait à 6 872 pesos 2 réaux 1/2 mais comprenait ceux collectés à Chérrepe, le port de Saña, pour un montant de 4 466 pesos 5 réaux. L'almojarifazgo de Chérrepe, autre port grand exportateur de farine, était versé dans les caisses de Trujillo au moins jusqu'au milieu du XVIIème siècle.

[15]Feyjoo de Sosa, 1763, p.13 : "En el año de mil seiscientos ochenta y siete perdió la Ciudad de Lima la fertilidad de sus campos en las cosechas de tan necesario mantenimiento, con el Terremoto grande de veinte de Octubre, que tambien fue destrucion de sus edificios, y muerte de muchos habitadores ; y en esta ciudad de Trujillo, donde unicamente se percibió como ruído, sin comocion particular, llegó igualmente a experimentarse la penuria de este comun beneficio. [...] la maligna influencia que pudo comunicarse por el ayre, o por los poros, y venas ocultas de la tierra, se estendio juntamente a la Provincias de Lambayeque y Piura, con distancia de doscientas leguas, quedando esteriles las Campañas de estas Costas, quando eran tan pingues, y abundantes, sin que fuese posible, por espacio de treinta años, recoger la misma semilla que se havia sembrado, respecto que aunque crecia, no llegaba a granar la espiga : al presente ya se va restaurando la virtud perdida, como sucede en Lima, y produce la tierra veinte y cinco fanegas por una ; mas como de las imediatas Provincias de Caxamarca, y Guamachuco vienen porciones crecidas para el abasto de esta Ciudad, se cultiva poco la referida mies ; los Labradores llaman a este tiempo la epidemia de los trigos, teniendo al dicho año de mil seiscientos ochenta y siete, como Epoca la mas infelíz, que causó la total ruína de sus utilidades, y comercios".

[16] Feyjoo de Sosa, 1763, p.126 : "Fue este dilatado valle de una grande utilidad a los hacendados, en tiempo que sus Campañas fueron abundantes en trigos, cuya esterilidad, que se noto en el segundo Capitulo, fue causa para que se destinasen los Labradores a cultivar haciendas para hacer azucar, cuya especie se ha hecho abundante en todo el Reyno, de lo que ha pendido tambien la decadencia de estos lugares. En esos tiempos se arrendaban los Diezmos de este Valle en nueve mil pesos al año ; y en este de mil setecientos y sesenta, por solo la cantidad de tres mil ochocientos y cincuenta, en que se manifiesta su grande diminucion".

[17] Feyjoo de Sosa, 1763, p.79 : "... en los efectos que producen estos Valles, se advierte, que la principal negociacion son los azucares, que se conducen a la ciudad de Lima para su expendio, donde se vende la arroba a diez y ocho, o veinte reales ; y fuera de este baxo precio, se padecen graves perjuicios, y atrasos por los Podatarios : tambien suelen venir al año una, u dos Embarcaciones pequeñas al Puerto de Guanchaco, de Panama, y Guayaquil, à conducir algunos quintales de harina, arroz, y otras menestras para abastecer estos Lugares ; pero esta negociacion es de muy poca entidad, y consideracion, solicitando unicamente los hacendados de estos Valles en la penuria, y constitucion del tiempo, mantienen escasamente sus familias, sin esperanzas de otro adelantamiento".

[18] Dampier et Stradling en 1704, Rogers et Cook en 1709. Le 26 mars 1709, ces derniers saisissent d'ailleurs une barque nommée Santa Josepha qui allait de Guayaquil à Trujillo. D'un port de 50 tonneaux, elle était chargée de bois de charpente, de cacao, de noix de coco et de tabac.

[19] AGN C17, Saña leg. 1293, cuad. 50, 1743-44 : "Almojarifazgos : Este es un ramo que anualmente hasta el año de 1736 rendia regularmente ochocientos ps y hubo por el conosido deterioro y ruyna de las haziendas ocasionada de estar perdidas por el mucho gravamen de censos no ha bajado navio ninguno de ocho años a esta parte contados desde el dho año de 736 pues en las mulas que hay en la tierra se conduzen los frutos a Lima y unicamente han bajado dos Barquillos pescadores..."

[20] d'après les chiffres présentés par John TePaske et Herbert Klein dans "The royale treasuries of the spanish empire in America, vol. I, Peru", 1982.


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Copyright © 1995  -  Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH  -  ISSN 1245 - 1517