Equipe Histoire et Sociétés de l'Amérique latine - aleph


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SCHLUPMANN, Jakob

 
Courriel : schlupm@ccr.jussieu.fr

Thèse de doctorat : "La structure agraire et le développement d'une société régionale au nord du Pérou. Piura, 1588-1854. Université de Paris VII-Denis Diderot. Paris, 1994, 2 vol.

Thèmes de recherche
Histoire sociale et économique, structures agraires, commerce et trafic maritime, Pérou, Pacifique ibérique, XVIe-XVIIIe siècles

Publications :
- "Yapatera, del siglo XVI al siglo XX", in Ponencias CIPCA al III Seminario de Investigaciones Sociales en la Región Norte, pp. 107-137. Piura 1990.
- "Structure agraire et formation d'un ordre social au nord du Pérou: Piura à l'époque coloniale", in Bull. Inst. fr. études andines, 1991, 20 (2) : 461-488. IFEA, Lima.
- "Guide pratique pour un travail de recherche sur l'histoire régionale du Pérou : le cas de Piura", in Histoire et Sociétés de l'Amérique Latine, n° 1, mai 1993, pp. 26-33. Université de Paris VII.
- "Commerce et navigation dans l'Amérique espagnole coloniale : le port de Paita et le Pacifique au XVIIIème siècle", in Bull. Inst. fr. études andines, 1993, 22 (2) : 521-549. IFEA, Lima.
- "Le commerce maritime à Trujillo (Pérou) aux XVIIe et XVIIIe siècles", in Histoire et Sociétés de l'Amérique Latine, n° 3, mai 1995, pp. 26-33. Université de Paris VII.
- "Le crédit à l'époque coloniale : une affaire de l'Eglise ?"in Histoire et Sociétés de l'Amérique Latine, n. 4, mai 1996, pp.. Université de Paris VII.
- Les sources historiques dans les Tiers-Mondes. Approches et enjeux. Textes rassemblés par Pascale Besancon, Ruben Camara, Issiaka Mande, Jakob Schlüpmann. L'Harmattan, Paris 1997.
- "L'Archivo Histórico de Límites et les registres de notaires de l'extrême nord du Pérou", in Histoire et Sociétés de l'Amérique Latine, n° 6, novembre 1997, pp. 17-24. Paris - Aleph.


Recherche en cours : "Le Pacifique ibérique du 17ème au 19ème siècle : échanges, productions locales et vie quotidienne sur les côtes américaines"

Les travaux sur le Pacifique ibérique à l'époque coloniale : état des lieux

Le déficit en études sur les échanges entre régions du versant pacifique de l'Amérique espagnole est saisissant comparé à l'abondance des travaux sur l'évolution du trafic entre la Péninsule ibérique et ses colonies. En effet, les recherches sur le commerce "extérieur" ont été privilégiées aux études sur les échanges entre les régions de l'empire colonial pour plusieurs raisons liées à l'orientation idéologique de ces recherches. De plus, on manque encore d'analyses quantitatives faites à partir de séries homogènes sur l'activité économique à l'époque coloniale. Or, pour mesurer cette activité économique, selon P. Chaunu "le plus simple après les prix, ce sont les échanges; les plus significatifs, les plus lourds, les plus faciles à saisir aussi, ce sont les échanges maritimes", d'autant plus d'ailleurs que d'autres indicateurs de l'évolution des échanges tels que l'alcabala, ne sont que rarement disponibles pour les 17ème ou 18ème siècles.

Travailler sur les séries fiscales des entrées et sorties portuaires est donc particulièrement utile puisque les travaux abordant la question du trafic maritime entre régions du Pacifique ibérique à l'époque coloniale sont rares et en général ponctuels. En 1944, Manuel Moreyra Paz Soldán s'attaqua en pionnier à une étude des sorties du port de Callao au début du 18ème siècle. Sa monographie se limitait toutefois à l'analyse d'un seul registre portuaire. De même, l'article que Marie Helmer publia en 1965 sur le mouvement du port du Callao au début du 17ème siècle, n'utilisait qu'un seul registre. Entre temps, P. Chaunu échappant de son travail sur l'Atlantique s'était intéressé au trafic entre Acapulco et Manille. Ce sont là les principaux ouvrages concernant les échanges maritimes dans les mers du Sud. De l'examen de ces titres, il ressort le besoin d'une série de monographies sur des ports moins centraux, puis d'une synthèse sur la circulation des marchandises et l'évolution des activités maritimes à l'époque coloniale.

Dès 1991, dans le cadre de ma thèse et à la recherche de séries pouvant éclairer la conjoncture régionale, je me suis attaché à l'étude des registres d'almojarifazgo du port de Paita au nord du Pérou. J'ai exposé l'intérêt et les limites de ce type de sources dans un article publié en 1993. En 1994, une mission CNRS au Pérou dans le cadre du PICS 125 m'a donné l'occasion de revenir sur ce sujet et d'entreprendre l'inventaire de la fiscalité portuaire du 17ème au 19ème siècle : l'ampleur de la documentation et les travaux nécessaires à sa critique ont alors fait que cette recherche m'est apparue comme un travail de longue haleine. Un nouveau résultat intermédiaire de cette recherche a été un article sur le déclin des ports de Trujillo sur la côte nord du Pérou au 18ème siècle publié dans le numéro 3 de la revue Histoire et sociétés de l'Amérique latine (mai 1995).

Sources, méthodologie.

Un premier constat s'impose lorsque l'on a abordé les sources fiscales coloniales : cet énorme fonds d'archives latino-américaines a été peu exploité et par conséquent les conditions de sa constitution peu critiquées jusqu'à présent. Il y a trois types de sources d'origine fiscale concernant l'activité maritime. Les plus courants sont sans conteste les registres d'almojarifazgo. Disponibles pour bon nombre de ports, ces registres sont de facture et de qualité informative très variées : certains vont jusqu'à détailler les marchandises importées ou exportées, d'autres ne donnent que le montant de la taxe payée. Pour le Callao, plus important port du Pacifique ibérique et point de rupture obligatoire, il existe des registres portuaires d'entrées ou de sorties des navires qui font eux l'inventaire systématique des cargaisons. Enfin, des feuilles de route ou registres de bord se retrouvent disséminés au gré des destinations finales des navires dans tous les ports de la côte. La plupart sont néanmoins conservés à Lima. Ils permettent entre autres d'étudier les équipages, la durée des voyages et des escales.

Au premier abord, les sources sont rares pour le 16ème siècle, plus nombreuses à partir du 17ème siècle et foisonnantes à partir des réformes bourboniennes de la fin du 18ème siècle, lorsque le système des caisses royales cède la place aux circonscriptions douanières. C'est pourquoi je fixe la limite chronologique inférieure de cette recherche au début du 17ème siècle. La limite supérieure n'est elle pas tant déterminée par la rupture événementielle que constituent les indépendances politiques du début du 19ème siècle, que par la modification de l'assiette de recouvrement des taxes et le tarissement de certaines sources fiscales vers 1830.

Un premier travail a donc consisté à localiser les différents registres, et plus largement à répertorier les sources fiscales coloniales ayant survécu dans les villes portuaires de la côte ouest de l'Amérique latine. Ce travail a largement été effectué au cours de missions précédentes et a permis de constituer un corpus important de données

Hypothèses, questions.

L'étude du trafic maritime de l'Amérique latine au cours de l'époque coloniale a pour objectif de répondre à un certain nombre de questions dont l'actualité est certaine lorsque l'on analyse les déboires de l'intégration andine au 20ème siècle.

L'hypothèse première est que les limitations imposées au commerce par la métropole espagnole à ses colonies du versant pacifique de l'Amérique contrarièrent à long terme le développement des régions côtières et les rendirent vulnérables lorsque le commerce fut libéralisé. Avec les réformes bourboniennes, la faible intégration économique et les échanges interrégionaux développés au cours du 17ème et 18ème siècles auraient été brisés par la forte orientation vers l'extérieur du commerce de l'Amérique espagnole.

Un certain nombre d'interrogations découle de cette hypothèse : l'interdiction du commerce entre la Nouvelle Espagne et le vice-royaume fut-elle réelle ? Quels furent les principaux circuits marchands ? Qui furent les principaux bénéficiaires de ces échanges ? Quel fut l'effet de la libéralisation du commerce - et donc des importations - sur les économies locales à la fin de l'époque coloniale ? Quelles furent les conséquences des diverses fiscalités qui frappaient les échanges ?

Une question d'ordre plus général se pose alors : qu'est ce qui des marchés, des intervenants extérieurs ou des acteurs locaux fut responsable du non-développement de l'Amérique espagnole à la fin de la période coloniale et au 19ème siècle ? En somme, il s'agit ici de comprendre pourquoi, après un 17ème siècle de forte croissance, les deux siècles suivants consacrèrent le sous-développement de l'Amérique latine. Pourquoi, par exemple, les grands propriétaires fonciers du Pérou abandonnèrent-ils l'exploitation directe de leurs terres et une économie de substitution des importations, pour ne vivre que de l'exploitation du monopole des terres qu'ils affermaient à une population montante ? Contraction, pression des marchés ou diminution de la production à l'exportation : quelle fut l'origine du processus de transformation des élites latino-américaines en élites rentières?