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  Sommaire général > Colloques sur Diderot et l'Encyclopédie

    PRÉ-ACTES DU COLLOQUE
    "1751-2000. l'Encyclopédie en ses nouveaux atours : vices et vertus du virtuel"
    (Célébration du 250ème anniversaire de la publication du prospectus de l'Encyclopédie)
    Paris VII - 17-18 Novembre 2000

     

      Ce nouvel outil, du fait de son exhaustivité, et des procédures qu'il propose, va-t-il modifier sensiblement notre connaissance de l'Encyclopédie? Va-t-il transformer également notre approche, nos méthodes de travail, qu'il s'agisse de recherches ponctuelles ou d'entreprises plus larges ?  Développer et préciser ces questions, y apporter de premières réponses, tel était l'objectif de ce colloque qui se voulait à la fois pratique nous avons expérimenté en temps réel l'Encyclopédie électronique et théorique : nous voulons interroger cette pratique, ses ouvertures et ses limites, ainsi qu'évaluer son retentissement sur notre activité de chercheurs et d'intellectuels à l'aube du XXIème siècle.  Les actes de ce colloque seront publiés en 2001 dans la revue Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie (revue de la Société Diderot, deux numéros par an, abonnement : irene.passeron@wanadoo.fr). Mais nous avons pensé nécessaire de créer ce site dès maintenant afin de faire circuler rapidement les informations et les problématiques. Voici pour commencer les résumés des communications.


    Vendredi 17 novembre 2000

        Bienvenue du Président de l’Université Paris 7 - Denis Diderot
      Allocution du Directeur de l’INALF
      Présentation du colloque par le Président de la Société Diderot Première table ronde dirigée par Irène Passeron : Diderot avait-il déjà inventé le numérique ?

      • Robert Morrissey (U. Chicago) : L’Encyclopédie électronique selon le projet ARTFL.
      • Ghislain Geitner (Société Redon) : Présentation des CDroms consacrés à l’Encyclopédie.
      • Zina Tucsnak (InALF) : Le site InALF.
      • Jean-François Bianco (U. d’Angers) : L'araignée universelle. Diderot a-t-il inventé le Web ?

      On trouve le mot "web" chez Bacon. Il est négatif. Il désigne la pensée abstraite, idéaliste et vide. On sait que Diderot reprend positivement la métaphore de l'araignée pour parler du corps et de son unité. Le "web" devient alors un lien essentiel entre le centre et la périphérie. Ce n'est pas seulement le corps de l'animal ou de l'homme qui est en jeu, c'est celui du savoir mis dans l'Encyclopédie. Evidemment cela n'a rien d'électronique, mais l'idée est là : le savoir comme la critique est dans la communication, dans la mise en relation (renvois, intertextualité...). Cette utopie de la simultanéité conduit logiquement à la réalisation technique de l'Encyclopédie électronique. En réfléchissant sur la révolution technique, en la confrontant avec la révolution idéologique qui la fonde, on peut avec Diderot ouvrir des perspectives constructives et critiques sur l'utopie du savoir simultané. En travaillant la métaphore de la toile, sur le changement de signification et de portée du mot web, je souhaiterais réfléchir sur les enjeux des notions de périphérie, de centre, "d'hypertexte" ... leurs possibles et leurs limites. L'Encyclopédie, dès 1751, n'est pas ou plus vraiment un cercle, mais déjà une "toile".  

      • Paul Laurendeau (U. York, Canada), Accès électronique à l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert.Investigation méthodique d’un maquis intellectuel.

      Il faut d'abord se féliciter que la censure royale n'ait pas disposé à l'époque de l'instrument en cours de préparation par nos collègues de Chicago. C'eût été la parade parfaite à ce qui fut le principal exercice textuel appliqué systématiquement et à une grande échelle par les Encyclopédistes: la dissimulation d'idées subversives sous couvert lexicographique. L'œuvre des Encyclopédistes est un véritable maquis intellectuel, où la pensée progressiste joue à cache-cache avec la censure, ou plus précisément avec la présomption de censure. Le long article DIEU ne dit rien. Le petit article AIGLE est une dénonciation en règle de la superstition et de l'irrationalité. La connaissance que nous avons de cette dimension crypto-subversive de l'œuvre reste circonscrite par exactement les mêmes limitations qui contraignaient les censeurs de l'époque: la puissante propension à ne consulter un ouvrage lexicographique qu'en se limitant à l'appel "manuel" des quelques mots-vedettes correspondant aux concepts recherchés. L'accès électronique va permettre aux chercheurs de toutes disciplines de crever le rideau de cette véritable nomenclature-planque, et d'accéder à des informations non encore dominées parce que nichées sous des articles au mot-vedette anodin. Notre communication cherche à démontrer sur exemples les atouts ouverts par cette perspective d'une véritable investigation méthodique de cet immense manifeste déguisé en dictionnaire qu’est l’Encyclopédie.

      • Yannick SÉitÉ (U. Paris 7-Denis Diderot) : Typographie et numérisation.

      Il existe une variante due à la plume même de Cochin, du frontispice de l’Encyclopédie. Dans le coin inférieur gauche de cette planche, le groupe des orfèvres – selon une logique qu’un rapide regard jeté sur l’histoire des techniques et des métiers rend immédiatement claire – y a été remplacé par un groupe d’imprimeurs.  A partir d’une analyse de cette variante, nous nous efforcerons de cerner les conséquences intellectuelles de cette réduction du livre au texte à quoi se ramène, pour finir, toute entreprise de numérisation d’un ouvrage imprimé. Si l’on n’a pas de peine à imaginer les bénéfices qu’une enquête (lexicologique, par exemple), peut retirer de l’opération de transposition numérique, n’y aurait-il pas aussi des pertes possibles dans un ordre qui ne serait pas (qui ne serait pas seulement) celui de l’esthétique (beau papier, jouissance d’une typographie soignée, etc.) ? Pour répondre à cette question, nous analyserons quelques articles qui revêtent, pour notre propos, un statut métadiscursif : les entrées "Bibliothèque" et "Livre" bien sûr, mais aussi et surtout le long article "Caractère d’imprimerie" que Diderot a rédigé à partir des documents que lui a confié Fournier le jeune, le graveur dont les types sont employés pour composer l’Encyclopédie. Car les lecteurs de Robert Darnton que nous sommes savent bien ce que le poète Robert Desnos avait déjà compris ("plutôt que de se replonger dans l’Encyclopédie, c’est en lisant l’histoire même de la publication de ce dictionnaire fabuleux, que nous pouvons trouver aujourd’hui des raisons de vivre, de vouloir et d’agir", Aujourd’hui, 2 décembre 1940) : qu’une partie du sens de l’Encyclopédie se joue dans l’entreprise éditoriale et typographique même qui lui permit d’advenir.  

      • G. Blanchard (Ens Ulm) / M. Olsen, (U. de Chicago) : Le système de renvois dans l'Encyclopédie : une cartographie de la structure des connaissances au XVIIIème siècle (à partir de l’ARTFL).

      Nous ne ferons que paraphraser ce qu'écrit d’Alembert dans le Discours Préliminaire en constatant qu'il existe une structure triple de l'organisation des connaissances dans l'Encyclopédie : la simple liste alphabétique, la place de chaque science au sein de l'arbre hiérarchisé du Système figuré des connaissances humaines, et enfin, les renvois d'un article à l'autre qui traduisent les parentés, ou affinités, de certaines matières, structure explicitement revendiquée par Diderot: "...les renvois dans ce Dictionnaire ont cela de particulier, qu'ils servent principalement à indiquer la liaison des matières; au lieu que dans les autres ouvrages de cette espèce, ils ne sont destinés qu'à expliquer un article par un autre." En utilisant la version électronique de l'Encyclopédie réalisée par le laboratoire ARTFL de Chicago, c'est cette troisième structure, par nature même plus secrète, plus difficile à envisager dans son ensemble, que nous avons cherché à explorer. Un outil statistique élémentaire nous permet de dresser ce que l'on pourrait appeler une première "carte" de la structure de ces renvois. Bien que nécessairement imparfaite et à prendre avec précaution, cette carte est source de nouvelles interrogations : que nous apprend sa forme générale? Comment peut-on la comparer à celle de l'arbre des connaissances ? La façon dont les encyclopédistes ont pensé la structure de ces liens peut-elle être un modèle pour la conception moderne de la Toile ?  

      • N. Arnold, A. Geffroy, S. Heiden, P. Lafon (Ens-LSH Lyon, CNRS) : L’Encyclopédie vue par les logiciels philologic et l’exploreur : Questions anciennes, méthodes nouvelles.

      Reformulation d'une enquête sur le contenu idéologique de l'Encyclopédie, " Les femmes font-elles partie de l'humanité? ", via l' Encyclopédie électronique. 1) Les mots homme(s) et femme(s) : - Le recensement des entrées de l'Encyclopédie contenant ces mots donne (avec la piste auteur = Boucher d'Argis) l'évocation strictement descriptive d'une jurisprudence discriminatoire. - La fréquence des mots homme(s) (F=21000 occ.) et femme(s) (F=7000) dans le texte de l'Encyclopédie est trop grande pour être manipulable fructueusement. Nous poursuivons l'enquête par un autre angle d'attaque lexical, et avec un autre instrument d'étude. 2) Les expressions : humanité (F=598), genre humain (F=380), espèce humaine (F=112) Deux articles de l'Encyclopédie (5 et 6 dans le tableau) ont ce thème pour sujet explicite ; 10 articles contiennent à la fois h, gh et eh . Ils sont réunis en un sous-corpus "Hugees" (12 articles, 186000 occ. soit 1% de l'Encyclopédie


  • 3. Description du corpus Hugees - le problème des corrections
    - les ressources du logiciel Lexploreur 
    - étude lexico-sémantique sur h, f,h, gh, eh (spécificités, segments répétés, co-occurrences) Conclusions :
    - Sur l'Encyclopédie électronique (un texte = source de réponses ; un corpus = source de questions)
    - Sur la question initiale : le concept d'humanité sert, dans l'Encyclopédie, à deux vieilles démarcations-exclusions, celles de l'ange et de la bête. La signification inclusive que nous lui connaissons aujourd’hui n'a pas encore trouvé sa place (lexicale, sémantique, classificatoire).  
    • Jean-Marc Rohrbasser (INED) / Christine Théré (INED) : La population et le calcul de la vie humaine dans le corpus de l'Encyclopédie. Éléments nouveaux tirés du corpus électronique.

    La contribution portera sur le calcul de la durée de la vie humaine, dont les principales applications sont l’estimation de la valeur des rentes viagères et des assurances. Ces applications sont fondées sur des probabilités dont la théorie se développe à la même époque. De tels calculs s’inscrivent dans le cadre d’observations et de réflexions plus générales sur les risques de mortalité et sur la longévité humaine. L’existence d’un cd-rom de l’Encyclopédie invite à reprendre des enquêtes menées dans le passé. Son utilisation permet-elle de délimiter plus rigoureusement le corpus spécifique pour les questions qui nous intéressent ? Autrement dit, est-ce que la sélection par l’électronique, la recherche par mot-clef, fournit des textes qui n’avaient pas été repérés auparavant ? A-t-on la certitude d’obtenir désormais un corpus exhaustif ? Il y a là aussi l’occasion de vérifier si le système de renvois prévus par les auteurs de l’Encyclopédie couvre l’ensemble du champ. Enfin, il s’agit bien sûr de savoir si l’extension éventuelle qu’apporterait l’édition électronique modifie notre vision du traitement par les Encyclopédistes de la durée de la vie humaine.  

    • Eric Brian (EHESS) : Analyse et probabilité dans l'Encyclopédie. Renvois et liens.

    La disponibilité de deux versions électroniques de l’Encyclopédie est une ressource très importante pour les historiens. Cet outil permet de poser systématiquement des questions qu’on ne savait traiter antérieurement, par exemple la comparaison des usages d’une référence, dans l’ensemble du corpus. Dès lors on peut articuler des enquêtes touchant l’histoire intellectuelle ou l’histoire des sciences avec des enquêtes sur la réception, ou sur la culture scientifique ou philosophique des contributeurs à l’Encyclopédie. On peut encore restituer de manière détaillée les relations entre des articles formant des réseaux cohérents que ni les rubriques de l’Encyclopédie, ni les renvois, ni les diverses formes de classement présent dans le corpus ne mettent en évidence systématiquement. Enfin il en va de même pour les Planches. Pourtant les deux sources électroniques sont terriblement imparfaites quant à la saisie, et souvent peu conviviales quant à la combinaison des résultats en vue d’un traitement scientifique (par opposition à la simple consultation). Au fond, face à ces deux sources, l’historien se retrouve comme les historiens des sciences face aux procès-verbaux de l’Académie des Sciences : il y a une source solide, le plumitif original; il y a une copie, les P.V. de l’Académie, très confortable pour le chercheur mais qu’il faut sans cesse vérifier. Toutefois la comparaison s’arrête là : la copie du plumitif eut lieu au XVIIIè siècle, alors que la numérisation a lieu aujourd’hui. On peut donc espérer quelques améliorations. On suivra les itinéraires tracés dans le corpus de l'Encyclopédie, selon ses différents versions, édition originale, ou éditions électroniques, afin d'évaluer les différentes ressources que procurent ces sources pour connaître les usages du vocabulaire de l'"analyse" et du calcul des "probabilités".  

    • Marie-France Piguet (Ens Fontenay-Saint-Cloud-CNRS) : Œconomie / Economie (politique) dans le texte informatisé de l’Encyclopédie.

    L’informatisation du texte et des planches de l’Encyclopédie permet de multiplier presque à l’infini le système des renvois de l’Encyclopédie et offre la possibilité de dresser une sorte de topologie de l’emploi de tel ou tel mot ou expression : désignation d’une entrée, d’une sous-entrée, d’une branche de connaissance, mais aussi liste des articles dans lequel il apparaît…. Dans le cas de la désignation d’une branche de connaissance, on peut mettre désormais en regard ce qui est énoncé par l’article ainsi nommé, les entrées ou sous-entrées qui sont catégorisées dans cette branche et les usages linguistiques du mot dans l’article et/ou sur l’ensemble du texte de l’Encyclopédie. Le regroupement de ces informations diverses que l’ouvrage informatisé autorise maintenant est de nature à mettre en lumière des décalages jusque là peu visibles entre ce qui est énoncé dans l’article et ce qu’il en est réellement du mot ou du domaine dans l’ensemble de l’ouvrage. C’est à ce jeu nouveau de la confrontation que nous soumettrons le mot " économie " sous ses deux formes graphiques employées au singulier, dans la perspective d’identifier l’espace encyclopédique effectivement balayé par ce signifiant et en cherchant à préciser la place de " économie politique " dans cet ensemble.


  • Samedi 18 novembre

      • Odile Richard (U. du Havre), avec ses étudiants : L’enfant caché de Diderot, ou enfin une "cybérencyclopédie"?

        Notre intervention se fonde sur le compte rendu d'une exposition organisée en mai 2000 par moi-même avec l'aide d'une vingtaine d'étudiants de Lettres (DEUG 2), dans le cadre de la Bibliothèque Universitaire du Havre. L'exposition, avec une ambition modeste, évoque rapidement ce monument de recherche qu'est l'Encyclopédie, puis s'interroge sur les relations ambiguës de l'individu avec les différentes sources de documentation qui s'offrent à lui aujourd'hui. Notre invitée d'honneur pour la clôture de cette manifestation fut Marie Leca-Tsiomis, auteur de l'ouvrage Ecrire l'Encyclopédie. Nous avons pensé que la numérisation de l'Encyclopédie en tant qu'événement se devait d'être particulièrement étudiée par une équipe de jeunes "futurs chercheurs" - ou futurs jeunes usagers - des sites électroniques et des CD-ROM (comme le CD-ROM Redon qui nous a servi de base de travail). En effet nos étudiants, nés et nourris à l'heure de l'électronique, sont peut-être plus à même que nous encore de répondre avec sérénité aux inquiétudes que nous pouvons exprimer à l'égard de ces nouveaux outils, que nous soupçonnons capables, peut-être à tort, de détrôner le livre, d'exclure certains lecteurs des zones d'accès au savoir, et de semer la confusion dans l'arbre jusqu'ici bien organisé de la connaissance. La guerre électronique aura-t-elle lieu ?  

      • Alain Cernuschi (U. de Lausanne) : La question d’un découpage par matières. L’exemple du corpus musicographique de l’Encyclopédie.

      L’informatisation de l’Encyclopédie, parce qu’elle change profondément les conditions de la consultation du texte, contribue aussi à vivifier le débat théorique sur l’œuvre. En particulier, elle donne des ailes – en ce sens qu’elle lui apporte une instrumentation adéquate et efficace – à la perspective qui consiste à envisager l’Encyclopédie comme une œuvre à part entière. Mais du coup, elle requiert une réflexion générale sur ce qui fait la "textualité" propre de cette œuvre et sur les incidences méthodologiques qui en découlent. Beaucoup a déà été dit, et bien dit!, à propos de la conception théorique de l’encyclopédisme des Lumières. Mais presque tout reste à faire pour mesurer l’œuvre effective. On la sait très en retrait par rapport à l’ambition qui sous-tend le projet : texte éminemment disparate, où le meilleur voisine avec un remplissage de seconde main, où la systématique imaginée (désignants, renvois) est souvent mise en échec, etc… Contre un tel point de vue critique, j’aimerais d’abord défendre l’idée générale que cette disparate est à interroger comme telle parce qu’elle est significative de la façon dont les Lumières ont relevé concrètement le défi encyclopédique, parce qu’elle nous révèle comment et jusqu’où les "philosophes" lui ont donné un sens actuel : le texte de l’Encyclopédie, dans son hétérogénéité, donne accès à ce qu’on pourrait appeler l’encyclopédisme immanent des Lumières.  L’ambition d’explorer les liaisons entre les connaissances est l’un des aspects importants du projet encyclopédique. Comment se réalise-t-elle dans la masse des 17 volumes ? Une façon de le mesurer consiste à étudier la façon dont un champ de connaissance donné s’articule effectivement aux autres champs de connaissance traités dans l’œuvre. La première étape pratique d’une telle étude consiste à réunir un corpus contenant non seulement les articles spécialisés relatifs au domaine en question, mais incluant encore tous les autres articles ou extraits d’articles qui s’y réfèrent : ce que je propose d’appeler un corpus sectoriel extensif. Il se trouve que, sans disposer encore de la version électronique du texte, j’ai mené une telle enquête pour la musique (Penser la musique dans l’Encyclopédie, Paris, Champion, 2000). Ce travail, utilisé ici pour la question des corpus par matière, permet de mesurer :  1. La portée de l’innovation informatique dans la procédure de réunion des données (tester le rendement d’une recherche plein-texte par mots-clés ; il s’agira aussi d’interroger la notion d’exhaustivité) 2. L’écart entre les matériaux bruts livrés par l’outil informatique et un corpus approprié à l’analyse (éclairer et illustrer les démarches de tri nécessaires à la constitution d’un objet d’étude et expliciter les principes qui sous-tendent ces démarches).  

      • Véronique Le Ru (U. de Reims) : Exemple d’utilisation du CDrom de Redon, ou comment faire mouche dans la toile des renvois.

      Je voudrais simplement montrer de quelle manière l’utilisation du cd-rom de Redon facilite grandement la reconstitution de ce qu’on pourrait appeler un réseau de renvois. Mais ce point ne sera abordé qu’après l’analyse du contenu du réseau de renvois de l’article PRÊTRES. Je commencerai par rappeler brièvement quels sont les quatre types de renvois à l’œuvre dans l’Encyclopédie et je m’intéresserai particulièrement aux renvois du premier type, à savoir les renvois de choses. Je montrerai alors, en présentant en exemple le réseau de renvois de l’article PRÊTRES, comment on fait mouche dans l’article ŒCONOMIE POLITIQUE de Nicolas Boulanger et comment la recherche plein texte du cd-rom permet de bien viser.  

      • Paolo Quintili (U. Tor Vergata, Rome) : La raison lointaine.Internet, rationalité encyclopédique et rationalité télématique

      La transformation des pratiques de recherche, grâce à l'électronique, se développe aujourd'hui dans une double direction: a) sur l'Internet nous disposons de bases de données télématiques; b) dans les e-books l'on a affaire à de fichiers électroniques stockés sur CD-ROM. La télématique et l'Internet impliquent une appréhension (màthesis) à distance (télé) qui contient des potentialités inconnues, dépassant de bien loin l'efficacité du livre électronique, non modifiable et plus rigide. L'appréhension télématique, tout en allégeant le travail de recherche, exige un effort d'intelligence inter- et métatextuelle qui met à l'abri des illusions de facilité que le virtuel suscite, avec ses "vices" (éliminer la lecture réelle). La rationalité télématique est donc caractérisée par l'absence des hommes qui approchent le texte de loin, et la présence des choses. Le texte occupe, avec sa plénitude et complétude, la scène entière du réseau de communication. Cette "absence" est cependant pleine d'esprit: tous les utilisateurs sont virtuellement là dans le moment où l'on consulte l'Encyclopédie télématique. Il y a un con-texte pluriel nouveau, plus libre tant par rapport à la lecture solitaire que par rapport à une lecture collective en présence. Cette situation conseille, pour améliorer les pratiques dans ce con-texte encyclopédique, la création de forums pour les utilisateurs. Le modèle/métaphore de la rationalité encyclopédique, de l'Encyclopédie de Diderot, est, comme l'on sait, celle de l'arbre. Sa caractéristique ne demeure pas moins celle de la filiation et de la circularité hiérarchique, suivant le mouvement de distribution de la lymphe: il y a des "racines", un "tronc", des "branches". Les connaissances y circulent dans un rapport plus ou moins établi, fixe entre eux. Avec la nouvelle version télématique l'Encyclopédie peut s'accommoder à un nouveau modèle, centré sur ces sujets absents, celui du rhizome (Deleuze): "agencement machinique d'automates/lecteurs finis". L'Encyclopédie en tant que texte télématique horizontalise sa structure et devient un multiversum (Bachtin), objet multilatéral où les différents côtés de la chose/texte sont données en même temps par les différents regards, désirs, plaisirs etc. qui s'y jettent en temps réel: "La question, c'est de produire de l'inconscient, et, avec lui, de nouveaux énoncés, d'autres désirs: le rhizome est cette production d'inconscient même (…) le rhizome a pour tissu la conjonction 'et… et… et… où allez vous? D'où partez vous? Où voulez-vous en venir? Sont des questions bien inutiles…" (Deleuze, Mille Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2, Paris, 1980, p. 27 et 36).  

      • Catherine Volpilhac-Auger (ENS Lettres et Sciences Humaines, Lyon) : Pénélope devant la Toile : les Considérations sur les Romains lues par l'Encyclopédie papier puis l'Encyclopédie électronique.

      Mon principe est de reprendre une recherche déjà effectuée de manière "artisanale" il y a quelques années (pour le tricentenaire de Montesquieu, en janvier 1989: voir les Actes de ce colloque, "La Fortune de Montesquieu". Montesquieu écrivain, Bordeaux, Bibliothèque municipale, 1995). J'avais travaillé sur Les Romains, ouvrage souvent cité et utilisé par l'Encyclopédie (par exemple j'y avais retrouvé exactement les 2/3 du chapitre I, sous forme de citations directes)- mais sans qu'il occupe évidemment la place éminente de L'Esprit des lois: la fonction en était surtout historique, ce qui faisait de l'Encyclopédie un miroir déformant de cette œuvre essentiellement politique, tout en offrant d'intéressantes perspectives sur le travail de réécriture auquel se livre Jaucourt, unique rédacteur des articles reprenant Les Romains.J'avais pu mettre en valeur la manière dont Jaucourt apparaissait finalement incapable de rendre compte de la spécificité de cet ouvrage, qui avait déconcerté la critique en 1734.  Je me propose, douze ans après, de reprendre le même problème, ou de réitérer la même expérience, mais en disposant de l'Encyclopédie électronique: les souvenirs de cet article sont assez lointains pour que j'aie bien souvent l'impression de repartir de zéro. Certes, l'expérimentateur n'est pas le même - il serait même souhaitable que j'aie fait quelques progrès depuis douze ans. Mais il n'est pas sûr que j'arrive à y consacrer autant de temps que je l'avais fait alors. De toute manière, la comparaison des conclusions d'hier et de celles d'aujourd'hui ne sera pas inutile, sinon pour notre usage de l'Encyclopédie, du moins pour mon propre bilan. 

      • Georges Benrekassa, (U. Paris 7-Denis Diderot) : Problèmes fiscaux et philosophie sociale, de l'Esprit des lois à l'Encyclopedie : le concours des outils informatiques.

      Le but de cet exposé est de montrer ce qu'apportent les outils informatiques disponibles comme confirmations, compléments ou infléchissements à une étude antérieure menée empiriquement, sur la discussion très ample dans l'Encyclopédie d'une question politique importante dans l'Esprit des lois : la nature et les types de fiscalité et la philosophie politique et sociale qu'ils impliquent.
       

      • Pierre Crépel (CNRS-U. Lyon I) : Peut-on enfin brûler le pasteur Mouchon ?

      Une édition électronique de l'Encyclopédie cherche à fournir des tables, des index, des renvois, des bibliographies, etc., à permettre au lecteur de trouver aux endroits les plus imprévus de l'ouvrage tout ce qui concerne une notion, un lieu, un personnage ... Mais cet exercice "hypertextuel" et "transversal" reste aujourd'hui encore semé d'embûches, et cela d'autant plus que l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert est mille fois plus hétérogène que toutes les autres, notamment que son modèle de départ, la Cyclopœdia de Chambers. Ni les critères de choix des entrées, ni les collaborateurs, ni le sens des articles fondamentaux ne sont identiques dans le tome I, le tome VII ou le tome XVII, la conception même des volumes diffère profondément. Comment construire alors une vision (plus ou moins) globale des "liens hypertextes" sur un ensemble aussi tourmenté, sans en trahir l'histoire, voire la simple chronologie, les tensions et les contradictions ? C'est là l'un des objectifs du colloque, et il n'y aura pas assez de toutes les communications pour y répondre. Nous proposerons ici un détour. Un homme s'est déjà essayé à sa façon à un tel programme, et cela dès 1773 : le pasteur Mouchon. Nous essaierons, à partir de sa correspondance, à partir de quelques traces éparpillées que nous avons pu recueillir de son travail, de comprendre comment ce "tâcheron" méconnu s'est organisé, comment il a tenté de (re)construire une unité à l'Encyclopédie, et même au Supplément. Nous tenterons ensuite d'en tirer modestement quelques réflexions pour faire évoluer les conceptions modernes des éditions électroniques.  

      • Clorinda Donato (California State University, Long Beach) : Sur les traces de Charles Bonnet : une comparaison électronique de ses Tables raisonnées de l'Encyclopédie et de l'Encyclopédied'Yverdon.

      En 1769, le naturaliste génevois, Charles Bonnet répondit à l’éditeur de l’Encyclopédie d’Yverdon, de Felice, lorsqu’il lui proposa de collaborer à la refonte de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert : " J’ai fait un examen raisonné d’environ 200 articles de cette immense compilation. […] J’en ai donc assez pour porter un jugement solide de ce dictionnaire. Le refondre, ou plutôt le refaire, seroit le travail d’une société qui s’en occuperoit au moins pendant trente ans, et encore lui échaperoit-il une foule d’erreurs ou de méprised. Je sçaurois donc vous encourager le moins du monde à tenter une entreprise qui ruineroit votre santé et vos affaires. " Malgré sa réticence au projet de de Félice, Bonnet rédige des notices raisonnées de chacune des encyclopédies. Son choix d’articles nous renseigne sur les débats les plus brûlants autour de l’Encyclopédie et la refonte protestante d’Yverdon. J’utilise les statistiques comparatives des différents champs de connaissance des deux encyclopédies grâce à l’inventaire électronique. Je montrerai également les différences textuelles et parfois les convergences des stratégies discursives des deux compilations. 

      • Philip Stewart (Duke Univ.) : L’Encyclopédie éclatée.

      Dès que l'Encyclopédie est en ligne, elle n'est plus alphabétique, à proprement parler elle n'a pas d'ordre. À la différence de l'article original, le texte éclaté n'impose aucune lecture, aucun sens. D'où la possibilité de la consulter dans n'importe quel sens, à condition de disposer (ce qui n'est pas encore le cas) d'un outil complet. Il reste des difficultés à surmonter pour en faire un usage sûr et intelligent, et on fait bien d'employer une combinaison de méthodes classiques et nouvelles.  

      • Marie Leca-Tsiomis (Cnrs, Paris): Numérisations et exactitude du texte encyclopédique : quelques propositions pour l'avenir.

      " Il n'y a rien de minutieux dans l'exécution d'un grand ouvrage : la négligence la plus légère a des suites importantes : le manuscrit m'en fournit un exemple : rempli de noms personnels, de termes d'arts, de caractères, de chiffres, de lettres, de citations, de renvois, etc. l'édition fourmillera de fautes, s'il n'est pas de la dernière exactitude",
      recommandait Diderot dans l’article ENCYCLOPÉDIE. À l'heure des premières numérisations de l'Encyclopédie, remplaçons "manuscrit" par "saisie" et réfléchissons donc aux problèmes textuels et aux questions nouvelles que ces versions électroniques nous posent ainsi qu'aux moyens d'y appliquer les recommandations de l'éditeur Diderot : il en va de la transmission du texte encyclopédique lui-même et de l'intégration des acquis de la recherche du XXème siècle à ce qui sera sans doute appelé à devenir la voie de consultation et la médiation de travail du siècle prochain.  Deuxième table ronde dirigée par Pierre Chartier : De quelle Encyclopédie numérisée avons-nous besoin ? Participants : Georges Benrekassa, Pierre Crépel, Clorinda Donato, Ghislain Geitner, Marie Leca-Tsiomis, Robert Morrissey, Paolo Quintili, Yannick SéitÉ, Philip Stewart.


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      Siège social : Hôtel de Ville, 50200 Langres
      Président : Pierre Chartier 
      Rédaction de la revue : Anne-Marie Chouillet
      Secrétaire générale : Michèle Leedham-Vallat, BP 234, Langres cedex. 
      Trésorière : Irène Passeron Pour tout renseignement sur le colloque contacter :

 

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  Modification 26/10/2001

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