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Ce qui suit ici n'est donc pas encore le commentaire d'un certain type de source ou la description d'un fonds particulier des archives vénézuéliennes. Je voudrais seulement présenter quelques informations générales sur l'organisation et le classement de la documentation déposée, d'après les catalogues que j'ai pu consulter[2], indiquer les possibilités de recherche offertes et insister particulièrement sur le matériel disponible pour le dernier XVIIIe siècle et la période immédiatement antérieure à l'indépendance.
"Tout chercheur étranger, qui souhaite travailler sur un sujet de l'histoire vénézuélienne, disait le directeur des archives[3], peut préparer son séjour de recherche à Caracas en écrivant avec anticipation, pour indiquer ses besoins précis[4]". Avis aux intéressés[5]. Mais cela ne concerne que les fonds déposés à Caracas et non pas les fonds régionaux ou provinciaux.
Pour amorcer l'approche de son objet de recherche, le chercheur dispose des "Índices", c'est-à-dire des volumes thématiques sur des sujets choisis, contenant des extraits des documents et des informations d'ordre général à propos du sujet en question. L'éventail chronologique présenté par ces instruments de travail introduit déjà les possibilités, mais aussi les limitations de l'univers documentaire disponible. Ces "Índices" ont servi à l'élaboration de fiches et fichiers, où l'information a été synthétisée.
Parmi les sujets disposant d'un plus grand nombre de "Índices" il y a principalement ceux qui rendent compte de l'évolution politico-institutionnel : les 40 volumes du Gouvernement et Capitainerie générale (1718-1821), les 28 volumes du Secrétariat de l'Intérieur et la Justice (1830-1880), ou les 12 volumes de l'Intendance du Département du Vénézuéla (1821-1824). Mais on peut observer également les 4 volumes qui présentent des extraits de documents sur l'évolution de la "Compañía Guipuzcoana[6]", entre 1757 et 1770, ou les 6 volumes qui retracent celle de la Régie du tabac, dans les dernières année de la période coloniale, entre 1760 et 1801.
Le Règlement des Archives générales de la nation (janvier 1979) établit que le matériel documentaire existant doit être classé en trois parties : 1) La Colonie (entre 1535 et environ 1810) ; 2) La Révolution - La Grande-Colombie (entre 1810 et 1830, approximativement) ; et 3) La République (depuis 1830, jusqu'en 1950[7]). Une quatrième partie existe, dans les faits, constituée par des copies de documents concernant l'histoire vénézuélienne, provenant des Archives étrangères, spécialement de Séville, de Simancas et de Londres ; cette dernière partie s'appelle ainsi "Traslados" (Copies transcrites)[8].
La documentation coloniale provient de l'ancien gouvernement du Vénézuéla (la "Gobernación") et de la Capitainerie générale du Vénézuéla, créée par Charles III, en 1777, pour réunir les provinces du Caracas, Cumaná, Maracaibo et Guayana, et les îles de Margarita et Trinidad[9]. Les grandes matières du classement de ces fonds sont les suivantes : (i) Politique et gouvernement ; (ii) Fonctionnaires civils et militaires ; (iii) Finances coloniales ; (iv) L'Eglise et le Patronat royal ; (v) Indigènes ; (vi) Commerce ; (vii) "Cabildos" (Municipalité) ; (viii) Questions sociales.
Dans la première des grandes matières, la seule rubrique de "Gobernación y Capitanía General" occupe 357 volumes, pour toute la période 1716-1821. Dans la deuxième grande matière de la documentation coloniale, la procédure du "juicio de residencia[10]" occupe 85 volumes couvrant la période 1699 et 1798, pour environ une trentaine de fonctionnaires. Dans la quatrième et cinquème grandes matières du classement, sont à mettre en relief les 50 volumes sur les "Encomiendas" et les relations entre Indiens et Espagnols, pour la période 1620-1718, et les missions d'évangélisation du XVIIe siècle. Les deux dernières grandes matières présentent de fonds sur la gestion municipale et la discrimination sociale et raciale.
Les fonds sont très nombreux dans la troisième et la sixième grandes matières, Finances coloniales et Commerce, celles qui ont retenu particulièrement notre attention. Soulignons en particulier la documentation concernant le "Real Consulado de Caracas[11]", en particulier les 100 volumes sur l'activité de cet organisme, couvrant la période 1786-1821, les procès-verbaux des réunions du "Consulado", entre 1793 et 1806, les "representaciones" (cahiers de demandes) adressées à la couronne, entre 1793 et 1808, les comptes et inventaires, pour la période 1794-1799, et les différents manuels, entre 1793 et 1810. Soulignons aussi le fonds documentaire de la "Real Compañía Guipuzcoana de Caracas" -dont nous avons parlé plus haut-, composé de 47 volumes couvrant la période 1726-1799, pour toutes les affaires qu'elle gérait, à Caracas et dans les autres provinces ; auxquels il faut ajouter, bien entendu, les volumes concernant la rebellion de Juan Francisco de León, dirigée contre la compagnie (1749-1752) et qui parvenait, dans un premier moment, à provoquer son départ du Vénézuéla.
Voici pour ce rapide premier contact sur le terrain avec les instruments de base de la recherche sur l'histoire vénézuélienne ; en attendant de pouvoir le développer dans très peu de temps.
[2] Le plus important était Herrera de W., M.L et Carmen A. Soto : "Guía del Archivo General de la Nación". Collection "Biblioteca Venezolana de Historia" n°. 28. Ministerio de Justicia. Caracas, 1984 ; 279 p.
[3] Un détail anecdotique, mais peut-être significatif : M. Briceño Perozo avait cru que l'objectif de ma demande de rencontre n'était autre que de lui adresser une plainte, contre le personnel ou contre le service...
[4] L'une des manières de rendre ses demandes plus précises, disait encore le directeur des archives, est de se renseigner sur l'état et l'évolution des fonds visés, à l'aide du "Boletín del Archivo General de la Nación". Ce périodique est disponible à la Bibliothèque nationale de Paris, au Département de périodiques : cote 8deg.Q 6603 ; le premier numéro date de mars 1938.
[5] L'adresse des archives : Archivo General de la Nación ; Avenida Urdaneta, Esquinas Santa Capilla y Carmelitas Ndeg. 15. Caracas. Vénézuéla. Les chercheurs français sont rares, disait le directeur des archives ; les plus nombreux proviennent des E.U.A et des Antilles. Il y a aussi très peu de chercheurs originaires d'autres pays latino-américains. Parmi les sujets préférés : la contrebande, les institutions politiques coloniales, les hommes de l'indépendance.
[6] Compagnie commerciale privilégiée, créée par de commerçants basques en 1728, avec l'accord de la couronne espagnole, pour exercer le monopole du comerce du cacao. En échange de cette concession, la "Guipuzcoana" devait surveiller les côtes vénézuéliennes et en finir avec la contrebande. Son influence allait s'étendre peu à peu, jusqu'à devenir un véritable gouvernement local, parallèle à celui de la couronne. La "Guipuzcoana" mécontentait sensiblement les planteurs et commerçants du pays, principalement par la baisse du prix d'achat du cacao, que sa qualité de monopole lui permettait, mais aussi parce qu'elle leur empêchait l'accès à d'autres marchés. L'étude de la "Guipuzcoana" et des contradictions sociales qu'elle suscitait permet de donner un coup de projecteur à la particularité des élites coloniales vénézuéliennes, confrontées à la puissance métropolitaine. Elle permet en même temps l'analyse, en un seul organisme politico-commercial -aussi bien colonial que péninsulaire-, des tensions provoquées par la libéralisation progressive des échanges entreprise par les réformes bourboniennes. Un processus qui ménera à la disparition de la "Guipuzcoana", au début des années 1780.
[7] Le directeur Briceño Perozo m'a signalé que, depuis quelques années déjà, aucun fonds provenant de l'Administration n'avait été admis aux Archives, les locaux étant trop encombrés. Un bâtiment nouveau des Archives nationales est actuellement en construction, près du Panthéon national.
[8] D'autres initiatives de "rescate" (récupération) de fonds d'origine étrangère existent au Vénézuéla ; signalons, par exemple, la FUNRES, de l'Académie nationale de l'histoire.
[9] Ces provinces dépendaient jusque là du vice-royaume de Nouvelle-Grenade. La province de Caracas avait dépendu, jusqu'en 1717, de l' "Audiencia" de Saint-Domingue.
[10] Institution judiciaire coloniale qui devait, théoriquement, réviser -a posteriori- le comportement et la conduite des fonctionnaires, grâce à l'instruction menée par un juge désigné par le Conseil des Indes, et qui pouvait fixer des sanctions contre le fonctionnaire en question.
[11] Organisme des planteurs et commerçants de la principale province de la Capitainerie, constitué dès les premières années de la décennie 1780, avec un réseau d'agents dans les ports majeurs de la côte : Maracaibo, La Guaira, Puerto Cabello, Cumaná et Barcelona. Les différentes tendances du "Pacte colonial" et de la libéralisation des échanges devaient s'y affronter.
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Copyright © 1994 - Equipe Histoire et Société de l'Amérique latine / ALEPH - ISSN 1245 - 1517