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PRÉ-ACTES DU COLLOQUE "1751-2000. l'Encyclopédie en ses nouveaux atours : vices et vertus du virtuel" (Célébration du 250ème anniversaire de la publication du prospectus de l'Encyclopédie) Paris VII - 17-18 Novembre 2000
Ce colloque, organisé par la Société Diderot, et qui vient de se tenir à Paris, entendait engager une réflexion sur l'Encyclopédie électronique telle quelle est disponible actuellement Ce nouvel outil, du fait de son exhaustivité, et des procédures qu'il propose, va-t-il modifier sensiblement notre connaissance de l'Encyclopédie? Va-t-il transformer également notre approche, nos méthodes de travail, qu'il s'agisse de recherches ponctuelles ou d'entreprises plus larges ? Développer et préciser ces questions, y apporter de premières réponses, tel était l'objectif de ce colloque qui se voulait à la fois pratique nous avons expérimenté en temps réel l'Encyclopédie électronique et théorique : nous voulons interroger cette pratique, ses ouvertures et ses limites, ainsi qu'évaluer son retentissement sur notre activité de chercheurs et d'intellectuels à l'aube du XXIème siècle. Les actes de ce colloque seront publiés en 2001 dans la revue Recherches sur Diderot et sur lEncyclopédie (revue de la Société Diderot, deux numéros par an, abonnement : irene.passeron@wanadoo.fr). Mais nous avons pensé nécessaire de créer ce site dès maintenant afin de faire circuler rapidement les informations et les problématiques. Voici pour commencer les résumés des communications. Vendredi 17 novembre 2000 Bienvenue du Président de lUniversité Paris 7 - Denis
Diderot On trouve le mot "web" chez Bacon. Il est négatif. Il désigne la pensée abstraite, idéaliste et vide. On sait que Diderot reprend positivement la métaphore de l'araignée pour parler du corps et de son unité. Le "web" devient alors un lien essentiel entre le centre et la périphérie. Ce n'est pas seulement le corps de l'animal ou de l'homme qui est en jeu, c'est celui du savoir mis dans l'Encyclopédie. Evidemment cela n'a rien d'électronique, mais l'idée est là : le savoir comme la critique est dans la communication, dans la mise en relation (renvois, intertextualité...). Cette utopie de la simultanéité conduit logiquement à la réalisation technique de l'Encyclopédie électronique. En réfléchissant sur la révolution technique, en la confrontant avec la révolution idéologique qui la fonde, on peut avec Diderot ouvrir des perspectives constructives et critiques sur l'utopie du savoir simultané. En travaillant la métaphore de la toile, sur le changement de signification et de portée du mot web, je souhaiterais réfléchir sur les enjeux des notions de périphérie, de centre, "d'hypertexte" ... leurs possibles et leurs limites. L'Encyclopédie, dès 1751, n'est pas ou plus vraiment un cercle, mais déjà une "toile". Il faut d'abord se féliciter que la censure royale n'ait pas disposé à l'époque de l'instrument en cours de préparation par nos collègues de Chicago. C'eût été la parade parfaite à ce qui fut le principal exercice textuel appliqué systématiquement et à une grande échelle par les Encyclopédistes: la dissimulation d'idées subversives sous couvert lexicographique. L'uvre des Encyclopédistes est un véritable maquis intellectuel, où la pensée progressiste joue à cache-cache avec la censure, ou plus précisément avec la présomption de censure. Le long article DIEU ne dit rien. Le petit article AIGLE est une dénonciation en règle de la superstition et de l'irrationalité. La connaissance que nous avons de cette dimension crypto-subversive de l'uvre reste circonscrite par exactement les mêmes limitations qui contraignaient les censeurs de l'époque: la puissante propension à ne consulter un ouvrage lexicographique qu'en se limitant à l'appel "manuel" des quelques mots-vedettes correspondant aux concepts recherchés. L'accès électronique va permettre aux chercheurs de toutes disciplines de crever le rideau de cette véritable nomenclature-planque, et d'accéder à des informations non encore dominées parce que nichées sous des articles au mot-vedette anodin. Notre communication cherche à démontrer sur exemples les atouts ouverts par cette perspective d'une véritable investigation méthodique de cet immense manifeste déguisé en dictionnaire quest lEncyclopédie. Il existe une variante due à la plume même de Cochin, du frontispice de lEncyclopédie. Dans le coin inférieur gauche de cette planche, le groupe des orfèvres selon une logique quun rapide regard jeté sur lhistoire des techniques et des métiers rend immédiatement claire y a été remplacé par un groupe dimprimeurs. A partir dune analyse de cette variante, nous nous efforcerons de cerner les conséquences intellectuelles de cette réduction du livre au texte à quoi se ramène, pour finir, toute entreprise de numérisation dun ouvrage imprimé. Si lon na pas de peine à imaginer les bénéfices quune enquête (lexicologique, par exemple), peut retirer de lopération de transposition numérique, ny aurait-il pas aussi des pertes possibles dans un ordre qui ne serait pas (qui ne serait pas seulement) celui de lesthétique (beau papier, jouissance dune typographie soignée, etc.) ? Pour répondre à cette question, nous analyserons quelques articles qui revêtent, pour notre propos, un statut métadiscursif : les entrées "Bibliothèque" et "Livre" bien sûr, mais aussi et surtout le long article "Caractère dimprimerie" que Diderot a rédigé à partir des documents que lui a confié Fournier le jeune, le graveur dont les types sont employés pour composer lEncyclopédie. Car les lecteurs de Robert Darnton que nous sommes savent bien ce que le poète Robert Desnos avait déjà compris ("plutôt que de se replonger dans lEncyclopédie, cest en lisant lhistoire même de la publication de ce dictionnaire fabuleux, que nous pouvons trouver aujourdhui des raisons de vivre, de vouloir et dagir", Aujourdhui, 2 décembre 1940) : quune partie du sens de lEncyclopédie se joue dans lentreprise éditoriale et typographique même qui lui permit dadvenir. Nous ne ferons que paraphraser ce qu'écrit dAlembert dans le Discours Préliminaire en constatant qu'il existe une structure triple de l'organisation des connaissances dans l'Encyclopédie : la simple liste alphabétique, la place de chaque science au sein de l'arbre hiérarchisé du Système figuré des connaissances humaines, et enfin, les renvois d'un article à l'autre qui traduisent les parentés, ou affinités, de certaines matières, structure explicitement revendiquée par Diderot: "...les renvois dans ce Dictionnaire ont cela de particulier, qu'ils servent principalement à indiquer la liaison des matières; au lieu que dans les autres ouvrages de cette espèce, ils ne sont destinés qu'à expliquer un article par un autre." En utilisant la version électronique de l'Encyclopédie réalisée par le laboratoire ARTFL de Chicago, c'est cette troisième structure, par nature même plus secrète, plus difficile à envisager dans son ensemble, que nous avons cherché à explorer. Un outil statistique élémentaire nous permet de dresser ce que l'on pourrait appeler une première "carte" de la structure de ces renvois. Bien que nécessairement imparfaite et à prendre avec précaution, cette carte est source de nouvelles interrogations : que nous apprend sa forme générale? Comment peut-on la comparer à celle de l'arbre des connaissances ? La façon dont les encyclopédistes ont pensé la structure de ces liens peut-elle être un modèle pour la conception moderne de la Toile ? Reformulation d'une enquête sur le contenu idéologique de l'Encyclopédie, " Les femmes font-elles partie de l'humanité? ", via l' Encyclopédie électronique. 1) Les mots homme(s) et femme(s) : - Le recensement des entrées de l'Encyclopédie contenant ces mots donne (avec la piste auteur = Boucher d'Argis) l'évocation strictement descriptive d'une jurisprudence discriminatoire. - La fréquence des mots homme(s) (F=21000 occ.) et femme(s) (F=7000) dans le texte de l'Encyclopédie est trop grande pour être manipulable fructueusement. Nous poursuivons l'enquête par un autre angle d'attaque lexical, et avec un autre instrument d'étude. 2) Les expressions : humanité (F=598), genre humain (F=380), espèce humaine (F=112) Deux articles de l'Encyclopédie (5 et 6 dans le tableau) ont ce thème pour sujet explicite ; 10 articles contiennent à la fois h, gh et eh . Ils sont réunis en un sous-corpus "Hugees" (12 articles, 186000 occ. soit 1% de l'Encyclopédie) Samedi 18 novembre Notre intervention se fonde sur le compte rendu d'une exposition organisée en mai 2000 par moi-même avec l'aide d'une vingtaine d'étudiants de Lettres (DEUG 2), dans le cadre de la Bibliothèque Universitaire du Havre. L'exposition, avec une ambition modeste, évoque rapidement ce monument de recherche qu'est l'Encyclopédie, puis s'interroge sur les relations ambiguës de l'individu avec les différentes sources de documentation qui s'offrent à lui aujourd'hui. Notre invitée d'honneur pour la clôture de cette manifestation fut Marie Leca-Tsiomis, auteur de l'ouvrage Ecrire l'Encyclopédie. Nous avons pensé que la numérisation de l'Encyclopédie en tant qu'événement se devait d'être particulièrement étudiée par une équipe de jeunes "futurs chercheurs" - ou futurs jeunes usagers - des sites électroniques et des CD-ROM (comme le CD-ROM Redon qui nous a servi de base de travail). En effet nos étudiants, nés et nourris à l'heure de l'électronique, sont peut-être plus à même que nous encore de répondre avec sérénité aux inquiétudes que nous pouvons exprimer à l'égard de ces nouveaux outils, que nous soupçonnons capables, peut-être à tort, de détrôner le livre, d'exclure certains lecteurs des zones d'accès au savoir, et de semer la confusion dans l'arbre jusqu'ici bien organisé de la connaissance. La guerre électronique aura-t-elle lieu ? Linformatisation de lEncyclopédie, parce quelle change profondément les conditions de la consultation du texte, contribue aussi à vivifier le débat théorique sur luvre. En particulier, elle donne des ailes en ce sens quelle lui apporte une instrumentation adéquate et efficace à la perspective qui consiste à envisager lEncyclopédie comme une uvre à part entière. Mais du coup, elle requiert une réflexion générale sur ce qui fait la "textualité" propre de cette uvre et sur les incidences méthodologiques qui en découlent. Beaucoup a déà été dit, et bien dit!, à propos de la conception théorique de lencyclopédisme des Lumières. Mais presque tout reste à faire pour mesurer luvre effective. On la sait très en retrait par rapport à lambition qui sous-tend le projet : texte éminemment disparate, où le meilleur voisine avec un remplissage de seconde main, où la systématique imaginée (désignants, renvois) est souvent mise en échec, etc Contre un tel point de vue critique, jaimerais dabord défendre lidée générale que cette disparate est à interroger comme telle parce quelle est significative de la façon dont les Lumières ont relevé concrètement le défi encyclopédique, parce quelle nous révèle comment et jusquoù les "philosophes" lui ont donné un sens actuel : le texte de lEncyclopédie, dans son hétérogénéité, donne accès à ce quon pourrait appeler lencyclopédisme immanent des Lumières. Lambition dexplorer les liaisons entre les connaissances est lun des aspects importants du projet encyclopédique. Comment se réalise-t-elle dans la masse des 17 volumes ? Une façon de le mesurer consiste à étudier la façon dont un champ de connaissance donné sarticule effectivement aux autres champs de connaissance traités dans luvre. La première étape pratique dune telle étude consiste à réunir un corpus contenant non seulement les articles spécialisés relatifs au domaine en question, mais incluant encore tous les autres articles ou extraits darticles qui sy réfèrent : ce que je propose dappeler un corpus sectoriel extensif. Il se trouve que, sans disposer encore de la version électronique du texte, jai mené une telle enquête pour la musique (Penser la musique dans lEncyclopédie, Paris, Champion, 2000). Ce travail, utilisé ici pour la question des corpus par matière, permet de mesurer : 1. La portée de linnovation informatique dans la procédure de réunion des données (tester le rendement dune recherche plein-texte par mots-clés ; il sagira aussi dinterroger la notion dexhaustivité) 2. Lécart entre les matériaux bruts livrés par loutil informatique et un corpus approprié à lanalyse (éclairer et illustrer les démarches de tri nécessaires à la constitution dun objet détude et expliciter les principes qui sous-tendent ces démarches). Je voudrais simplement montrer de quelle manière lutilisation du cd-rom de Redon facilite grandement la reconstitution de ce quon pourrait appeler un réseau de renvois. Mais ce point ne sera abordé quaprès lanalyse du contenu du réseau de renvois de larticle PRÊTRES. Je commencerai par rappeler brièvement quels sont les quatre types de renvois à luvre dans lEncyclopédie et je mintéresserai particulièrement aux renvois du premier type, à savoir les renvois de choses. Je montrerai alors, en présentant en exemple le réseau de renvois de larticle PRÊTRES, comment on fait mouche dans larticle CONOMIE POLITIQUE de Nicolas Boulanger et comment la recherche plein texte du cd-rom permet de bien viser. La transformation des pratiques de recherche, grâce à l'électronique, se développe aujourd'hui dans une double direction: a) sur l'Internet nous disposons de bases de données télématiques; b) dans les e-books l'on a affaire à de fichiers électroniques stockés sur CD-ROM. La télématique et l'Internet impliquent une appréhension (màthesis) à distance (télé) qui contient des potentialités inconnues, dépassant de bien loin l'efficacité du livre électronique, non modifiable et plus rigide. L'appréhension télématique, tout en allégeant le travail de recherche, exige un effort d'intelligence inter- et métatextuelle qui met à l'abri des illusions de facilité que le virtuel suscite, avec ses "vices" (éliminer la lecture réelle). La rationalité télématique est donc caractérisée par l'absence des hommes qui approchent le texte de loin, et la présence des choses. Le texte occupe, avec sa plénitude et complétude, la scène entière du réseau de communication. Cette "absence" est cependant pleine d'esprit: tous les utilisateurs sont virtuellement là dans le moment où l'on consulte l'Encyclopédie télématique. Il y a un con-texte pluriel nouveau, plus libre tant par rapport à la lecture solitaire que par rapport à une lecture collective en présence. Cette situation conseille, pour améliorer les pratiques dans ce con-texte encyclopédique, la création de forums pour les utilisateurs. Le modèle/métaphore de la rationalité encyclopédique, de l'Encyclopédie de Diderot, est, comme l'on sait, celle de l'arbre. Sa caractéristique ne demeure pas moins celle de la filiation et de la circularité hiérarchique, suivant le mouvement de distribution de la lymphe: il y a des "racines", un "tronc", des "branches". Les connaissances y circulent dans un rapport plus ou moins établi, fixe entre eux. Avec la nouvelle version télématique l'Encyclopédie peut s'accommoder à un nouveau modèle, centré sur ces sujets absents, celui du rhizome (Deleuze): "agencement machinique d'automates/lecteurs finis". L'Encyclopédie en tant que texte télématique horizontalise sa structure et devient un multiversum (Bachtin), objet multilatéral où les différents côtés de la chose/texte sont données en même temps par les différents regards, désirs, plaisirs etc. qui s'y jettent en temps réel: "La question, c'est de produire de l'inconscient, et, avec lui, de nouveaux énoncés, d'autres désirs: le rhizome est cette production d'inconscient même ( ) le rhizome a pour tissu la conjonction 'et et et où allez vous? D'où partez vous? Où voulez-vous en venir? Sont des questions bien inutiles " (Deleuze, Mille Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2, Paris, 1980, p. 27 et 36). Mon principe est de reprendre une recherche déjà effectuée de manière "artisanale" il y a quelques années (pour le tricentenaire de Montesquieu, en janvier 1989: voir les Actes de ce colloque, "La Fortune de Montesquieu". Montesquieu écrivain, Bordeaux, Bibliothèque municipale, 1995). J'avais travaillé sur Les Romains, ouvrage souvent cité et utilisé par l'Encyclopédie (par exemple j'y avais retrouvé exactement les 2/3 du chapitre I, sous forme de citations directes)- mais sans qu'il occupe évidemment la place éminente de L'Esprit des lois: la fonction en était surtout historique, ce qui faisait de l'Encyclopédie un miroir déformant de cette uvre essentiellement politique, tout en offrant d'intéressantes perspectives sur le travail de réécriture auquel se livre Jaucourt, unique rédacteur des articles reprenant Les Romains.J'avais pu mettre en valeur la manière dont Jaucourt apparaissait finalement incapable de rendre compte de la spécificité de cet ouvrage, qui avait déconcerté la critique en 1734. Je me propose, douze ans après, de reprendre le même problème, ou de réitérer la même expérience, mais en disposant de l'Encyclopédie électronique: les souvenirs de cet article sont assez lointains pour que j'aie bien souvent l'impression de repartir de zéro. Certes, l'expérimentateur n'est pas le même - il serait même souhaitable que j'aie fait quelques progrès depuis douze ans. Mais il n'est pas sûr que j'arrive à y consacrer autant de temps que je l'avais fait alors. De toute manière, la comparaison des conclusions d'hier et de celles d'aujourd'hui ne sera pas inutile, sinon pour notre usage de l'Encyclopédie, du moins pour mon propre bilan. Le but de cet exposé est de montrer ce qu'apportent les outils
informatiques disponibles comme confirmations, compléments ou infléchissements à une
étude antérieure menée empiriquement, sur la discussion très ample dans l'Encyclopédie
d'une question politique importante dans l'Esprit des lois : la nature et les types
de fiscalité et la philosophie politique et sociale qu'ils impliquent. Une édition électronique de l'Encyclopédie cherche à fournir des tables, des index, des renvois, des bibliographies, etc., à permettre au lecteur de trouver aux endroits les plus imprévus de l'ouvrage tout ce qui concerne une notion, un lieu, un personnage ... Mais cet exercice "hypertextuel" et "transversal" reste aujourd'hui encore semé d'embûches, et cela d'autant plus que l'Encyclopédie de Diderot et D'Alembert est mille fois plus hétérogène que toutes les autres, notamment que son modèle de départ, la Cyclopdia de Chambers. Ni les critères de choix des entrées, ni les collaborateurs, ni le sens des articles fondamentaux ne sont identiques dans le tome I, le tome VII ou le tome XVII, la conception même des volumes diffère profondément. Comment construire alors une vision (plus ou moins) globale des "liens hypertextes" sur un ensemble aussi tourmenté, sans en trahir l'histoire, voire la simple chronologie, les tensions et les contradictions ? C'est là l'un des objectifs du colloque, et il n'y aura pas assez de toutes les communications pour y répondre. Nous proposerons ici un détour. Un homme s'est déjà essayé à sa façon à un tel programme, et cela dès 1773 : le pasteur Mouchon. Nous essaierons, à partir de sa correspondance, à partir de quelques traces éparpillées que nous avons pu recueillir de son travail, de comprendre comment ce "tâcheron" méconnu s'est organisé, comment il a tenté de (re)construire une unité à l'Encyclopédie, et même au Supplément. Nous tenterons ensuite d'en tirer modestement quelques réflexions pour faire évoluer les conceptions modernes des éditions électroniques. En 1769, le naturaliste génevois, Charles Bonnet répondit à léditeur de lEncyclopédie dYverdon, de Felice, lorsquil lui proposa de collaborer à la refonte de lEncyclopédie de Diderot et DAlembert : " Jai fait un examen raisonné denviron 200 articles de cette immense compilation. [ ] Jen ai donc assez pour porter un jugement solide de ce dictionnaire. Le refondre, ou plutôt le refaire, seroit le travail dune société qui sen occuperoit au moins pendant trente ans, et encore lui échaperoit-il une foule derreurs ou de méprised. Je sçaurois donc vous encourager le moins du monde à tenter une entreprise qui ruineroit votre santé et vos affaires. " Malgré sa réticence au projet de de Félice, Bonnet rédige des notices raisonnées de chacune des encyclopédies. Son choix darticles nous renseigne sur les débats les plus brûlants autour de lEncyclopédie et la refonte protestante dYverdon. Jutilise les statistiques comparatives des différents champs de connaissance des deux encyclopédies grâce à linventaire électronique. Je montrerai également les différences textuelles et parfois les convergences des stratégies discursives des deux compilations. Dès que l'Encyclopédie est en ligne, elle n'est plus alphabétique, à proprement parler elle n'a pas d'ordre. À la différence de l'article original, le texte éclaté n'impose aucune lecture, aucun sens. D'où la possibilité de la consulter dans n'importe quel sens, à condition de disposer (ce qui n'est pas encore le cas) d'un outil complet. Il reste des difficultés à surmonter pour en faire un usage sûr et intelligent, et on fait bien d'employer une combinaison de méthodes classiques et nouvelles. " Il n'y a rien de minutieux dans l'exécution d'un grand ouvrage :
la négligence la plus légère a des suites importantes : le manuscrit m'en fournit un
exemple : rempli de noms personnels, de termes d'arts, de caractères, de chiffres, de
lettres, de citations, de renvois, etc. l'édition fourmillera de fautes, s'il n'est pas
de la dernière exactitude",
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