retour à la page précédente

AMIANTE - JUSSIEU

Dossier d'information

Comité Inter Établissements Amiante du 2 décembre 1996

Ce document a été établi afin de répondre à un certain nombre de questions posées par les personnes travaillant à Jussieu. Il a été adopté par le Comité Inter Etablissements Paris 6, Paris 7, IPGP du 2 décembre 1996. Les fiches "santé" ont été proposées par la "sous-commission médicale", émanant du Comité Inter Etablissement et présidée par le Professeur Hirsch.

SOMMAIRE DES QUESTIONS

Première partie : l'amiante à Jussieu

  • 1) L'amiante floqué, où ? Quel degré actuel de protection ?
  • 2) Quelles procédures de nettoyage ?
  • 3) Les services médicaux vous informent sur la surveillance des personnels exposés a l’amiante.
  • 4) Cas de maladies professionnelles reconnues ou en cours de déclaration chez les personnels de jussieu.
  • Deuxième partie : amiante et santé

    Introduction par le Professeur Hirsch
     
  • 1) Qu'est-ce-que l'amiante ?
  • 2) Pourquoi a-t-on utilisé aussi largement l'amiante ?
  • 3) Quelles ont été les principales utilisations de l'amiante ?
  • 4) Quelles sont les professions aujourd'hui exposées à l'amiante ? 
  • 5) Quelles sont les principales circonstances d'exposition à l'amiante ?
  • 6) Comment peut-on mesurer la quantité de fibres d'amiante présentes dans l'air ? 
  • 7) Évaluation du risque pour la santé dans les bâtiments contenant de l'amiante. 
  • 8) Quelle est la réglementation concernant la mesure de l'empoussiérage en France? 
  • 9) Comment peut-on mettre en évidence la présence d'amiante dans l'organisme ? 
  • 10) Peut-on, chez un sujet donné, affirmer ou infirmer l'exposition à l'amiante ? 
  • 11) Qu'appelle-t-on "corps asbestosiques" ? 
  • 12) Quels sont les effets sur la santé de l'exposition à l'amiante ? 
  • 13) Y a-t-il un délai entre le début de l'exposition à l'amiante et l'apparition d'une maladie liée à cette exposition ? 
  • 14) Qu'est-ce-que l'asbestose ? 
  • 15) Qu'est-ce-que la plèvre ?
  • 16) Qu'est-ce-qu'une plaque pleurale ? 
  • 17) Qu'appelle-t-on pleurésie bénigne de l'amiante ? 
  • 18) Place du scanner thoracique dans le dépistage radiologique des maladies liées à l'amiante. 
  • 19) L'exposition à l'amiante augmente-t-elle le risque de cancer ?
  • 20) Certaines fibres d'amiante sont-elles sans risque ? 
  • 21) Quelle fraction des cancers du poumon est attribuable à l'amiante ? 
  • 22) Quel est le lien entre tabagisme, amiante et cancer du poumon?
  • 23) Quelle est l'incidence des mésothéliomes "spontanés" sans exposition à l'amiante démontrée ? 
  • 24) Quelle est l'évolution actuelle de la fréquence du mésothéliome dans les pays industrialisés ? 
  • 25) Quel est le nombre de décès attribuables, en France, à une exposition à l'amiante ? 
  • 26) Quelles sont les particularités du mésothéliome de la plèvre ? 
  • 27) Le risque de maladie liée à l'amiante est-il plus important chez l'homme que chez la femme ? 
  • 28) Quelle est la part d'une éventuelle composante environnementale intra-murale ou urbaine dans l'épidémie des mésothéliomes observée dans les pays industrialisés ? 
  • 29) Que sait-on du risque de maladie liée à l'amiante pour les sujets exposés dans les batiments contenant de l'amiante et dans l'environnement urbain ? 
  • 30) Quelles sont les raisons qui peuvent amener à penser qu'un risque de maladie est lié à l'exposition environnementale (passive intra-murale et urbaine) à l'amiante ? 
  • 31) Quel risque de cancer (broncho-pulmonaire et mésothéliome) peut-on attribuer aux expositions environnementales continues passives de type intra-mural au niveau 25 F/l ? 
  • 32) Estimations des nombres supplémentaires de décès par cancer du poumon et mésothéliome jusqu'à l'âge de 80 ans attribuables à une exposition continue à l'amiante en fonction du niveau des expositions. 
  • 33) Peut-on soigner et avec quels résultats, les maladies liées à l'inhalation de poussières d'amiante ? 
  • Annexe : la notion de risque

    L'expertise collective INSERM (juin 1996) a servi de base de référence pour la rédaction de la plupart de ces fiches.




    Première partie : l'amiante à Jussieu

    SOMMAIRE

    1) L'AMIANTE FLOQUÉ, OÙ ? QUEL DEGRÉ ACTUEL DE PROTECTION ? 

    OÙ SE TROUVE L'AMIANTE A JUSSIEU ?

    OÙ NE TROUVE-T-ON PAS D'AMIANTE A JUSSIEU ? ETUDE ET CLASSEMENT EN ZONES

    Une étude a été effectuée par le groupement SETEC-FIBRECOUNT-EUROTEC-BRGM sur le traitement des surfaces amiantées, la sécurité électrique et la sécurité incendie à la fin de l'année 1995.

    Cette étude donne un classement des zones du gril par une évaluation de 1 à 4 de la protection contre les fibres d'amiante.

    Le classement des zones du gril a été effectué après visite des locaux et étude de l'état de dégradation du flocage par des experts. Dans les cas où les lieux n'ont pas été accessibles aux entreprises, le classement provient alors surtout de l'analyse de l'état des plafonds des rotondes correspondantes.

    Les rez-de chaussée ont été traités en 1978-1979 afin d'encapsuler le flocage d'amiante avec un crépi appliqué sur un support de grillage métallique. "Ce crépi est généralement en bon état et ne présente dans l'immédiat pas de danger d'émission de fibre d'amiante", à part le local de la BIUSJ près de la rotonde 46, conclut le rapport. Le rez-de-chaussée du gril ne figure donc pas dans le classement des zones.

    LE TABLEAU EST DISPONIBLE DANS LE RAPPORT DE SYNTHÈSE DU 26 AVRIL 1996 : "TRAITEMENT DES SURFACES AMIANTÉES DU CAMPUS DE JUSSIEU
    DIAGNOSTIC ET ÉTUDE DE FAISABILITÉ"

    NB : Ces "degrés de protection" ne doivent pas être confondus avec les niveaux 1,2 et 3 déterminés lors du diagnostic amiante prévu dans le décret Santé de 1996 (cf fiche 8).
     

    SOMMAIRE

    2) QUELLES PROCÉDURES DE NETTOYAGE ? 

    Il est impératif de bannir le nettoyage à sec car il favorise la dispersion des poussières qui pourraient contenir des fibres d'amiante.

    Pour le nettoyage courant des locaux, il est recommandé :

    Pour les situations exceptionnelles, telles que déménagements, nettoyage de locaux très empoussiérés, ..., situations susceptibles de créer des pics de pollution : Des méthodes de travail seront alors précisées et une protection individuelle sera recommandée (port de masques adaptés, voire de combinaisons).

    LES MATÉRIELS ADÉQUATS (aspirateurs à filtre absolu, masques de type P3, combinaisons) sont disponibles dans les services suivants :
     

    Université Paris 6
    SERVICE HYGIÈNE ET SÉCURITÉ
    Bâtiment G - tél. : 01 44 27 59 55
    Université Paris 7 et l'IPGP
    SERVICE DE SÉCURITÉ DU TRAVAIL
    Tour Centrale, 1er étage - tél. : 01 44 27 57 53

    SERVICE DU NETTOIEMENT
    Tour Centrale, 1er étage - tél. : 01 44 27 61 18

    Note
    Des nouveaux tests permettront d'affiner les procédures pour les locaux protégés des pics de pollution par les films plastiques collés sur les plafonds et les bavettes posées au-dessus des fenêtres. Consulter les services compétents des établissements.
     

    SOMMAIRE

    3) LES SERVICES MEDICAUX VOUS INFORMENT SUR LA SURVEILLANCE DES PERSONNELS EXPOSES A L’AMIANTE 

    Nous rappelons que tous les personnels, y compris CES et CDD, enseignants et IATOS, de même que les étudiants de 3° cycle des disciplines à risques particuliers doivent être convoqués au moins une fois par an pour une VISITE MEDICALE (ceci à partir des listes demandées par les services médicaux et communiquées par les différentes composantes de l’Université). Il en est de même pour les personnels CNRS, INSERM, ou d’autres administrations qui ont passé un contrat avec les Universités Paris 6 et Paris 7*.

    Cette visite comprend un examen clinique et des examens complémentaires définis en fonction des risques professionnels.

    Elle a un CARACTERE OBLIGATOIRE selon les termes du décret du 28 mai 1982 modifié par le décret du 9 mai 1995 relatif à l’hygiène et à la sécurité ainsi qu’à la médecine de prévention dans la Fonction Publique.

    Les expositions à l’amiante, de même que les risques (chimiques, biologiques, physiques, etc..) auxquels sont soumis les salariés, sont notés dans une fiche dite “Fiche individuelle des risques professionnels”.

    Le RISQUE de MALADIE lié à L’AMIANTE donne lieu à une surveillance médicale spéciale, et ceci depuis 1978.

    Lors de la visite médicale, un interrogatoire permet de préciser la nature de l’exposition (professionnelle, para-professionnelle, ou exposition environnementale) ainsi que la durée de cette exposition. Il s’agit d’établir de façon la plus rigoureuse possible un calendrier professionnel.

    Suivant le type d’exposition, trois groupes de personnels à surveiller ont été constitués, selon le protocole établi en 1978 :

    Le contenu de la surveillance spéciale individuelle est le suivant pour l’instant : Pour un certain nombre de postes de travail, les risques sont bien connus ; mais, que sait-on du risque pour les sujets exposés dans les bâtiments contenant de l’amiante et dans l’environnement urbain ?

    Les données épidémiologiques permettant de répondre à la question d’un risque éventuel pour les sujets exposés dans les bâtiments contenant de l’amiante et dans l’environnement urbain sont pratiquement inexistantes. Cet état de fait ne permet pas d’affirmer qu’un tel risque est exclu, ni même qu’il ne pourrait être que faible.

    L’enquête épidémiologique qui avait été entreprise à Jussieu dès les années quatre-vingt sera poursuivie. Le protocole de surveillance établi en 1978, pourrait être amené à subir de nouvelles modifications.

    Par ailleurs il faut savoir que le délai d’apparition des maladies liées à l’amiante est long, de 30 à 40 ans ; il est peut-être plus long en cas d’exposition purement environnementale.

    Une surveillance médicale adaptée doit s’exercer tout au long de la carrière et après la cessation d’activité.

    En cas de changement d’affectation, le dossier est transmis, avec l’accord du salarié, au service médical du nouvel établissement.

    Une attestation d'exposition à l'amiante peut être demandée à l'employeur et au médecin du travail en cas de départ, soit par mutation, soit à la retraite.

    Après la cessation d’activité, le suivi post-professionnel est assuré par le service médical de l’université. D’autres modalités de suivi sont possibles. Nous vous conseillons de signaler au service médical votre départ en retraite afin que puisse être organisé le suivi post-professionnel. Cette surveillance est rendue obligatoire pour les travailleurs en contact avec le matériau amiante, selon les termes du décret n° 96-98 du 7 février 1996.

    En cas de déclaration de maladie professionnelle, les services médicaux et les services sociaux des universités ont pour mission de vous aider dans vos démarches.

    Les Personnels des Services Médicaux sont à votre disposition pour répondre à toutes les questions que vous vous posez.
     

    Université Paris 6
    Service Médical
    Tour 54-00 rez-de-chaussée
    01 44 27 39 33

    Les étudiants des 1er et 2ème cycles sont suivis par
    MÉDECINE PRÉVENTIVE ET DE PROMOTION DE LA SANTÉ DES ÉTUDIANTS
    15 rue de l'École de Médecine 75006 - Paris
    01 43 26 43 61

    Université Paris 7
    Service Médical
    Tour 54-00 rez-de-chaussée
    01 44 27 61 04

    Les étudiants des 1er et 2ème cycles sont suivis par
    MÉDECINE PRÉVENTIVE ET DE PROMOTION DE LA SANTÉ DES ÉTUDIANTS 
    200 rue du Faubourg Saint Denis 75010 - Paris
    01 40 36 10 83

    SOMMAIRE

    4) CAS DE MALADIES PROFESSIONNELLES RECONNUES OU EN COURS DE DÉCLARATION CHEZ LES PERSONNELS DE JUSSIEU 

    A - Personnels CNRS et Université : Paris 6, I.P.G.P

    21 cas de maladies rapportées à l’amiante ont été dépistés chez le personnel de Jussieu appartenant à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6), à l’Institut de Physique du Globe de Paris, au CNRS.

    Ces 6 personnes ont toutes occupé entre 1966 et 1970 les premiers locaux construits, situés entre les tours 12-13-14 et 33-432.
    Ces données se réfèrent aux éléments connus du Service médical de Paris 6 en novembre 1996.

    B - Personnels CNRS et Université : Paris 7

    6 cas de maladies rapportées à l’amiante ont été dépistés parmi les personnels de Jussieu, appartenant à l’Université Denis Diderot (Paris 7) et au CNRS.

    5 cas de maladies professionnelles ont été reconnus ; 1 est en cours de déclaration. Ces données se réfèrent aux éléments connus du Service médical de Paris 7 en novembre 1996.

    Note
    1 - Les risques d’exposition concernent de nombreuses activités : chantiers navals, postes de soudage, postes de soufflage de verre, opérations de calorifugeage (chauffage, fours, cabines), découpage de plaques ou de tissus d’amiante, utilisations d’outils et de protections contenant de l’amiante, interventions techniques sur les parties floquées, balayage ; présence dans l’environnement direct du site où se déroulent ces activités.

    2 - Par ailleurs ce site regroupe 16 des 21 cas, et 2 autres y séjournaient dans la deuxième moitié des années 60.

    *************

    Deuxième partie : amiante - santé

    Ces fiches d'information, rédigées par les membres de la commission médicale du Comité Inter Établissements sur l'amiante de Jussieu, ont pour objectif de mettre à la disposition des personnes séjournant sur le campus universitaire l'état des données concernant les effets sur la santé de l'exposition à l'amiante. Nous avons tenté de résumer en langage accessible des données complexes, et nous n'avons pas hésité à souligner les incertitudes qui restent nombreuses dans ce domaine. Nous sommes conscients que la forme impersonnelle de ce type de documents possède ses limites. Leur lecture suscitera très certainement des demandes d'explications. Seule l'écoute, dans une atmosphère de confiance et de confidentialité, est susceptible de répondre aux interrogations que chacun peut se poser. Les personnels des services de médecine de prévention sont disponibles pour apporter toutes les informations complémentaires. Nous souhaitons, par cette procédure permettant d'établir une communication entre ceux qui s'interrogent et ceux qui sont là pour écouter, répondre et conseiller, atteindre le juste niveau d'information, en évitant les deux écueils de l'anesthésie ou de l'affolement.

    Albert Hirsch
     

    SOMMAIRE

    1) QU'EST-CE-QUE L'AMIANTE ? 

    Amiante est un terme générique qui recouvre une variété de silicates formés naturellement au cours du métamorphisme des roches. Une opération mécanique appropriée transforme ces silicates en fibres minérales utilisables industriellement.

    On distingue deux familles minéralogiques :

    SOMMAIRE

    2)POURQUOI A-T-ON UTILISÉ AUSSI LARGEMENT L'AMIANTE ? 

    Certaines propriétés physiques et chimiques ont fait l'intérêt des fibres d'amiante :

    SOMMAIRE

    3) QUELLES ONT ETE LES PRINCIPALES UTILISATIONS DE L'AMIANTE ? 

    1 - Secteur de la construction

    2 - Autres secteurs

    De très nombreux secteurs d'activité ont recours à l'amiante (cartons et papiers, textiles, joints, garnitures de frein et embrayage, objets moulés et calorifugés, etc).

    NB : L'amiante a été beaucoup utilisé dans les laboratoires de physique et de chimie, en bourre, tresses, cordons et plaques et chez les souffleurs de verre, pour ses propriétés d'isolant thermique.
     

    SOMMAIRE

    4) QUELLES SONT LES PROFESSIONS AUJOURD'HUI EXPOSÉES À L'AMIANTE ? 

    L'analyse des données de mortalité par mésothéliome, montre dans les pays industrialisés, que les professions les plus touchées sont les tôliers-chaudronniers et les carrossiers ; on trouve ensuite les plombiers, les charpentiers et les électriciens ; globalement c'est le secteur du bâtiment qui contribue le plus à la mortalité par mésothéliome.

    Compte tenu du temps de latence du mésothéliome, ces données fournissent une image de l'exposition à l'amiante au début des années 60. Actuellement, ce sont les personnes qui interviennent au contact de l'amiante en place dans les bâtiments qui sont les plus exposées : ouvriers du bâtiment, personnels de maintenance, cablage téléphonique ou informatique.
     

    SOMMAIRE

    5) QUELLES SONT LES PRINCIPALES CIRCONSTANCES D'EXPOSITION À L'AMIANTE ? 

    NB : Le fait d'avoir été soumis durant son activité salariée à une exposition due à la dégradation des flocages à l'amiante du bâtiment est une exposition professionnelle au sens de la reconnaissance des maladies professionnelles et une "exposition passive intramurale" dans la classification du rapport INSERM.
     
    SOMMAIRE

    6 - COMMENT PEUT-ON MESURER LA QUANTITÉ DE FIBRES D’AMIANTES PRÉSENTES DANS L’AIR ? 

    La concentration de fibres d’amiante dans l’air est généralement comptée en fibres par litre d’air (F/l). Légalement les concentrations pour les ouvriers travaillant dans des chantiers de désamiantage sont encore comptées en fibres par centimètre cube (F/cm3). En multipliant par 1 000 on retrouve un nombre de fibres par litre. En l’état actuel de la législation française, pour les ouvriers intervenant au contact de l'amiante, le seuil ne devant pas être dépassé est de 0,1 F/cm3 -soit 100 F/l. Pour la population exposée dans les bâtiments, les seuils sont de 25 F/l et de 5 F/l ; ils constituent des cotes d'alerte (voir fiche 8 pour plus de détails). En fin d'un chantier de désamiantage le seuil est légalement fixé à 5 F/l maximum. (A Jussieu, il est exigé 1 F/l en fin du chantier pilote du GPS).

    Il est évidemment plus difficile de compter des fibres dont les tailles sont de l’ordre du micron (millième de millimètre) que des pommes dans le sac du fermier. Dans les comptages, ne sont retenues que les fibres dont les longueurs sont supérieures à 5 microns, les diamètres inférieurs à 3 microns et dont le diamètre est au moins trois fois plus fin que la longueur.

    Si les techniques de prélèvement d'air et de comptage des fibres sont relativement au point, l'interprétation des résultats est beaucoup plus délicate : les conditions dans lesquelles se font les mesures influent beaucoup sur les résultats (présence et activité de personnes, fonctionnement de machines, vibrations, courant d'air, humidité,...). Il faut donc toujours préciser les conditions dans lesquelles les prélèvements d'air sont effectués.

    Pour réaliser ces mesures, diverses méthodes d’analyse sont disponibles avec des avantages et des inconvénients pour chacune.

    Au départ il y a toujours une pompe qui aspire l’air à analyser pendant un certain temps. Ce temps fonction de la méthode retenue, de la législation et du problème à étudier. Il peut être de l’ordre d’une heure à plus 36 heures. Pour les mesures légales (surveillance de l’atmosphère respirée par les ouvriers ou mesures de début et de fin de chantier) les textes déterminent le débit des pompes, le temps de prélèvement, le type de méthode, ...

    Pour les mesures supplémentaires non strictement obligatoires, il convient de choisir une méthode et de déterminer les divers paramètres en fonction du but recherché (si l’on veut mesurer l’impact d’une opération de perçage qui dure quelques minutes il est évident que le pompage doit être du même ordre).

    L’emplacement de l’embout de pompage doit être déterminé avec soin et bon sens. En ce qui concerne les mesures qui sont imposées par des obligations légales, seuls des organismes homologués, dont la liste est publiée au Journal Officiel, sont habilités à effectuer les prélèvements et/ou les analyses. Ce n’est pas le cas pour des mesures complémentaires qu’un maître d’ouvrage peut décider pour améliorer la surveillance de ses locaux.

    On peut répartir les méthodes en deux grandes catégories :

    Si les premières semblent les plus intéressantes, elles sont malheureusement plus chères (de l’ordre de 5 000 F la mesure contre 500 F pour les secondes) et plus lentes (minimum deux jours pour l'analyse) car nécessitant des manipulations plus complexes.

    Les résultats sont toujours rendus avec des marges d’erreur.

    Toutes les mesures en microscopie consistent à observer les fibres qui ont été piégées sur des filtres spéciaux disposés dans l’embout des pompes. Selon la méthode retenue, les filtres sont soumis à divers traitements permettant d’éliminer certaines impuretés. Il existe deux normes AFNOR précisant les protocoles d'analyse (NFX 43 050 de 1996 pour la microscopie électronique et NFX 43 269 de 1991 pour la microscopie optique). Les décrets du 7 février 1996 renvoient à l'utilisation de la technique META avec 36 h de prélèvement pour la protection de la population (décret Santé) et MOCP avec 8 h de prélèvement pour celle des travailleurs de l'amiante (décret Travail).

    En microscopie électronique il existe une autre méthode qui à l’avantage d’être deux à trois fois moins chère. Il s’agit de la microscopie à balayage analytique (MEBA) qui est intéressante pour des mesures complémentaires, en raison de son plus faible coût, bien que légèrement moins précise.

    Avec un niveau de qualité équivalent à la microscopie optique, il est aussi possible d’utiliser un appareil de mesure portable et quasi instantané, qui utilise un laser pour effectuer le comptage des fibres. Jussieu s’est équipé de plusieurs de ces appareils, dits "fiber count", qui permettent en temps réel d’avoir une idée du niveau de pollution en fibres, y compris en fibres d’amiante. En diverses occasions il a été possible de comparer leurs résultats à ceux obtenus avec les autres méthodes, les écarts restent acceptables. Une fois l’important investissement effectué, ces appareils ont le grand avantage de ne plus nécessiter des dépenses et de fonctionner en temps réel.

    Leur inconvénient majeur est que, comme pour les méthodes de type microscopie optique, l’appareil compte les fibres quelle qu’en soit la nature. Si un doute existe, il faut alors investir dans des mesures classiques. On peut estimer que l’air de Jussieu ne contient pas que des fibres d’amiante et qu’à l’inverse cet air n’est jamais exempt de telles fibres. Les appareils de ce type sont munis de dispositifs qui permettent de ne prendre en compte que les fibres dont les tailles sont entre certaines limites par exemple plus de 3 microns de longueur et d’un diamètre au moins trois fois inférieur à leur longueur. Ils ne comptent pas les autres poussières. La reconnaissance se faisant sur la forme il ne peut être question, comme avec les mesures en microscopie optique, de détecter la nature de la fibre (amiante ou non).

    Ce sont de très bons appareils d’alarme car si on observe un faible nombre de fibres alors il y a encore moins de fibres d’amiante. Ils sont très pratiques pour comparer les situations avant et après travaux dans un même local.

    Il est aussi intéressant dans certains cas de procéder à des frottis sur certaines surfaces ou à des prélèvements de matériaux douteux pour déterminer s’il y a de l'amiante et quelles variétés sont présentes.

    Pour ces recherches dans les matériaux et non pas dans l'air, il est alors fait appel à de la microscopie optique en lumière polarisée (MOP) ou à de la microscopie électronique à transmission analytique (META).
     

    SOMMAIRE

    7) ÉVALUATION DU RISQUE POUR LA SANTÉ DANS LES BÂTIMENTS CONTENANT DE L'AMIANTE. 

    Il est certain que ce risque (voir en annexe la définition du "risque") est très important pour les personnes intervenant sur les matériaux (agents de maintenance et de nettoyage, câbleurs, électriciens, plombiers, etc).

    Il n'est pas possible, dans l'état actuel des connaissances, de quantifier le risque pour les personnes séjournant dans ces bâtiments.
    Les mesures d'empoussièrement (nombre de fibres d'amiante dans l'air) fournissent un instrument utile mais délicat à interpréter :

    Ces considérations ont justifié l'introduction d'un diagnostic visuel (pratiqué depuis longtemps en Allemagne et en Suisse et introduit en France par le décret de février 1996) destiné à repérer les sources de pics de pollution en évaluant l'accessibilité, l'état de dégradation. On peut regretter que la législation française n'exige pas une prise en compte des activités susceptibles d'augmenter la pollution.

    Exemple : les diverses mesures de fond de pollution effectuées à Jussieu depuis 20 ans varient de moins d'une fibre à une trentaine de fibres par litre. Par contre on a mesuré plus de 100F/l lors de déménagements, plus de 1000F/l lors de brossage de murs, plus de 10 000F/l lors d'intervention dans les gaines techniques floquées.
     

    SOMMAIRE

    8) QUELLE EST LA RÉGLEMENTATION CONCERNANT LA MESURE DE L'EMPOUSSIÉRAGE EN FRANCE ? 

    Elle consiste essentiellement en deux décrets récents (7 février 1996).

    Rappel : le flocage à l'amiante des bâtiments a été interdit en France en 1978 (décret du 20 mars).

    Note :
    Les valeurs limites de 100F/l (décret Travail) et 25 F/l (décret Santé) n'ont pas été choisies pour garantir l'absence de risque.
     

    SOMMAIRE

    9) COMMENT PEUT-ON METTRE EN ÉVIDENCE LA PRÉSENCE D'AMIANTE DANS L'ORGANISME ?

    Il n'est pas possible de doser l'amiante dans un prélèvement sanguin.

    On dispose de trois méthodes pour démontrer la présence d'amiante dans un organisme:

    NB : La mise en évidence d'amiante dans l'organisme n'est nécessaire ni à la déclaration, ni à la reconnaissance de maladie professionnelle.
     
    SOMMAIRE

    10) PEUT-ON, CHEZ UN SUJET DONNÉ, AFFIRMER OU INFIRMER L'EXPOSITION À L'AMIANTE ? 

    Il existe 3 moyens de documenter une exposition à l'amiante :

    Le fait de ne pas observer ces "marqueurs" chez un sujet ne permet jamais d'exclure qu'il ait pu être exposé*. Inversement, la présence de signes radiologiques (signes pleuraux, par exemple) ne peut pas permettre d'affirmer avec certitude une exposition antérieure à l'amiante.

    En effet, la période s'écoulant entre le début de l'exposition à l'amiante et le diagnostic de l'une des maladies liées à l'amiante (temps de latence) peut être très longue (30 à 40 ans pour le mésothéliome), ce qui rend difficile la reconnaissance d'une exposition.

    * La variété d'amiante la plus utilisée, le chrysotile, est éliminée plus ou moins rapidement du milieu pulmonaire et la présence de corps asbestotiques dans ce cas n'est pas toujours retrouvée.
     

    SOMMAIRE

    11) QU'APPELLE-T-ON "CORPS ASBESTOSIQUES" ? 

    La fibre d'amiante altère la paroi des alvéoles et celle des petites bronches et y détermine de petites hémorragies. Elle est alors "absorbée" par des cellules de nettoyage, les macrophages, qui se chargent également du fer libéré par l'hémorragie (l'hémoglobine contenue dans les globules rouges est, en effet, riche en fer).

    Ce complexe fibre d'amiante-protéine riche en fer aboutit à la constitution de corps asbestosiques, c'est-à-dire de filaments englobés dans une gaine pouvant prendre une forme d'haltère, d'anneaux ou de perles enfilées bout à bout, visibles à l'examen microscopique du tissu pulmonaire. Ces corps mesurent 10 à 100µm de longueur et de 5 à 10µm de diamètre. Ils se trouvent dans les alvéoles et dans les interstices séparant les alvéoles. On peut parfois les mettre en évidence dans l'expectoration.

    Environ 1% des fibres d'amiante donnent des corps asbestotiques, le chrysotile beaucoup plus difficilement que les amphiboles.
     

    SOMMAIRE

    12) QUELS SONT LES EFFETS SUR LA SANTÉ DE L'EXPOSITION À L'AMIANTE ? 

    L'exposition à l'amiante est associée à plusieurs maladies humaines :

    Aujourd'hui, les atteintes pleurales non cancéreuses, les cancers broncho-pulmonaires, les mésothéliomes sont principalement observés dans les conditions actuelles d'exposition. Compte tenu du fait que les cas d'asbestose observés actuellement correspondent à des expositions anciennes (250 cas reconnus en France comme maladie professionnelle en 1993), il est raisonnable de prévoir que la fréquence de cette maladie diminuera. En effet, l'exposition professionnelle actuelle à l'amiante n'est pas aussi massive que par le passé.
     
    SOMMAIRE

    13) Y A-T-IL UN DÉLAI ENTRE LE DÉBUT DE L'EXPOSITION À L'AMIANTE ET L'APPARITION D'UNE MALADIE LIÉE À CETTE EXPOSITION ? 

    L'asbestose s'observe chez les ouvriers massivement exposés à l'amiante (par exemple extraction et transformation), avec un délai de l'ordre de 20 ans. Le temps de latence (période s'écoulant entre le début de l'exposition à l'amiante et l'apparition éventuelle d'une maladie) des cancers est beaucoup plus long, estimé par exemple à 30-40 ans dans les cas de mésothéliome. En ce qui concerne l'apparition de plaque et d'épaississement pleural, il est de l'ordre de 20 à 30 ans.
     

    SOMMAIRE

    14) QU'EST-CE-QUE L'ASBESTOSE ?

    L'asbestose est une fibrose pulmonaire, c'est-à-dire que le tissu pulmonaire qui a normalement une structure très fine est remplacé par un tissu de type cicatriciel, beaucoup plus épais, qui gêne considérablement voire empêche le transfert des gaz (oxygène et gaz carbonique) nécessaires à la respiration. Elle peut conduire à l'insuffisance respiratoire et au décès du malade (cf fiche 33).

    Le terme d'asbestose est parfois utilisé de façon impropre pour désigner d'autres pathologies liées à l'exposition à l'amiante, notamment pleurales.
     

    SOMMAIRE

    15) QU'EST-CE-QUE LA PLEVRE ? 

    La plèvre est l'enveloppe qui entoure chacun des poumons. Elle est constituée de deux feuillets qui glissent l'un sur l'autre. Il est possible, en pathologie, qu'une quantité anormale de liquide s'introduise entre les deux feuillets réalisant alors une pleurésie.

    Le revêtement cellulaire de la plèvre est constitué d'une couche monocellulaire de structure spécifique qui porte le nom de mésothélium; les cellules qui le constituent sont ainsi appelées cellules mésothéliales.

    La plèvre, très fine, est normalement invisible sur une radiographie des poumons.

    On retrouve un tissu mésothélial dans deux autres endroits du corps: le sac péricardique (autour du coeur) et le sac péritonéal (entourant les viscères abdominaux). En pratique, c'est le plus fréquemment le mésothélium pleural qui est impliqué dans les maladies liées à l'amiante.

    Les cancers du mésothélium sont dénommés mésothéliomes.
     

    SOMMAIRE

    16) QU'EST-CE-QU'UNE PLAQUE PLEURALE ? 

    Les plaques pleurales apparaissent chez certains sujets exposés à l’amiante. Il s’agit de la formation au niveau de la plèvre d’un tissu de type cicatriciel qui se constitue par zones (les plaques) bien limitées et séparées les unes des autres par du tissu sain. Elles résultent de la réaction inflammatoire provoquée par la rencontre des fibres d’amiante avec les macrophages (cellules spécialisées dans l’épuration ) ; ces derniers n’étant pas capables de digérer ces fibres libèrent des médiateurs chimiques irritants pour la plèvre.

    Les plaques n’entraînent, dans la majorité des cas, aucune gêne et ne peuvent être découvertes que par un examen radiographique attentif. Leur localisation à la partie inférieure du thorax (au dessus du diaphragme) est trés évocatrice d’une exposition passée à l’amiante, surtout si elles sont bilatérales. Elles peuvent se calcifier, ce qui les rend facilement visibles sur la radiographie. Elles ne nécessitent aucun traitement, sauf un traitement de la gêne si besoin (antalgique en cas de douleur).

    Plus rarement, la plèvre apparaît épaissie de façon plus diffuse sur la radiographie.

    Il ne semble pas à l’heure actuelle que les plaques pleurales aient une signification en terme d’évolution vers les cancers de l’amiante et notamment vers le mésothéliome. Compte tenu du très long délai qui sépare l’exposition à l’amiante et l’apparition du mésothéliome, des études complémentaires seront nécessaires pour conclure définitivement à l’absence de lien entre plaque pleurale et mésothéliome.

    NB : les anomalies pleurales ne sont pas spécifiques d’une exposition à l’amiante. De nombreuses autres causes peuvent en être responsables. Par exemple, un épaississement pleural étendu peut être lié à une surcharge graisseuse sous-pleurale. Dans ce cas, le scanner permet de différencier la graisse d’un épaississement tissulaire.
     

    SOMMAIRE

    17) QU'APPELLE-T-ON PLEURÉSIE BÉNIGNE DE L'AMIANTE ? 

    On appelle pleurésie l'apparition de liquide dans la plèvre (et donc, autour du poumon). De très nombreuses causes peuvent en être responsables. Dans tous les cas, un bilan médical soigneux s'impose pour en découvrir l'origine.

    Chez certains sujets exposés à l'amiante, une pleurésie sans caractère spécifique hormis son évolution bénigne, bien que parfois récidivante (du même côté puis de l'autre) peut s'observer. Il s'agit d'une éventualité très rare. On ne peut retenir le diagnostic de pleurésie bénigne due à l'amiante qu'après avoir éliminé toutes les autres causes possibles. Aucun traitement spécifique n'est nécessaire (en dehors de l'évacuation du liquide s'il est responsable d'esssoufflement ou de douleur), mais une surveillance adaptée et prolongée doit être proposée en cas de pleurésie.
     

    SOMMAIRE

    18) PLACE DU SCANNER THORACIQUE DANS LE DEPISTAGE RADIOLOGIQUE DES MALADIES PLEURALES BÉNIGNES LIEES A L’AMIANTE. 

    La radiographie thoracique standard de face (grand cliché) est l’examen de base permettant, sur un grand nombre de personnes, le dépistage d’anomalies pleurales dûes à l’amiante, en particulier épaississement pleural et plaques pleurales calcifiées ou non. La découverte d’images apparemment pleurales doit déboucher sur la réalisation d’un scanner thoracique car cet examen apporte plus de renseignements que la radiographie thoracique standard.

    Le scanner thoracique consiste en une série de coupes axiales transverses du thorax. Il permet de situer de façon plus précise les anomalies pleurales et de faire la différence entre graisse, eau et tissu pleural. Il peut aussi révéler des anomalies non visibles sur la radiographie thoracique standard. En principe, le scanner n’a pas d’utilité médicale lorsque la radiographie standard est normale. Il est donc utile lorsqu’il existe un doute sur la nature des anomalies thoraciques détectées par la radiographie standard mais son emploi ne doit pas être abusif car il délivre une dose de rayons X plus importante que la radiographie standard.

    D’autre part, la sensibilité du scanner dépend de la qualité du matériel utilisé et de la technique choisie. Le scanner thoracique doit répondre à des impératifs techniques que l’on peut maintenant satisfaire avec les appareils de dernière génération qui permettent à la fois des coupes fines et un balayage spiralé. C’est désormais le cas pour les scanners prescrits à Jussieu.
     

    SOMMAIRE

    19) L'EXPOSITION À L'AMIANTE AUGMENTE-T-ELLE LE RISQUE DE CANCER ?

    Oui. Chez les sujets exposés à l'amiante, deux types de cancer peuvent essentiellement s'observer :

    Les cancers du larynx, cancers digestifs et uro-génitaux sont un peu plus fréquents chez les sujets exposés à l'amiante que dans la population générale.

    Le risque cancérigène de l'amiante est également démontré sur données expérimentales depuis de nombreuses années (Wagner).
     

    SOMMAIRE

    20) CERTAINES FIBRES D'AMIANTE SONT-ELLES SANS RISQUE ? 

    Il est établi que toutes les fibres d'amiante sont cancérogènes, quelle que soit leur provenance géologique. Les mécanismes complexes de la cancérogénèse expliquent cependant qu'il puisse exister des variations dans cette induction du fait de facteurs individuels, du fait de facteurs causaux nécessairement associés puisque le cancer est un phénomène biologique qui se produit par étapes plurifactorielles, du fait de l'intervention de facteurs physiques liés à la longueur et à la nature des fibres.

    En particulier, les fibres d'appellation commerciale "chrysotile" exposent à un risque moindre de mésothéliome que d'autres fibres comme l'amosite et la crocodolite. Le risque n'est cependant pas nul et ces fibres exposent aussi au risque de cancer broncho-pulmonaire.

    Les mesures de prévention ne doivent donc pas dépendre du type de fibre auquel on est exposé.
     

    SOMMAIRE

    21) QUELLE FRACTION DES CANCERS DU POUMON EST ATTRIBUABLE À L'AMIANTE ? 

    On sait que le tabagisme est la première cause du cancer du poumon. En population générale, le tabagisme est responsable de 85 % des cancers du poumon. Cependant, d'autres facteurs notamment professionnels peuvent être en cause. L'amiante en est l'un des principaux. Ceci est connu depuis le milieu des années cinquantes (Doll, 1955), et le Centre International de la Recherche sur le Cancer de l'Organisation Mondiale de la Santé a classé officiellement l'amiante comme "agent cancérigène pour l'homme" en 1974.

    La proportion de cancer du poumon attribuable à l'exposition professionnelle à l'amiante varie de 0,5% à 15% selon les études . A titre d'exemple, l'estimation pour la Grande-Bretagne en 1995, en population générale, est de 5 à 6%.

    Il est clairement établi qu'il existe une relation de cause à effet entre exposition à l'amiante et cancer du poumon, y compris chez les non fumeurs.
     

    SOMMAIRE

    22) QUEL EST LE LIEN ENTRE TABAGISME, AMIANTE ET CANCER DU POUMON ? 

    Les cancers bronchopulmonaires sont aujourd'hui les cancers les plus fréquents dans le monde. Le tabagisme en est la cause principale. Selon l'importance de celui-ci le risque peut être multiplié par 1,35 (rôle du tabagisme passif) à 18,7 par exemple, pour des expositions importantes et prolongées accompagnées de 40 cigarettes par jour. Ces risques sont cependant des estimations moyennes soumises à de grandes variations inter-individuelles.

    L'amiante et le tabac multiplient le risque propre de cancer du poumon ("effet conjoint multiplicatif"). Une étude effectuée dans l'industrie de l'isolation a montré que le risque de cancer broncho-pulmonaire est multiplié par 50 chez un travailleur exposé à l'amiante et fumeur. 


     

      EXPOSITION
      A L'AMIANTE

    F
    U
    M
    E
    U
    R

    NON

    OUI

    NON

    risque x 1

    risque x 5

    OUI

    risque x 10

    risque x 50


    Ces résultats ne sont bien entendu applicables qu'à cette population fortement exposée à l'amiante, mais l'on peut affirmer à leur vue :

    Autrement dit, même chez un sujet fumeur, l'exposition à l'amiante est de principe reconnue comme potentiellement responsable d'un cancer bronchopulmonaire.
     
    SOMMAIRE

    23) QUELLE EST L'INCIDENCE DES MÉSOTHÉLIOMES SANS EXPOSITION À L'AMIANTE DÉMONTRÉE ? 

    On appelle incidence le nombre de nouveaux cas survenant pendant une période donnée, généralement un an.

    Dans 20 à 30% des mésothéliomes, il n'a pas été possible de trouver une exposition professionnelle à l'amiante.

    On considère qu'en dehors d'exposition à des sources connues d'amiante (professionnelles ou non), le taux d'incidence de base du mésothéliome est très faible, de l'ordre de 1 cas par million d'habitants et par an, et de fréquence égale chez les hommes et les femmes.

    Toutefois, compte tenu de la longueur du délai entre la reconnaissance de la maladie et le début de l'exposition à l'amiante (jusqu'à 40 ans), il convient de considérer ce pourcentage avec prudence, certaines expositions anciennes, et/ou minimes et/ou brèves pouvant être méconnues (on a pu retrouver dans certains de ces cas des signes biologiques d'exposition à l'amiante.
     

    SOMMAIRE

    24) QUELLE EST L'ÉVOLUTION ACTUELLE DE LA FREQUENCE DU MÉSOTHÉLIOME DANS LES PAYS INDUSTRIALISÉS ? 

    En raison de l'usage massif de l'amiante depuis quelques décennies et du fait du décalage de 30 à 40 ans entre le début de l'exposition et l'apparition du mésothéliome, une augmentation du nombre de mésothéliomes s'observe aujourd'hui dans les pays industrialisés.

    Il faut noter que, si l'utilisation de l'amiante est actuellement en nette diminution, la quantité d'amiante en place, accumulé au cours des années, est considérable.

    La progression est environ de 5 à 10% par an depuis les années cinquante. Compte tenu de l'origine professionnelle de la majorité de ces tumeurs, elles s'observent avant tout chez les hommes.

    Pour les dernières années en France (comme dans les autres pays industrialisés), l'augmentation de la fréquence du mésothéliome a été de 25% tous les trois ans.
     

    SOMMAIRE

    25) QUEL EST LE NOMBRE DE DÉCES ATTRIBUABLES, EN FRANCE, À UNE EXPOSITION À L'AMIANTE ? 

    On estime, pour l'année 1996, le nombre de décès attribuables à une exposition à l'amiante à environ 1950:

    La quasi totalité de ces tumeurs s'explique par des circonstances d'exposition d'origine professionnelle ou para-professionnelle.

    Il s'agit du chiffre minimal que l'on puisse envisager compte tenu de ce qu'une fraction non évaluable de ces tumeurs échappe sans doute à tout diagnostic médical.

    A titre de référence, en 1976 mésothéliome et cancer du poumon ont été reconnus comme maladie professionnelle.
     

    SOMMAIRE

    26) QUELLES SONT LES PARTICULARITÉS DU MÉSOTHÉLIOME DE LA PLEVRE ? 

    Le mésothéliome pleural est un cancer qui se développe au niveau de la plèvre entourant le poumon, qu'il peut facilement comprimer puisque le poumon est rempli d'air. Au moment de sa découverte, son extension est déjà telle qu'il ne peut habituellement pas être retiré par un acte chirurgical.

    L'évolution est surtout locale: la tumeur envahit les espaces inter-costaux, ce qui se traduit souvent par des douleurs thoraciques nécessitant rapidement des antalgiques puissants. Une pleurésie est habituelle. Il est rare que la tumeur envoie des métastases à distance dans d'autres organes.

    Malgré de multiples tentatives de traitement, son pronostic est encore très mauvais et le décès survient habituellement dans l'année qui suit le diagnostic, avec occasionnellement quelques survies plus prolongées.
     

    SOMMAIRE

    27) LE RISQUE DE MALADIE LIÉE À L'AMIANTE EST-IL PLUS IMPORTANT CHEZ L'HOMME QUE CHEZ LA FEMME ? 

    On observe dans les pays industrialisés une plus grande proportion d'hommes que de femmes parmi les malades de l'amiante. Il s'agit vraisemblablement d'un biais lié aux expositions professionnelles plus fréquentes du fait des métiers en cause chez l'homme.

    En effet, dans les situations où les mésothéliomes sont liés à une exposition environnementale "naturelle" (du fait de sites géologiques riches en amiante), la proportion d'hommes et de femmes malades est identique
     

    SOMMAIRE

    28) QUELLE EST LA PART D'UNE ÉVENTUELLE COMPOSANTE ENVIRONNEMENTALE INTRA-MURALE OU URBAINE DANS L'ÉPIDÉMIE (L'AUGMENTATION ou L'EXCES DE CAS) DES MÉSOTHÉLIOMES OBSERVÉE DANS LES PAYS INDUSTRIALISÉS ?

    La multiplicité des expositions à l'amiante et la longueur du temps de latence du mésothéliome, rendent difficile, à ce jour, l'identification, au moyen d'études épidémiologiques, d'une éventuelle composante environnementale intra-murale ou urbaine.

    Bien entendu, ceci ne veut pas dire qu'elle n'existe pas !
     

    SOMMAIRE

    29) QUE SAIT-ON DU RISQUE DE MALADIE LIÉE À L'AMIANTE POUR LES SUJETS SÉJOURNANT DANS LES BATIMENTS CONTENANT DE L'AMIANTE ET DANS L'ENVIRONNEMENT URBAIN ?

    Les données épidémiologiques qui pourraient conduire à répondre à la question d'un risque éventuel pour ces populations ne permettent pas de conclusion définitive.

    Cet état de fait ne permet pas d'affirmer qu'un tel risque est exclu, ni même qu'il pourrait n'être que faible.
     

    SOMMAIRE

    30) QUELLES SONT LES RAISONS QUI PEUVENT AMENER À PENSER QU'UN RISQUE DE MALADIE EST LIÉ À L'EXPOSITION ENVIRONNEMENTALE (PASSIVE INTRA-MURALE ET URBAINE) ? 

    Il est actuellement impossible, en l'absence de données épidémiologiques suffisantes, de conclure sur le niveau de risque engendré par l'exposition environnementale. Cependant, un certain nombre d'arguments amènent à penser que ce risque existe:

    NB : Il existe au moins trois études suggérant un excès de mésothéliomes en cas d'exposition de proximité d'une mine ou d'une industrie de transformation d'amiante.(mais dans ces cas, les pics de pollution et l'exposition moyenne sont en règle très élevés)
     
    SOMMAIRE

    31) QUEL RISQUE DE CANCER (BRONCHO-PULMONAIRE ET MÉSOTHÉLIOME) PEUT-ON ATTRIBUER AUX EXPOSITIONS ENVIRONNEMENTALES CONTINUES PASSIVES DE TYPE INTRA-MURAL AU NIVEAU 25 F/l ? 

    Ce niveau d'exposition (40 h/sem x 48 sem/an = 1920 h/an) est actuellement considéré comme nécessitant la mise en oeuvre de travaux de correction.

    Pour une telle exposition de l'âge de 5 ans à l'âge de 65 ans, le risque supplémentaire "vie entière" est estimé à +15 cas pour 10000 hommes exposés et à +10,4 cas pour 10000 femmes exposées. Cette estimation est réalisée à partir d'une extrapolation linéaire des résultats concernant les expositions professionnelles, sans admettre de seuil inférieur d'exposition à partir duquel le risque disparaîtrait.
     

    SOMMAIRE

    32) ESTIMATION DE L'EXCES DE DÉCÈS PAR CANCER BRONCHO-PULMONAIRE ET MÉSOTHÉLIOME JUSQU'À L'AGE DE 80 ANS ATTRIBUABLE À UNE EXPOSITION CONTINUE À L'AMIANTE EN FONCTION DU NIVEAU DES EXPOSITIONS. 

    Une exposition continue à l'amiante correspond à: 40 h/sem x 48 sem/an = 1920 h/an.

    Dans chaque case du tableau est indiquée l'estimation du nombre supplémentaire de décès par cancer du poumon ou mésothéliome pour le nombre spécifié de personnes exposées:
     

    Exposition de l'âge de 20 ans 
    à l'âge de 65 ans 
    Niveau des expositions 
    (F/l) 
    Hommes
    Femmes 
    1000 
    + 3,1 / 100
    + 1,6 / 100 
    100
    + 3,1 / 1000 
    + 1,6 / 1000 
    25
    + 0,8 / 1000 
    + 0,4 / 1000
    10
    +3,1 / 10 000
    +1,6 / 10 000
    1
    + 3,1 / 100 000 + 1,6 / 100 000 
    0,1 + 3,1 / 1 000 000 + 1,6 / 1 000 000 

    Les nombres de décès par cancer du poumon ou mésothéliome attendus jusqu'à l'âge de 80 ans pour une population de 10 000 personnes sont de:

    Les estimations fournies dans le tableau correspondent aux nombres supplémentaires de décès qui viennent s'ajouter à ces nombres attendus du fait de l'exposition à l'amiante envisagée. Par exemple, chez les sujets exposés à 25 F/l, on s'attend à 513+(0,8x10)=521 décès chez les hommes et 69+(0,4x10)=73 décès chez les femmes.

    En d'autres termes, l'excès de décès dans le cas d'une exposition passive, continue, pendant la vie professionnelle, de l'âge de 20 ans à l'âge de 65 ans, d'une population composée pour moitié d'hommes et de femmes, exposée à 25 F/l est de: 6 décès supplémentaires pour 10 000 personnes exposées (4 décès pour 5000 hommes + 2 décès pour 5000 femmes).
     

    SOMMAIRE

    33) PEUT-ON SOIGNER, ET AVEC QUELS RÉSULTATS, LES MALADIES LIÉES À L'INHALATION DE POUSSIERES D'AMIANTE ? 

    Les données de cette fiche sont extraites d'études portant sur plusieurs malades. Elles n'ont donc qu'une valeur à l'échelle d'un groupe de malades, et n'ont pas de signification à l'échelle d'un individu malade.

    L'asbestose, ou fibrose du poumon liée à l'amiante, est une maladie qui, tantôt se stabilise, tantôt évolue, à une vitesse variable, vers l'insuffisance respiratoire grave et, dans quelques cas extrêmes, vers la mort. Nous disposons de moyens thérapeutiques susceptibles de soulager la gêne qu'entraîne l'asbestose (l'essoufflement), et dans certains cas de ralentir l'évolution de la maladie. C'est une maladie irréversible. Il est en outre démontré que le risque de cancer du poumon dû à l'amiante est augmenté en cas d'asbestose.

    Les maladies pleurales de l'amiante (pleurésie, plaques et épaississements pleuraux) sont accessibles à des moyens thérapeutiques efficaces sur la gêne qu'elles peuvent entraîner : ponction pour évacuer le liquide d'une pleurésie, éventuellement symphyse (création de l'adhésion des deux feuillets de la plèvre), pour éviter la reproduction de l'épanchement, antalgiques usuels en cas de douleur. Il n'existe pas de données concluant à une relation entre ces maladies pleurales "bénignes" et le mésothéliome ou le cancer du poumon. Il faut toutefois rester prudent, compte tenu de la longueur du délai qui peut s'écouler entre le début de l'exposition et le diagnostic de ces maladies (jusqu'à 40 ans pour le mésothéliome).

    Le pronostic des cancers de l'amiante est mauvais : la durée moyenne de survie en cas de mésothéliome est de quelques mois à quelques années; le taux de survie à 5 ans en cas de cancer broncho-pulmonaire n'excède pas 10 à 20% des malades. Dans ces deux maladies, il existe cependant des traitements efficaces, qui d'une part sont susceptibles d'obtenir des délais de survie plus importants, et qui d'autre part sont capables de surmonter la gêne qu'elles occasionnent. Dans tous les cas, l'écoute et la disponibilité des personnels soignants, ainsi que la volonté des malades de résister à la progression de leur maladie sont des éléments déterminants sur l'espérance et la qualité de la vie.

    La modestie des possibilités thérapeutiques actuellement disponibles souligne l'importance d'éliminer ou de réduire l'exposition aux risques (prévention), d'agir sur tous les facteurs susceptibles d'aggraver le risque (arrêt du tabagisme, élimination des autres risques professionnels) et sur la nécessité d'une surveillance médicale adaptée, se prolongeant au-delà de la période d'activité professionnelle.
     

    SOMMAIRE

    Annexe : LA NOTION DE RISQUE 

    Risques pour la santé

    La notion de risque pour la santé associe une maladie à une population cible sur un laps de temps donné. La population cible est composée d’individus (les hommes et les femmes de tout âge, les hommes de 25 à 60 ans, etc.) soumis à une exposition donnée (tel produit, telle intensité d’exposition, telle durée d’exposition, etc.). La maladie peut être définie comme la survenue de la pathologie sur une période donnée (on parle d’incidence ou de nombre de nouveaux cas). Elle peut également être définie par le nombre de décès qui en découlent sur une période donnée (on parle de mortalité par la maladie ou de nombre de décès par cette cause). Le risque de maladie est la notion probabiliste qui traduit l’association entre la maladie et l’exposition dans la population cible sur la durée choisie. Tous les individus de la population cible ont la même probabilité de développer la maladie sur cette période. Certains la développeront, d’autres pas. Le risque ainsi défini ne peut être appliqué à un individu n’appartenant pas à la population cible (autre type d’individu, intensité d’exposition trop faible ou trop forte, durée d’exposition différente..).

    Risques en épidémiologie

    L’épidémiologiste travaille de façon très générale en comparant en termes de maladie deux populations correspondant à des expositions différentes (par exemple des individus dits “exposés” à des individus dits “non exposés”, sous réserve que les deux termes “exposés” et “non exposés” soient clairement définis). Il détermine à partir de l’observation d’individus appartenant à l’une et l’autre de ces deux populations, le risque relatif de maladie d’une population par rapport à une autre. Si l’on prend l’exemple de la survenue d’une maladie, un risque relatif de 3 veut dire que la probabilité de survenue de la maladie est trois fois plus élevée chez les individus “exposés” que chez les individus “non exposés”.

    Le risque relatif ne donne aucun renseignement sur l’importance de l’association entre maladie et exposition en terme de nombre de cas de maladies qui vont apparaître du fait de l’exposition.

    La deuxième notion de risque utilisée par l’épidémiologiste est le risque attribuable qui correspond à la fréquence de la maladie attribuable à l’exposition dans une population donnée (proportion de maladies évitées si l’on supprime l’exposition). En effet, parmi les individus dits “non exposés” à une exposition donnée, un certain nombre développeront la maladie, par exemple du fait d’autres expositions que celle incriminée. De la même façon, chez des individus dits “exposés”, qui n’échappent pas aux autres expositions, un certain nombre développeront la maladie du seul fait de ces autres expositions.

    Le risque attribuable peut être défini sur une population cible (fréquence de la maladie attribuable à l’exposition chez les exposés), ou sur une population générale (fréquence de la maladie évitable dans une population si l’on supprime l’exposition).

    Ces risques de maladie attribuable à l’exposition sont souvent exprimés en fraction de risque attribuable (nombre de cas attribuables à l’exposition rapporté au nombre total de cas dans la population exposée ou dans la population générale).
     

    SOMMAIRE