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général > Présentation générale - Sa vie et de son oeuvre Voir aussi dans cette rubrique : L'Encyclopédie Sa vie Diderot philosophe na laissé son nom comme signature incontestable à aucun grand système rationaliste Il nous apparaît avant tout comme un touche-à-tout des sciences, de lart et des techniques, le laborieux directeur dun ouvrage monumental, lEncyclopédie, qui lui coûta le plus clair de son temps et de son énergie. Cest un libertin, jugé vulgaire par le dix-neuvième siècle, auteur dune uvre littéraire dont loriginalité est incontestée Mais un philosophe ? Certainement, et même un de ceux dont la libido sciendi, ce désir de savoir qui nignore ni ne dissimule rien de sa nature passionnelle, a porté sur le plus grand nombre possible dobjets. Cest pourquoi son activité philosophique se présente sous tant de formes diverses. Qui plus est, Diderot philosophe se prend lui-même comme objet détude, sexposant ainsi littéralement aux regards de la postérité, et nous ouvre par là laccès à un monde intime. La rencontre avec Diderot est donc dans un premier temps la découverte dune grande philosophie matérialiste athée, intimement liée à la naissance et au progrès de ce quon appelle les sciences de la vie, préoccupée de comprendre ce que sont la nature animée et inanimée, lhomme, sa morale comme ses vices, sa société, ses productions techniques et artistiques. Mais cest aussi la rencontre avec un individu qui voulut, en homme des Lumières débarrassé de la superstition et aidé des sciences, comprendre la vie dans tous ses états. La majeure partie de son uvre ne fut connue que tardivement : les feuilles manuscrites que Diderot a laissées, jalousement conservées par la famille ou par les institutions de Pétersbourg, nont été scientifiquement répertoriées quen 1951 par le savant H. Dieckmann, ou indirectement par des copies. Pour les uvres de Diderot, dont lédition est dispersée dans dinnombrables collections, il est préférable de se procurer une des deux éditions les plus complètes, pratiques et accessibles : Diderot, uvres, édition par P. Vernière, Paris, Garnier, régulièrement rééditée, en 3 volumes. Diderot, uvres, édition par L. Versini, Paris, Laffont collection « Bouquins », 1994-1997. Lédition scientifique de lintégralité des uvres et manuscrits de Diderot est en cours, on ne peut se la procurer quen bibliothèque : Diderot, uvres complètes, édition critique et annotée, dirigé par J. Fabre (), H. Dieckmann, J. Proust et J. Varloot, Paris, Hermann, 1975- , 33 volumes prévus, 25 parus. Les introductions et annotations sont précieuses. I. Diderot et lEncyclopédie Envers et contre tout, et souvent même contre ses propres envies, Diderot est lhomme de lEncyclopédie. Lorsquil signe en 1748 un contrat pour une traduction de la Cyclopaedia de lAnglais Chambers, il ne sait pas quil sengage dans une aventure qui va durer vingt ans, et offrira au public en 1772 dix-sept volumes de texte (les « discours ») et onze volumes de planches. Le Prospectus présente le projet et vise à convaincre déventuels souscripteurs de participer à son financement. Il est diffusé à 800 exemplaires en octobre 1750. Un premier arrêt frappe louvrage collectif en 1752, puis en 1759 sa vente est interdite et il perd laccord de la censure royale (son « privilège »), lEglise linscrit sur la liste des ouvrages interdits (« lIndex »). La publication reprend cependant, et les derniers volumes, des planches, paraissent en 1772. Un dernier procès pour plagiat dure jusquen 1778. Diderot a alors soixante-cinq ans, il sest battu toute sa vie pour lexistence de lEncyclopédie, alors que de son propre aveu il aurait préféré écrire des pièces de théâtre ... Enfin, tout est terminé. Mais lencyclopédie a donné, dès le Prospectus, les principes daprès lesquels tout commence. 1. Le projet de lEncyclopédie LEncyclopédie se veut la description des arts, des sciences et des métiers de son époque. Dans la langue du dix-huitième siècle, lart désigne tout ce qui est le résultat de laction humaine et non dune production spontanée de la nature. Par conséquent, les « arts » sont toutes les activités humaines : celles qui font appel au travail manuel ou à celui des machines (les arts mécaniques, dont la science de la mécanique et tous les métiers) ; celles qui privilégient le travail de lesprit (arts libéraux, comme lastronomie, la musique, la logique) ; enfin celles qui privilégient limagination (les beaux-arts). Par là, lEncyclopédie entend dabord être un bilan, détaillé et inédit. Ce bilan, personne ne la encore établi : les techniques des arts mécaniques comme celles des beaux-arts se transmettent dans le secret des ateliers, dans la relation du maître à son apprenti, et les innovations restent confidentielles. Les progrès des sciences ne sont encore que ceux des savants. La diffusion à grande échelle dune description de létat des connaissances dans tous les domaines serait déjà une entreprise inédite et révolutionnaire. Inédite, car jusquici on navait encore jamais mis à contribution, dans le même ouvrage et à dignité égale, les philosophes et les détenteurs dun savoir proprement technique. Les dessinateurs des planches de lEncyclopédie vont pénétrer dans les ateliers, sur les champs et les chantiers, et reproduire les outils et les procédés de fabrication de tout ce qui se produit. Révolutionnaire, car non seulement on sous-entend par là une subversion de la hiérarchie traditionnelle des connaissances, mais on procède de fait à la promotion des techniques au rang de savoir : les techniques ne sont plus seulement des savoir-faire transmissibles seulement par lapprentissage. Par là, les Encyclopédistes tentent douvrir en grand les portes de lart : autrement dit, il nest plus nécessaire désormais dêtre introduit, parrainé, pour avoir accès au savoir, quel que soit son objet. LEncyclopédie révolutionne les procédures habituelles de transmission des savoirs, dépossédant ainsi les « maîtres » de toutes sortes de leur pouvoir. Mais elle se veut plus que cela. Les articles ont pour ambition de donner les « éléments » de ces savoirs, à partir desquels nimporte qui devient capable de produire à son tour des savoirs nouveaux. Pour les philosophes du dix-huitième siècle, toute science peut être reconstruite à partir de ses « éléments » : ce sont les quelques propositions fondamentales que lon combine entre elles, celles dont on tire les conséquences les plus éloignées, et que lon applique à des objets multiples. Le plus souvent, cet ordre logique selon lequel on peut exposer une science, depuis laxiome fondamental jusquaux conséquences les plus éloignées, ne correspond pas à lordre historique de leurs progrès réel, mais cest pourtant en le suivant quon progresse le plus rapidement et le plus sûrement. Les quelques propositions fondamentales de chaque art sont la base nécessaire et suffisante au progrès des arts et des sciences : lEncyclopédie nest pas quun projet de description statique, cest aussi un projet dynamique qui, par une présentation ordonnée des savoirs (du plus simple au plus complexe ; du plus général au plus particulier ; du plus abstrait, cest-à-dire du plus commun, au plus particulier et divers), contribue au mouvement historique du progrès des connaissances humaines. De ce point de vue, le progrès ne la rend pas caduque aux yeux de ses auteurs : les sciences et les techniques progressent, à partir des éléments tels quon les trouvera dans le texte. Lentreprise menée par Diderot est donc un inventaire dynamique et une organisation du savoir synonyme de progrès. Cest un point important : dans toute son uvre philosophique, Diderot va travailler à partir de cette idée du progrès des individus et des sociétés, dans son lien à lorganisation du savoir et au développement des sciences. 2. Savoir et bonheur On comprendra aisément avec ce qui précède que lEncyclopédie est une uvre profondément pédagogique, à visée éducative. Cest une première manière de tisser le lien entre elle et la société, un lien fondé sur la conviction que les hommes apprennent, donc quils progressent, et que leur société peut alors être dite éclairée. Enseigner aux hommes les éléments des sciences signifie contribuer à leur progrès, donc à celui des Lumières et du bonheur. Il faut remarquer que louvrage procède à un recentrage du savoir autour de lhomme. Si tout peut à première vue être appelé un savoir, en réalité seul ce qui sert lhomme, et qui lui sert, a de lintérêt. Ainsi, au début de lEncyclopédie, on trouve un arbre encyclopédique des connaissances, qui propose dorganiser les savoirs selon la manière dont nous seuls les produisons : les colonnes dans lesquelles ranger nos connaissances correspondent aux facultés de notre esprit (la mémoire, la raison, limagination). Il faut donc classer les connaissances non pas en fonction de lobjet dont elles traitent, mais en fonction de la faculté humaine qui saisit cet objet. Lhomme est donc le centre qui produit le savoir et aussi celui vers lequel tout savoir doit être dirigé, le critère selon lequel on mesure le degré davancement des Lumières. En dautres termes, ce qui est bien, cest ce que lhomme produit selon un ordre raisonné, susceptible de progrès, à lusage de lhomme : lutile. Lanthropocentrisme de lEncyclopédie ne contredit pas la science physique nouvelle, celle de Newton, qui exile lhomme aux marges et non plus au centre de lunivers. LEncyclopédie utilise cet anthropocentrisme uniquement comme un principe pour classer nos connaissances, et ne prétend pas que lhomme soit le centre de lunivers, ni même celui de la terre. Mais il faut classer nos connaissances pour pouvoir en produire toujours de nouvelles, et ainsi accéder à une civilisation plus heureuse. LEncyclopédie, comme somme organisée de toutes les connaissances disponibles, ne se propose rien dautre que de nous apprendre à être plus heureux. On peut dire que toute la philosophie de Diderot demeure toujours dans cette conviction que le bonheur et le progrès du savoir sont intimement liés. Cest déjà une prise de parti politique : en effet, les gouvernements, qui doivent promouvoir le bonheur de leurs sujets, ont partie liée avec la science et la philosophie. Cest là aussi ce quon appellera loptimisme des Lumières. II. La nature et lexpérience Dès 1749, Diderot publie un premier ouvrage philosophique, qui lui vaut trois mois demprisonnement à Vincennes : la Lettre sur les aveugles à lusage de ceux qui voient. Diderot y examine les points de départ de sa philosophie. 1. Lempirisme LEncyclopédie se plaçait sous la tutelle de trois penseurs : Bacon, Locke, Newton. Tout en les prenant à son tour comme modèles, Diderot va discuter leur héritage. Bacon dabord, est celui qui a indiqué quil fallait classer les connaissances en fonction des facultés. Mais il est également lauteur dune théorie de lexpérience et de la mise à lépreuve, systématique et ordonnée selon une méthode, des données de cette même expérience, pour construire la science. Newton est celui qui a su recentrer les interrogations de la physique, du « pourquoi ? » (la Terre tourne-t-elle de telle manière, par exemple) vers le « comment ? ». En dautres termes, Diderot comprend la démarche newtonienne comme une démarche elle aussi expérimentale : constater les faits et sy tenir, sans « forger dhypothèse », selon lexpression de Newton lui-même, sur ce que la physique des corps ne saurait résoudre. Locke, enfin et surtout, élabore une théorie de la connaissance qui redonne un contenu à laxiome antique selon lequel « il ny a rien dans lentendement qui nait été dabord dans le sens » : un empirisme. En dautres termes, toutes nos idées naissent de lexpérience sensible, de lexercice des sens ; ou plus précisément toutes celles qui ont un contenu réel. Quen est-il des autres (par exemple celle de Dieu, dont je nai jamais fait lexpérience sensible), à quoi correspondent-elles ? Il faut alors une théorie des idées fausses, sans contenu, qui sont de purs êtres de langage auxquels rien ne correspond dans la réalité. Locke est celui qui a compris que toute question doit être rapportée à celle de lorigine des idées. Les trois figures tutélaires se rejoignent donc sous un commun mot dordre : lexpérience. Cest cette notion qui est fondamentale pour toute la théorie de la connaissance du dix-huitième siècle : nous ne connaissons que ce dont nous faisons lexpérience, toutes nos idées sont des transformations, des combinaisons, des abstractions, à partir de sensations physiques. Mais il ne suffit pas de dire « expérience » pour sentendre ni pour dire la même chose. Diderot va dans un premier temps affronter les difficultés quoffre une telle théorie de la connaissance ; puis en donner son interprétation propre, dans le sens du matérialisme. Le personnage du mathématicien aveugle Saunderson est celui qui remet en question le bel ensemble de ceux qui sécrient sans savoir ce quils disent : « lexpérience ! ». Si toutes nos idées vraies naissent des sens, il faut que même les plus « intellectuelles », comme le dit Diderot, soient comptables dune genèse sensible. Doù nous viennent nos idées de bien, de beau, nos idées mathématiques, comment sélève-t-on à leur niveau dabstraction ? Mais auparavant, une question se pose : si telle idée naît de lusage de tel sens, par exemple si lidée de beauté est tirée de la vue du spectacle de la nature, alors faut-il penser que quand le sens est grossier, voire inapte, il ny a pas daccès possible à lidée ? Par exemple, les aveugles peuvent-ils avoir lidée du beau, alors quils nont pas accès au spectacle de la nature ? Ou encore, sont-ils sensibles à la pitié, alors quils ne voient pas non plus le spectacle de la douleur dautrui ? Ce sont ces questions que Diderot pose, et auxquelles il tente de répondre dans la Lettre sur les aveugles. Le personnage de laveugle permet en outre à Diderot de donner un fondement expérimental aux deux idées qui caractérisent sa doctrine philosophique : lanti-finalisme, qui est une expression du matérialisme, et lathéisme. 2. Une nature matérielle, sans Dieu et sans but Diderot combat, on le sait assez, la conception chrétienne de la nature et de la nature humaine. Le problème des thèses chrétiennes sur lhomme et la nature est quelles ne permettent de comprendre ni lhomme, ni la nature. Diderot reconnaît quil serait plus consolant de voir dans la nature un beau spectacle, créé pour notre plaisir, et dans lhomme un être libre et volontaire Mais sa raison lui démontre, par mille et une difficultés que la philosophie chrétienne ne résout pas, quil sagit là dune vision illusoire, imaginaire, destinée à nous plaire et nous consoler. Elle conduit nécessairement à des contradictions entre la vie et la théorie, contradictions qui nous déchirent et nous rendent malheureux. Par exemple, la philosophie chrétienne exige de moi que je respecte et tente de pratiquer labstinence sexuelle. Selon elle, je le peux, puisque je suis un être libre qui décide de ce quil veut et dirige librement sa vie. Or, Diderot constate que cette prescription morale nous rend malheureux : ceux qui parviennent à être chastes se brident eux-mêmes, et sont malheureux tout en rendant dautres malheureux, et ceux qui ny parviennent pas aussi, parce quils sen prennent à eux-mêmes, à leur soi-disant manque de volonté. Cette philosophie de lhomme libre et volontaire est donc certainement une mauvaise compréhension de lhomme, une erreur intellectuelle, qui a des conséquences réelles. Il est plus conforme à ce quest vraiment lhomme de dire quil est un être sensible qui cherche le bonheur, quil est naturellement porté vers lautre sexe, en raison de son instinct de conservation et de plaisir. Il ny a là ni pure liberté ni pure volonté : ceux que leur corps pousse à se multiplier auront tendance à obéir à leur nature, de la même manière que ceux dont le corps désire naturellement moins. Il ne faut donc ni se glorifier ni se dévaloriser à propos dactions qui ne dépendent pas entièrement dune illusoire liberté. Il faut confronter cette nouvelle théorie du corps sans âme à son adversaire. Pour les théologiens, lhomme est un composé de deux substances : un corps, qui est une substance matérielle, et une âme, qui est une substance spirituelle. Le premier serait passif, inerte, étendu, déterminé par des causes ; la seconde serait active, en mouvement, noccuperait aucun lieu matériellement déterminé et serait libre. Si je veux me mettre à marcher par exemple, ma volonté, faculté active qui caractérise lâme, en donne librement lordre à un corps qui lui obéit passivement dans tous ses membres. Ce que dit Diderot, suivant en cela toute la tradition matérialiste, cest que lunion de lâme et du corps est proprement incompréhensible et nous promène de difficulté en difficulté. La première phrase du Rêve de dAlembert résume de la manière suivante : « javoue quun être qui existe quelque part et qui ne correspond à aucun point de lespace ; (...) qui est tout entier sous chaque partie de cette étendue [puisque lâme fait bouger tous les points du corps] ; qui diffère essentiellement de la matière et qui lui est uni ; (...) un être dont je nai pas la moindre idée [au sens où, comme on la vu, nous navons pas de sensation physique de lâme] (...) est difficile à admettre. ». Pour Diderot, il est clair que lidée de lâme est une idée vide de correspondant réel ; elle nexiste pas ailleurs que dans notre imagination. Cest donc le corps qui commande le corps. La théorie matérialiste doit donc sattacher à montrer comment le corps, cest-à-dire la matière, prise ici dans une de ses organisations particulières, suffit pour expliquer toutes ses propres actions, sentiments et productions. Il faut une théorie matérialiste de laction, des passions, de la connaissance, de lart, de la morale et de la politique. Il faut même une science matérialiste : le matérialisme dit que la matière suffit à expliquer la vie sous toutes ses formes, quelles soient minérales, animales ou végétales. Laffirmation matérialiste (tout est, en dernière analyse, matière, et cette substance seule suffit à tout expliquer, du minéral à luvre dart) contredit aussi radicalement la vision chrétienne de la nature. Pour les théologiens, la nature est finalisée, cest-à-dire quelle est construite selon un plan dirigé par une volonté, une fin : la coexistence ordonnée des créatures. La thèse finaliste affirme que si nous avons un cerveau, cest parce que Dieu a voulu que nous soyons des créatures pensantes. Le matérialisme renverse laffirmation : nous sommes des créatures pensantes parce que, dans lhistoire sans volonté ni dessein de la nature, cest-à-dire dans toutes les formes que la matière a prises dans lhistoire de ses productions au hasard, il sest trouvé une formation animale dotée dun cerveau tel, quil a permis la naissance de la pensée. Les formations viables (les espèces subsistantes) se reproduisent entre elles, et ainsi se perpétuent. Les formations monstrueuses sont stériles et disparaissent, comme celles qui ne sont pas adaptées à leur environnement. La nature et la nature humaine existent sans Dieu, elles nont pas besoin de lui ni comme créateur ni comme conservateur ; et elles sont sans but autre que de persévérer dans leur être, se conserver. En cela, on peut dire quil ny a quune nature, à laquelle lhomme appartient sans plus de dignité que tout le reste des formations matérielles animées ou non. Nous voilà désormais en possession des principes fondateurs de la philosophie de Diderot. Munis dune théorie de la connaissance empiriste, de la conviction matérialiste, et débarrassés des hypothèses confuses de Dieu et de lâme volontaire libre, parvient-on à rendre compte de tout ce qui est ? Si ce nétait pas le cas, il faudrait revenir à lancienne philosophie chrétienne. Diderot ne saffirme athée, matérialiste et empiriste que si cela lui permet de mieux comprendre (cest-à-dire avec moins de peine) plus de choses. Cest pourquoi il nest jamais dogmatique, pourquoi encore il nécrit pas de ces grands traités que les philosophes affectionnent : un traité sur la matière, un sur la nature animée et inanimée, un sur les passions, etc. On ne sait pas encore ce quest la matière, écrit Diderot à la fin de la Lettre sur les aveugles, mais on sait que jusquici elle explique mieux les phénomènes que la volonté divine. Toute luvre philosophique de Diderot est un essai, au sens où il teste continûment ce quil nomme ses « conjectures ». Elle est incontestablement philosophique dans sa volonté de comprendre, cest-à-dire, dans le vocabulaire de Diderot, « dinterpréter ». 3. Linterprétation de la nature Selon Diderot, la méthode à suivre pour produire la connaissance de ce qui nous entoure porte le nom dinterprétation de la nature. Les Pensées sur linterprétation de la nature en donnent le mode demploi. Observation, conjecture et expérimentation sont les trois étapes de la connaissance. La conjecture est plus spécialement la tâche du philosophe : elle est la supposition, lhypothèse, formulée comme dinstinct (mais elle résulte en réalité dune longue série dexpériences manquées ou réussies), à laide de laquelle on va tenter de comprendre. Les expérimentations qui doivent la suivre ont pour but de mettre à lépreuve la validité de lhypothèse. Or ces conjectures peuvent être de tous ordres : scientifique, moral, etc. La grande hypothèse de Diderot, cest celle de la matière sensible. De la pierre à lhomme pensant, tout est constitué par des molécules de matière qui peuvent sentir : il suffit quelles se trouvent dans des organisations telles que leur sensibilité peut sexprimer. Dans la pierre, la sensibilité est empêchée. Mais si on brise une statue, quon lincorpore à de la terre, qui nourrit une plante, si cette plante est mangée par un animal et cet animal par nous ; alors dans le processus de la digestion nous allons nous régénérer grâce à ses molécules, en faire notre propre chair. Or, sous forme de pierre ou de chair humaine, ce sont toujours les mêmes molécules. On ne les a pas rendues sensibles, elles létaient déjà, mais empêchées. Le rêve de dAlembert décrit sur le mode onirique toutes les possibilités quoffre une telle hypothèse : on pourrait comprendre la production des monstres, lapparition et la disparition des espèces, la formation de la conscience de lêtre pensant, etc. Cest cette hypothèse philosophique qui permet à Diderot, qui pourtant ne croit pas à léternité de lâme, despérer presser ses molécules éparses sur celles de sa bien-aimée Sophie, par-delà la mort : « Ceux qui se sont aimés pendant leur vie et qui se font inhumer lun à côté de lautre ne sont peut-être pas si fous quon pense. Peut-être leurs cendres se pressent, se mêlent et sunissent. (...) O ma Sophie, il me resterait donc un espoir de vous toucher, de vous sentir, de vous aimer, de vous chercher, de munir, de me confondre avec vous, quand nous ne serons plus ! » (Lettre à Sophie Volland, 171-172). On est loin ici de lEncyclopédie, en apparence. Mais il sagit toujours du même projet : comprendre, et savoir, faire progresser les sciences et la philosophie, pour être plus heureux. La méthode à suivre est désormais éclaircie. La philosophie matérialiste de Diderot en effet, dans sa tentative perpétuelle de comprendre la « nature », en dautres termes de comprendre ce qui est, offre une interprétation possible de ces phénomènes humains que sont la société et la morale. Aidés de cette compréhension peut-être plus proche de la vérité, nous pourrons déterminer ce quelles doivent être, et cesser de souffrir dune morale qui nest pas adaptée à la vérité de notre vie, ainsi que dun régime politique qui est fondé sur une fausse idée de lautorité légitime. III. Politique et morale du corps humain Si nous navons pas dâme, cest donc le corps qui pense, cest le corps qui produit la philosophie. Mais surtout, si cest la nature humaine que nous voulons connaître, pour lui offrir une morale et une politique qui lui conviennent, il faut se pencher sur ce que lexpérience quotidienne nous offre comme réalité sensible de cette nature humaine : un corps humain, corps qui se meut, qui souffre, qui jouit, qui pense, qui fabrique, et qui en a conscience. Cette réalité incontestable constitue les faits auxquels il faut se tenir. Or que nous apprend ce corps ? Avant tout, il montre quen tant que chose physique il est soumis à des effets (effets des autres choses comme obstacles, de la température, de la nourriture, etc.), et quil peut être cause. Nous sommes donc partie prenante de la grande chaîne des causes et des effets, et ne sommes pas une « cause première », cest-à-dire une cause qui nest elle-même causée par rien. Nos volontés ne sont que les effets de déterminations si complexes que nous les prenons pour des volontés libres. Nos choix sont déterminés par notre constitution physique, notre éducation, notre histoire personnelle. Ensuite, lexpérience quotidienne atteste du lien plus quétroit entre la pensée et le corps : lorsque nous sommes malades, notre pensée est brouillée en même temps que notre estomac, écrit Diderot : « bonne ou mauvaise santé fait notre philosophie » (Lettre à Vialet, tome V, p. 642). De là à supposer que la pensée est une des fonctions du corps parmi dautres, et quelle peut être saine ou malade, il ny a quun pas. Un pas de plus encore, et on peut envisager que, de même quil y a des corps naturellement plus résistants que dautres à la maladie ou la fatigue, ou des organes qui fonctionnent plus ou moins bien, il y a peut-être une capacité naturelle à lexercice intellectuel différente dans chaque individu. Certains cerveaux sont plus rapides que dautres, comme certaines jambes ... Voici une nouvelle hypothèse à vérifier, ce que Diderot fait chaque fois quil tente de faire la part du donné en nous, celle de léducation, et celle de lhistoire. On voit donc que le corps peut être considéré à la fois comme le sujet et lobjet de la philosophie de la nature humaine. Il est philosophe et philosophique. Mais on peut peut-être aller plus loin encore, et trouver dans la physiologie humaine les normes de la morale et de la politique. Si nous sommes des corps en effet, même des corps très complexes et raffinés, capables de produire des uvres dart ou des machines, capables même de se conduire selon une morale, alors cest dans ce corps que nous sommes quil faut trouver lultime norme de la morale. Il nous faut retrouver ce que Diderot appelle le « code naturel », les exigences de notre nature quon ne saurait contredire sans se rendre malheureux. Sera dit bon tout ce qui sert ce code naturel, ou du moins ne le contredit pas. Le code naturel tient en une phrase : nous voulons être et rester heureux. Léducation des hommes doit donc être une éducation sensible en vue du bien, puisque lexpérience nous enseigne quil vaut toujours mieux se conduire dans le sens de la justice et du bien général (pour Diderot, cest une vérité dexpérience qui est aussi rationnellement démontrable). Il faut, dans les termes de Diderot, « se hâter de rendre la philosophie populaire » : « Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point où en sont les philosophes. » (Pensées sur linterprétation de la nature, § 40). IV. Les Lumières de la philosophie populaire Rendre la philosophie populaire, cela signifie pour Diderot faire en sorte que chacun devienne lui-même philosophe. Par conséquent, le personnage social du philosophe, tel Diderot lui-même, disparaîtra. Si tout le monde a accès à la connaissance de ce qui est bien : vivre en société selon la justice ; de ce qui est vrai : nous sommes des êtres matériels déterminés, et nous pouvons jouer de ces déterminations que sont la physiologie individuelle, léducation, le régime politique, etc., pour faire advenir une société plus heureuse ; alors le philosophe ne sert plus à rien. Et tant mieux, nous dit Diderot, si cest la conséquence dune société vraiment éclairée. Pour rendre la philosophie populaire, le philosophe doit se faire le conseiller des princes, en sachant bien quun despote même éclairé est surtout un despote, et aider à la construction de systèmes déducation nationale. Cest ce que fit Diderot auprès de lImpératrice Catherine II de Russie. Il doit se faire encyclopédiste pour répandre le savoir et offrir à tous laccès aux moyens techniques et philosophiques daugmenter son bien-être - comme Diderot, là encore. Il doit aussi se faire auteur dopéras ou de pièces de théâtre, car le théâtre est le meilleur lieu déducation des foules. Par le spectacle du vice humilié et de la vertu récompensée, on touche chacun dans sa sensibilité physique au bien. Cest le projet de Diderot lorsquil écrit des drames. Pour Diderot, « le peuple se sert mieux de ses yeux que de son entendement. Les images prêchent, prêchent, prêchent sans cesse, et ne blessent point lamour-propre. Ce nest pas sans dessein ni sans fruit que les temples sont décorés de peintures qui nous montrent ici la bonté ; là le courroux des dieux. » (Essai sur les règnes de Claude et de Néron). En dautres termes, les peintres, les écrivains, les comédiens qui nous font aimer la vertu par le spectacle quils en donnent sont au moins aussi indispensables que les philosophes ... Mais les philosophes doivent tout de même, en attendant le temps où ils disparaîtront, agir pour le progrès de la manière quon a dite : « Le philosophe est un homme estimable partout, mais plus au sénat que dans lécole, plus dans un tribunal que dans une bibliothèque » (Idem, p. 1207). Le philosophe ouvre ses yeux et les nôtres sur une nature quil découvre matérielle, et sans but. Pourtant le monde nest pas condamné à labsurdité : au cur de cette nature et obéissant à ses lois, il y a lhomme : « Si lon bannit lhomme ou lêtre pensant et contemplateur de dessus la surface de la terre, ce spectacle pathétique et sublime de la nature nest plus quune scène triste et muette. Lunivers se tait ; (...) tout se change en une vaste solitude où les phénomènes inobservés se passent dune manière obscure et sourde. Cest la présence de lhomme qui rend lexistence des êtres intéressante. » (article ENCYCLOPEDIE). Cest par lhomme quil y a du sens dans la vie, qui nest en elle-même que le résultat des productions hasardeuses de la nature. Cest pour lui et pour son bonheur quil faut travailler à construire un monde plus vrai, fondé sur une vraie connaissance de lui-même. A la fois rien et tout, simple effet sans liberté et sans éternité, mais qui en est conscient et peut agir sur certaines des causes qui le déterminent. Ce second temps, celui du travail, de la réforme de lordre social, est aussi celui de la philosophie, qui est interprétation de la nature. Mais le philosophe est appelé à disparaître, quand la philosophie sera, enfin, populaire. Il ne peut sagir que dun temps républicain, cest-à-dire libre, et éclairé, cest -à-dire aussi instruit. Cest cette sagesse que le philosophe, athée et matérialiste, nous propose : « Il ny a quune vertu, la justice ; quun devoir, de se rendre heureux ; quun corollaire, de ne pas se surfaire la vie, et de ne pas craindre la mort » (Eléments de physiologie). Tout en sachant que nous ne sommes « quombres parmi les ombres », que nous devons notre existence au hasard, que nous ne sommes pas plus libres que les autres êtres naturels, Diderot nous invite à travailler à notre bonheur, parce quil ny a quune vie et quelle vaut la peine dêtre vécue sous le signe du bonheur et du plaisir. Sa philosophie est une recherche de la sagesse qui exhorte à jouir ; un désir de vérité qui reconnaît son désir dêtre trompé et consolé par les fictions religieuses de lâme et de la liberté ; une revendication de lhomme comme valeur ultime, alors même quon sattache à le descendre au même niveau que les autres vivants naturels. Diderot sentait assez combien une telle philosophie était paradoxale. Paradoxale, mais peut-être vraie Dernier avertissement du corps-philosophe qui ne croyait pas en Dieu : « Il faut souvent donner à la sagesse lair de la folie afin de lui procurer ses entrées. Jaime mieux quon dise : Mais cela nest pas si insensé quon croirait bien, que de dire : Ecoutez-moi, voici des choses très sages. » (Lettre à Sophie Volland du 31 août 1769).
Chronologie biographique indicative Pour plus de précisions, on se reportera au tableau biographique établi par L. Versini dans lédition Laffont des Oeuvres de Diderot, qui indique en regard les événements littéraires et historiques marquants, ou à la biographie de A. Wilson. 1713 : Naissance le 5 octobre à Langres de Denis Diderot, fils de Didier, maître-coutelier. 1723-1728 : Etudes à Langres chez les Jésuites, brillantes. Diderot raconte avec émotion la fierté de son père à le voir revenir de lécole couvert de prix. 1728-1732 : Diderot vient poursuivre ses études à Paris. 1732-1743 : Années de bohème. Diderot exerce différents métiers : précepteur de mathématiques, de musique, clerc de notaire, etc. Il fréquente les cafés, se lie damitié avec Rousseau, courtise avec succès Antoinette Champion, lingère. 1743 : Le père de Diderot, opposé à son mariage avec Antoinette, le fait enfermer dans un couvent. Diderot séchappe et épouse Antoinette. Il publie sa traduction de lHistoire de la Grèce, de Temple Stanyan. 1745 : Publication de sa traduction de lEssai sur le mérité et la vertu de Shaftesbury. 1746 : Pensées philosophiques, condamnées au feu par le Parlement de Paris. 1747-1748 : La promenade du sceptique (inédit). Diderot prend, avec dAlembert, la direction de lEncyclopédie pour le libraire-éditeur Le Breton. 1748 : Les bijoux indiscrets, roman libertin et philosophique. Mémoires sur différents sujets de mathématiques. 1749 : Lettre sur les aveugles à lusage de ceux qui voient. Le 24 juillet, il est arrêté et emprisonné à Vincennes, pour avoir écrit les Pensées, les Bijoux et la Lettre. Il signe une lettre de soumission, et se promet de ne plus jamais mettre en danger sa liberté ni la publication de lEncyclopédie, visée à travers lui. 1750 : Prospectus de lEncyclopédie. 1751 : Lettre sur les sourds et muets à lusage de ceux qui entendent et qui parlent. Le premier tome de lEncyclopédie paraît. 1752 : Interdiction de lEncyclopédie, jusquen 1753. 1753 : Pensées sur linterprétation de la nature. Marie-Angélique, dite Angélique, la seule des quatre enfants de Diderot qui survivra, naît. Elle porte le même nom quune des surs de Diderot, morte folle au couvent (expérience qui pèse sans doute dans la rédaction du roman La Religieuse). Son père lui sera très profondément attaché, dès quelle dépasse les sept ans et semble devoir vivre encore. Son éducation est un sujet de réflexion constant chez le philosophe : il abandonne à sa femme léducation religieuse, soppose fermement à ce quelle aille au couvent, et soccupe de la partie " anatomique " et des dons de musicienne dAngélique. 1757 et 1758: Le fils naturel, et Le père de famille, drames, suivis du Discours sur la poésie dramatique. Diderot attend beaucoup de ces pièces. 1759 : Malgré la pluie de condamnations sur lEncyclopédie, les libraires-éditeurs décident de poursuivre clandestinement son édition : elle a déjà coûté trop cher pour sarrêter. Le père de Diderot meurt. Diderot commence à se rapprocher de sa chère sur Denise, et à se quereller avec son frère, un abbé grondeur et superstitieux très anti-philosophe. Pour la première fois, il devient chroniqueur des Salons de peinture pour la Correspondance littéraire, le journal de son ami Grimm. 1760-1761 : On commence à jouer les drames de Diderot, avec beaucoup de succès. Le père de famille entame une carrière qui le mènera jusquen Italie, où il sera monté à Naples devant le Roi en 1773. 1764 : Diderot découvre la traîtrise de Le Breton : il a " caviardé " les dix derniers volumes de lEncyclopédie (amputés dune partie de leur texte). Il décide cependant de continuer. 1765 : LImpératrice Catherine II de Russie achète sa bibliothèque à Diderot : en échange dune pension dont il a grand besoin, Diderot se charge de lachat de livres pour constituer une bibliothèque dont Catherine héritera à sa mort. Il se fait également acheteur en son nom de collections de peinture dun goût très sûr. Cest le début dune relation que Diderot désire autant quil la rejette : elle le fait vivre, et lImpératrice semble éclairée, donc attentive aux suggestions des philosophes, économistes, etc. En même temps, elle lui donne des obligations, et fait de lui un serviteur dune despote. 1769-1772 : Lactivité décrivain de Diderot est à son comble, maintenant que lEncyclopédie est achevée. Mais on nen saura rien pendant longtemps : fidèle à sa promesse, il ne publie aucun texte qui lui ferait courir des risques en raison de leurs positions (athéisme, matérialisme, dénonciation des couvents, des colonisations, etc.). Donc, il ne publie rien ... Sur son bureau, on trouverait les esquisses plus ou moins avancées du Rêve de dAlembert, de lEntretien dun père avec ses enfants, des Deux amis de Bourbonne, des Principes philosophiques sur la matière et le mouvement, une version du roman Jacques le fataliste et du Paradoxe sur le comédien, etc. Il commence également le Supplément au voyage de Bougainville. Certains de ces textes ne seront connus quun siècle plus tard. Mais ses amis ne sy trompent pas, et on lappelle désormais " Le Philosophe " ou " Le Roi Denis ". Enfin, sa fille sest mariée, et Diderot tente de compenser son absence par une activité littéraire redoublée. 1773-1774 : Diderot se résout au voyage tant redouté : devant linsistance de Catherine II, il part pour Saint-Pétersbourg, malgré son aversion des voyages. Là, il sentretient tous les jours avec lImpératrice sur tous les sujets qui peuvent préoccuper un monarque : le commerce (monopoles, circulation des biens et des personnes), les impôts, léducation nationale et le recrutement des serviteurs de lEtat. Tous ces entretiens sont consignés, sous le titre de Mélanges politiques, etc. 1774-1784 : De retour en France, Diderot se livre de nouveau intensément à lécriture : Réfutation de louvrage dHelvétius intitulé De lHomme, Entretien dun philosophe avec la maréchale de ***, Politique des souverains (fortement anti-despotique), Eléments de physiologie, ... Catherine II lui commande un Plan dune Université. 1782 : Parution de la dernière uvre publiée de Diderot, lEssai sur les règne de Claude et de Néron, qui est une version augmentée de moitié de lEssai sur Sénèque, publié en 1778. Diderot prépare, avec son disciple et ami Naigeon, un plan de ses uvres complètes. 1784 : Le 31 juillet, mort de Diderot, à lâge de 71 ans. Sophie Volland est morte en février, sa petite-fille en avril : pour ménager sa santé défaillante, on la sans doute caché au philosophe.
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